A M. LEURS
Cher monsieur Leurs, nous avons reçu votre photographie qui prendra immédiatement sa place dans la collection des portraits de nos amis; ma femme et mes filles vous sont on ne peut plus reconnaissantes de ce nouveau témoignage de votre amitié.
Quant à moi, il m'est impossible d'accepter vos eîccuses. Nous espérions que vous nous donneriez i$ne journée, et voici quel était notre projet : Depuis que je suis en convalescence, j'ai promis à ma femme que nous ferions un jour tous ensemble une promenade à Paris, et que nous dînerions aux Champs-Elysées. Vous voyant arriver, j'ai décidé sur-le-champ que cette promenade et ce diner auraient lieu le lendemain ou le surlendemain, à votre choix. C'était une petite fête de famille que nous voulions célébrer avec vous. Ma femme et mes filles en eussent été bien heureuses. Vous savez, monsieur Leurs, combien de gracieusetés elles ont reçu de vous ainsi que de M"® Leurs. Elles en parlent souvent; elles auraient aimé à vous en témoigner encore, dans une réunion intime, leur reconnaissance. Afin que cette pelite partie de plaisir ne vous parût pas trop insipide, j'avais invité un de mes meil-
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leurs amis, qui est pour mai comme un frère ; enfin, j'espérais que, grâce à ce modeste dîner, tous auriez remporté de votre séjour à Paris et de nous un plus agréable souvenir. L'impatience où vous étiez de retourner à Bruxelles nous a privés de cette joie.
En voyant que vous ne reveniez pas, ma femme m'a reproché de n'avoir pas mis à exécution le jour même de votre arrivée, et pour ainsi dire improvisé, le projet que je désirais renvoyer au lendemain. Mais ni elle ni moi n'étions en mesure de sortir : les enfants à l'école ; vous parliez d'un rendez- vous pour le soir, ce que semblait confirmer la présence d'une personne à moi inconnue; et puis, comment supposer que venant à Paris pour vos affaires, vous n'y passeriez qu'un jour plein?.... Enfin, c'est moi qu'on acquse; et si, à première occasion, vous ne me donnez pas la satisfaction à laquelle j'ai droit, je serai obligé de croire que vous me retirez votre amitié.
Je suis toujours peu ingambe, bien que je possède un excellent appétit, mes forces ne reviennent que lentement. Hier, pour la première fois, j'ai essayé de travailler, et je me suis trouvé radicalement impuissant.
Ma femme n'est guère plus heureuse, criblée comme elle est, de toutes sortes d'infirmités. Elle travaille pourtant, soit qu'elle ait plus de courage que moi, soit que les ms^ux dont elle souffre n'atteignent pas chez elle le. centre nerveux, de qui dépend le mouvement de la machine.
Mille amitiés à M"« Leurs ; bonjour à M^^* Clara.
Je vous serre la main, cher monsieur Leurs, trèscordialemeut.
P.-J. Paoudhou.
Passy, 21 juiUet 1864.