Poussin a Chantelou
(Ms. 12347, fo^- '990
A Monsieur de Chantelou^ Cons\ et Maistre d'ostel ordinaire du Roy, à Paris.
[M. Poussin 22^ nouembre 1648.
Il mande qu'il enuoye le petit tableau de mon frère.
Il me promet une vierge.]
De Rome le 22™« nouembre .1648.
Monsieur
il y a longtemps que je debuois respondre à vos
I. En effet, l'écriture de Poussin s'alourdit. — « ... les infirmités du corps, qui souvent le travaillaient. Il avait un battement et tremblement du pouls qui l'empêchait de dessiner, et c'est pourquoi quelques-uns de ses dessins ne sont pas d'un trait bien sûr et paraissent faits d'une mam tremblante. Avec l'âge la main devint si débile que cela lui était un empêchement à travailler » (Bellori, Le Vite de' pittori, etc., trad. Rémond, p. 35).
SgO CORRESPONDANCE [1648
deux dernières l'une est du vintsisiesme Aut à laquelle j'aurois respondeu quand je vous escriuis que je vous adresserei le petit tableau de Monsieur vostre fraire si je l'euse resue à temps, par celle là vous me fîtes l'honneur de m'escrire ce qui se passoit à Paris néanmoins que désià nous le sussions car nos anemis qui ne dorment jamais en fesoint par tout les feus de goye'. Depuis ce temps là jei esté fort incommodé d'un dangereus rume que me causa une subite mutation de temp du chaud au froid de manière que les montagnes voisines se virent blanches de nege au quiziesme d'octobre et les pluyes et vents ont duré jusques à maintenant Sependans mon mal c'est passé seullement il me reste un peu de mal au front après le repas qui ne m'empesche pas de m'apliquer quelque peu. Cela m'a empesché que je n'aye escrit à personne. Vous me fette scauoir par vostre dernière du lyme octobre que vous aués repseu celle que je vous auois enuoyée pour vous aduertir que Monsieur Pointel vous deuoit rendre la petite quaisse où estoit le babtesme de S' Jean que jei fet pour Monsieur de Chantelou. et que vous auiés satisfet le sieur Giericot pour le remboursement du payement que j'auois repseu de luy pour le dit tableau. Le reste de la lettre est comme conforme à la teneur de la précédente. Là où vous me ramenteués mon portrait, et que je pense à la Vierge que je vous ay promis de faire. Vous pouués bien vous assurer que tant que je viuray je
I. On ne se rappellera jamais trop combien à cette époque, Rome, l'Italie, toute l'Europe sont divisées par le grand duel franco-espagnol. Louis XIII et les politiques de sa génération détestaient réellement tout ce qui était espagnol (voir le Journal d'Héroard). « Vous ne sauriez croire les belles espérances que ces gens-ci conçoivent d'un renversement général de la France... » (Board, Corr., 7 septembre 1648).
1648] DE NICOLAS POUSSIN. Sgi
ferei mon possible pour vous seruir et obéir, plust à dieu que le pouuoir fust proportionné à la bonne volonté.
Mais pourcequi est de vos bust Je ne scaurois vous rien enuoyer qui vous puisse bien seruir vous pouués faire modeller quelcun de ceus qui sont aux galleries de delà car il y en a d'ausi bons comme icy.
Je ne manquerei pas à vous enuoyer si je peus vostre transfiguration par la voye que vous aués désiré.
Je vous suis redeuable de trois escus et trois jules du vieux conte, qui seront employés à vostre seruice ou descontés sur ce que je vous ferei à l'aduenir.
Quand j'aurei trouué la pensée de la Vierge je vous en enuoyerei un squize auant de mettre la main à l'oeuure.
Je suis atendans ce que vous aura semblé du petit babtesme. par un met de lettre dont j'espère que vous m'onnorerés.
Monsieur Vostre trèshumble et trèsobéissant Seruiteur
Poussin'
Je baise les mains à Monsieur de Chantelou vostre frère de qui j'atens les mesmes faueurs que de vous.