A M. LOUIS BLANC
. Monsieur Louis Blanc, ce. n'est qu'hier, 22, que j*ai reçu votre lettre) datée de Londres^ 10 férrier (1 ).
Je ne tous ai jamais in^ut^ d'avoir éerU à des ouvriers influents pour les engager à v^îer en fanewr de Mi Benon parte. Je ne tous ai riea imptifé du lo«t; Je ne tous' ai jamais fait d'autre guerre que celle d'une publique contrpTerse ; et ceu^ ^ui me connaissent savent combien, dans la conversation, lorsque je parle de mes contradicteurs, j'ai soin de tempérer ce qu'on peut trouver de rude en mon style.
Mais il est vrai qu'un bruit, injurieux à votre hon<^ neur, a circulé à la suite des derniers événements. On
(i) Loudret, 1« 10 féTrier 185i.
Monffieur, aussitôt que la nouvelle du coup d'État du 2 Décembre est arrivée à Londres, craignant que le peuple ne fût trompé par la restitution du suffrage universel et Tarrestation de beaucoup de ses ennemis, j'ai rédigé en toute h&te une proclamation qui appelait le peuple aux armes et Téclairait^sur la situation. Cette proclamation» signée par moi et par plusieurs de mes corn-
DE P.-l. PROUMON. 211
a dît (Jùe vous aviez ap|)rouvé la neutralité, rinertie du peuple dans les journées dé Décembre; eh un mbt, que Ife peuple, en »e comportant comme nous avons vu, suivant vous, avait Mim /bit.
C'est vers le 5 janvier que cette nouvelle fut apportée à Sàinte-Pélagie. J*en ûë part à mes compagnons de captivité, et les priai même de prendre des informaliâiis à ce sujet.
C'est sans doute à la suite de ce qu'ils en auront dit à leurs \isiteurs qu'on vous a rapporté, très-infidèle-
pagA0Xi3 d*exil, je Tai publiée dans les journaux anglais ; j*ai employé tous les moyens possibles pour qu'elle fût répandue dans Paris, et je suis moi-mêiïie parti à Tinstânt, bieh éfdddô à me âilre tiie^ jiour la dèfensd de la liber^ sll en était t^wep% eneore;
.La «lutte étant tqut à fait finie quand j'atteignis Br^ges$ j'ai lancé, dans un moment où toute voix se taisait, une brochure destinée & vouer à l'exécration des cœurs honnêtes le prodigieux attentat qui Venait d'être commis,
Gepeirdant; mônsietli^^ j*aj>pr0nd6 ^ue, dans tbtre ytnoa^ vdtis tâ^lkvez imptité, sur ota'-dirB sans doute, <l*aToir écrit à plusieurs ptt;T1^i€ps influents pQur les engager à voter en faveur de Louis- Bonaparte. On aurait vu la lettre!...
Je serais curieux, je l'avoue,' dé connaître le nom du misérable qui a pu imàginfer un tel mensonge. Tant dô noirceur et d'imptidence èùt de ^ol ôtoiinec^ même. par le temps qui çovrl.
Quoi qu'il en 8oit> monsieur, s'il est vrai que vous vous soyez fait l'écho de cette abominable imposture^ vous jugerez de votre honneur, je pense, de la démentir hautement. Je vous écris pour vous fournir le moyen ,
Et j'ai l'honneur de vous sàluet*.
Loul^ Blàïic.
P. S, Veuillez, je vous p^rie, m*envoyer la réponse à Tadresse que voici :
M. Boûrquin, \h, Newnian Oxfort St,
2t3 CORR«SPOm)ANGB
ment» que j'étais l'auteur d'une imputation dont moimême Je cherchais à vérifier ^origine.
Inutile de vous dire qu'on n*a pu saisir la piste de cet on dit, pure fantaisie faubourienne, à laquelle il faut convenir cependant que les anciennes relations, de votre famille, le secours que vous avez prêté dans TAssemblée constituante à M. Bonaparte, les visites dont il vous accablait, dit-on, à Londres, l'analogie que tout le monde découvre entre le socialisme gouvernemental du Président de la République et le vôtre, donnaient une apparence de rationalité.
Le peuple qui, aujourd'hui même, confond dans ses sympathies Barbes et L. Bonaparte; qui dit : Barbés a demandé pour mus un milliard aux riches^ Bonaparte nous le donnera; qui de longue main était préparé h une dictature quelconque; qui, en conséquence, a applaudi au coup d'Élat du 2 décembre, et refusé asile à ses représentants ; ce peuple na!f, dont on a voulu faire un législateur , un souverain , a très«bien pu trouver une justification, telle quelle, de sa politique, dans vos idées et votre exemple. C'est ainsi que le peuple de 93 fut préparé à l'usurpation de Brumaire et de 1804 ; c'est ainsi du moins que je m'explique, que vous devra vous expliquer, le déplorable usage qui a élé fait dans ces derniers temps de votre nom.
Votre lettre me preuve qu'en cette circonstance, comme toujours, vos sentiments ont été supérieurs à vos théories ; je vous en félicite de tout mon cœur, et souhaite qu*à l'avenir votre foi politique et sociale n'ait plus tant à se plaindre de votre jugement.
J'ai l'honneur de vous saluer;
P.-J. PfiOUDHON.
DE P.-J. PAOtJMOBI . m
Ste-Pélagie, 23 février 185i.