‹ Correspondance de P.-J. ProudhonChapitre 3 sur 50 · A M. TOURNEUX · texte numérisé non relu

A M. TOURNEUX

Mon cher Tourneux, je viens encore une fois te solliciter pour un malheureux, Je ne dirai pas sans travail, mais, ce qui est peut-être pis, à la veille de se voir retirer son travail.

Le nommé Nicolas, occupé depuis deux ans au chemin de fer de Lyon, chantier de Bercy, en qualité de gardien, vient d'être averti par son chef de service, M. Sauvage, d'avoir à se pourvoir pour la fin du mois de mars prochain.

Nicolas est beau-frère de Robert, que tu as eu la bonté de faire placer audit chemin de fer, à ma sollicitation. Il est entré lui-même dans Tadministration sur une demande que j'avais rédigée pour lui, et avec l'appui des bons antécédents de son beau-frère Robert. Depuis deux ans, on est parfaitement satisfait des services de Robert et de Nicolas. C'est le manque d'emploi, à ce qu'il semble, qui obligerait M. Sauvage à mettre Nicolas à la réforme.

Ce qui fait souhaiter à cet homme, père de famille,

(1) Inspecteur général des chemins (k fer.

DE P.-i. PROUDHm.

très-rangé, d*ètre maintenu au moins jusqu'en septembre, c*est qu'il emploie une partie de son salaire à acquitter quelques dettes dont le malheur des temps Ta doté. Il peut fournir les quittances qu'il reçoit à fur et mesure de ses remboursements. Il ose croire, et je pense comme lui, que si un ouvrier mérite d'être protégé c'est celui-là surtout qui s'impose des privations afin de payer ses dettes. Je te serais donc obligé de faire valoir surtout en faveur de Nicolas ce motif honorable.

Combien y a-t-il que nous ne nous sommes vus ? T'ai-je fait part dans le temps de mon mariage, de ma translation à DouUens, de mes procès? Je t'avouerai que, pour me ménager du temps, j'ai supprimé à peu près toute correspondance, toute fréquentation inutile. Peut-être trouveras-tu que je te devais au moins la faveur d'une exception. Si telle est ton opinion, je m'accuse volontiers et me déclare coupable. Pardonne à mes tribulations une apparence d'oubli qui n'est pas dans mon cœur. Je me suis marié, comme tu penses, non pas en joie, mais en tristesse ; une jeune ouvrière, que dès longtemps je m'étais, pour ainsi dire, assurée et à qui je n'avais plus à offrir qu'une longue captivité, a préféré ma misère à toute autre chance, et je n'ai pas cru qu'il me fût permis de repousser son dévouement après avoir obtenu son affection. Maintenant, j'ai tout lieu de m'applaudir de ce que j'ai fait. C'est l'action la meilleure, la plus utile pour moi, la plus honorable à mes yeux que j'aie faite de ma vie« J'ai une petite fille de quatre mois, d'une superbe apparence. Je ne t'en dis pas davantage à toi homme d'amour, de vie intérieure et de famille. Tu devines que la captivité ne m'est plus à peu près rien. Loin de là, jamais je ne me

suis senti plus maître de moi que depuis que j*ai complété de la sorte mon existence.

Notre excellent Maguet se décide enfin à retourner au pays, où, me dit-il, il ne tardera pas à suivre notre exemple, et à mettre le sceau à sa personnalité.

Je te serre la main et te recommande de nouyeau ce pauvre Nicolas.

 toi de cœur,

P.-J. Proxjdhom.

DB P.-J. PROUDBON. 3!

CoDciergtria, 7 man 1851.

Mon cher V***, j'attendais vôtre visite; j'ai reçu votre acte d'accusation. J'étais préparé à ce suprême adieu de votre part. Si quelque chose dans votre factum pouvait encore m'émouvoir, ce ne seraient, croyez-le bien, ni vos reproches, ni vos critiques; il est trop clair qu'ils n'arrivent là*, les uns à la queue des autres, que pour masquer de moins honorables sentiments. Ce serait de voir que vous êtes bien réellement, et de votre propre aveu, ce que l'on m'a dit longtemps de vous sans que je voulusse y croire, infidèle à l'amitié. Heureusement pour le repos de mon cœur, j'ai dû, depuis plus de deux mois, faire mon deuil de votre perte. Aussi me trouverez-vous dans ma réponse aussi positif, aussi franc que vous êtes, dans votre lettre, vague et dissimulé; en vérité, il me semble que ce n'est pas à im vivant que je m'adresse, mais à un homme de l'autre monde.

