A M. A. MADIER-MONTJAU
Mon cher Madier-Moutjau, vous m'avez écrit de Texil, je vous ai répondu : telle avait été votre lettre, telle a été ma réponse, expression de confiance et de si cère amitié. Pourquoi n*ai-je depuis rien reçu de
Vois trouverez inclus un bon pour prendre chez le c^.rcspondant de MM. Garnier frères, à Bruxelles, uu exemplaire de ma nouvelle brochure.
.>'ai négocié également, à la faveur de cette occasion qui relève mon importance aux yeux de mon libraire, renvoi d'une collection complète de mes œuvres^ puisque œuvres il y a, au même correspondant, chez qui vous pourrez la prendre.
J'attends de votre obligeance uu mot de critique sur V attitude que je viens de me donner. Si vous entriez dans ma manière de poser les faits et d'en déduire les conséquences, j'en serais heureux, non-seulement pour mon amour-propre, mais pour l'espoir que j'aurais de vous revoir bientôt, la publication de mon travail devant, selon moi, changer compléteipent la situation (morale) des proscrits, et peut-être, dans un temps
DE P..J. raOUDHON. 313
donné, amenery leur rentrée sans amditions. Lisez de sang-froid : songez aux difficultés immenses, à la hardiesse de récrivain qui, ne se ralliant pas, ne cédant rien, a trouvé cependant le moyen de paraître et presque de s'imposer à la conscience du gouvernement. Après avoir combattu en républicain probe et libre, daignez voir les choses en historien et en politique; peut-être alors penserez-ivous comme moi que la situation de la démocratie est loin d'être ce qu'amis et ennemis la supposent, en se plaçant tour à tour au point^ de vue exclusif de chaque parti.
Je serai à Paris jusqu'ali 10 août, après quoi je pense conduire ma jeune famille en Franche-Cotnté pour trois mois. Accusez-moi réception et de la présente et de mon volume, et donnez-moi des nouvelles de la santé de M"<» Madier, de votre frère, de votre fils, et enfin de vous-même.
Je vous serre la main.
P.-J. Proudhon.
3U r.OilBBSraNA\N(^
Pari». 3 août iSSâ.
A M. MAPC PUFRAISSE
Mon cher Marc, c'est à mou invitation que vous Avez eu, il y a quelque temps, la vi&ile de M. Gavnier jeune, mon libraire. C'est un homme eùr, à qui vous pouvez confier pour moi, à l'occasion, tout ce que^ous aurez à me communiquer.
Je vous envoie inclus un bon pour prendre chez le correspondant de MM. Garnier, à Bruxelles, un exemplaire de ma nouvelle publication. Après huit jours d'arrêt, la police s'est décidée à laisser courir mon livre : vous saurez, j'espère, en me lisant, deviner comment et pourquoi. Mon travail, si je ne manque pas mon but, change la situation pour tout le monde ! c'est un point d'interrogation que je pose, et auquel l'Elysée attend, sans doute, la réponse de l'opinion. Je ne vous en dis pas davantage : lisez de sang-froid, songez aux difficultés énormes, pensez que le passé est passé, et qu'en politique ce qui rétablit les affaires d'un parti, d'une spciété, c'est le mouvement. Je fais du mouvement : voilà mon livre.
J'ai lu l'opuscule du petit Magen. On reproche à ces publications de l'exil l'absence totale d'idées philoso-
phiques et rdlroitesse du point do vue, qui ne laisse apercevoir, dans le 2 Décembre, que le produit d\iu complot. On sent vaguement que la vérité n'est pas là tout entière : c'est aussi ce que je démontre.
On anûonce également le livre de V. Hugo, sous ce titre : Napoléon le Petit, Petite idée, si c'est vrai. C'est encore étrangler un fait immense sous une personnalité ! Nos Ff$î>ç«li8 igipf ;îiçrt^i>t pas do la» En ce moment les démocrates, ou soi-disant tels, exilés de tous les pays ont la prétention de représenter la pensée européenne; mon livre vous fera voir que cette prétention est d'autant plus mal fondée qu'en ce moment la question ne peut pas être attaquée par les moyens ordinaires des Timoléon, des Harmodins et des Scévola ; mais uniquement par le dégagement des idées et des intérêts dont l'antagonisme seul a rendu possible le coup d'Etal. Sous ce rapport, mon travail pouvant enlever Tinilialive et la direction des affaires démocraticjues au congrus de Londres et autres puissances, vous auriez à me rendre le service essentiel de me renseigner sur tout ce qu'il pourra m*ètre utile de connaître, soit de la tocliquo des exilés, soit ào l'impression produite à rélriager par liia nouvelle attitude. Kist-ee trop, mon cher Marc, d'attendre de votre amitié les conseils et avis dont je pourrais avoir besoin dans cette route scabreuse où vient de m'engager le plus pur i)atriotisme, joint à Une intelligence que j*ai lieu de croire plus exaete do notre situation?...
Ne me laissez pas-, je vous prie : il se peut que rien ne soit perdu; mais marchons droit.
Je vous serre la main et attends de vos bonnes nôuvelles^.
7 août Ift52.