A M. MAURICE
Mon cher Maurice, j'ai reçu la lotlre dans laquelle vous me faites part de la perte de votre beau-père. Je me le suis parfaitement remis, ayant eu le plaisir de me trouver maintes fois avec lui en votre société; je n'ai nullement oublié cet homme dont Thonorabililé rare était peinte sur la figure. Tous ceux qui m'ont parlé de lui, en disaient la môme chose; vous avez eu en lui, mon cher Maurice, un des bonheurs de la vie, celui de voir ses proches aimés et comblés do l'estime universelle.
Pendant une huitaine de jours, nous avons été consignés à Sainte-Pélagie et privés de toute communication avec le dehors ; nous recevions des nouvelles par le bruit du canon et de la fusillade. C'est ce qui m'a empêché de répondre plus tôt a votre lettre. Vous pouvez croire quelle angoisse a élé celle de mes compagnons et de moi, de moi surtout qui avais prévu l'issue de la lutte, et qui, sorti sur parole le 2 décembre, avais pu me convaincre de l'indifférence de la masse populaire. Ce sont ceux précisément sur qui la Montagne comptait le plus pour la résistance qui ont fait défaut; en général, Ivs hommes tuvsuu pris dans les barricades
D£ P.*J. PAOilMON. 161
ont été dUiounètos bourgeois, appartcnaut à tous les partis. Ceci dit en passant, pour répondre à ceux, qui déclament contre la rouge ^ que la majorité de droite n'aurai t. pas manqué de prendre pour prétexte et pour bouc émissaire , comme le font en ce moment les journaux de l'Elysée, si elle avait réussi dans. son projet.
En résumé, le 3 décembre, un coup d'État. devait être accompli, soit par la majorité de l'Assemblée contre le Président, soit par celui-ci contre la majorité. Dans Tun comme dans l'autre cas, le parti vainqueur se proclamait sauveur do la société, accusait son rival d'impérilie, de foUe, etc., et se rabattait ensuite sur la rouge, véritable croque-mitaine servant de thème a tous les complots.
Si les Montagnards avaient eu un peu plus le sons pratique des révolutions, s'ils s'étaient moins laissé gouverner par leur haine pour le Président et leur déférence pour MM. Cavaignac et Ledru-RoUin, il serait arrivé inévitablement ceci : qu'à dater du 4 novembre, il y aurait eu négociations, puis, entente entre la gauche et le Président, qui certes n'eût pas demandé mieux ; qu'au lieu d'être partie perdante dans le coup d'État, elle eût été partie gagnante, en commun avec L. B., et qu'au lieu du patronage de M. Mcmtalembert nous aurions peut-être celui de Michel (de Bourges).
La force des situations et le sens des voies conduisaientilà. Une détestable iuflueuco a tout gâté : c'est la droite orléaniste et légitimiste qui a perdu la partie; et c'^st la gauche qui paie.
M^** doit être triomphant; les républicains sont battus une . fois de plus. Je ne vous charge point de lui faire mes salutations; M^^*, depuis quatre ou cinq ans,