A M. E. DE GIRARDIN
Monsieur de Girardin, je crois, et j'eBpèrç que tous ei^ aurez jugé de loâme^ <m'il e^t parfoitemeut iuutile pour le public que je réplique à votre article 1«*'-Paris d'hier. J'ai été plus hardi que tous en banapariismf : vous le dites; laissood .vos lecteurs |ou8 cette impression. Maintenant vous voilà admirablement placé, et par vos articles et par ma lettre, pour presseï; la mise en demeure faite à TÉlysée. Plus on a pu vous reprocher d'avoir fait trop d'avances, plus vous êtes en droit d'accuser la lâcheté et la mauvaise foi de Veniomage; car on ne peut accuser beaucoup que celui à qui Ton a beaucoup offert. Au fond, votre tactique précédente, tant incriminée, vous servira supérieurement.
Quant à la révisUm de la Constitution à laquelle vous paraissez tenir, si j'avais à m'en expliquer avec vous, je me bornerais à vous dire que cette révision, à laquelle le populaire n'entend à peu près rien, n'est pas chose à offrir à notre bourgeoisie ; qu'il est utile môme que le parti démocratique, si bien placé sur le terrain de la conservation et de la paix, se taise en ce moment sur cet article; qu'au reste, à part la Présidence, dont le
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rôle est si scandaleux en ce moment, si immoral, il est assez indifférent, pour vous comme pour moi, sous quel bât nous soyons courbés ou sur quel cheval nous chevÀuofaions, puiqu\me Constitution n'est en fin de compte qu'im bât ou qu'un bidet.
Vous avez mal pris ma pensée sur le mot cu^omnuh' demerU. Je n'ai pas sous-entendu que vous en eussiez proposé, ou que vous en aye^ à pr^pos^er d'autre que celui que vous résumez vous-même dans votre réponse, et qui me parait être à moi une vraie transaction. D'ailleurs, vous êtes assez connu , ceci soit dit sans esprit de critique, pour Phomme du siècle le plus fertile en ressources: j'ai voulu Y<ms faire ' dé «ela plutôt un mérite qu'un d^ut II y parait assez par mes^expFes^ sions. 1
Je serti heureux, Mon$ieur, de vous voir, tout en conservant la positon que vous avee prise sur le terrain des réconciliationd, eoneessions (honorables» bien en-* tendu), etc., reprendre un peu d*effehsivevis^-vis de. cet Elysée imbécile, aussi criminel par sa défection envers te majorité que par ses' trahisons envers' la République. Toute la démocratie vous en serait reeonnaii^sàntê; et moi, je tous en féKcftèraîs de grand cœur. 'Je vous serre la main. -
P.-J. Proudhon.
»E P.4. pRommoN. if7
Sainte-Pélagie, S5 norembre I8î(i.
A M. CHARLES EDMOND
Mon cher Edmond, j'aî enfin reçu votre lettre, datéef du 2Ô octobre, avec les deux pièces qui raccompagnaient; Tune pour M. Jules Pavre, l'autre pour la Chambre des députés.
Mon opinion, bien arrêtée et bien motivée, c'est que votre pétition sera jetée au panier; les interpellations de Jules Fâvre point écoutées ou ajournées à six mois ; que personne dans l'Assemblée, ni blanc, ni rouge, ne daignera s'occuper une minute de Tafifaire d'un étranger, quasi naturalisé Français et expulsé par le ministre pour crime de collaboration au Peuple; et qu'il suffira que M. Baroche ou M. Léon Faucher explique ce dont il s'agit pour obtenir un ordre du jour d'impatience contre votre demande.
Je crois, en un mot, que si vous voulez vous faire autoriser à nouveau à résider à Paris, il ne faut donner à vos démarches ni la solennité d'une question politique et parlementaire, ni l'éclat d'une discussion de tribune.
A ces causes, nous sommes convenus, Massol et moi, en nous adjoignant les personnes que nous trouverons complaisantes, de faire parler à M. Thorigny,
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minisire actuel de Tintérieur, très-bien avec Emile de Girardin, et de lui demander yotre rappel, en donnant des. explications conyenables. Notre feuille n'existe plus et n]existera de sitôt; nous nous occupons de travaux philosophiques, et tous deyez venir y prendre part. Si cette marche n'aboutit à rien, aucune ne réussira.
Vous lisez sans doute les journaux de Paris à Nice. Eh bien, rendez-vous donc im peu compte, et voyez où nous en sommes !...
La nation française entretient à 25 francs par jour et par tète, sans compter une foule d'autres frais, 750 représentants ou mandataires chargés de débrouiller et arranger à l'amiable ses intérêts les plus précieux; de maintenir la paix, et autant du moins que jfaire se peut djins Tétat actuel de nos préjugés, de protéger la liberté de chacun.
Que font ces 750 représentants, fondés de pouvoir, agents de confiance ?
Us s'arrangent si bien, ils comprennent tellement leur mandat, que d'ici à trois mois, il est à peu près inévitable que nous nous entr'égorgions tous les uns les autres. Et pourquoi ? je défie personne de le dire, ou plutôt d'oser l'avouer.
D'im côté, il y a les bonapartistes, qui disent au Président : Ne vous en allez pas; restez , vous serez réélu; lo peuple vous fera passer envers et contre tous.
D'autre part, voici les orléanistes et légitimistes, qui ne veulent pas de la République, ni de M. Bonaparte, et prétendent faire arriver un homme à eux, avec lequel on opérera une belle et bonne Restauration, et l'on exploitera à nouveau celte bonne vache à lait que nous appelons le pays.
Puis enfin les montagnards, qui jettent feuet flamme, .
DE P.-J. PROUDHON. iî9
attisés sans cesse par les souf&es de Londres, font les crânes et ne cessent d'insinuer aux citoyens qu'il faut en finir par l'insurrection.
Qu'auraient-ils cependant à faire les uns et les autres?
Les uns, obéir à la Constitution ; les autres reconnaître le droit électoral ; les troisièmes, de ne pas faire autant les bravaches, et montrer un i>eu plus de bon sens et de capacité; tous, de céder quelque chose et de montrer au peuple, par leur désir de concession mutuelle et d'arrangement, que, si la représentation ne peut venir à bout de mieux faire, ce n'est pas manque de bonne volonté, c'est tout simplement faute de lumières.
Dans ce système, la loi ne serait plus qu'une transaction, respectable à tous, jusqu'à révision et révocation.
C'est ce qui aurait immanquablement lieu, si chaque député, reconnu par les autres, était considéré comme le représentant d'un intérêt légitime, ainsi que cela arrive dans toute assemblée générale de commerce ou d'industrie.
Mais voyez : en fait de politique, il y a une idée qui gâte tout; c'est Vautwnté,
L'autorité, c'est le plein pouvoir sur les personnes et les fortunes; l'autorité, c'est le droit de faire marcher les autres à sa guise; l'autorité, c'est le droit d'imposer des opinions, des croyances, etc.
A qui appartiendra l'autorité 9 Voilà ce dont il s'agit.
Quand deux industriels plaident, ils se choisissent des arbitres qui discutent à leur place et arrivent à un arrangement; mais il s'agit du peuple, et qu'au lieu d'affaires il y aille de l'autorité, ce n'est plus arbitrage, c'est le combat des Horaces et des Curiaces. Les représentants du peuple ne sont plus des mandataires; ce sont des gladiateurs I . ..