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aux anciens nobles, le mieux qu*on en puisse penser est qu'ils descendaient des barbares de Clodion, Mérovée, Clovis, etc., ce qui n'a rien pour moi d'intéressant, d'autant moins que la race s'est usée et a complètement disparu.
Encore un peu, et cette sotte engeance s'empressera de se débaptiser, et nous la verrons telle qu'elle est. Je vous salue, monsieur, bien sincèrement.
P.-J. Proudhon«
DE P.^. paoODBON. I»
Pauj, 10 août f 8SI.
A M. AUGUSTE DEFONTAINE
Cher monsieur, je pars ce soir, à huit heures, pour la Franche-Coralé, où je compte passer une quinzaine. Deux fois déjà un court séjour à la campagne, et Tabsence de toute occupation intellectuelle, m'a rendu à la santé ; je yais essayer encore une fois du remède. Puisse mon attente n'être pas trompée 1 J'ai tant à faire encore !
Votre lettre contient une parole des plus justes à l'endroit du procès des Treize, c'est que : suffrage unUtersel et direct et liberté absolue des élections sont termes identiques. Là est la condamnation du pouvoir qui a fait le procès, et de la législation, d'ailleurs trop certaine, qui a motivé la condamnation. Sur ce point je suis donc tout à fait de votre avis.
Malheureusement, avec le système de gouvernement à haute centralisation qui nous régit, cette liberté électorale est impossible; et ce qui est plus triste encore, c'est que les inculpés sont tous partisans de cette centralisation ou pouvoir unitaire! C'est ce que je vous ferai toucher du doigt dans ma prochaine publication. Nous marchons donc dans un véritable fourré de
contradictions, et c'est ce que notre pays se refuse à voir.
Nous avons mis la bière en bouteille, et cela semble gagner en qualité. En tout cas, elle se boit avec plaisir et nous Taimons beaucoup. Je regarde comme un vrai bonheur que vous soyez venu me rassurer à cet égard. Et pourtant elle n'a pas le bouquet qu'avait la première, et qui me causait un si vif plaisir. A mon retour je vous renverrai le fût, qui n'est pas encore tout à fait vide, et que j'ai recommandé de rincer et faire égoutter avec soin.
Pressé par les préparatifs de mon voyage, je ne puis, cher monsieur, que vous presser la main.
A vous de tout cœur.
P.-J. Proudhon.
Passy, 20 août 1864.
A M. LE DOCTEUR POUCHET
Monsieur, j'ai reçu^ à vingt-quatre heures d'intervalle, votre excellent ouvrage sur la génération spontanée, ainsi que la Conférence de M. Joly, et j'en ai lu, sans désemparer, la plus grande partie.
Je croyais, en vertu de la plus légitime des inductions, et sur la foi de certaines analogies philosophiques, à la génération spontanée ; vous m'avez appris en quoi elle consiste, et me l'avez fait pour ainsi dire toucher du doigt. C'est la gloire de l'esprit humain de pouvoir pressentir, deviner la vérité; c'est sa plus noble conquête de s'en emparer par l'observation et l'expérience.
Maintenant, vousl'avouerai-je, monsieur? vos expériences, irréfragables, que la mauvaise foi seule peut contester, m'épouvantent. Vous m'avez fait assister à la création de nihïlo. Car vous avez beau dire que rien ne se fait de rien ; que la génération des animalcules inférieurs ne se produit spontanément qu'à la condition d'une matière préalable, à demi organisée, et entourée de certaines conditions ; il n'en existe pas moins un abime entre vos macérations et vos fourmilières d'infu-
soires. Je ne xn*attendais pas, je vous le confesse, à un pareil saut. Je croyais à une série de transitions; vous, au contraire, vous nous faites voir la vie, Tanimalité, naissant à mime la matière ; c'est votre expression. La préexistence des germes était une hypothèse bien séduisante ; par elle la génération spontanée devait, selon moi, s'expliquer un jour; vous niez et détruisez cette hypothèse. Je prêtais à la matière une sorte d'idée obscure, de rêve ou conception métaphysique, invisible au plus paissant microscope; vous me forcez de renoncer à cette chimère; d'après vous, Bactriens, Vibrions, Monades, etc., naissent comme la lumière naît dans la Genèse; comme naît le cristal dans le précipité chimique, d'un coup, par une sorte de fulguration, de décharge électrique. Sans doute, il y a progrès d'une espèce à l'autre ; l'échelle animale est infinie. Mais le pied de cette échelle n'en repose pas moins sur lo néant, ou si vous aimez mieux, sur l'action immédiate d'une force inconnue, qu'il ne nous reste plus qu'à appeler le Créateur ou Dieu. Voilà, je vous le répète, ce qui me foudroie; je vous aurais vu ressusciter on mort, que mon étonnement no serait pas moindre.
Je n'ai pas bien compris ce qu'est venu dire en dernier lieu M. Coste, pour réfuter votre théorie; depuis que je vous ai lu, cela me semble une pure chicane. En présence de ces millions de milliards d'infusoires, que créent en quelques jours, avec les plus pauvres éléments, vos ingénieuses expériences, qui ne voit que la génération ordinaire devient tout à fait insvfflsante?,.. Qui n'entrevoit déjà que les règnes animal et végétal, à partir des organismes les plus inférieurs que nous puissions saisir à lœil nu, requièrent, comme condition première d'alimentation, ces créations d'animalcules
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pour ainsi dire diluviennes? Âhl monsieur, ceux qui vous traitent de matérialiste et d'impie sont bien sots. Quel parti je tirerais de vos expériences si j'étais appelé à défendre la cause du mysticisme I J'ai été peu touché lorsque, dans ma jeunesse, j'ai lu les prétendues démonstrations de Fénelon, de Bossuet, de Bonnet, etc.; mais en vous lisant, vous, je ne m'en cache pas, j'ai été troublé comme si j'avais assisté à un miracle.
C'est donc de tout mon cœur que je vous remercie de votre précieux envoi; et c'est avec bien de l'orgueil que j« montrerai à mes amis et votre ouvrage et votre lettre. Jamais je ne reçus ni ne recevrai pareil honneur.
Je vous salue, monsieur, avec le plus profond respect.
Saint-Hippolyte (Doubs), 26 août 1864.