A vous entendre, c'est votre patriotisme, votre zèle pour la révolution, qui, ne trouvant plus satisfaction avec moi, vous décide à me renier. Vous pouviez, cher ami, vous dispenser de cette petite tartuferie, renou-

CdBRESPONDANGE

velée de Robespierre. Suis-je donc, comme Danton déjà si fort suspect, que mes propres amis craignent pour leur tête? Et, n'attendez-vous, pour obteiûr voire certificat de civisme, qu'un mot de moi qui témoigne de notre rupture. Je vous le donne, mais vous ne m'empêcherez pas d'y mettre une condition, c'est que je vous parlerai à conscience découverte.

Est-il vrai, oui ou non, que pendant que vous rédigiez la correspondance de la Voix du Peuple, vous avez abusé de la confiance de vos amis et collègues, de la mienne, que vous avez manqué à vos devoirs envers une société dont vous deviez, comme membre, soutenir la pensée et les intérêts, pour combattre, par vos communications secrètes, la politique du journal; désavouer ceux dont vous partagiez la fortune, anéantir autant qu'il était en vous le fruit de leurs efforts, les discréditer dans l'opinion, les perdre dans l'esprit du peuple?

Cela est-il vrai?

Des lettres de vous nous sont revenues, des plaintes nous ont été faites, témoignant de la surprise que causait cette division intestine, dont personne parmi nous ne se doutait. Si tel est l'acte d'héroïsme révolutionnaire dont vous désirez l'attestation, je vous rends la justice qui vous est due : vous l'avez fait, V***, vous l'avez fait de bouche et par écrit; vous l'avez fait par toute votre conduite. D'autres, sans doute, vous récompenseront; quant à moi, je suis forcé de vous dire que cette conduite était celle d'un traître.

Qui donc vous forçait de rester avec nous ? Avonsnous jamais fait violence aux opinions de qui que ce s<iit? Chevé était catholique; Boutteville, panthéiste; Faure, disciple de Pierre Leroux; Massol, saint-simo-

nien; Langlois avait été montagnard; Amonld Frémy, blanquiste. Tous ont compris que la Voix du Peuple^ comme ses prédécesseurs, représentait une idée originale et collective; que, de plus, elle avait à accomplir une œuvre périlleuse, dont depuis un an la révolution recueille le fruiî, Tannihilation des individualités et des sectes, et l'union, qui se consolide chaque jour, de tous les républicains, quels qu'ils fussent, prolétaires et bourgeois. Vous pouviez trouver cette politique mauvaise et ces vues malheureuses; refuser de vous y associer, vous retirer enfin, co.mme firent Frémy et Chevé; jamais il ne vous était permis, en restant notre collègue, de nous dénigrer, do nous démolir clandestinement. Quand Judas se mit à déplorer la conduite de Jésus devant les Pharisiens, on put prévoir qu'un jour il le vendrait. Je- n'entends faire aucune assimilation de vous à ce fameux personnage; je veux vous montrer seulement sur quelle pente vous vous êtes placé, en désavouant, attaquant dans vos lettres et vos discours confidentiels vos collaborateurs, vos amis, vos frères.

Vous avez eu vent que ces menées étaient parvenues à notre connaissance, et vous avez pris les devants. Vous avez écrit à nos amis de Belle-Isle; vous avez circonvenu ceux de Paris; vous nous avez travaillé avec vos intimes qui, ne nous devant rien, colportent et propagent vos satires. Toujours Thomme a qui la conscience démange est entraîné à parler contre luimôme, en parlant contre autrui; vos censures, vos justifications, partout circulant, témoignant partout de votre tort. Que vous mettiez cela à présent sur le compte de votre puritanisme, je le comprends de reste; quel homme s'avoue à lui-même qu'il est faux, faux

COIRKS?. lY. 3

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ami, faux frère? Mais que vous ayez eu la prétention de me faire prendre le change, en m'adressant vos réprimandes démagogiques, ohl V***, c'est à quoi je ne vous reconnais plus. Auriez- vous donc encore moins d'esprit que de cœur?...

