À M. ALEXANDRE HERZEN
Cher HerzeD, vous lirez mon dernier écrit et me direz si vous approuvez Tattitude que j'ai prige. Nous marchons à TEmpire ; raplatissement où la nation est tombée le laissera faire. Le chaos des idées en est la première cause; le culte populaire de l'empereur, réchauffé et entreteau par tous les moyens qui ne manquent jamais leur effet vis-à-vis de la populace, en est rinstrument. Cependant, j*ose vous répéter que la Révolution marche toujours, se servant de tous les man« nequins, et allant à son but par le ridicule comme par le sublime. L'Europe est engagée et ne peut plus se déprendre. Tout y passera, et, en fin de compte, il restera ce que je vous ai dit toujours : le pèle-mèle des nationSf raboUtion des États« la garantie ou mutualité économique, la liberté absolue des individus. Un organisme invisible ralliant, animant la fourmillière humaine : voilà, pour moi, l'avenir... .
D'après les circonstances qui ont accompagné ma publication, j'ai quelque lieu de croire que le pouvoir se montrerait tolérant envers ceux des prisonniers et exilés qui, jugeant du même point de vue que moi Tin-
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cidcnt historique du 2 Décembre, renonçant pour leur part à toute opposition envers le gouvernement de fait, et laissant à l'initiative des citoyens restés libres la solution du problème nouvellement posé, prendraient rengagement de se renfermer dans une vie d'intérieur et de s'abslraire ostensiblement de toute action.
C'est d'après ces bases que je sollicite en ce moment la mise en liberté de mes -amis Pilhes et Duchéne, martyrs désormais inutiles d'une cause perdue en première instance par les méchants moyens de ses avocats. Il est absurde, à mon avis, de rester en prison pour le suffrage universel, après ce que nous avons vu depuis quatre ans, et maintenant que ce suffrage a produit son fruit naturel : le despotisme. Il faut nous tirer tout doucement des fausses théories do 1)3 et is, et recommencer sur nouveaux faits, d'où je conclus que, pour les citoyens condamnés à l'impuissance par la prison et l'exil, soldats tombés sur le champ de bataille et prisonniers de guerre, l'échange de leur destitution forcée contre une abstention volontaire peut être aussi honorable qu'utile.
Je joindrai à ma roquèto votre nom, mon cher lîerxen, et celui de Charles Edmond ; comptez sur ma discrétion pour faire les choses à notre convenance et entière satisfaction. L'interdiction de la France est inutile à votre gloire et à notre cause; continuez vos voyages; mais il faut que vous puissiez venir à Paris, car en fin de compte, on n'est li])re, on ne pense que là. Je vous serre la main bien affectueusement.
r.-J. Proudhox.
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«Hlf^idif • H) 9^1 lB5d.
A M. ALFRED DARÏMOX
Mon dier Darimon, j'ai reçu vos petites nouvelles avec {çrond plaisir. Je vous rctourac mes réflexions et réponses.
En ce qui concerne nia lettre au Présickut et mon livre, si j'en juge par VliN^mHial do Besançon, journal d'ordre, j'aurais atteint une partie de mon but, savoir : qu'on lâchera un peu la bride aux LIVRES pendant . qu'on tiendra ta jw^tfytf.'tî'osl ce qu6r/>w^iwW<rfiexpnme en disant que le pouvoir respeclo la graûdd liberté et surveille la^pciik!.,. (rrondo ou petite, allons toujours. Nous commencerons par un bout, «oqs fiâairouspar r€titre.
A la suite de cette grande liberté, le itBême Impartial amaowîo de nouvelles amnisties on faveur des proscrits €t détenus. G'est-iWliro (|ue, coiume je le donne à entendre en mon langage dans ma lettre au Président, on comn^ieuce à trouver avantage a laisser rev,cnir le l)lus qu'on pourra d'exilés, même suns conditions. On comprend insensiblement* :ue proscription et vengeance sont une mauvaise politique. Que de gens seraient attrapés si tout à coup, au moment où ils se croient le
p\ûk nhbimiïés, où ils fulminent contre les faîMés et les tyrans, ils àpipreniaient qu'il ne tient qu'à eux do rentret et qu'on né juge pas môrne îililè de leur demander une promoss^e!...
