AUX RÉDACTEURS DU PEUPLE DE
Chers amis, en refusant de s^associer à la polémique soulevée tout à coup entre les rédacteurs du.Pmcrft et moi, les auteurs de la lettre publiée par le Natûmal dijt 29 juillet, vos souscripteurs ont usé d'un droit incontestable; je dis plus, ils ont fait acte de haute convenance. Loin de regretter cette démarche, il faut les en féliciter.
Quant à moi, je puis le dire, et je ne crains pas qu'on accuse ma bonne foi, jamais je n'eusse exercé de telles représailles contre des hommes qui souffrent^ ainsi que moi, pour la République, si je n'y avais été forcé nominativement par la plus inconcevable agression. En voyant les idées et les actes, qui nous sont communs à tous, attaqués, ûétrîs dans ma personne; en voyant reproduire, sur nouveaux frais, des paroles tant de fois réfutées, et dont l'obstination a produit, selon moi, tous les malheurs de la démocratie, j'ai cru qu'il était de mon devoir de rompre le silence, et, tout en vengeant ma propre injure, de rétablir, dans soi^ intégrité radicale, l'idée de la Révolution* Que vos lecteurs le sachent donc, et que les hono-
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rables représentants qui ont bien voulu encourager vos efforts, Michel (de Bourges), Boysset, V. Schœlcher, Ducoux, Bertholon et leurs amis en soient bien convaincus : TarAicle du Peuple de 1850, qui a soulevé de si vives inquiétudes, imputable à moi seul, ne s'adressait qu'au Proscrit, ou plutôt à Tesprit, à l'influence qu'il s'efforce de faire revivre ; et votre intention, à vous, en publiant cet article, a été de fournir à un collègue, à un ami, le moyen de répondre personnellement à une attaque personnelle, nullement de jeter une sorte de défi au parti républicain.
Cette déclaration suffira, je l'espère, pour rassurer les démocrates de Paris et des départements, qui ont cru voir dans ma réponse le signal de nouvelles divisions. Nous ne sommes, qu'on l'entende une fois pour toutes, ni une académie, ni une secte. Nous sommes des républicains théoriques et pratiques, des républicains convaincus que la Révolution de 1848 ayant son objet propre, son œuvre spéciale, ses lois à elle, elle doit avoir aussi sa politique et sa marche déterminée. Salut fraternel.
P.-J. Proudhon.
Conciergerie. 19 septembre 1850.