Voyons-les, pourtant, ces étranges prétextes. Car, après tout, pourrait-on dire, Tindignité de V*** ne détruit pas ses griefs; il en reste toujours ceci, que depuis la suppression du Peuple^ Proudhon est entré dans une voie réactionnaire.

Singulière façon de réagir contre le progrès, que d'écraser, comme Ta fait la Voix du Peuple dans leurs germes, les partis et les sectes qui divisent la République; que de réduire à leur juste valeur, comme l'a fait la Voix du Peuple, les individualités exorbitantes; que de poser, comme l'a fait la Voix du Peuple contre les routiniers démocrates, le principe de la non-délégation, du non-gouvernement, principe adopté depuis par Ledru-Rollin, Considérant, le Vote universel^ etc. Vous êtes avec les Cotins de la Démocratie ; c'est pour cela que vous m'accusez de contre-révolution.

Mais la Voix du Peuple n'a rien fait de bon ; elle a été fondée sans V***; le Peuple seul était révolutionnaiçe, il était la création de V***, écrit sous l'inspiration de V*** I Vous le donnez partout à entendre; votre vanité ne se voit pas plus que la colonne sur la place de la Bastille.

Vous me citez un passage de je ne sais quelle lettre confidentielle, adressée aux rédacteurs de la Voix du PeupUyQi où je les engageais à se tenir en garde contre l'excès de zèle dans la polémique que nous faisions alors entre les diverses fractions du parti. Et vous concluez d« l'énergie de mes paroles que j'ai moi-même

condamné l'esprit du journal. Voyez donc jusqu'où peut mener la mauvaise foi d'une mauvaise conscience 1 Quelle plus forte preuve pourrais-je fournir que cette citation faite par vous-même, que le but de la V(nx du Peuple, après avoir déblayé le terrain, était de donner aux esprits une nouvelle impulsion, et de faire marcher la révolution à Taide de cette force jacobine, désormais pourvue d'une idée! Votre humeur chagrine, l'envie qu'excitaient en vous vos ^collègues ne l'a pas voulu comprendre ;, d'autres, jacobins autant et plus que vous, qui ne m'approchaient pas de si près, l'ont bien vu et m'en ont depuis remercié. Tôt ou tard leur témoignage me justifiera.

Ma lettre à Carlier vous a fait peine. Ici, je ne vous accuse pas seul. Votre inexpérience à tous vous a fait me desservir; pour votre maladresse, une communication toute d'intérêt privé, a été prise pour un acte politique; vous n'avez eu de repos que vous ne l'ayez traînée sur la claie de la publicité. Ce que j'ai écrit à Carlier est d'un honnête homme, qui préfère garder le silence sur parole, plutôt que de subir l'outragô du secret. Vous eussiez voulu faire de moi im insurgé de prison; ce n'est pas, je l'avoue mon idéal. J'ai l'orgueil de croire qu'ayant à mettre au service de la République encore plus d'une idée utile, je pouvais me dispenser de lui faire le sacrifice de mes études et de mes visites. Après avoir vu de près nos grands stoïciens de Sainte-Pélagie , DouUens et Belle-Isle, dont la vertu mourrait inconnue si elle n'était éclairée par la violence des geôliers, je vous jure que je n'ai nullement changé d'opinion.

Je n'ai jamais écrit au Président de la République; ceux qxii le disent calomnient, J'ai fait im projet de

leltre communiquée à mes codéleuus, et dont le but avoué était de faire la guerre aux vieux partis monarchiques, en obtenant la remise de ma peine; c'était une prévision de ce qui est arrivé depuis le 3 janvier, le 18 idem^ et, tout récemment, lors de la proposition d'aministie, par les 186. Cette lettre, qui, longtemps avant le Vote universel ^ la Montagne, et toute la gauche, caressait Tidée de ramener le Président à la révolution, est restée en projet; après ce qui s'est passé depuis, il y a sottise et méchanceté de m'en parler.

