‹ Correspondance de P.-J. Proudhon (volume 2)Chapitre 22 sur 27 · iation volontaire, ne signifie plus rien pour nous. Ce · texte numérisé non relu

iation volontaire, ne signifie plus rien pour nous. Ce

qui préoccupe les esprits, ce ne sopit ^us le^ frais^

c'est le régime de écoies. Osez dire, par jBxemple, avQÇf

Edgar Quinet,^ que renseignement doit êtrp exclp^i-^

vement civil, c'est-à-dire scientifiqjne ekprofe3sionnel>

mais point du tout religieux; qu'en idî\l d'éducation^

comme de gouvernement, le spirituel doit être sépari^

du temparel, ainsi que cela se pratique depuis longues

anîiées en HoUùnde^ à la grande sQtisfactjion deâfa^-.

milles et de TÉtat. Qsez^ dis-je, avec l'auteur d'AJutSr

vérusy lancer cet anathème au cçitbiitliçisme, eit ,WU5

cDwronsque vous avez le souffle révQluti9nnaire. A.lprst

cette questîén résoluôi nous vous en poserjons dlautr^es;

sur lesquelles nous appellerons de noui^eau l'effort de

votre gé0ie.

a 8. Létablissemej^ éPun impôt unique^ proportionnel H progressif. »

Vous avez tellement Thabitude de parler sans réfléchir qu'il vous arrive à tous moments de débiter, sans vous en apercevoir, les plus pitoyables bévues. Comment avez- vous oublié qae proportionnalité ei progrèssion dans Timpôt sont termes contradictoires et qui s'excluent réciproquement? Si la proportionnalité est de droit, la progression est une injustice, et vice versa: si Tune est vraie, l'autre est absurde : cela est d'une évidence logique, politique et mathématique.

Quant à Yunité de l'impôt, vous jie pouvez pas ignorer qu'elle dépend essentiellement de l'assiette de l'impôt : or, comme l'impôt ne peut, sans une inégalité choquante, être établi sur un seul objet, il en résulte que l'unité de l'impôt est tout simplement une chimère. Gela est démontré en Économie politique, depuis le temps des physiocrates.

Ce qui est vrai, mais que vous n'aviez garde de dire, tant les idées vraiment révolutionnaires vous répugnent, c^est que l'impôt sur le capital, qu'on a proposé dans ces derniers temps de substituer à la plupart des autres impôts, et même à tou^, n'est, au fond, qu'un procédé transitoire, un instrument d'émancipation et de révolution, excellent pour changer le rapport des fortunes et donner une direction nouvelle à l'activité industrielle, mais incompatible avec l'otdre de choses que la Révolution doit créer; qui, par conséquent, doit disparaître avec les entraves qui pèsent en ce moment sur la circulation des capitaux et des produits. Voilà ce que vous eussiez dit au peuple, si vous aviez eu plus de souci de lui donnez des idées justes que de capter sa

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faveur en excitant son envie et en suspendant les menaces sur les fortunes patriciennes.

« 9. L'abolition de tout monopole. » ^

Sauriez-vous me 4ire quel est le sens que vous attachez à ces paroles 1 Avez-vous calculé la portée de ces deux mots : tout monopole? Avez-vous réfléchi que toute propriété littéraire, industrielle, agricole, commerciale, constitue, en fait et en droit, im monopole ? que le privilège du sol n'est pas plus respectable, au fond, que celui de la boulangerie, de Vimprimerie, etc. ? Songez donc, une fois pour toutes, que vous n'écrivez pas seulement pour la multitude peu sévère en matière de protocole, que vous êtes lus encore par les hommes de sang-froid, quiont rhabitude de chercher la pensée dans le verbe. ^

Et voilà tout I Dix phrases dépourvues de sens, c'^st ce que vous appelez votre programme :, a le programme des idées mûres et. qui se peuvent appliquer demain; le programme que, dans des tem,ps meilleurs, la Montagne et la presse socialiste élaborèrent en commun ! »

Puis, vous vous écriez : . > ^

« Peuple ! ces biens, ils sont à toî, si tu vetix I Mais à quelle condition I A la condition de rédevenir révolutionnaire, de ne te plus laisser aller aux utopies, aux vaines paroles !» . : -

Après quoi, vous flagellez Tune après l'autre la presse démocratique et la Montagne; et vous engagez le peuple à ne plus compter que sur son intrépidité et sa conscience.

Est-ce sérieux ce, que vou^ venez de faire, citoyens proscrits? Quoi ! c'est avec cela que vo^is compter faire

3I« GOftRBSPONBAI^ÔB

ia ^erre âvaTois, apaiser les jalousies nationales, conjurer les guerrestie races, établir la fraternité -entre les ipeuples, constituer la démocratie européenne ! C'est ainsi que vous prétendez continuer la révolution et i^^oudre les pix)blèmeâ du travail,' du crédit, de Tassociation, de Timpôt, de la propriété, de TÉtat? C'est eu Vertu de ces belles conceptions que vous infligez Je blâme à la presse et aux représentants, vos ex-collègues !' C'est surde pareils considérants que vous motivez Votre deuxième appel aux armes !...

