‹ Correspondance de Nicolas PoussinChapitre 34 sur 320 · I. Publiée aussi dans Bottari, t. II, p · texte numérisé non relu

I. Publiée aussi dans Bottari, t. II, p

diso. Entrando in questo luogo, trouai tutto il piano di mezzo accommodato, e mobilato nobilmente, con tutte le prouisioni di cose necessarie sino al legno, ed vna botte di buon vino vecchio di due anni; e lo spatio di tre giorni fui ben trattato aile spese del Re con li miei amici. Il di seguente fui condotto dal detto Signor Noyers ail' Eminentissimo, il quale con vna benignità straordinaria, mi abbracciô, e pigliandomi per la mano mostrô di hauer gran gusto di vedermi. Di là à tre giorni fui menato à S. Germano ; affinchè il Signore di Noyers mi appresentasse al Rè, ma trouandosi indisposto, la mattina seguente fui introdotto dal Signore le Grand fauorito del Rè, che corne benigno Principe ed humanissimo, si degnô di accarezzarmi, e stette vna mezz' hora à domandarmi di moite cose, e voltandosi verso li suoi Cortegiani, disse Voila Vouet bien atrapé. Dopo egli stesso mi ordinô di fare li quadri grandi délie sue Cappelle di Fontanableo, e San Germano. Tornato che fui à casa mia, mi furono portati in vna bella borza di velluto torchino due mila scudi in oro délia stampa nuoua, mille scudi per le mie gages, e mille per il viaggio, oltre tutte le spese. E vero che li quatrini sono in questo paese molto necessarij, perche ogni cosa vi è caro straordinariamente, Adesso fo li pensieri di moite opère, che s'hanno da fare, e credo che si metterà mano à qualche opéra di tapezzaria : délie prime che io metterô inluce, ardirô di mandargliene qualche cosa, non altrimente che per tributo délia mia servitù, che le deuo, e subito che le balle nostre saranno aiiiuate, spero bene compartire il tempo in maniera, che vna parte l'impiegherô al seruigio del Signor Caualiere suo fratello. Si sono mandate le copie in

Piemonte di quelle liste de' Hbri di Pirro Ligorio. lo le raccomando li miei pochi interessi, e la mia casa, mentr' ella si è voluta degnare di curarsene nella mia assenza, la quale non sarà lunga, se io posso. La supplice, che essendo nata per fauorirmi, ella voglia riceuere queste mie molestie con quella generosità, che è sua propria, contentandosi che io le corrisponda con l'affetto délia mia diuotione. Il Signore le doni lunga, e felice vita, mentre à lei mi dedico humilmente.

Parigi li 6. Gennaro 1641.

Niccolô PussiNo.

Au Seig^ Commandeur Carlo Antonio* del Po\\o^ à Rome.

Me confiant à l'ordinaire humanité dont V. S. HW^ a toujours usé envers moi, j'ai cru qu'il était de mon devoir de lui raconter le bon succès de mon voyage, l'état et le lieu où je me trouve, afin que mon patron, comme vous l'êtes, sache où me donner ses ordres. J'ai fait en bonne santé le voyage de Rome à Fontainebleau, où je fus accueilli très honorablement au palais par un gentilhomme, commis à cet effet par M. de Noyers^, et traité l'espace de trois jours splendidement. Puis, en un carrosse du dit Seigneur, je

1. Ce Carlo Antonio, ne le 28 novembre 1606, est le frère de Cassiano del Pozzo, l'illustre protecteur de Poussin. Bottari fait de lui un archevêque de Pisc, erreur reproduite par Jay et par Quatremcrc de Quincy. « Le chevalier del Pozzo était fils d'Antonio Cassiano. Celui-ci était fils d'un premier président du Piémont et cousin de l'archevêque Carlo Antonio » (Ughclli, Italia Sacra, t. III, p. 591).

2. M. de Noyers avait, dans ses attributions, la garde du château de Fontainebleau (voir Bulletin de la Soc. de l'Hist. de Paris, t. XII, p. 358).

fus conduit à Paris, où aussitôt arrivé* je fis visite audit M. de Noyers, lequel m'embrassa cordialement, attestant sa joie de mon arrivée. Le soir je fus conduit par son ordre au lieu qu'il avait déterminé pour ma demeure. C'est un petit palais, car il faut l'appeler ainsi, au milieu du jardin des Tuilleries^. Il contient neuf chambres en trois étages, sans les appartements du bas qui sont séparés, à savoir une cuisine, un endroit pour le gardien, une écurie, un endroit pour renfermer l'hiver les jasmins, et trois autres endroits commodes pour nombre de choses nécessaires. Il y a de plus un beau et grand jardin plein d'arbres à fruits, de fleurs et de légumes les plus variés, avec trois petites fontaines et un puits, outre une belle cour, où sont d'autres arbres fruitiers. J'ai des vues découvertes de tous les côtés, et je crois que l'été c'est un Paradis. En entrant dans ce lieu je trouvai tout l'étage du milieu préparé et meublé noblement, avec toutes les provisions des choses nécessaires jusqu'au bois à brûler et une pièce de bon vin vieux de deux ans; et l'espace de trois jours j'ai été bien traité, aux frais du Roi, avec mes amis'. Le jour suivant, je fus conduit par le dit M. de

1. L'arrivée de Poussin eut les honneurs de la Ga:{ette de Renaudot (p. 848) : « De Paris, le 22 décembre 1640. Le 17 du courant arriva en cette ville le sieur le Poussin, excellent peintre que le Roy a fait venir de Rome, et fut receu par le sieur de Noyers Secrétaire d'Estat et Surintendant des bastimens de Sa Majesté, et ensuite par son Eminence, avec des caresses proportionnées à la grandeur du mérite et de la réputation qu'il s'est acquis en son art. »

2. Sur la maison des Tuileries, voir les recherches de Ph. de Chennevières, La peinture française, p. i53. C'est le pavillon de la Cloche, ainsi nommé de la forme du toit.

