‹ Correspondance de P.-J. ProudhonChapitre 6 sur 50 · A MM. GARNIER FRERES · texte numérisé non relu

A MM. GARNIER FRERES

Messieurs Gamief frères, j'ai reçu un exemplaire in-4® des Confessions^ afin cVy pratiquer les corrections que selon vous j'ai à faire pour la nouvelle édition.

Je relirai volontiers une deuxième fois cet ouvrage, auquel mes études depuis deux ans me suggèrent de nombreuses et importantes corrections. Mais d'abord, qu*jfest devenu l'exemplaire déjà corrigé de ma main, el»&ur lequel devait être faite cette réimpression? Il faut tenir compte de ces premiers changements et les ajouter à ceux que je ferai encore.

Cette publication, ainsi revue, sans rien perdre de son allure, de la disposition de ses parties et de son esprit, sera pourtant notablement améliorée et augmentée. La Préface est très-bien : c'est un des meilleurs articles que j'aie écrits. Mais pourrais-je savoir ce qu'est ce Post-Scriptnm qui doit être mis à la fin? Je n'en ai plus souvenir. Il faut me le dire pour que je m^arrange en conséquence. Depuis deux ans , il s'est passé plusieurs' choses dont j'aurai à parler : j'ai besoin de savoir où en était ma pensée lorsque je vous ai donné la Préface et le Post-Scriptim, et le chemin que

DB P.^. WOOHION. '71

j'ai pu faire. Car si quelque chose me distingue entre tous les écrivains, c'est que de ma première publication à la dernière, il y a un progrès continu, que je ne nie pas. qu'au contraire j'aime à faire ressortir. C'est danè te progrès que côhsiète l'unité et l'enchaînement de mes idées

Recommandez fortement à l'imprimeur de soigner les corrections. J'y attache une extrême importance. Ce que j'écris n'a de valeur que par le, raisonnement; et le raisonnement est ce qu*il y a au monde de plus difficile. Un mot, une phrase de plus ou de moins, ime transition mal ménagée, une expression peu exacte font manquer un argument et rompent le fil des idées. Si ce défaut se remarque trop souvent, un livre est peràtÈ, Il ii'y a qlti^'lèi5'«cf^iiiB>qlii'&i&#i]Siristpa^^^

ne i^rrigent pëfîi -r.iii • ,.:

Je vous salue, MessI^M^y Meii tcvdlalèmeiitJ

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Conciergerie, SO juillet 1851 <

A M. MARC DUFRAISSE

Mon cher Marc, je ne puis résister à Tenvie de vous faire part des réflexions qui m*assiégent depuis que le rejet de la révision m'est connu*

Suivant les probabilités, la première conséquence de ce rejet sera d'amener un ministère Barrot, Lamartine, ou autre qui, sous la condition préalable du retrait de la loi du 31 mai, reproduira dans deux ou trois mois la proposition de révision.

Or, la loi du 31 mai retirée, devrons-nous nous opposer à la révision?

Telle est la question que je mê pose, et sur laquelle je trouve du pour et du contre, suivant le point de vue où il nous conviendra de nous placer.

Rejeter la révision dans Thypothèse où je présume que nous nous trouverons peut-être bientôt placés, c'est, pour le parti démocrate socialiste, s'engager de plus en plus dans la politique conservatrice; c'est s'absorber dans la lépublique modérée, voulant le

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progrès sage, lent, prudent, etc. On sait ce que tout cela veut dire. C'est consacrer par avance la candidature du général Cavaignac, et écarter dores et déjà

, celle de Ledru-RoUin, dépourvue, ipso facto, de signification. Veut-on prendre ce parti? On le peut, je dirai môme sans trop d'inconvénients, mais certes avec plus d'égoïsme que de dignité. Oui, en suivant cette marche, il est possible à Ledru-Rollin, rentré en France après Télection de Cavaignac et devenu chef de l'opposition, d'arriver à son tour à la présidence; il est possible, à nous et à tous nos amis, d'obtenir du général,

^ qui une préfecture, qui un bureau de tabac, en disast au prolétariat de faire ses affaires, et en attendant son tour, de s'en tirer comme il pourrait.

Tout cela est possible, je dirai même presque c«rtain. Mais alors! je vous le demande, que devient le socialisme? Qu'est-ce que la Révolution ? Quelle signification est la nôtre? Qu'avons-nous à faire comme

. publicistes , à côté du National et du Siècle? Quel rôle que celui de L. R., soutenant le gouvernement de Cavaignac contre les incursions des blancs et des noirs, comme 0. Barrot faisait la monarchie de Louis- Philippe contre les légitimistes, et l'attaquant ensuite au point de vue des intérêts révolutionnaires 1 Quelle figure feront la presse démocratique et la Montagne, lorsque, n'ayant plus l'argument de la loi du 31 mai, elles repousseront la révision, xmiquement par méfiance du Peuple et peur de Louis Bonaparte 1

Appuyer la révision, au contraire, donner cette

preuve d'habile audace, cela me parait une tactique

pleine d'avantages, sous quelque rapport qu'on veuille

l'envisager.

