Le socialisme n'a rien de contraire au catboli
cisme ; quant à la justice et atix mœwts^ c'est le catholicisme élevé à la hauteur d'une science rigoureuse et démonstrative. Seulement, comme, selon moi, depuis le premier siècle jusqu'à nos jours, l'Église a perpétuellement hésité et môme varié sur les matières de l'usurOt du divorce, etc., et que la doctrine à laquelle elle semble s'être arrêtée finalement est diamétralement opposée aux conclusions les plus certaines du socialisme, j'attaque l'Église sur ce point jusqu'à ce qu'elle se soit définitivement expliquée. Gomment ferais-je autrement, lorsque dans ce moment je vois les organes de l'Église différer entre eux et tantôt s'accorder avec moi, tantôt rejeter mes théories?
2. Je ne crois point d'une manière absolue qu'il y ait incompatibilité entre la raison et la foi : je dis seule-» ïnent que la foi ne peut jamais servir de prémisse à la raison; que tout au contraire elle doit résulter des der«> nières conclusions de la raison. C'est ainsi que, dans ma manière de voir, la philosophie socialiste conclut i des postulés supérieurs à la raison, inaccessibles à 1a raison. Toutes les fois qu'on voudra renverser cet ordre et subordonner la raison à la foi, au lieu de faire ressortir scientifiquement celle-ci de celle-là, on aboutira au libertinage, ax^ scepticisme et à l'impiété.
4 . J'admets que la religion est une prérogative de noire espèce, une qualité de notre entendement, qu'ainsi elle n'est pas soumise à la discussion humaine, et qu'elle est, dans son principe, indestructible. Mais je n'admets point comme vraies, à la lettre, les révébUùms ou iAéopkanks : à cet égard, je mets sur la même ligne le paganisme, le sabéisme, le judaïsme, le christianisme, en un mot, toutes les religions. Ce sont les formes faniastijues sous lesquelles s'est ^ontanément produite la poisée reli-»
ne CORRESPONDANCE
gieuse et qui s'évanouîsseni peu à peu sous la forme vraie, laquelle est la science pure de rhomme et de la nature.
Je crois que le catholicisme est, depuis trois siècles, en train de se transformer dans cette dernière forme.
5. Il est ridicule de me demander si je repousse le Décalogue, et si j*en veux mettre \m autre à la place.
Le Décalogue est le contenu de la religion mosaïque (comme de toutes les religions) ; les cérémonies du Lévitique en sont la forme; l'histoire de la Grenèse et de TExode en est la légende.
Toute religion a ainsi son contenu, sa forme, sa légende. Le contenu est le même dans toutes; — il est vrai: — c'est par la forme et la légende que se distinguent seulement les religions, c'est-à-dire parles créations accessoires de l'imaginalion diversement impressionnée des peuples.
6. Le jour où la conscience universelle acquiert ainsi l'intelligence de la religion qu'elle professe , ce jour -là, l'autorité religieuse, c'est-à-dire l'autorité du prêtre, de l'Église enfin se résout dans l'autorité civile : la chaire chrétienne fait place à la chaire de TUniversilé. La distinction du spirituel et du temporel a donné en Europe le signal de cette solution ; de nos jours, les efforts que fait le clergé pour s'assimiler la science et la philosophie moderne en sont le dernier terme.
Vous voyez par ce peu de lignes, monsieur le curé, qu'il est des points sur lesquels nous sommes tout à fait d'accord et d'autres où nous nous éloignons de plus en plus. Nous avons de quoi nous entendre et de quoiba- . tailler à l'inlini. En somme, je ne représente qu'une variété du rationalisme, variété originale et intéressante aussi respectable que toute autre, et qui ayant certai-
nement, de Taveu de tous, un pied au moins dans la Térité, ne peut en aucun cas porter un notable préju* dice à la religion pas plus qu'à la raison.
C'est avec un vrai plaisir, monsieur le curé, que je reverrais en vous une ancienne connaissance, et, tous le dites vous-même, presque un parent. Si jamais la tourmente révolutionnaire me laisse du loisir et du temps, ce sera pour étudier sans cesse ces grandes questions qui semblent devoir occuper éternellement et diviser toujours les pauvres humains.
Je vous salue cordialement.
P.-J. PaOUDHON.
118 GORRR&PONDANGE
Pàris^ 32 janvier i8S5.
A M. QUILLEMIN
Mon cher Guillemin, j'ai voulu en avoir le cœur net.
J'ai été trouver M. Perron, afin de prendre langue, et voici ce que j'en ai appris.
M. Bineau est malade depuis cinq ou six semaines, hors d'état d'entendre parler d*affaires; sans cela il aurait pu s'adresser à lui et faire agréer votre sollicitation.
Quant à M. Baroche, chargé de l'intérim, il m'a avoué qu'il était de votre avis, et qu'il ne pensait pas qu'il y eût chance pour moi de l'aborder.
