A M. J.-A. LANGLOIS
Mon cher Langlois, j'ai vu Massol relativement à M. S*** qu'il connaît, lui, sous un autre nom. Il n'a pas su m'expliquer d'abord ce double nom.
Comme moralité el probité, M. S***, m'a dit Massol, 6St ce ({u'on peut rencontrer de plus honorable.
Comme précédents industriels, M. S*** n'aurait pas été des plus heureux dans ses entreprises, et il aurait perdu de l'argent par l'effet, ajoute Massol, de sa trop grande honte.
Cela revient à dire, selon moi, que M. S*** n'a peutêtre pas l'ftpreté et le nerf qu'il faut dans les affaires, vis-à-vis des associés, employés et tiers, à peine de devenir très-vite leur proie.
Les affaires, c'est la guerre, une guerre où chacun doit se défendre contre tous, et où, par conséquent, la fraternité et la ïnmti ne sont de mise qu'après la victoire. C'est triste, c'est hideux parfois; mais c'est ainsi
l(fs renseignements de Massol s'accordent avec ce <[ue nous avons vu et entendu, et servent même à
DE P.-J. PROUDHOM. ISi
Texpliquer; je résume mon jugement sur le tout, et j& conclus :
L'affaire en soi ne me parait point risquable;^c'e9t un petit service de factage, avec chevaux et voitures, qui, avec une alimentation régulière, assurée et même croissante, peut être facilement calculé par dépense et recette, et promet à Tentrepreneur, avec le revenu de son argent, ime rémunération honnête de son travail et de ses soins^
Ce qui ajoute à la sécurité est précisément ce qvu au premier ahord parait regrettable, Tabsence d'un contrat à longue échéance. Le jour où l'affaire est en p^rtQ vous pouvez Tabandonner, et d'après les allures connues de la compagnie, il y a lieu de penser que; c^te renonciation se ferait sans trop de (UfQoiités eit saii$ sacrifices. . , ,
Reste donc l'exécution.
Je crois indispensable,, si vous rentrez dans l'a^JCQf que vous vous entendiez avec ces messi^eur^ sur Je per-* sonnel et les appointements, tant ceux des pMfi que ceux des employés.
Puis il y a la questioj^ obscure, inconnue, de l^iOpt^
lerie et au Tnatériel.
£n embrassant cette, partie, il faut vpu^ décider, d'avance à voir les choses au fond, prendre.des reii96i--> gnements d'abord, puis exercer une suryeiltauee continue sur le coulage (foin, avoine, maréclial^rie, vétérinaire, charronnage, etc., etc.)
En un mot, il faut, il est indispeppal^le^ selon moi, que vous deveniez un peu garçon d'écurie et charretier^ — comme aussi que vous appreniez le travail des hureanm éilà^êdliciMion. . ■ . ~.^.
;r Ce sont trois apprentissages différents auxquels ttrus
CORTIESP. VI. 11
16i CORRESPONDANCE
devez vous soumettre. —En votre qualité de chef, tous pouvez les faire vite et bien ; la blouse ne vous répugne pasr, èndosset-la.
Pour tout vous dire, en dem: mots, le factage de M, ▼*** ne vfeut pas la prâie (fue vous vous en mêliez si V0W5 n*y cherche!^ ' qu'une augmentation de revenu 4e ^o& fonds et une espèce de sinécure.
Je crois qu'il y a des éléments de gain ItonnÔte, quoique modéré, si vous embrassez pour tout de bon
Mais, entendez-vous avec ces messieurs sur vos attribtltions, sur les leurs, et sur vos prélèvements respectifs.
Bn-àËtreprenantle service dans les conditions qne j'indiqttey et Bur lesquelles j'insiste, vous ne courez qu'une «hance mauvaise, à mon avis : c'est de perdre une dizaine de mille francs en acquérant une expérience et une pratique des chemins de fer et des^ trans^ pol?t& en général qui vous mettra de plain-pied dans te nion<fe mercantile et industriel, et vous créera une spécjeKl* et une eapacité^ qui plus tard peuvent vous devenir profitables.
