‹ Correspondance de P.-J. Proudhon (volume 2)Chapitre 10 sur 27 · A M. NICOLLE · texte numérisé non relu

A M. NICOLLE

Mon cher monsieur NîcoUe, je suis bien honteux, quand vous avez tant de droils à mon souvenir, de ne venir vous donner signe de vie que pour vous demander un service.

M. Cœulte, un fort brave homme, que j'ai eu Toccasîou de connaître depuis tantôt quinze ans, est le beaufrère de Tun des frères de ma femme. C'est un homme qui a beaucoup travaillé dans sa vie, qui a de Texpérience en beaucoup de choses, mais qui, comme tant d'autres, est sorti Gros- Jean comme devant de ses entreprises. Il est parvenu à joindre les deux bouts; mais c'est tout. Aujourd'hui il n'a plus qu'une ambition, qui est de se rattacher à quelqu'un de plus habile et de plus heureux que lui, et d'utiliser les connaissances industrielles qu'il a acquises et qu'il a payées fort cher. M. Cœulte, en trois mots, chaudronnier de son état, s'est fait plus tard photographe, puis il a été employé avec distinction aux travaux de terrassement dans le corps des ponts et chaussées. Il est convaincu, si vous consentiez à le mettre à l'essai, qu'il pourrait vous rendre encore de bons et utiles services ; et pour moi je

DR P.-J. PROtTDHON. \ 87

n'en fais aucun doute. Je serais donc bien heureux, surtout flatté, que yous voulussiez bien, un peu à ma recommandation et beaucoup en raison de la capacité de M. Cœulte, le placer dans votre établissement.

Depuis deux ans j'ai été souvent malade ; et je ne vais pour ainsi dire plus à Paris. En tout cas, mes excursions ne s'étendent pas au delà du Palais-Royal et du quai Voltaire, ce qui veut dire qu'elles s'arrêtent au magasin de mes libraires. A Passy, je me trouve aussi éloigné de la rue Amelot que lorsque j'étais à Bruxelles. Mais, grâce à ma femme, plus ingambe que moi, et que ses relations de famille ont toujours conduite de votre côté, j'ai eu toujours des nouvelles assez fréquentes de votre santé et de celles de M"**» Nicolle et Roussel.

Soyez-donc assez bon, mon cher monsieur Nicolle, pour ne vous souvenir en ce moment que des mauvais jours que nous avons passés ensemble, et ctojez que ma femme et moi n'avons jamais oublié de nôtre côté les moments agréables que nous avons passés avec vous.

Je vous serre la main bien cordialement.

P.-J. Proudhon,

P. S. Ma femme se recommande au souvenir et à l'indulgence de M®« Nicolle.

Passy, 3 novembre 1864.

Page 1