On le surnommait « le gros Lemaire
2. Cette Purification n'est pas mentionnée dans le catalogue de Smith. Poussin n'a pas dû l'exécuter.
1642] DE NICOLAS POUSSIN. l35
lumière des obscurs ténèbres. Je vous dis cesi confidamment m'assurant sur la bonté de vostre naturel et parcequevous gouuernés' l'esprit de Monseignour particulièrement sur ces choses icy^.
1. Poussin a évidemment écrit : gouuernés, — mais le mot a été surchargé, d'une encre plus noire, par le mot : entraînés.— Je suppose que Chantelou, qui communiquait très probablement à M. de Noyers toutes les lettres de Poussin, aura d'abord corrigé le mot : gouuernés, qui aurait paru un peu excessif, et lui aura substitué un terme plus acceptable pour M. de Noyers.
2. Une lettre capitale, et non encore signalée, de Gabriel Naudé à Cass. del Pozzo, du 18 avril 1642, explique clairement la situation de Poussin :
« J'ai pareillement remis à M. Poussin la lettre en main propre, et lui ai donné des renseignements et (fait) une relation particulière sur ce que l'Ill. M. Carlo Antonio et M. Stefano promettaient de faire, c'est-à-dire [de veiller à ce] que ses intérêts fussent bien gouvernés. Mais enfin dans l'entretien un peu plus prolongé que j'eus avec lui dans la maison de M. Bourdelot, je découvris au net son intention, qui est de demeurer ici encore quelque temps, pour s'en retourner après à Rome, où, affirme-t-il, il jouit d'une plus parfaite santé de corps et d'un plus grand repos de l'âme, et s'il est bien possible que ce soit la véritable cause, toutefois je m'imagine encore que ce peut être un prétexte, car, à le dire confidentiellement à V. S. Ill"*, quoique M. Poussin soit homme d'un très grand talent et connu pour tel par beaucoup de ministres, toutefois, le Vouet se maintient très ferme et est l'occasion chaque jour d'une concurrence fort ennuyeuse, car c'est un homme effréné, d'humeur violente, qui cherche son intérêt perfas et ne/as, et quand il pense le trouver, il ajoute quelque ironie et sarcasme, comme verbi gratta de répandre le bruit que tel tableau que l'on estime fait par lui, est seulement d'un de ses aides. Tout cela ne doit pas plaire beaucoup à qui est considéré ici comme son antagoniste ou concurrent. Il me semble encore que les ministres ont un peu manqué de discernement en mettant tant de commandes sur le dos de M. Poussin que — travaillât-il continuellement — il ne pouvait espérer les achever dans toute sa vie, et à cet ennui s'en ajoute un autre, car ledit M. Poussin travaillant seulement ses dessins et cartons, il peut se rencontrer que des peintres ignorants ne les copient à sa manière, de sorte que ou pour ces raisons ou pour d'autres, je tiens pour assuré que ledit M.,
l36 CORRESPONDANCE [1642
Le sieur Vincent MancioUa ma prié que je sache de vous sil doibt venir comme il fut proposé dès l'anée passée pour lui faire dépeindre les tableaus du lambris de la gallerie du Louvre il en atend la responce et de l'argent pour son voyage.
Le sieur Angelloni vous supplie trèshumblement de luy faire cette faueur quil puisse recepuoir quelque lettres touchans l'agrément de son livre et affin que estans honnoré d'icelles elle facent taire ceux qui quelquefois mette leur langues jusque au Ciel et quelle puisse seruir pour honnorer sa postérité C'est une grâce que vous lui pouués faire'. Le bon Père Ferrari est atendans les commandements de Monseigneur touchans la dédication de son liure des Hespérides au Roy vous en aués donné des espérances assés grandes pour oser vous en faire souuenir. Sil vous plaist Monsieur me donner un mot de responce vous soulagerés extrêmement votre trèshumble seruiteur
pour vous seruir à jamais
Poussin Jey entendu dire quil ia à Narbonne en quelque lieu
dès qu'il aura fini ce qu'il s'est pour l'instant chargé d'exécuter, s'en retournera à Rome pour vivre plus tranquillement, et bien que je l'en ai dissuadé le plus qu'il m'a été possible, toutefois je dis confidentiellement à V. S. 111"* que les agitations de cette cité sont telles et si fastidieuses à qui est habitué à la vie de Rome qu'il lui paraît chose certaine d'être passé du paradis dans l'enfer... Je supplie V. S. 111"* de ne pas divulguer ce que je lui ai dit sur M. Poussin... » (traduction du texte italien, cité dans Lumbroso, Notis[ie sulla vita di Cassiano del Po^:[0 con alcuni suoi ricordi e una centeria di lettere (dont celles de Bourdelot). Turin, 1875 (dans Miscellanea, t. XV).