Ce que vous me dites au sujet de Tabstention est encore plus malheureux. D'abord, je n'ai Jamais prononcé la phrase que vous me prêtez : Pourquoi n'aurions-nous pas une République oligarchique? Un tel propos dans ma bouche est absurde et ne décèle que votre rage d'accusation. Moi, oligarchique I Ce théoricien de l'anarchie oligarque ! L'homme qui a écrit tant de pages contre le capitalisme et le gouvernement oligarque I Le remords vous rend fou, V^**. Et une oligarchie de neuf millions d'électeurs sur dix millions de citoyens I Quelle platitude !

Oui, d'accord avec Dufraîsse, qui a tenu la plume, j'ai concouru à la rédaction de l'article du Peuple de 1850, Un droit public^ s. v, p. C'est moi qui en ai fourni Tidée. — Ceci d'accord avec Dufraisse que j'ai appuyé l'abstention pour les élections dans le département du Nord.

Et cependant, toujours d'accord avec Dufraisse, j'eusse repoussé, combattu, si le Peuple n'avait péri, l'abstention absolue et permanente qu'on a depuis conseillée. Je l'aurais combattue comme contraire à la tradition et aux principes, comme contre-révolutionnaire, Je ne vous en dirai pas davantage sur ce cha-

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pitre ; permis à vous de trouver admirable la consultation des 26 et de nous condamner sans nous avoir entendu, Dufraisse et moi.

Je passe sous silence la longue appréciation que vous faites de ma personne et de ma capacité, et de laquelle il ressort que je suis bon pour la pensée, inutile pour raclion, comme si j'avais jamais été à môme d'agir I C'est vous qui êtes l'homme d'action par excellence; vous qui êtes un homme révolutionnaire. Vous avez fait déjà de si grandes choses 1 Et tant d'autres, avec lesquels vous préférez vous lier, n'ayant pas le sens commun, ont si bien agi ! Poursuivez, messieurs les hommes d'État, ce n'est pas moi qui vous ferai concurrence; je vous attends à de nouvelles réactions, à de nouvelles hontes.

Voilà donc tout ce que vous me reprochez : la ligue de la Voix du Peuple, ma lettre à Carlier, mon opinion sur l'abstention, mon refus de servir des impatiences, des colères, que je regarde comme le plus grand, l'unique danger de la République. Vous figurez-vous, par hasard, qu'un homme ayant le sens commun admette que ce soit là le motif ^ réel de votre scission d'avec nous, je devrais dire de votre défection? Quoi ! c'est pour cela que vous avez fait ce qu'il y a de plus honteux parmi les hommes, c'est pour des différences d'opinions sur des choses jugées contre vous, insignifiantes ou sujettes à controverse, que vous avez desservi, trahi les intérêts qui vous étaient confiés, la société dont vous étiez l'organe, les hommes dont vous acceptiez ostensiblement l'amitié, la solidarité 1

Non, non, ce n'est pas cela, et vos allégations déposent contre vous. Vous qui lisez Montaigne, vous avez dû y recueillir cette pensée que tout vice provient

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d'ain$rk. Mot profond, qu'il vous faut appliquer sans crainte, mon pauvre V***. Votre conduite avec nous et votre lettre d'hier, tout cela est le fruit de sentiments que vous n*avez su combattre * vanité, envie, ambition.

La vanité : vous regrettiez le succès, tout de circonstance, du ReprtsmUant du Peuple et du Peuple ^ succès dont vous preniez pour vous la meilleure part; vous n'étiez pas homme à perdre, au besoin, une popularité de médiocre aloi pour établir certaines vérités utiles, mais désagréables à ceux qui pouvaient nous assurer le succès, conune je Tai fait dans la Fotâ? du Peuple. Ma popularité y. a péri, je le sais; et pour redevenir quelque chose, j'ai tout à faire. Mais je suis arrivé à mes fins : la haine des dictateurs, la méfiance des partis et des sectes, Tamour de la liberté avant tout, sont les sentiments qui dominent parmi les démocrates.

