Jean Dughet a souligné
2. Pierre Le Maire, dit le petit Lemaire; lié avec Poussin, dont il excellait à copier et à imiter les tableaux (voir Féli-
4S2 CORRESPONDANCE [l665
mort du fameux M. Poussin, ou plutôt de la peinture elle-même; Elle survint le 19 novembre vers midi, avec des sentiments si pieux que les prêtres qui l'assistaient, émus d'une douleur inusitée, pleurèrent eux aussi la fin d'un génie si célèbre. V. S. Ill"« m'excusera si jusqu'à cette présente, je ne vous en ai pas fait part; les affaires qui suivent en de telles occasions furent la cause qui m'en empêcha. Trois jours avant que ledit Poussin passât à l'autre vie, il me recommanda, non seulement de vous écrire, mais de vous envoyer copie de son testament, après que V. S. Ill"« lui fit la grâce de le mander à son héritier, qui se nomme Jean le Tellier, fils de Nicolas le Tellier et de Marie Honorati. V. S. lU'n^ m'excusera donc si j'ose avec une telle liberté exécuter les recommandations du défunt; il ajouta encore que j'écrivis à V. S. qu'il lui demandait humblement pardon et que s'il n'avait pas été dans une extrême nécessité, il n'aurait pas ajouté cette obligation dernière à tant d'autres, infinies, qu'il m'a dit vous avoir. Je vous envoie le testament dans ce pli. V. S. daignera l'ouvrir, le lire et l'expédier le plus vite qu'il vous sera possible, comme je l'espère de votre extrême amabilité, afin que nous puissions, au plus tôt qu'il se pourra, effectuer les ordres du testateur. Je supplie aussi ardemment V. S. de vouloir bien me faire la grâce pour l'honneur du défunt, de faire en sorte que l'héritier consente à la dépense du tombeau en mémoire d'un si grand homme. Elle se monterait environ à 5o doubles; quant au reste je me tiendrais pour très
bien, Entretiens, t. II, p. 54). — « ... Monsieur Pierre Le Maire, qui lui était très cher autant pour son mérite de peintre que pour la longue amitié qui les unissait » (Bellori).
l666] DE NICOLAS POUSSIN. 488
heureux de l'ajouter moi-même, c'est à dire 5o autres doubles. Le susdit sieur ordonna de ne pas dépenser dans ses obsèques plus de 20 écus, comme vous pouvez le lire dans son testament, mais estimant que c'était peu de respect pour son grand mérite, j'ai dépensé 60 écus et de tout cela il est inutile de parler. Vous recevrez, Monsieur, dans ce pli, le testament, une lettre pour V. S., et une autre lettre pour l'héritier, qui lui sera rendue en main propre par M. Lemaire, qui est correspondant de M. Retrou, exécuteur testamentaire avec moi; à qui M. Lemaire aura l'amabilité de donner celle qu'il fera parvenir à Rome dans nos mains. Pour conclure, très illustre S"", je vous supplie humblement d'excuser ma présomption, qui est encouragée par celui à qui j'aurais éternellement d'infinies obligations et pour qui je reste. De V. S. Ill'n«, le très dévoué et très obligé Ser/. Jean Dughet.
de Rome, i" Décembre i665.
214. — Jean Dughet a M. de Chantelou'. (Félibien, Entretiens, 4* partie, i685, p. 3i2.)
Je vous ay dit que l'on avoit toujours crû qu'il avoit composé un Traité des Lumières et des Ombres. M. de Chantelou en ayant écrit au sieur Jean Dughet son beaufrère quelque temps avant la mort du Poussin, afin d'en estre mieux informé, voicy la réponse que le sieur Dughet lui envoya le 23 janvier 1666.
1. Cette lettre, dont l'original est perdu, est donnée par Félibien, p. 3i2 de l'éd. de i685. Elle a été traduite par Jay, p. 395 de l'éd. de 1817, et par Quatremère de Quincy, p. 356 de l'éd. de 1824.
