‹ Correspondance de P.-J. Proudhon (volume 2)Chapitre 14 sur 27 · IIS CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

IIS CORRESPONDANCE

Passy, i^ décembre 1864^

A M. CHARLES MORARt

Monsieur, Textrôme fatigue qu'éprouve mon père à la suite des accès d'asthme nerveux auxquels il est en proie, l'oblige à renoncer à toute correspondance, sauf à recourir en certains cas à une main étrangère.

Vous avez parfaitement jugé, monsieur, la situation faite à mon père par le pouvoir et les journaux. L'étouffement, la calomnie et le plagiat : voilà les armes dont on use avec lui.

Mon père ne demanderait pas mieux que de répondre à ses adversaires par un redoublement de publications et d'énergie; mais le journal et les forces lui manquent.

Mon père recevra avec plaisir la communication que vous vous proposez de lui faire; il lira avec un extrême plaisir votre manuscrit, dont le titre seul l'intéresse fort. Pour peu que sa santé le lui permette, il vous fera connaître son sentiment.

Recevez, monsieur, les salutations respectueuses de votre très*humble servante.

Pour mon père :

Catherine Proudhok.

E P.-J. PRUUDHON. lis

Passy, jer décembre 1864.

A M. LE DOCTEUR CRETIN

Cher ami, vous direz que je m'écoute : dites ce que vous voudrez.

La crise dont vous parlait hier Cathe s'est arrêtée à neuf heures. Elle a repris à dix heures, une heure après mon coucher et n'a cessé qu'à huit heures du matin.

J'ai passé la nuit dans une telle faiblesse que je cherchais le frais, je demandais de l'eau fraîche et du vinaigre pour me ranimer.

Je me suis assez bien levé, et j'ai pu faire un petit travail de deux heures.

Depuis midi, la crise fait mine de reparaître; j'espère que mon dîner l'enrayera de nouveau; mais elle reviendra immanquablement vers sept heures.

Ce qui me préoccupe, c'est de savoir si là iryone me convient; car, enûn, je crains bien plus les attaques nerveuses que toutes les secousses de rhume, qui semblent s'apaiser d'ailleurs toutes les fois que les nerfs sont agités.

Ayez pitié d') ma faiblesse de malade, et surtout de mes faiblesses. ^ Après cela, vous prendriez inutilecoiiBSp. XIV 8

Ul OORRESPWDANCE

ment la peine de me yenir voir; yous ne découyiiriez rien que yous n'ayez vu et connaissiez par ayance. Donc, dites-moi si je dois ou non continuer la brjone?

Ma femme vous porte à tous nos compliments et répondra à yos questions,

Mourrai-je étouffé, ou mourrai-je de faiblesse? Thai is ih$ question. C'est ayec làtoUwr not to te, tout ce que je sais d'anglais.

Votre déplorable

P,-J, Proudhok,

DE P^-J^ PROUDHON. Iif^

Passj« 10 dôûimbre I864«

A M. LE DOCTEUR CRETIN

Cher ami, nuit meilleure et plus calme; j'ai pu m'étendre sur le flanc et dormir quelque peu.

J'ai observé de nouveau les symptômes déjà indiqués de la bryone; énervation et nausée légère; respiration un peu plus facile.

Ce médicament m'agite, je le sens positivement. J'ai réduit les doses à dix gouttes par cuillerée au lieu de douze, que vous m'avez indiquées en dernier lieu. Je ne changerai que sur votre ordre exprès.

En résumé, après une huitaine pleine d'oscillations, je me trouve aujourd'hui avoir de nouveau perdu du terrain. Quel est donc cet affreux mal?...

Un signe, qui aura peut-être à vos yeux sa valeur. Les lourdeurs dont je me plaignais précédemment à l'occiput et le long de l'épine dorsale, toute cette nervosité que je croyais être la cause première de ma maladie, a disparu ou peu s'en faut; je ne m'aperçois de rien. Je ne pense plus à un ramollissement. En revanche, c'est sur le creux de l'estomac (autre centre nerveux, n'est-ce pas?) que se sont reportées mes principales souffrances. Je ne puis rien soulever avec les

bras, je me serre restamac; j'y place des linges chauds, et suis tout courbé. Je ne marche qu'appuyé de tout le corps sur Catherine.

Quant à la fièvre, elle ne me quitte plus; en sorte que je puis me dire en crise permanente. Ne saurait-on me débarrasser de cette fièvre?

Cher docteur, je commence à comprendre l'existence d'un médecin. Que je vous plains, si, sur vingt malades, vous on avez toujours deux comme moi! Impatient comme je suis, je renoncerais bien vite au métier et laisserais philosophiquement mourir le monde. A vous de tout cœur.

P.-J. Proudhon.

PasBj, 13 décembre 1864.

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