L'envie : vous souffriez à la Voix du Peuple de n'être pas le maître de l'administration, le chef de la rédaction, enfin tout. Vous procédiez tantôt contre l'un, tantôt contre l'autre, par insinuation ; j'ai su tout cela : J9 l'ai si bien su que voulant y mettre fin, sans me séparer de vous, je vous ai autorisé à faire, en mon nom, toutes démarches utiles à la fondation du Peuple de 1850, espérant vous rendre, avec une plus grande initiative, le calme du cœur.

L'ambition : vous avez tort de vous en défendre ; le mal n'est pas là, et c'est parce que le mal n'est pas dans l'ambition qu'on ne croit point à votre modestie et à votre désintéressement. Le mal, c'est que vous prétendez arriver à votre but par les conciliabules, Tagitalion, les flagorneries populaires; c'est que vous vous méfiez de la raison, de la justice, des voies légales, rationnelles, conciliatrices ; c'est que dans la perspec-

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tive d'un mouvement, vous préférez la faveur de quelques hommes, dont la prudence est sujette à caution, mais dont Texaltation vous serait alors un titre à la recommandation douteuse d'une politique impartiale, pacifique, géuéreuse. Ici, je conviens que votre calcul peut être bon ; que vous irez plus loin et plus vite par ces démonstrations de fausse énergie, toujours agréables aux masses, que par les conseils d'un patriotisme consciencieux, libéral, désintéressé. Cette manière de voir n'est pas la mienne : en m'accusani, vous le reconnaissez vous-même et me rendez justice. Je vous remercie.

Vous parlez, en finissant, de fnes complaisants et de mes fiatteurs. C'est justement ce que m'écrit de son côté Langlois; et parmi ces complaisants et ces flatteurs dont il me reproche d'avoir subi l'influence, figure en première ligne "V***. Plus que personne vous deviez vous abstenir de ce lieu commun, méchant et bète. Je n'ai jamais eu pour aucun homme autant d3 faiblesse que pour vous : je vous l'ai prouvé au Peuple^ en vous abandonnant, sans y regarder, une administration au-dessus de vos forces ; à la Voiw du Peuple j en vous chargeant d'une correspondance intime, dont vous vous êtes si étrangement acquitté; au Peuple de 1850, en vous autorisant à aller de l'avant, comme chargé de mon adhésion. Cette inclination marquée que j'avais pour vous était si visible que tout le monde m'en a parlé. J'ai des lettres de Darimon, Guillemin et autres qui, tout en vous rendant justice, me prient d'être en garde contre votre influence. Vous, me parler de complaisants, de flatteurs I C'est plus que de Finfidélité, c'est de l'ingratitude.

Faites votre journal, V*** : j'applaudirai à vos

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succès. Nous échangerons. Duchène, Pilhes, Langlois, à Belle-Isle; Favre et Laugrand, à Bruxelles; Philippe, à Tours ; Darimon, à Besançon; Massol, autre part; Chevé rallié à Girardin ; V*** à son compte : je vais me retrouver seul, obligé de faire maison neuve et de recommencer ma propre carrière. A présent que le Crédit gratuit et le non-gouvernement sont tombés dans le domaine public, il ne me reste rien en propre : avec quoi me referai-je une clientèle? Vous n'avez rien à redouter de ma concurrence : je me survis à moimôme.

Je vous disais un jour, en riant : Vous ttes un sournoiSj F***. J'aurais dû suivre cette voix intime, ne pas me livrer à* vous : ce qui arrive aujourd'hui ne serait pas. On n'est parjure qu'envers ses amis intimes et ses associés. Tout compte fait, c'est moi qui suis en tort, puisque, malgré mon pressentiment, j'ai manqué de réserve. Chassez le naturel, il revient au galop. Vous pouvez vous venger à votre aise, et je crois que vous n'y manquerez pas.

Je me résigne donc et vous souhaite bon courage.

DE ^.-J. pftoObw»^. 41

Conciergerie, 7 mars 1881.

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