est, écrit deux fois
Mande le départ du petit Tibault et q' va semployer
aux Sacrements.]
De Rome ce iS""* nouembre. 1646.
Monsieur
en fin le Sieur Tibaut après auoir recongneu que la demeure de Rome n'est bonne que à ceux qui ont de l'argent à y dépenser, s'est résoleu de s'en partir, en soupirant touttefois et auec le regret q'ont acoustumé de sentir seux qui l'ont goustée lors qui sont contraint de la quitter. Il fera toute les dilligenses à luy possible pour vous conduire les quatre testes de marbres qui sont à Lion chés Monsieur de Label marchand [à Lion] et d'autans plus facillement puis que deuant que de partir de cette ville il a repseu lettres de vous qui l'asurent de trouuer les moyens chés le dit Sieur de Label pour vous les conduire jusques à Paris.
Je Taurois chargé du tableau que je vous ay finy si se n'eust esté que le Courrier de Lion ira plus vitte. et me semble la voiye la plus assurée. Jei pensé encore dauantage quil seroit nécessaire d'atendre vostre ordre comme vous aués acoustumé de faire, et incontinent que je l'aurei repseu vous l'enuoyer. Cependans je ne perderei point le temps car je vas incontinent mettre la main à l'autre. J'aurois sans double mis en exécusion ma promesse si se n'eust esté la maladie qui m'a fet perdre le plus beau temps de toutte l'anée. Si dieu me donne la santé j'espère que en bref vous les aurés tous set car jei mis à part toutte autre faconde. J'atens de vos nouuelles en demeurant comme à l'acoustumée Monsieur Vostre trèshumble et trèsaffectionné Seruiteur
Le Poussin.
(Ms. 12347, fol. 171.)
[M. Poussin 4^ fehurier 164J.
Il me donne aduis de Venuoy du batesme
quil a la main à la penitense qui sera superbe
me mande que Tibaut a achepté à Lion 5o bustes
quil a receu le Hure de M. Scarron
que la forme du Hercules se gaste.]
De Rome Ce. 4i|>« feburier. 1647.
Monsieur
quoy que sous le septîesme du passé je vous aye * importunas d'une de mes lettres, laquelle vous aura auisé de l'enuoy de vostre troisiesme tableau des Set Sacrements comme je l'ei consigné au Courrier de Lion nommé Tome, que jei esté paie de vos cent pistoles par Monsieur Giericot demourant icy à Rome et que je vous aye fet scauoir se quil estoit nécessaire de vous escrire. Jei délibéré à cet ordinaire de vous répéter les choses jà dittes avec une jointe d'autre choses tant de celles que j'auois oubliées comme de celles qui depuis sont ariuées.
Depuis le depar de Monsieur Tibaut, de cette ville pour aler à Paris il m'a escrit de Lion que pour quelque incommodité quil luy estoit suruenue en sa santé il auoit esté contrainct de seiourner en laditte ville plus quil ne pensoit, et que ce destourbier auoit esté un des tours de souplesse que la fortune scait faire quant il luy plaist, et quand elle veut se moquer des pauures hommes ses subiects — meslans tousiours le mal auec le bien et le bien auec le mal. assesonnant ainsy les choses pour nous les faire
1647] l^E NICOLAS POUSSIN. 349
mieux sentir. Ce malheur quil estimoit tel se peu de retardement luy fit faire un rencontre de cinquantedeux tant bust antiques que de figures de marbre toutte lesquelles choses il a eues (il faut dire pour rien). Voilà un heureus voyage poureueu que le reste s'ensuiue. — Se succès innopiné m'a incontinent fet penser que il n'estoit plus nécaissaire de vous chercher des testes de marbre en cette ville puis que bientost vous en auriés à choisir car je crois que vous serés le premier à qui le Sieur Tibaut les fera voirs quand il seront ariués à paris.
de deux autres choses maintenant il est nécessaire de vous auertir et de délibérer sur icelles. — La première est de la forme de l'Hercule de Farnèse laquelle est demourée à l'abandon en la maison là où demouroit le Sieur Tibaut de manière que l'on m'a aduisé que quelques Insolens (mesmes ceux à qui elle a esté comise en garde) [qui] en ont tiré quelque jet la nuit en secret. Etparceque c'est dommage que la forme d'une si belle chose aille en ruine — et que je n'ei point de lieu pour la mettre a couuert chés moy. Je voudrois scauoir ce que vous voulés que l'on en face.
La seconde est vostre coppie de la transfiguration de S' pietro In Montorio que je voudrois vous enuoyer car elle se pourrira rouslée chés moy si ell y demeure dauantage. Voyés si de l'argent qui m'auanse du vostre vous voulés que je face despense ou non et sortons, je vous supplie, de l'une et de l'autre de ces afferes.
Je crois auec l'aide de dieu que maintenant vous aurés ou serés pour recepuoir vostre tableau dernièrement enuoyé. Incontinent que vous l'aurés repseu
VOUS me ferés la faueur de m'en donner aduis. Sependans j'ay la main au quatriesme qui sera superbe dieu aydans. Je coniinuerei à tout le reste sans intermission dieu [aidans] le veille.
J'ei repseu du maistre de la poste de france un liure ridicule des frénésies de Monsieur Scarron'. Sans lettre et sans scauoir qui me l'enuoye. Jei parcoureu le susdit liure [pour] une seule fois pour tousiours. Si j'estois obbligé de dire mon sentiment des œuures de se bon malade je dirois sauf vostre respect quil fet des merueilles car il a le cul rond et fet les estrons carrés, pardonnes à ma liberté.
Monsieur
Vostre trèshumble et trèsobéissant Seruiteur
Poussin.