Malheureusement, nous avions une ressource que ^ous ne pouvons plus faire valoir. Depuis quelque temps, le préfet du Doubs, Lapeyrouse, est en position d'avoir besoin de M. Perron et de réclamer ses bons offices; c'était le cas, au lieu de solliciter à Paris, de faire agir sur le préfet du Doubs par M. Perron. Maintenant, les présentations sont faites, il n'y faut plus penser. Qui diablp aurait deviné qu'à point nommé M. Perron serait en mesure de recommander
DE P.-J. PEOUDHQIf. 119
votre pèrOi non «ux ministres, ca gui ne sert guère, mais au préfet?...
Quant à notre ami Gh. Edmond, je reçois ce matin une lettre de J)*** qui me fait savoir que Ch. Edmond a besoin, avant d'agir, de monter ses batteries, d'attendre en outre qu*il ait mis en ordre ses propre affaires, lesquelles sont dans le plus déplorable état.
Yoilà, mon cber ami, où nous en sommes ici. De loutes nos ficelles, il n'y avait que Tincident particulier des relations momentanées entre M. Perron et le PTéfet du Doubs qui pût nous servir : il nous échappe ^ pause du fait accompli des présentations.
Au surplus^ sachez une chose que m'a confessée M. Perron. Ici, comme à Besançon, ce n'est pas l'empereur qui gouverne : ce sont prêtres, jésuites, orléanistes, toute la conjuration réactionnaire d'avant et après le 2 Décembre. Quelques hommes, tels que ItM. Jforny, Fould, Perron et autres, maugréent bien rContreJa prêtraiUe, le torrent l'emporte, le pli est pris, le branle est donné. Ce n*est pas, encore ime fois, un gouvernement napoléonien que nous avons, c'est im :gouvernement ecclésiastique et réactionnaire, voilà le fait. Nous avons à prendre une revanche, prenez en note. Et(, au lieu de' solliciter à l'avenir pour votre frère €t vos neveux, occupons-nous plutôt d'assurer l'avenir de tous. Cela me va mieux, et je crois pouvoir obtenir plus de succès.
Je viens de vous dire que l'affaire de M. y*** était au crochet jusqu'à la prise de Sébastopol, ou ce qui revient au même, à la conclusion de la paix. Cela peut languir, comme vous voyez; mais, enfin, cela se fera. Tenons-nous prêts.
Dans quinze jours mon travail sera imprimé, et je ne
doute pas que la sollicitation de M. V*** reprenant à la suite, nous n'enlevions l'affaire, auquel cas, je compte sur la promesse de M. Verdeau de former une compagnie d'hommes à lui (quand je dis compagnie j'entends administration).
Enfin, on ne sait qui vient ni qui va. L'empire meurt de consomption ; l'héritier présomptif, prince Napoléon, est tellement compromis aux yeux de tout le monde qu'on n'admet nulle part Thypothèse de sa succession à la couronne. L'héritage est donc vacant, et bien des gens songent à avancer l'heure de la prise de possession. Beaucoup croient que le nouvel héritier sera le comte de Paris, enfin, un prince ; l'avis de Perron, que je partage, est que ce sera la RépubUque démocratique et sociale. Et plus la chose tardera, plus par le laps de temps les vieux partis se disloqueront, plus cette République a de chances.
Il ne dépendra pas de moi que cette année môme, par de nouvelles et solides publications, je ne rende ces chances invincibles.
Donc, encore une fois, bon espoir. L'année commence admirablement pour nous, et vous pouvez dire à votre frère qu'à tout prendre, si l'empire se montre ingrat envers lui, la République sera reconnaissante et il n'aura pas perdu.
Ce sera un titre dans l'avenir d'avoir souffert de l'influence cléricale.
Bonjour.
P.-J. Proudhon.
DE P.-J. PROUBHON. m
Paris, 3 fémer 1855.
A M. VILLUUMÉ
Mon cher Villiaumé, vous m'avez promis, lors de noire dernière entrevue, que vous accepteriez un jour mon diner de mé;?.age. Je viens vous rappeler votre promesse et vous prier, sauf empêchement grave, de tenir votre parole mercredi prochain, 7 mars, à cinq heures et demie du soir.
Depuis plus de six semaines nous avons eu à la maison, avec le froid, des rhumes, des coqueluches, des grippes : pas un jour sortable, ma femme sans bonne, impossible d'avoir un ami et de faire un déjeuner.
Venez donc, je vous en prie, non pour la bonne chère, mais pour l'amitié. J'aurai avec vousim ou deux amis avec qui vous serez en pleine conmumauté de sentiments.
Je vous serre la main, et vous prie de m'excuser si je ne vais pas moi-même vous porter mon invitation : je suis à la lecture de mes épreuves, et je presse tant
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que je puis l'impression d*une méchante brochure sur les chemins de fer.
A bientôt donc.
P.-J, Proudhon.
P.'S. On m'annonce à Tinstant la mort de Nicolas. Où cela nous mène-t-ilî
DE ?.*i. PEOUraON 123
Paris, 25 février 1858.