Si la révision, grâce à cet appui, est votée, nous ou-

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vrons te vbie rétoltitîonniJili^. Le suffrage tinivef sél est par nous consacré, et, qui plus feàt, évoqué; le Peuplé, électriâé par Taudace de la Montagïiè, s'ëltoicé à isa suite; la Conâtîtuante, quoi que fesse TÉI^sée, nous arri\'B rouge en majorité. Rien alors n*ôbligiBant les constituaiits d^eU fliiir en trois tnois, grâée à la qtiestîbh sociale et îévbliilîohnsiirë qui prendiiait le deësus, la Constîtuanle^ en a pour ti^oîs aiis dùpiremifer côup; Louis Bonaparte, et les vieux parlis déguerpissent, et nous lâbourohs rEûtopé...

Si, èe que je regarde cottittiè plfobable, la révision, appuyée par îeë totigés, «st tepoussée par là droStë, la révision ^ cotivi-e d'infemie et le parti i^épubTicaîn d'une nouvelle gloire. Qùôl! c'ë^ quand là liberté est mutilée (Jtie lisis coûservâtetiTs proposent de réviser le

patîte ; «l, àèa que le droit est rétâblii ife reftisent !

Aptes Uûë telfc pâlîhodio, îà Montagne reste rëitié de ropiiiion* 0n 'i8^2,^liè test plus sûrfe qùé jaihaîfe du triomphe, et c'est abt*s que la candidature de Ledru- Rollin peut éclipser celle de Cavaiènaè. De toute façon, là Révbltiiîoh fait un pas de géaiit.

Vdilà, riton 6ber Marc; en téittMé,.rhfepèdi ^biis lequel J'e^^âsage l*avenir probable que iiôus promet le voti3 d- hier sbir.- Sdngfez-y, la propositloh de rêxision, éscorWè dti rappel de la loi dû 31 inai, nb manquera paè probabletîient d-êtré présentée. Alors, comment iioiià en tirer èlvee bontleur, ^i nous la t-epodssons ? Autant nous dire tout de suite bburgeois, conseirvatéthrs,* propriétairte« , restaurateurs de Taulël et du trôfÂb;^ ear fealt^ôuTèfifettiùe prbdiiirail dans le pays et dans'l'fiiirepè ce républicanisme ihesquin et timide?

Pour moi, bien loin de voir dans la proposilioh de tévteibti un piégfe teûdu â ià-*Ré^ùHftiài&, dailà éès con-

ennemis et iin^ des plus héWes eheiwfeé révoîntion-^ naires. Dufaure avait cent fois raison : réviser tine Constitution, et par voie da stiffrage nnlvetseî, c'est remuer la société de fond en comble; c'est faire acte de révolution. Mû ccinvfclion est si forte sur ce point que, môme avec la loi du 31 mai, j'eusse accepté le défi : malheiireusepaent, la préoccupation était trop ^ive à l'endroit du suffrage luiiversel. On nous a fait un article de foi de ce prétendu principe, qui n'est que le premier pas vers la démolition de l'autorité; Dieu veuille qu'il ne nous suscite pas dans l'avenir de plus grands embarras!

En résumé, si la révision sous le suffrage restreint pouvait paraître une contradiction, sous le suffrage universel elle me parait non-seulement de droit, mais de devoir.

Si vous jugiez utile, mon cher Marc, de faire part de ces idées' aux gens de Londres avant de prendre une résolution, je vous en saurais gré tout le premier. Ce point sera le premier sur lequel nous devrons nous entendre. On comprendra là-bas, j'espère, que si, pendant un temps, nous avons di) nous défendre sur la Constitution, le moment devait venir où, avec non moins de droit et de loyauté, nous devrions l'abandonner : or, ce moment me parait presque venu. Dans six mois, tout le monde en France se réclamera de la République constitutionnelle; tout le monde criera : haro I sur l'anarchie, le gouvernement direct, l'abolition du salaire, des cultes, etc.; dans six mois, la République modérée commencera , comme Louis- Philippe, sa restauration de l'Autel, du Pouvoir et du Capital. Dans six mois enfin, — vous me permettrez

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cette prédiction cruelle, — on combattra peutr^tre la République sociale, avec le patronage de Robespierre.

Je vous serre la main.

P.-J. Proudhon.

P. 8. Je recueille en ce moments tous les faits, discours, décrets, pièces, etc., qui doivent servir à démontrer Texplication que J*ai donnée du 9 Thermidor. Pour moi, ce n*est déjà plus im paradoxe, c'est une triste} bien triste vérité.

m p.-a. PRommoN. n

Conciergerie, 25 juillet 185i.

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