‹ Correspondance de P.-J. ProudhonChapitre 27 sur 50 · A M. LAURENT · texte numérisé non relu

A M. LAURENT

Mon cher professeur, je n'ai reçu qu'aujourd'hui 27 mars voire lettre datée des bords de la Méditerranée, 1 féyri^. Goiame je ne voudrais vous laisser croire ni à ma négligence, ni à mon indifférence, je m'empresse d'y faire réponse.

Hélast mon cher ami, il n*y aen fait de solution àioutes les contradictions que soulève le suffrage universel que le temps et l'expérience I... Le temps, c'est-^-dire provisoirement le triomphe du crime, de l'assassinat, du parjure, du fanatisme; l'expériencoi c'estr-à-dire les douleurs, la misère, le désespoir, le dégoût de la vie et de l'humanité : c*est quand l'immense multitude à force j

d'oppression et d'avanies vient à se réunir en un môme sentiment, en un seul intérêt, quand elle a été poussée à bout, que tout espoir d'adoucissement lui est ôté, c'est alors que la conscience universelle fait explosion et qu'un pas dans la justice peut être accompli. Mais bientôt cette masse retombe ou se divise sur les conséquences de la révolution, et il faut des siècles de nouvelles expériences pour arriver à une formule supérieure qui ne s'épuisera elle-même que par des siècles.

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Parfois un heureux raccroc fait arriver à la tyrannie une honnête nature d'homme, ime pensée utile et saine, un Turgot, un Malesherbes, alors, sans choc, un léger progrès* î§*«ffcctue, biêûtèi refoulé par la coalition des vieux intérêts.

C'est l'espoir de faire des raccrocs dans la situation normale du gouvernement, d'entretenir dans le pouvoir ime habitude de raison et- de dévouement qui a créé l'opinion démocratique. On s'est dit que le peuple tout entier étant appelé à voter, les chefs de l'Etat ne pouvaient manquer d'être toujours les plus probes, les plus intelligents, les meilleurs. Et sur cette théorie décevante on s'est précipité -dettt le gorfre de rinlUatîve populaire. Alors ou a pu «e *cbtt^crilacre n^fne la multitufdé, te ttm^ la phts "Ttomtfifi^^lmpdm pémifre, précisétùefût pat^ qu'dlo eÉt pfenVtCy' fc»t éttasf là plés rétrograde, et précisément parce quitte est^ la |ï1hs nottilbreuse créerait Mr tfHoùVemeirt un^ tééftâlaHWiiîVincifclt;. En tH!cémî)fe 48 et endécemb!^ M, ^ttMêVsmz vu retTôuit k éés fnstiiicts-natut^.'Ce» ttia«d«s, qui en économitî et feti poHHqtie'iie'comprentTeîîtiHlénHàu^îà du lïlHrmrd de Barbèife è f)reBére «ur iefe^riéhes, ne coniiaissreîit -égalefflcnt en ftfit^'hemtnes if|uê4e ^ben ôleu et Napoléon, et c'est pott^eeVafp^>»uj^uM'hm^k9 prêtres notigl^otrrcmont ftitîi<yîn du premier, et fjouls Bionapartè ati nom dti second. < ^

Ne mé demandez donc p«s/ft3QA cher ^mi^ oôittmeftt je pense dounet la capacilë à iqui îie l'a Ipns et téseudre toutes les tntinomies que "Ycms accumulez ^nns votre lettre. Quand j'ai feît mon tleniier travail, de même que qtirfnd j 'écrivais ^un article du PéttpÎB, je raiseimais à la faroû d\i<i mathématkîen sur une hyïK)tfeèôe, et à 'aide dets; précatitiofts toratoires.

« Le peuple é(:èiîfié''f€lrar^i'dûniialm^^ tdiè

(Aose, » cela veatî dire que? j ^eogage éti mon . pFof)rfe €t> privénom, enTertm dé la«onttôîssèfciîee^que;i'ai acquise^ le peuple à faîi?e «eia et tous cetx qui o|ii: aidiion 8«r. liii à le lui conseilleor. liaBdènce sociale, àiuûiDBTds^ix'a) pas d'autre procédé ^e Tulgaarisatiôn, d'aufiré nianière' de sMnbpofier queles autre» isciea«es,"et Je m'étouno; qu'aprèa aroir lu ma^vnSiàqïibA'&. gimvememènt iirett, vous me reprochiez de tomber dians lé:iDaôme cer^île viciéu^i Aurfoud, tont enrine 4i3lnaBt prêt ii profiler de; tous les ràceoroos poliUqxues^ je ^'atteiicbs xieu que d'iine^ éducation progressive diDS jnasses, éducaiibii qui s'esli fttite jusqu'ici brèii péiiibleDaieQt^ jsqbIs qu-il serisôi^ im^^ possrtûedeihâter'etde rendre beaticoupi plus friiatueuseil Appl*ekios» a<t peuple lairbi «du tjrayaili jes effets der réeboBgey du ecéditf les ibu» de^autoirité; apçrpeu^s^ lui à former des traités de commorcev 4i08 QQciéiés de. {^artici|)atlbD^ de garaïUiôirete.; voiflà la* vraie réVbluAbn^'iouil le reste, je rvousl^répèj^e, bsi; rraccàroO) niyali^kraftkhivigncHQânie. ;i .