3. Les artistes secondaires que Poussin amène avec lui et qu'il appellera souvent la brigade.

Noyers à l'Eminentissime, qui, avec une bienveillance extraordinaire, m'embrassa, et me prenant par la main, témoigna d'avoir grand plaisir à me voir. A trois jours de là je fus mené à Saint-Germain, pour être présenté au Roi par M^ de Noyers, mais comme il se trouva indisposé, le matin suivant, je fus introduit par M. le Grand ^ favori du Roi, qui en Prince bon et très affable, daigna me caresser^, et resta une demiheure à me demander beaucoup de choses; et se tournant vers ses courtisans, il dit : « Voilà Vouet-' bien attrapé ». Ensuite lui-même m'ordonna de faire les grands tableaux de ses chapelles de Fontainebleau et de Saint-Germain. Retourné en ma maison, on me porta, en une belle bourse de velours turquin, deux mille écus d'or^ à la frappe nouvelle", mille écus pour mes gages et mille pour le voyage, en plus de

1. Cinq-Mars avait prêté serment, comme grand écuyer, le i5 novembre lôSg. M. de Noyers paraît avoir été assez lié avec lui, et Cinq-Mars demanda quelquefois son intervention dans ses « brouillerics » avec le roi (voir Avenel, Le dernier épisode de la vie de Richelieu, p. 29). — Cinq-Mars était alors dans une de ses « brouillerics » avec Louis XIII, qui, le 5 janvier 1641, se plaignait de lui à Richelieu. Ils ne se réconcilièrent que le i3.

2. Cette bonté persistera. D'après le Dictionnaire des beauxarts, de Lacorabe (éd. de 1759, p. 699) : « Un jour que cet artiste [Poussin] venait à Fontainebleau, Sa Majesté envoya ses carrosses au devant, et lui fit l'honneur d'aller jusqu'à la porte de sa chambre pour le recevoir. »

3. Simon Vouet (1590-1649) fut, en effet, déchu, à partir de cette date, d'une faveur éclatante dont il jouissait depuis 1627, quand le roi le rappela d'Italie, après un séjour de quinze ans. Il va prendre d'ailleurs sa revanche dans les cabales qui vont bientôt se dresser contre Poussin.

4. L'écu d'argent de 60 sols (voir Caillet, L'administration sous Richelieu, p. 524).

5. La frappe de i638, faite par Varin, sous la direction de M. de Noyers, était en effet fort belle (voir Bonnaffé, p. 74).

toutes mes dépenses. Il est vrai que les quatrains^ sont en ce pays bien nécessaires, parce que toute chose y est chère extraordinairement. A cette heure, je fais les croquis de beaucoup d'ouvrages qu'il me faut faire, et je crois qu'il faudra mettre la main à quelque œuvre de tapisserie^. Des premiers travaux que je mettrai au jour, je m'efforcerai de vous envoyer quelque chose, simplement comme tribut de l'obéissance que je vous dois, et aussitôt que nos bagages seront arrivés, j'espère bien partager le temps de manière que j'en emploie une partie au service de M. le Chevalier votre frère. Les copies de ces listes de livres de Pirro Ligorio^ ont été envoyées en Piémont. Je recommande à V. S. mes petits intérêts et ma maison, puisqu'elle a bien voulu daigner en prendre soin en mon absence, laquelle ne sera pas longue, si je puis. Je supplie V. S., qui semble née pour me

1. « Quatrain, se dit aussi d'une ancienne monnaie qui valait un liard. On dit encore, à l'imitation des Italiens, je n'ai pas un quatrain, pour dire je n'ai point d'argent. » Dict. de Furetière.

2. Il s'agissait d'égaler les fameux Ara:^^: du Vatican : « Huit histoires du Vieux Testament pour autant de tapisseries des chambres royales, à l'imitation des autres de Raphaël » (Bellori, trad. Rémond, p. 24).

3. « Pirro (Pyrrhus) Ligorio s'est fait à la fois connaître comme architecte, comme antiquaire et comme faussaire. Mommsen a démontré qu'il forgeait de toutes pièces des inscriptions qu'il publiait ensuite comme antiques » (note de M. Eugène Mùntz, p. 594 du t. V de la Corresp. de Peiresc).

« Dans ces livres étaient dessinées toutes les antiquités de Rome avec leur description; et les dessins étaient des originaux de la main du Ligorio. Aujourd'hui, ils sont dans la Bibliothèque royale de Turin, et une belle copie des mêmes livres est dans la bibliothèque Vaticane » (note de Bottari). M. de Chennevières suppose que cette copie est sans doute celle faite à Turin, en 1641, pour les del Pozzo, par l'entremise de Poussin.

favoriser, qu'elle veuille souffrir mes importunités avec cette générosité qui lui est propre, trouvant bon que j'y réponde par l'affection de mon dévouement. Que le Seigneur lui donne une longue et heureuse vie à laquelle je me consacre humblement. Paris, le 6 janvier 1641.

Nicolas Poussin.

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