‹ Correspondance de P.-J. ProudhonChapitre 8 sur 50 · JUSTE-MILIEU · texte numérisé non relu

JUSTE-MILIEU

. JT//» Question. — Politique extérieure. S'il est une c|iose démontrée évidente pour moi, c'est que la politique d'iinitéisme de Mazzini, le nationalisme de Kossuth, Yempire teutonigue de A. Buge et de ses amis, a tout perdu en Italie, en Hongrie, en Allemagne.

L'Italie ne sera jamais une môme nationalité. Vouloir lui imposer ce système, c'est la mettre sur le lit de Procuste et sacrifier son repos à une utopie. La Hongrie ne peut être une nation indépendante qu'à la condition que le globe entier soit révolutionné; alors il n'y aura pas plus de Hongrie que de France et d'Autriche ; il n'y aura plus d'États. Jusque-là, le principe politique de la Hongrie, c'est de reconnaître une suzeraineté quelconque, car à coup sûr ni les Autrichiens, ni les Bohèmes, ni les Croates, ni les Transylvains ne reconnaîtront la sienne.

L'unité germanique est une théorie de métaphysicien allemand.

Soutiendrez- vous maintenant ces thèses devant l'Italie martyrisée, la Hongrie enclavée, l'Allemagne trompée par ses souverains î Déclarerez-vous la guerre aux patriotes qui ont suivi Mazzini et Eossuih I

Nullement.

Cependant, vous ne pouvez servir leur politique toute d'incitation, toute d'ambition, toute de mauvais vouloir à notre égard. Quel parti prendre à la veille d'une élection générale, peut-être d'une bataille ?

Vous avez, mon cher Marc, ma réponse à toutes vos questions; je vous remercie de me les avoir adressées ; elles m'ont donné l'occasign de vous .exposer les motifs,

HE R.-J. PROUDHON. ii9

en dehors de ma position personnelle, qui, j'aime aie croire, m'auraient empêché en tout cas de participer à une rédaction qui, dans mon opinion, ne peut échapper, quoi qu'elle fasse, an péril de la banalité si elle veut être prudente, ou à celui bien plus grand des contradictions, si elle prétend sortir du lieu commun et de la routine.

Mon plan eût été, si je fusse devenu votre collaborateur, après avoir affirmé de nouveau et maintenu toutes mes conclusions antérieures, de saisir l'opinion d'une théorie nouvelle, grandiose, qui eût prévenu et absorbé toutes les critiques, la thème du progris en soi, c'est-àdire de la marche étemelle des idées révolutionnaires ; en un mot, la physiologie des réformes. Avec cela, je sauvais tout, l'absolutisme des principes et la lenteur des applications. On eût compris que, si la vérité est ce qui est, elle est encore plus ee qui devistit : alors le journal, jusque dans ses exceptions, pouvait être jus-* tifié et mis à l'abri de tout reproche. Alors, le parti révolutionnaire se présentait à la fois comme inflexible dans ses principes, pratique et possible*

La tactique où nos amis de la presse et de la tribune ont jeté le peuple rend, pour le moment, cette exégèse impraticable. Il est certain que la faveur est aujourd'hui aux recettes politiques , aux allures tapageuses, à toutes les excitations incohérentes que suggère un gouvernement déloyal et persécuteur. Il n'y a pas de place, en ce moment, pour les idées et les résolutions sérieuses. Je conçois que l'on cherche à tirer parti d'une telle situation : à mon avis c'est pécher en eau trouble. J'attendrai que la liberté me soit rendue.

Je vous serre la main, mon cher Marc.

P.-J. Pboudhok.

iiO CORBESPOI^ANCE

Sainte-Pélagie, ^ octobre 1831.

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