A M. J. MICHELET
Vfmaiewr, 4epmis la iTlsite qus Yfms avee bien roifl» me faire à Sainte-Pélagie, les événements aeaoïfipyi^ oôiip sur eoup ont rompu le £1 de loates les r^laniotis, àfi toutes les idée». On s'est occupé de ses atmi» iBcar-^ cette», prûSdiiSy ni^Qaeés; on a cherché don pays, ses concitoyens, la Frtnce, on a yéçu dans .l'angoisse et Téionnement ; on a oublié, avec fe soin des intérêts, les devoirs mômes de la politesse, ds Pamitié, de la reeon-» naissance. Sommes-nous bien de noire siècle? N'avons^ nous point rôvé notre propre vie 1 Sout«ce nos idées qu'il fa^t regarder comme des dbimèFes, ou bien les faits qu'il faut prei^dre pour une fantasmagorie? Telles sont, quant à moi, les agitations inces^intes qui depuis le 2 décembre m'ont enlevé la meilleure part de mc^ temps, et mal^é mon désir m'ont empêché de vous rendre votre visite.
Enfin comment vous portez-vous? Je ne parle pa^ du corps, je parle de l'âme. La raison philosc^hique a-t-elle suffi pour vous consoler, vous encourager, vous rendre l'esf^anGe? Poyr moi, je me sens pu>ins ébrani^ que jamais, bien que j'aie passé au moias
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quinze jours et quinze nuits comme im condamné à mort. La tète n'a point faibli mais le cœur a été consterné ; aujourd'hui je suis entièrement relevé de maladie. Je ris, je chante, je siffle, et ce qui vaut mieux, je travaille comme si rien n'était arrivé.
Tout bien pesé, ce qui est arrivé devait logiquement arriver et notre pays avait besoin de cette secousse, de cette leçon. Les peuples ne s'instruisent pas autrement. Si vous le permettiez donc, si j'étais sûr de ne vous trouver ni moribond, ni désespéré, si la misanthropie n'a point courbé, flétri votre âme si forte et si fière, j'irai vous voir et je causerais avec vous et de l'utilité historique et morale de cette crise, et de mes projets pour l'avenir.
Une pensée a surgi parmi mes amis, au beau milieu de cette prostration : nous avons compris tous que quoiqu'il arrivât, dût ce nouveau pouvoir disparaître en aussi peu de temps qu'il est venu, il fallait travailler sérieusement à l'éducation de l'époque et reprendre ai ovo à peu près tout le cercle de l'enseignement.
Parmi les œuvres importantes à exécuter, s'est présentée à nous une Biographie universelle^ 40 ou 50 vol. in-S^*, 2 col. Mon libraire, Garnier, offre de garantir l'exécution de cette entreprise pour une part de 200,000, si une société d'actionnaires voulait former les premiers 100,000 francs. Déjà ime partie de ce premier tiers est trouvée, mais ce n'est point là l'important pour vous.
On souhaiterait avoir votre collaboration et celle de votre ami M. Quinet. En conséquence on désirerait, si vous pouviez l'accorder (pour les noms que vous choiairiez), être autorisé par vous à se prévaloir auprès du
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public et des souscripteurs d'actions, de cette collaboration.
Voilà, Monsieur, entre entres pensées qui m'occupent, une de celles que je suis invité à vous soumettre. Cette biographie refaite sur les idées modernes, élevée à la hauteur des conceptions philosophiques les plus avancées du siècle formerait, nous le croyons, un mpnument plus durable que l'Encyclopédie de Diderot, la biographie de Michaud ou de Felles. Les émoluments seraient l'objet d'un règlement ultérieur. Avant donc que j'aille vous présentermes hommages respectueux, je serais bien aise d'être avisé par vous, d'abord de l'état de votre santé et de votre esprit, et puis dès dispositions où vous serez vis-à-vis une pareille entreprise.
Quelle que soit d'ailleurs votre réponse, il est entendu qu'elle n'ajoutera ni ne diminuera rien aux sentiments pîpofonds de votre tout dévoué.
P.-J, Proudhon,
GOUWP* iV. 14
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Saiote-Pélagie, âa fèrrier 1852.