Voltfe objecikm sur fo jam? ie irm^ft^ vient^de ce que» TxmsBreenibin^pas^ eonnneje raifaity l'élément cb;?*^ c«f?r#»(?#avElc^ué'do^ra»We éepnxy ce que l'ai a^pèi^i ailleurs BrrM de la valeur. GeUe combdiaaison existe^ en ce* que le prix die tout produit étaht supposé d-aboirdà tel tatiK qu'on Voiud ta, par lu. ooncutrpwoe, il îdeVra baisser sanlS) cessai, et par riobligation ré<Qiproqueinenl4 eontirajdtiée i de tûiis les piîoducteuf a de ienjr leur prix ^mmi^ sans peuvoir Jamais le relevée atfïilriik^^jkeitktv la vaieur vraie de cliaque ejbose est de ^usfen^piua approximée^Deimiiiet^ dtejaouv^râatioQi à o^ sujet voua eoarv^aitiecaiont^pluâ que dix pag^s d'é^Uuije. i f i . . Yeus vwkz niion opinion gtir. ja. s^taatfoni: elle a^i

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simple. Mon opit)ion est que le forfait du ^ Décembre, si déplorable qu'il soit, est Fexacte et rigoureuse conséquence du courant d'idées qui, de février jusqu'à décembre 51 , à prévalu dans notre pays. Tous les partis conspiraient, tous s'apprêtaient à faire un coup d'État, tous appelaient la dictature. Le succès a été au plus audacieux ou au plus diligent, comme vous voudrez.

Ce qui s'en est suivi est identique, ou au moins équivalent à ce qui serait arrivé si au lieu de L. B. nous avions eu les rouges, lofe blancs ou les bleus; il n'y a de différence dans la représentation que celle du caractère i^articulier des acteurs. Certes le 2 Décembre a fait tache à notre vertu, mais il fait honneur à notre logique. Le peuple français s^est comporté de point en point d'après les pures maximes du parti dit réaduUimnaire^ qui, au fond, se trouvait parfaitement d'accord avec les absolutistes.

Maintenant L. B. md parait se tromper radicalement sur le senè de sa victoire et sur ses vrais int^'èts. Son entourage, ses courtisans, disons ses «rploiténrs, pour conser\'er lé suffrage des honnêtes gens se sont, hâtés de donner à son usurpation une couleur conservatrice qui le place dans un monâongo perpétuel; au fond, L. B. n'a pour lui que les masses ignorantes, précisément celles qu'il s'agit 'do socialiser, et il se jette dans le légitimisnnp, l'orléanismc, la prétrailie, tout ce que le peuple a appris à haïr, ce qu'il hait d'autant plus qu'il admire davantage l'empereur, et ce dont il faudrait le débarrasser. De là une politique de parenté, un éclectisme perpétuel, une voltige du césarisme au démocratisme, de la révolution à la contre-révolution, etc. A l'heure où je vous parle, le légitimisme ouvre la succession de L. B., personne ne croit à sa perpétuité, lû

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même à sa longue durée; quant à la République, elle meurt de faim et de misère à l'étranger. Entre temps, ridée révolutionnaire avance toujours; les quelques essais de réforme du Président Tout posée, incarnée dans les faits; elle existe, elle a obtenu commencement de |éalisation. Par toutes ces causes, il est permis, ce me semble, de s'attendre à de nouveaux accrocs et raccrocs; c'est dans cette vue que je gjagne le plus d'avance qu'il m'est possible, et me prépare à donner à mes honorables contemporains de nouveUes leçons.

L'idée d'échange direct ou crédit gratuit se pose aussi et tend à se réaliser. D'une part il y a la Réforme numétaire dirigée par M. Esclée, lequel s'est associé M. Mazel, et a, profondément modifié ses théories; de l'autre, divers individus s'apprètant à renouveler sous diverses formes la Banque du Peuple. Des décrets financiers du Président ont ravivé toutes les espérances à cet égard. Enfin, ça ira!...

Je sors le 4 juin. Je ne pense pas avoir à craindre le bannissement, attendu que dans deux jours nous serons au régime légalt et qu'on ne pourra rien sans jugement préalable. Du reste, j'ai lieu de croire que loin de me vouloir mal, on serait plutôt disposé à me favoriser.

Mes respects à M™° L***. Dites-lui que j'ai deux petites filles, une de dix-sept, l'autre de deux mois, qui menacent d'être quelque jour, gentilles. A vous de cœur.

P.-J. Proudhon.

«! - ^sbMini>omàiia:

SaiÀte-Pèlajlie, înal^ iK(j.

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