‹ Correspondance de P.-J. ProudhonChapitre 2 sur 50 · A M. DE GIRARDIN · texte numérisé non relu

A M. DE GIRARDIN

Monsieur et ancien collègue, d'après notre conversation d'hier, au moment où quelques ambitieux s'efforcent de jeter de nouveau la division dans nos rangs, je crois utile de vous déclarer ici, de la manière la plus expresse, toute ma pensée.

Nous appuierons, mes amis et moi, et nombre de citoyens appuieront avec nous , nous défendrons^ môme en discutant des actes, contre les entreprises des partis et des sectes, tout ministère républicain, qui, après avoir donné à Tordre de choses fondé en Février les gages voulus par les circonstances de sa formaiion^ marchera fidèlement dans la voie tracée par la Constitution, prendra pour règle de sa politique, l'opinion librement manifestée du pays et s'abstiendra, dans son gouvernement de toute initiative sur les points fondamentaux de l'organisation politique et de l'économie sociale.

Notre omvre, à nous pvblidstes, est de préparer Vopw nion; — V œuvre du gouvernement est d'en suivre le décret. C'est ainsi que nous entendons la République et la révolution.

Certes, nous croyons avoir pour nous la vérité; mais.

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si nous ne prétendons pas imposer nos idées aux autres ^ nous sommes bien décidés aussi à ne pas souffrir que d'autres nous imposent les lewrs, -

Révolutionnairee avaAt tout, mais révolutionnaires républicains, c'est-à-dire par en bas, nous demandons la plus grande liberté de discussion, afin d'assurer au peuple la plus grande liberté d'acceptation. Nos ennemis^ sachez-le bien^ nos seuls ennemis, sont tous ceux gui empêchent de discuter, ou qui, sans discuter, nous forcent de subir Uwr bon plaisir pou/r loi,

« Tout ministère qui suivra cette poUtique si simple est sûr de vivre et n'aura rien à redouter de nos attaques, alors même qu'il aurait à essuyer nos critiques. Dans ces conditions, les crises politiques nous paraissent, sans raison d'être, le gouvernement facile, Tordre et le progrès assuré.

« Vous pouvez, selon le besoin, faire part de ceci à qui de droit : c'est ï alpha et Voméga de notre foi comme de notre ambition. »

Je vous serre la main.

P.-J. Proudhon.

JV. B» Cette lettre a été écrite en vue de faciliter l'avènement d'un MINISTÈRE DE TRA.NSITION républicain et démocratique, elle n'a de valeur que par là; elle pourrait n'exprimer plus la pensée de l'auteur si les circonstances devenaient autres et si la situation tournait davantage à la révolution.

i» CORRESPONDANCE

Conciergerie, 16 féTrier 1851.

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