-Si tous n'éviez que vingt ans, je vous dirais s^us «hésiter : Marchez. — Vous en avez trente-cinq; vous atwt été marin et journaliste ; vous êtes un peu lettré et un p«a ^hélosophe ; il s'agit, pendant six mois au moinir, d&<j^géver h» atsertumes et dégoftts d'une profbssfon phn ou mdt»^ r^p«igna&le, et de &ire encore peauneuve ; tâtez-vous.
Je vêtus serrer lia lôain. '
P.~S. J'ai oublié de vous demander si v^tusf avîes vu BrftMaaOà ...
DE K4. fwmttm. m
NOTE DE P.-J. [PRÔtrDHON
lamtOlïfis DANS ÏA LStYIUS PIU^CiDSKUS
Cette brochttre n^est pôs dti ptface Napoléoii.
Elle n'a pas été écrite souâ son inspiration, bien qu'elle lui soit très-favorablô, et que Tanteur ait pu recevoir dtt prince de nombreuses confidences. — L'esprit et le ton général du Mémoire, Tordre d'idées * où il se meut, le caractère qu'il révèle, accusent une personnalité trop forte pour qu*on n'y voie pas une oeuf re aussi spontanée qu'originale.
L'écrivain qui se cache ici sous le pseudonyme de un o/fider général, et qui est assurément plus familier avec les spéculations de la diplomatie qu'avec les détails de la guerre, appartient à une catégorie politique trèsnombreuse il y a trente ans, et devenue aujourd'hui fort rare : c'est celle de ces hommes qui, ayant conservé malgré tout le culte du premier Empire, en ont provoqué et amené la restauration ; qui avaient rêvé de le marier avec la démocratie, en lui donnant la Révolution, même sociale, pour marraine ; desquels on peut dire cpie leur programme est dans cette formule contradictoire : Accord du régime mUttaire atee la tiierté, et qui, trompés dans leur attente par la politique du Président et de l'Empereur, se sont séparés de lui, sans renoncer pour cela à leur chimère.
164 GORRESPONDANGE
C'est donc tout un système que révèle cette brochure, et, en vertu de ce système, on peut affirmer qu'en ce moment, au-dessous du trône de Napoléon III il existe un nouveau parti bonapartiste, avec allures démocratiques et libérales, et que l'empereur actuel tué, détrôné ou mort, la France n'en aurait pas fini avec l'illusion dont Béranger et autres ont fait un idéal pour le peuple, et à l'égard de laquelle Napoléon III n'est qu'im traître et un bâtard.
Ce que le peuple, en 48, 51 et 52, par ses suffrages réitérés, a cru se donner en la personne de Louis- Bonaparte, le soi-disant officier général l'attend encore; il y croit, il ne jure que par cette chimère. C'est à ce point de vue qu'il juge l'empereur actuel : après avoir couvert de ridicule et mis à néant ses prétentions stratégiques, après avoir réduit à l'absurde sa politique de jésuite, il le ménage encore, il ne lui impute que des fautes^ des erreurs, desquelles il ne tiendrait qu'à kii de revenir pour être à la fois le plus honnête, le plus libéral, le plus adoré des monarques.
En résultat. Napoléon III est condamné par les vrais amis de l'empire; il a forfait à l'honneur, à la vraie pensée impériale.
Mais la tradition napoléonienne ne meurt pas avec lui, pas plus que celle de Trajan ou Marc-Aurèle ne mourait avec Commode. Un nouveau parti est déjà formé, tout prêt à ressaisir la popularité et le pouvoir, au nom de ce même Napoléon que son neveu déshonore.
Telle est la substance et la portée de cette brochure.
C'est le césarisme sans fin et quand même*
P.-J. Proudhon.
DE P.-J. PROUDHON. Idè
Paris, 17 mai 1855.
