Poussin a Chantelou
(Ms. 12347, ^ol- 69.)
A Monsieur de Chantelou^ Commis de Monseigneur de Noyers^ en Court.
{M. Poussin 26 May 1642.
Cette lettre est escripte après celle pour sa def-
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de Paris Ce 26. May
Monsieur Je nei osé jusques à pré-
sent vous importuner de mes lettres sachans les grandissimes affaires que la maladie de Son Éminense*
1. La santé très chancelante de Richelieu s'était fort altérée en mai 1642. Un flux hémorroïdal supprimé avait provoqué une série d'abcès au bras droit. Sétons, injections, aucun remède ne diminuait les souffrances cruelles du malade ni lui rendait l'usage de son bras qui ne lui permettait plus d'écrire ni même de signer.
l58 CORRESPONDANCE [1642
suscitée vous a acru mais maiten' que nous auons bonne nouuelle de sa santé' jay cru que vous auriés dauenture le loisir de recepuoir et lire ce mot qui ne seruira que de un milion de remerciment que je fais à Monseigneur de Noyer et à vous touchans les lettres du dishuitiesme auril de Narbonnes : par icelles mondit Signour me deschargant de ce que alla vérité meust beaucoup embarassé. Je repçus avec les susdites lettres un billet pour donner à Monsieur de mauroy^ en vertu du quel je debuois recepuoir cinq cens escus pour ce que jay fet cette anée alla gallerie. Je les auois desia repçus Cest pourquoy le sudit billet na de rien serui. Je continue tousiours comme alacoustumée les desseins et cartons de la gallerie sans moccuper à autre chose. Jespère que alla fin de ce mois j'aurey mis à bon termes les sudits desseins de sorte quil restera seullement à continuer les fables d'Hercules et lors le tout se pourra commettre à Monsieur Le maire sil en voudra prendre la
1. Le chancelier Séguier, resté pour tenir Paris, ne laissait parvenir au public que des nouvelles empreintes d'un optimisme officiel. Richelieu allait si peu mieux que, le 22 mai 1642, M. de Noyers (que Richelieu avait appelé le 18) écrivait à Chavigni : « Je feus désolé hier toute la journée tant S. Em. me sembla en mauvais état... », et c'est le lendemain 23 que Richelieu rédigea son testament. Il quitta Narbonne pour Agde, le 27 mai 1642. — Guy Patin ne se trompait pas quand il écrivait à Selon, le 24 mai 1642 : « Beaucoup de gens qui ont plus d'intérêt à sa conservation que le commun disent toujours qu'il va en amendant, sed non ego credulis illis; )e crois bien que le mal est fort grand et que le personnage est fort affaibli » (Bibl. nat., ms. fr. 9358).
2. M. de Mauroy, l'un des premiers commis de M. de Noyers (Avenel, Corr. de Richelieu, t. VIII, p. 140), puis intendant général des finances et ambassadeur de France. Il possédait de Poussin l'Assomption (n* 423 du Louvre) et une Adoration des Mages (n* 429).
1642] DE NICOLAS POUSSIN. I Sq
peine et sil plaira à Monseigneur de me donner occasion de pouuoir laisser quelque chose en france de moy auant que je meure digne du peu de nom que jay aquis enuers les entendus.
Jescris il i a quelque temps une longue lettre à MOseigneur où je crains d'auoir trop parlé à la bOne toutefois j'espère quil mescusera si bien il y aura eu quelque chose du mal digéré dautans qu'il scait bien combien il est insuportable d'endurer* les sottes repréhensions des ignorans. Je massureque devostre costé vous naurés pas manqué de me fauoriser en adoussissant ce qui y estoit de trop rude. Je vous suplie de me tenir tousiours en votre protectiS et que je ne désire au monde rien plus que d'estre tousiours Monsieur le plus humble et le plus déuôt de vos seruiteurs
Vostre trèsobligé Seruiteur Poussin.