V. S. lUustrissima mi scrive che M. Cerisiers gli hadetto haver veduto un libro fatto dal Signor Poussin, quale tratta di lumi et ombre, colori et misure. Tutto questo non e vero cosa alcuna; et e ben vero che mi è restato nelle mani alcuni manoscritti che trattano d'ombre e lumi, ma son sono altrimenti del sudetto Signore; ma si bene me li fece copiare da un libro originale che tiene il Cardinal Barberino nella sua libraria, et l'autore di tal opéra é 1 Padre Matheo Maestro di Prospettiva del Domenichino. Molli anni sono hora, il sudetto Signor Poussin me ne fece copiare una buona parte prima che noi andassimo in Parigi. Mi fece enco copiare alcune regole di Prospettiva di Vitellione, e da queste cose, hanno creduto molti che Monsieur Poussin l'habbia composte, et acciô V. S. 111. sia certo di quanto gli scrivo, mi fara favore singolarissimo far sapere ail' Illustrissimo Signore de Chambray che volendo vedere il srudetto libro, bastera che V. S. lUustrissima me lo comandi, che si tosto gli lo inviaro per il corriere a conditione che havendolo veduto me lo rimandi. Si tiene da tutti i Francesi che il sudetto defunto habbia lasciato qualche trattato di pittura. V. S. lUustrissima non ne creda cosa alcuna, è ben vero che io li ho inteso dire piu volte che era in deliberatione di dar principio a qualche discorso in matteria di pittura, ma pero benche da me fosso spesso importunato a dar principio, sempre mi remesse di un tempo a un altro; ma finalmente sopragiungendoli la morte suanirano tutte quelle cose che si era proposto, etc.
V. S. Ill™« m'écrit que M. Cerisiers lui a dit avoir vu un livre fait par le Seig;; Poussin, lequel traite des lumières et des ombres, des couleurs et des propor-
l666] DE NICOLAS POUSSIN. 48$
tions. En tout cela, il n'y a rien de vrai; il est bien vrai qu'il m'est resté en main certains manuscrits qui traitent des lumières et des ombres, mais ils ne sont pas du susdit Seigf; il me les fit copier dans un livre original que le Cardinal Barberin tient en sa bibliothèque, et l'auteur de cet ouvrage est le Père Matheo^ Maître de Perspective du Dominiquin. Il y a beaucoup d'années que le susdit Seig;; Poussin m'en lit copier une bonne partie avant que nous n'allions à Paris. Il me fit aussi copier certaines règles de Perspective de Vitellione^, et beaucoup ont cru que Monsieur Poussin les avait composées, et afin que V. S. 111"= soit assurée de tout ce que Je lui écris, elle me fera une faveur singulière en faisant savoir à l'Ill'"* Seigf de Chambray que, s'il veut voir le susdit livre, il suffira que V. S. Ill"^* me le commande pour que je le lui envoie aussitôt par le courrier, à condition qu'il me le renverra quand il l'aura vu. Si tous les Français croient que le susdit défunt avait laissé quelque traité de la peinture, que V. S. 111"= n'en croie rien; il est bien vrai que je lui ai entendu dire plusieurs fois qu'il avait délibéré de commencer quelque discours au sujet de la peinture, mais bien qu'il futsou-
1. Poussin « s'appliqua à la géométrie, et à la perspective ou optique, tant pour la position selon laquelle les objets vont diminuant que pour la proportion des rayons de lumière et d'ombre. En quelle étude le guidèrent les écrits de Matteo Zoccolini, théatin, qui fut maître du Dominiquin en cette science, et sur ce point le plus excellent peintre de son siècle; lesquels écrits étaient conservés dans la bibliothèque de M. le Cardinal Francesco Barberini, et d'autres à Saint-Silvestre à Monte Cavallo » (Bellori, op. cit., trad. de M. G. Rémond,
2. Vitellionis perspectivae libri X (Nuremberg, i533), du mathématicien polonais Vitello ou Viteilus, qui vécut au XIII* siècle.
vent importuné par moi de le commencer, toujours il le remit d'un temps à un autre; mais finalement la mort survînt, et avec elle se sont évanouies toutes ces choses qu'il s'était proposées, etc.