A M. CHARLES EDMOND
Mon cher Edmond, j'ai eu hier une première conférence avec les organisateurs de Taffaire Saint-Ouen, MM. Verdeau, Sarchi, Ch. Leverrier et Panis. Nous nous sommes trouvés d'accord de tout, si bien que je n'ai plus qu'à rassembler les documents statistiques pour composer mon rapport comme je l'entendrai, le principe général que je tenais à faire prévaloir étant admis et ma compétence en fait de batellerie acceptée. On écarte sans rémission le Bartholony et pareils. L'affaire marchera ; je réponds du succès.
Ce sera à faire trembler les aristos des chemins de fer et à prendre une revanche décisive sur ces notabilités de Bourse qui se croient des génies parce qu'ils ont le privilège des concessions impériales. La beile merveille de remuer des millions et d'en empocher une partie, quand le gouvernement vous jette le domaine de la nation, avec garantie de revenu et risque d'un gros bénéfice, s'il vous convient de l'exploiter 1...
Quant à l'autre affaire, je verrai cette semaine tous mes praticiens, auxquels j 'ai écrit, et dont j 'ai eu d'abord à découvrir l'adresse. J'espère qu'après discussion, ce
166 OWACiSiPQNfiANCE
projet pourra être bientôt arrêté et réduit à quelques pages.
Voici, par premier aperçu et sauf le détail d'organisaUoA, commeat je conçois la chose.
Le Palais de Tlndustrie, avec son mobilier, aisances et dépendances, son personnel de gardiens et surveillants, sera concédé pour un nombre d'années à ime personne que Iç Prince présentera, «lux fins et conditions suivantes :
Le Palais de l'Industrie sera, aussitôt après l'Exposition, transformé en un bazar d'Exposition permanente où seront reçus et classés par catégories tous les produits agricoles et industriels français, autant àii moins que la nature de ces produits le eoDsporiera^ avecdétignaticrnsde prix, marques de fabrique» noms et dûim* ciks des inventeurs, producteurs, etc., «ftiif les cas prévus €Ù ks nouas des exposants devront ètxe tenus SQicrets.
Les objets exposés ser(mt renouvelés si le besoùa le demande et sur l'avis qui en sera donné par raâministration aux exposants.
Les prix indiqués seront vèjablea, selon la nature des produits, poiur un nombre de jouis» de ssmaûies ou de mois déterminé. C'est^à^-dire qne /ces prix indi«queront, pour la période voulue, le mammum du pxx)dueteur, la faculté lui étant laissée de réduire toujours son prix, sous la condition de gi^aniie périodique que je viens de dire.
Moyennant ces trois conditions de la permanence de l'Exposition, d^ la désignation du prix et de la garantie de ee prix jusqu'à une époque fixée d'avance, à l'expirailoA de laquetie ebaqne essiposant devra dire s'il entend maintenir, baiser <m augmenter son ojfre, le
DE P.-J. PROUDHON. leT
Palais de Tlndustrie deviendra le régulateur du marché français, rinstrument du commerce loyal et véridiguef le garant de la bonne qualité» le gage de la concurrence normale, féconde, du bon marché perpétuel et progressif, etc., etc.
Pour assurer ce résultat si précieux et désirable, leconcessionnaire , que le Prince ne saurait apporter trop d'attention à bien choisir, se chargera de former une compagnie anonyme, qui, s'interdisant elle-même toute espèce de fabriciition et de commerce, devieAdra . le représentant de tous les exposants, et à ce titre :
Pourvoira à la livraison des objets exposés dont la demandé serait faite et à leur remplacement immédiat ; Correspondra avec tous les producteurs et exposants, et leur transmettra les avis qui peuvent être utiles pour Tamélioration de leurs produits, les avertira de la concurrence qu'ils ont à soutenir, de la préférence du public, etc., etc.;
Provoquera, facilitera les échanges entre les exposants (chose dont il sera à même de juger mieux que personne, puisqu'il réunira tout sous sa main) ;
A cet effet, fera tous virements nécessaires, traite3y mandats, souscrira billets à ordre ; finalement, mettra en circulation des bons ou billets de change^ équivalant aux warrants, bons du Jrésor, billets de banque, etc. ; sans que ces bons puissent dépasser une proçorti^m qui sera fixée d'après la masse des valeurs exposées et des opérations faites ; Recevra pour compte des exposants toute commande ; Etc., etc., etc.