Tout cela me prouve de plus en plus que nous sommes en plein système orléaniste. On va refai!*e de Tordre pendant dix, quinze ou vingt ans, ju^u'à ce que l'opinion mûtie et la force des choses fassent danser encofc une fois le gouvernement. Sous ce régime, qui ne laisse de place q^'à la science pure et aux vérités les plus évidentes, les vieux partis- légitimistes et fti<)ntagnards sont décidément enterrés. Il n'y a d'avenir que pour le talent, ia philosophie!, les htoles spécUletions scientifiques et industrielles. Le pouvoir fait les •conditions dure^ aux réformàteuf S; Tarit mieux ! Cô qui est faible ou mêdiocfe avortera; les forts, en ttîvanche, n'en seront que plus' sl!irs du triomphé.
Ceci m'amène au projet' de Revte dé B*** et M*- ". D'abord, pour qu'ils commencent au 1^^ octobre ^vec notre! coHaljbrntion, il faut ou qu'ils ajoiirtient iÉriétinimerit là publication de lenv ïlisioire, ou qu'ils soàgent à la publier par fragments daïis la R-evue. Hors de tà, je ne vois pas d'ici à un an eoin;^icnt je pourrais participer à leur publication, et je sviii surpris que vous ne leur ett-ayes^pas fait vous-même l''i-*ifiB:?rvii.iij«.n. Sondez-les, je vous prie, et voyé« ce qu'ils enteindent.
lullistcthre de la démocratie moderne peut convenir à une ïleVue «omrnic téblfeau d'hisloiri. Étude sul* le progrès, et^6. Pour peu que le» foi-mat de» la fdi^iié apfnpciio dfe ttWt de la Re^^ dm DeUw^MùndtS'^ il n'y fa»ufcdra pas plus de 50 feuilles, mti environ - quiufce i aî^lidea à 3 feuilles 4-/4, <yu 5-2pa'gôS par ortiolev Ce qui ire semble nullement impraticable. î
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£n y pensant davaulage, il me semble qu'en effet cette histoire ferait une excellente matière de Revue. Revue de sept à huit siècles : politique , philosophique, religieuse, anthropologique, esthétique, psychologique, etc. Les Croisades, lo Moyen Age, la Scolastique, la Réforme, Descaries, la Révolution, etc., jusqu'à îi2 inclusivement. Avec ce morceau de résistance on peut aller loin, et, en vérité, je ne vois pas ce que, par lo temps qui court, nous pourrions offrir de plus solide, de plus incisif, de plus sûr pour nous, de plus croustillant pour le lecteur, de plus mortej à la royauté, au gouveruementalisme et au catholicisme.
J'appelle sur ce point votre pensée. Parlez-en à Boutteville.
Allez de ma part avec Eisermanu demander à Gavuier frères deux exemplaires pour New-York, un desquels vous reme;llrez à Eisermanu qui, je crois, n'a pas reçu le sien. En même temps, vous le prierez do^ m'écrire.
Que Garnier frères mettent s'ils veulent ma lettre au Président en tète de mon livre ; mais de manière que ce soit une ùSeLive d'éditeur, non d'auteur. Quelques mots en tète, comme ceux que j'ai faits pour le Siéde^ oii le libraire dira qu'il croit ntile, etc., de reproduire. La brochure étant de circonstance, on peut y joindre une pièce de circonstance.
Si Herzen repasse par Paris à son retour d'Angleterre, tâchez de l'y retenir en le persuadant de son rappel. Il faut que les étrangers expulsés, comme les nationaux, combattent la proscription réactionnaire par la soUicitation et tous les moyens. Nous sommes dans vm siècle d'intrigue; bien dupes serions-nous si, après avoir perdu notre peau de lion, nous rejetions celle de
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renard I Bon gré mal gré que nous en ayons, il faut nous battre sur le terrain de nos adversaires.
J'irai dimanche ou lundi à Besançon. Nous avons eu dimanche 15, à Burgille, Guillemin et Huguenet. Ordre était donné d'en haut aux paysans d'allumer des /bwiés, c'est-à-dire des fagots d'épines hissés au haut d'un mût en signe de réjouissance, comme autrefois à la Saint-Jean. Les paysans se sont f.... de l'invitation.
En somme, le pouvoir actuel est sans racines dans les campagnes comme à la ville; mais on est acculé, on ne bougera pas.
Je vous serre la main et j'embrasse M™«Da. et Bibi. Tout à vous.
C0RRE9P. IV.
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Burgille-les-Marnay, 26 août i85â.