Poussin a Chantelou
(Copie de l'Institut, lettre i25.)
de Rome ce 19* Juin i65o.
Monsieur
Ce seroit une grande sotise à celui qui voudroit
1. Ce sera aussi l'avis du Bernin quand il verra les deux portraits à Paris en i665 {Galette des beaux-arts, février 1877).
2. On sait, par Florent Le Comte (Catalogue du Poussin), que Scarron céda son Ravissement de saint Paul à Jabach,
4l6 CORRESPONDANCE [l65o
entreprendre de contenter tout le monde; mais de tâcher à satisfaire à ses amis c'est une chose qui sied bien à un honnête homme, j'avois délibéré de vous envoyer mon portrait à l'heure même que je l'eus fini, affin de ne pas vous le faire désirer plus long temps; mais quelqu'un de mes bons amis aiant désiré ardemment en avoir la copie. Je n'ai pu honnêtement lui refuser, c'est ce qui a été la cause que je l'ai retenu jusque à présent. Je vous l'envoyé par cet ordinaire dilligemment encaissé comme j'ai coutume. Je prie Mf Serisier mon ami de vous l'envoyer à Paris aussitôt qu'il l'aura reçu à Lion et croi que vous le recevrés bien conditionné. J'ai prié à votre deffaut, A Monsieur Pointel de le retirer et vous le garder tout encaissé jusques à votre retour à Paris si vous en éiiés absent. Dans huitaine le dit S^ Pointel recevra celui que j'ai fait pour lui. et vous en serés le juge de l'un et de l'autre : mais je m'assure de vous avoir tenu la promesse que je vous ai faitte car celui que je vous dédis est le meilleur et très bien resemblant. Je vous suplie, Monsieur, d'accepter de bon coeur ce mien portrait tel qu'il es't, et vous prie de croire que l'original est autant votre, comme la copie. Monsieur
Votre très humble et très obéissant
Serviteur Le Poussin.
d'où il passa, par le duc de Richelieu, « dans le cabinet de Sa Majesté » (c'est le n* 433 du Louvre). Aussi le tableau ne figure-t-il pas dans l'inventaire dressé après le décès de Scarron (A. de Boislisle, Revue des Questions historiques, i8g3).
l65o] DE NICOLAS POUSSIN. 4I7
(Copie de l'Institut, lettre 126.)
de Rome le 3« Juillet i65o.
Monsieur,
Si vous chérissiés mes ouvrages, j'ai à grande gloire que vous les possédiés. Je sens tous les jours les avantages que j'en retire, aussi confesserai-je toujours de vous être grandement obligé. La place que vousvoulés donner à mon portrait en votre maison augmente mes dettes de beaucoup. Il y sera aussi dignement comme fut celui de Virgille au musée d'Augustes. J'en seroi aussi glorieux comme s'il étoit chés les Ducs de Toscanne avec ceux de Léonard Michel L'Ange et Raphaël. Je suis en impatience que vous l'ayés reçus; et de sçavoir s'il vous aura plust. J'ai fait la dilligense que j'ai pu pour le faire resembler, quoique avec incommodité, ceux qui l'ont vu ici l'ont trouvé fort reconnoissable.
Je suis fort aise que Monsieur de Chambrai se souvienne de moi et qu'il me commande quelque chose, je le servirai de tout mon cœur.
Je vous remercie de vos nouvelles quoi qu'elles ne
soient bonnes pour nous n'y en Italie n'y en France.
Nous avons perdus Piombin et nous perderons Lon-
gon* et puis ici à Rome Guai a noi'.
Monsieur
Votre très humble
et très obéissant serviteur
Poussin.
1. Le 17 juin t65o, le gouverneur de Piombino s'était laissé surprendre et les Espagnols reprirent Porto-Longone le 16 juillet, après quarante-sept jours de siège.