Vou^ voyez d'ici la masse d'opérations qu'il y ft è faire* C'est l'anéantissement de ce trafic ignoble, usu*^ raire des B*** et C^°, et la réalisation de la tendance
168 CORKESPONDANGE
la plus heureuse de l'époque, tendance qui se fait jour de tous côtés, mais qui ne peut être satisfaite que par une institution puissante, dont la première loi est la probité, le désintéressement et la plus scrupuleuse justice.
Une commission de 1/4, 1/2 ou 2 p. 100 au plus sera allouée à la compagnie, selon la nature des opérations et dépôts, etc., etc., et d'après \m tarif lb plus bas POSSIBLE, qui sera fixé par le cahier des charges.
L'intérêt des ouvriers inventeurs^ perfectionnewrs, etc., à l'institution est manifeste.
La Compagnie reçoit leurs œuvres, ou, comme on disait jadis, chefs-d'ceuvre. Elle les juge d'abord ellemême, les apprécie, s'assure de la capacité et de la moralité des individus, de leur consistance ; puis, soit qu'elle les mette directement en rapport avfec les demandeurs, soit qu'elle se borne à servir d'intermédiaire, elle procure l'exécution des commandes, en s'interdisant toujours toute participation directe et intéressée aux entreprises. (La Compagnie devient ainsi un bureau de placement pour les sujets d'élite, à moins qu'ils ne se mettent à leur compte.)
Les Compagnies ouvrières auront là aussi une garantie de débouché et de succès assurée.
Le succès de la Compagnie dépendant non-seulement de la masse des dépôts qui devront payer tant par mois et par mètre carré (tarif le plus bas possible), mais des venteSf livraisons^ commandes et toutes autres opérations faites, des avis donnés, etc., etc., par conséquent, de l'excitation de la concurrence et de la baisse des pria (condition de vente), il en résulte que l'intérêt de l'entreprise, à laquelle il importe d'ailleurs de conserver im caractère prononcé de modération, est d'accord avec
rintérèt général, ce qui est la condition sine qma non de toute INSTITUTION ÉcoNOHiQUB, ayant pour objet Tintérèt public et ^urmoffen un service privé...
Vous voyez suffisamment d'après cela, mon cher ami, ce que peut et ce que doit devenir le Palais de rindustrie. Autant TExposition actuelle a peu de succès , autant Tinstitution nouvelle aura de puissance et de débit. C'est une concentration ^q toutes les forces et facultés du pays, que Ton peut dès lors faire manœuvrer d'ensemble, développer, exalter jusqu'au dernier degré d'énergie et de fécondité, et qui, dans un temps donné très-court, doit mettre le commerce frwçais, au dehors comme au dedans, hors ligne pour la probité, la garantie, la qualité, etc., etc. Ces choses se voient d'elles-mêmes.
Quant au capital nécessaire, je crois qu'il sera trèsmodeste.
L'État faisant l'avance du palais, de son entretien, de son service intérieur; nommant et payant (ou ne payant pas] les commissions chargées de contrôler constamment les produits, leurs qualités, aussi bien que la moralité des opérations de la Compagnie; l'État n'a pas réellement une bien grande dépense à faire : quelques centaines de mille francs par an. L'œuvre étant d'intérêt public, en vue du ion marché, j'insiste sur ce point, ne doit porter à l'État aucun bénéfice. Ce serait absurde.
Quant à la Compagnie, il sb peut qu'elle ait besoin pour s'installer et commencer ses opérations d'un certain crédit. C'est ce qu'il sera facile de lui procurer en la faisant recommander purement et simplement au Comptoir national par l'empereur. Mais je crois qu'elle, pourra pourvoir elle-même à sa propre mise en train.
