‹ Correspondance de P.-J. ProudhonChapitre 12 sur 50 · A M. MATHEY · texte numérisé non relu

A M. MATHEY

Mon cher Mathey, nous continuons à être dsâôillis dans la prison des bruits les plus alarmants, auxquels né donnent (^ue trop lieu du reste les déclamations de la Patrie contre les socialistes. Il est clair que le plan de L. B. a été de faire du parti rouge le bouc émissaire du coup d'État, d'élargir les députés légitimistes, orléanistes, républicains modérés, et d'envoyer peutêtre à Nouka-Hiva les républicains. Ce sont les socialistes qui ont crié aux armes, qui ont tout fait, peut-être jusqu'au coup d'État

Enfin, on dit que Lille a fermé ses portes, qu'Amiens refuse les autorités de L. B., que Toulovise est soulevé et tient bon, etc., etc.

Quoi de tout cela?

Je n'ai pas plus de foi dans les départements que je n'en avais en Paris ; et quand les ouvriers du célèbte faubourg jouent au billard (historique) alors que Paris est en émoi et disent que cela ne les regarde pas, il est tout simple que les paysans bourguignons et languedociens crient bravo.

II n'^ aura partout qu'une élite de citoyens généreux,

13â CORRESPONDANCE

iudigués do toute classe et de tout parti qui répondra a l'appel aux armes et se fera inutilement massacrer. J'aimerais cent fois mieux, pour en finir, que tout se résignât sur-le-champ que d'entretenir une résistance qui ne fera que rendre les vengeances plus implacables. Les représentants ont protesté, la barricade a protesté après eux, la force brutale a eu raison du martyre des citoyens : cela suffit.

L'avez-vous vue cette tourbe de sans-culottes envieux, jaloux, ingrats et lâches, abandonner ù l'instant décisif ses représentants et se rallier à la politique impériale? Ce faubourg tant caressé, tant prôné, n'a soufflé mot :

c'est la troisième fois depuis juin Appliquons la loi

de progrès à ces masses populaires, incapables de

. discipline et de conscience, inaccessibles au sens moral, entrolnées seulement quand il n'y a pas danger par les flagorneries de l'orgueil et de l'égoïsme. Qu'on ne me vante plus la panacée du suffrage universel. L'intérêt

.mercantile a déjà pourri ces associations quasi en état de faillite, et ce sont là les gens qui crient contre les hommes prudents qui ont horreur de la déclamation; c'est pour plaire à ce monde qu'un Michel, si habile, si fin, quitte son style et sa ligne pour hurler avec les loups 1 Canaille, canaille et trpis fois canaille!....

S'il ne coulait plus de sang, j'aurais bientôt pris mon parti de toutes les anicroches politico-parlementaires et

.sociales. Il est évident pour moi que le peuple, partie

.la plus barbare et conséquemment la plus rétrograde de la société, ne se soucie guère xles grands sentiments civiques et veut être mené jusqu'à complète éducation

^à la baguette. Eh bien! qu'il en tâte; que la boutique, à son tour, en mange du despotisme et de l'ordre; l'homme qui sait travailler et penser, faire apprécier ses services

et mettre à leur valeur les préjugés, cet bomihé-4à sera toujours assez libre, assez heureux, et ce serait à lui une grande simplicité, un' tort même de s'occuper du bonheur dé la foule plus? qu'il ne lui 'convieiit à ellemême de s'en occuper. *

Parle-t-on de L. Blanc, L.-RoUir, etc.? Commîe je les vois d'ici mystifiés, ces pauvres visionnaires, qui se sont scandalisés en lisant ma lettre à Bocage, où je disais que je n'avais la moindre confiance à Tinsurrectionl....

Et qu'est devenu le pê!^e Joly ? Je sais qu'il présidait la réunion des Montagnards : il est peut-être en sûreté.

Et V. Hugo ?

Et Girardin : pourquoi Grelin ne m'en donne-t-il pas de nouvelles ?

Et Jourdan, du Siècle? est-il guéri? Dites-lui donc de ne pas faire tant l'effrayé et de prendre sur-le-champ ime résolution. Ne peut-il, en recommandant aux républicains la résignation, attendu qu'ils sont ici victimes désignées, demander très-humblement au pouvoir de diviser la question et de faire voter séparémentj \^ sur la Constitution, 2<»*sur L. Bonaparte?... Sont-ils lâches aussi, parce que Cavaignac est en prison? Je me ferais suspendre ou je parlerais...

Réponse à tout, s. v. p., et à ce que je ne dis pas'. Je m'attends bien à faire partie de quelque convoi pour l'Amérique ou les îles; tout 1er moins à avoir un bon procès pour mon livre : je suis résigné, je ne tiens plus à rien. Je vais avoir deux enfants; si MM. Garnicr frères voulaient traiter de la propriété de mes livres, je serais prêt à propos. Voyez-les donc; parlez-leur de la note qu'ils doivent me fournir, sondez-les. Mes brochures doivent avoir disparu de leur étalage.

114 CUMIWOKIUIICB

Et M. Romain Goraut?

Et les imprimeurs réunis rue Larrey 1 voyez^les aussi de ma part, et demandez«-leur ce qu'ils font et ce qu'ils pensent. On a déjà fermé la société des lithographes; ce ne sera pas la dernière.

Bonjour,

P.-J. Proudhon.

DE P.^. PROUDBON. m

Sainte-Pélagid^ 11 décembre 1851.

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