Appeler le peuple aux armes ! Mais vous en êtes donc encore à savoir^urquoi votre manifestation du 13 juin n*a pas abouir, pourquoi elle ne pouvait aboutir"? L'in- ^urréction, sacbez-le donc pour votre gouverne, Tin- ^tttrection , malgré toutesles déclarations et glorifications démagogiques, porte en soi quelque chose de défavorable, comme là guerre et le supplice; quelque chose irpii fait que la conscience du peuple y répugne, et que 'les citoyens n'y vont qu'à contre-ôosur. Et œ n'est pas uiie doctrine que je prêche, c'est un fait que je constate. L'insurrection il'a de succès qu'autant qu'elle réussit à se dissimuler. On dirait que le p^euple, même dans la pl^ ju^tedes causes, rougisse de se révolter. La révolu- Ji<m de 1830 s'^st faite aux cris de Vive la Charte! celle 4e.l&48 à celui (}e Vive la Réforme! Bien loin qu'il y eût dans ces cris rien d'insurrectionnel, c'était une protestation contre l'insurrection. La passion et l'eii- Iraîneinent peuvent ensuite convertir en révolution un mouvement qui, d'abord, n'avait rien que de pacifique et de légal : jamais on n'a vu l'insurrection de tout un peuple s'avouer dès le premier moment comme telle. Yotre appel aux armes, proféré du haut de la tribune, a rendu l'insui^rection impossible au 13 juin 1849, im-

possible au 31 mai 1850^ impossible peut-être pour bien des années encore.

Et puis, il ne faut pas tous le dissimuler, le peuple, ainsi que la bourgeoisie, n'a nulle confiance en vous. Le peuple rit de vos pasquinades politiques et sociales; il vous a connus à Tœuvre ; il a jugé la puissance de vos moyens et la fécondité de vos ressources ; il a vu poindre» sous votre initiative, cette réaction que vous condamnez aujourd'hui, mais dont le principe est toujours vivant dans vos cœurs; il a senti que vous, qui parlez sans eesso de tradition révolutionnaire, vous aviez perdu le fil de cette tradition ; il se convainc tous les jours, par la lecture de vos manifestes, que vous êtes aussi étrangers à ses aspirations qu'ignorants de la marche de ses idées et de la situation de ses intérêts; il sait, enfin, que vous n'êtes que des hommes d'autorité et de pouvoir, et pour rien au monde il ne se. soucie de remettre une seconde fois ses destinées entre vos mains.

Tranquillisez-vous donc, et, quoi qu'il arrive, ne vous excitez pas le cerveau, ne vous échauffez point la bile. Acceptez, en toute résignation, le repos que vous fait l'exil, et mettez- vous bien dans la tête qu'à moins d'une transformation complète de votre esprit, de votre caractère, de votre intelligence, votre rôle est fini, Ls^ Révolution du dix-neuvième siècle est chose plus grave que vous ne paraissez le croire : c'est ce qui explique, dans notre brave et intelligente, nation, cette attitude calme, ce système d'expectative qui vous révoltent. Qu'est-ce, en vérité, que la loi contre la presse, devant la perspective d'une révolution agraire ? Qu'est-ce que la mutilation du suffrage universel, devant cette question du crédit gratuit, devant cette négation de la productivité du capital, qui ôte toute réalité au principe

propriétaire? La question révolutionnaire, elle est bien au delà de la guerre de Rome, de la liberté des journaux et des restrictions du suffrage universel ; elle est entre le principe de liberté, que vous n'avez jamais compris, et le principe d'autorité, que vous comprenez encore moins. La réaction n'est pas arrivée à son terme: après avoir éliminé tour à tour les socialistes, les seuls représentants de la Révolution, puis les démocrates de la Réforme et du National^ puis les républicains modérés du Siècle, puis les parlementaires de la vieille opposition , elle est en train d'expulser encore les orléanistes du Courrier français et des Débats, avec les légitimistes de la Gazette, de V Opinim publique et de \ Union. La réaction se résume aujourd'hui ^ousIq Pouvoir eiV Univers, l'empereur et le Pape, Charlemagne et Grégoire VIL II faut qu'elle aille jusque-là, sous peine de reculer; et si elle recule, elle tombe dans la Révolution.

C'est là aussi que l'attend le peuple, La réaction et la Révolution se définissent l'une par l'autre : les travailleurs, avec un instinct admirable, l'ont compris. Aussi ne doutent-ils pas de la victoire. Grâce au ciel, l'esprit humain est plus que jamais indomptable, le peuple ingouvernable, le producteur inassociable. Que la Révolution vienne quand elle voudra, il n'y a plus de place pour les dictateurs, les gouverneurs, les exploiteurs, les directeurs : à chacun le travail; à chacun le capital et le gouvernement.

Voulez-vous donc, citoyens, servir encore votre patrie, travailler au progrès, contribuer au triomphe de la Révolution î Croyez-moi, devenez d'autres hommes. Meltez au crochet votre défroque parlementaire, rengainez votre phraséologie, brûlez-moi ces vieux oripeaux du jacobinisme ; étudiez la philosophie de l'his-

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toire, de TÉconomie politique et du droit. Teaez , voulez-vous que je vous dise toute ma pensée? Je ne connais qu'un mot qui caractérise votre passé, et je saisis cette occasion de le faire passer de l'argot populaire dans la langue politique. Avec vos grands mots de guerre aux rois et de fraternité des peuples; avec vos parades révolutionnaires et tout ce tintamarre de démagogues, vous n'avez été jusqu'à présent que des blagueurs.

Salut et fraternité.

P.-J. Proudhon.

314 €OilBfiâPOm>^CE.

CioDcienKerie, 3 août #850.

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