470 (XMUUnPOKBAMaE
U eii eataadtt sur toute chose que ptreille aSûre ne doit jaoïaie paraître à la Bourse : e^eai aaaez qae le Palais de rindiQstrie ait ooiniiMneé par la GompegBie DrouviUe, aa&s qu'il fiiusse par une C<niipagme 6^"*^ ou Ooibséc quelconque.
Je TOUS ierre la main.
P.-J. PaOUDHON.
P.'^S. îl est entendu que ni de près ni de loin je ne dois figurer dans le projet; je suis censé en ce moment travailler pour la future Compagnie comme je travaille pour celle de JSaM^Oiim.
w p^. raecMON. 471
Ptiâfi^iS^tnaiiKSK.
A M. MATHET
Mcm cher Maibey, quaod pensez-vous Tenir? Y^tare maiisarde est prête. Je vous dirai pouxtaut que si vous êtes maître de choisir votre époque, vous ferez biea d'atieudre encore un mois, attendu que TExposition est en désordre, les mardumdises pas rangées eit les ou** vriers retenus pour plusieurs semaines. On a ouvert sans que ce fût fini, et puis on n'y va pas. Personne ne ^ut payer 5 frasbcs pour une visite. On attend le âi« manche, à 20 eentiimes.
On me rapportait hier que la plus forte recette avait été 9 à 10,000 francs en un jour. A Londres, les recettes, à raison de 1 scheling (25 sous) par tôte, n'ont jamais été moindres de 100,000 francs.
Four complet.
La présente n'est à d'autre fin que de vous prier de rassembler vos souvenirs et de m'envoyer par retour du courrier, si faire se peut, mais vite, vite, tous les faits et gestes que vous connaissez du clergé depuis 1851.
Une biographie de moi vient de paraître, par un sieur de Mirecourtf en relations avec notre archevêque, qui a fourni les renseignements. Elle contient en substance
que ma vie privée est irréprochable, mais que je n'en suis pas moins un franc scélérat.
Vous sentez que je me soucie fort peu de Mirecourt et de ses pasquinades; mais puisque le clergé s'est découvert^ je ne veux pas manquer Toccasion.
Je fais im travail, déjà fort avancé, qui aura cent <;inquante à cent soixante pages, et posera nettement la question de TÉglise.
Comme on en refuse à Paris l'impression, grâce à l'influence de la calotte, çui règne et gouverne^ je publierai en Belgique, en ayant soin de ne rien dire qui puisse choquer notre gouvernement, ni même donner prétexte de crier à l'attaque de la religion. Puis nous manœuvrerons pour obtenir l'entrée : alors ce sera un joli tapage.
En tout cas, il faut que mon écrit paraisse n'importe où et en quelque nombre que ce soit.
Bonjour à Guillemin et aux amis.
Je compte sur votre diligence; c'est ime heure que je vole à vos récréations. Brochez-nioi cela tout en causant le soir avec Guillemin, Âbram, François; mais tout de suite, S. V. P.
Amitié.
P.-J. Proudhon.
DE P.-J. PROUDUON. i7a
25 mai i8»5.
A M. ALFRED DARIMON
Mon cher Darimon, pouniez-vons me procurer, avec Tassistance de notre ami Nefftzer, un numéro de V Estafette de ces jours derniers, dans le feuilleton duquel on rappelait encore ma proposition : DieUj cest le mal.
Du moins, pourriez-vous lire cet article, m'en donner la substance, avec le nom de Tauteur ?
En môme temps, me fournir, vite, vite, tous les faits que vous pouvez savoir sur Vinfluence actuelle du clergé, ses menées, etc., etc.
On ne veut pas imprimer ma réponse à de Mirecourt, et moi je m'obstine. Je veux la compléter, en faire un écrit SOLIDE, l'imprimer en Belgique, après quoi nous manœuvrerons pour l'entrer en France; et les événements, et les amis aidant, peut-être parviendrons-nous à porter un coup décisif à V infâme. Susl aidez-moi à cette bonne œuvre. Il va sans dire qu'ici l'Empire, la politique et la propriété sont hors de cause. Bonjour.
P.-J. Proudhom.
il4 dOBRESPONDANCS
Mardi, 29 mai 18^
A M. CHARLES EBMOND
Mon cher Edmond!, demain, j*ai rendez-rcms à Versailles, oit je resterai jtrsqn'ati soir dix où onze heures.
Je ne ptris donc tous donner rendez-vous que* pour après-demain jeudi, soit chez moi, soit au Palai^^ Royal, galerie d'Orléans, soit chez vous, si vous le (S^ sirez, attendu qu*après mon dîïier une course un peu longue ne m'eflFraye pas. Un mot de vous me fera connaître ce que je dois feire, comme aussi votre silence me sera avis que vous désirez que je vous attende.
Si ce soir môme vous pouviez disposer d'un instant, vous me trouveriez disponible : je ne sortirai pas de cAez moi avant htdt heures et demie, pour aller fcofre une chope près- du Panthéon.
Au moment où je vous écris^, on me remet de lia pan de Tauteur une brochure intitulée la Justice et la wmstdd$ popuia%fe\ par le comte R. R., Paris, Michel Lévy.
Connaissez-vous cet anonyme?
Je vous serre la main.
DE P.-J. PROflMON. 179
Pàrif, !•' juin 1855.
A M. CHARLES EDMOND
Mon cber Edmond, pirisgneTOns connaissez M. Hetzel, et que yonis m'offrez votre entremise ponr entrer en relations arvee Itti, voici la proposition qne j'aurais à lui farre.
Je suis en train de mettre au net une brodiure de doTBe à quinze in-8<> ordinaire, ayant pour titre De la maralâ icms le sodMisme et dans V Église, lettre à JUffr (Xsaire Matthvnt^ earâinai^archavê^ de Besançon, par P.-J. Proudhon.
L'occasion, ou la cause détenninante de cette brochure» est, pour moi , la Biographie du sieur Mirecourt; Kographie écrite sur renseignements fournis par l'archevêque de Besançon, et destinée surtout au public bigot.
L'objet réel est de poser avec force et étendue, entre l'Égfise et la Révohition la qttesïioit mokalb, comme Housseau, en 1760-Î762, répondant à l'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, posa la QussTioir db la RÉVÉLATION ET DBS uiRAGLES. Âutaut le dlx-ueuvième siècle est en avance sur le dix-huitième, autant la question des mo8urs remporte sur celle des miracles et des
176 GORRESPONDAKGE
prophéties; et je ferais de mon mieux pour n'être pas trop au-dessous de mon sujet.
Aussi, il ne s'agit pas d'une brochure de circonstance qui intéresse seulement le public parisien, c'est un véritable livre à l'adresse de l'Europe, et où, tout en me renfermant dans le cadre concret d'une biographie, je traite à fond des choses les plus élevées qui puissent occuper l'esprit humain.
Cet opuscule ne peut paraître à Paris, à cause de l'intimidation qu'exercent sur les imprimeurs et libraires les agents du clergé, lesquels remplissent la police, les parquets, etc. Mais, une fois imprimé en Belgique, je ne doute pas que cet ouvrage, où il n'est pas question du gouvernement du 2 Décembre, ni de la personne impériale, ne franchisse très-bien la frontière, et moyennant le droit de 22 francs par 100 kilogrammes, ne se vende à Paris sans la moindre difficulté. Le gouvernement de l'Empereur qui laisse faire le clergé, soit à la police, soit à la correctionnelle, n'osera jamais prendre sur lui de proscrira un ouvrage d'un ton élevé, et d'ailleurs si fortement motivé par les empiétements, du clergé et le système de diffamation auquel il se livre, et dont je suis victime.
Les exemplaires introduits en France seraient adressés, par exemple, à M. Michel Lévy, de manière à me laisser tout à fait en dehors de ce qui concerne la librairie.
Pour l'impression, je désirerais aller à Bruxelles, à moins que M. Hetzel ne trouve moyen d'organiser la circulation des épreuves avec rapidité et sûreté et de m'en garantir la parfaite correction.
Quant aux conditions, M. Hetzel proposera lui-même ce qu'il croira utile et juste; vous savez que sur ce