A M- COIGNET
Mon clier monsieur Coignet, je reçois à trois heures voire lettre datée d'hier 5, et j'y réponds à Tinstant.
Il est bien entendu que le manuscrit que vous m'annoncez pour aujourd'hui, et que je n'ai pas encore reçu, restera en mes mains jusqu'au jour où je pourrai vous le remettre, lequel jour ne dépassera pas le 31 courant; que pendant tout ce temps je n'en donnerai communication à personne ; que si je juge à propos de le faire à la senU personne en faveur de laquelle vous faites yousmème exception, j'y laisserai votre signature; que, de plus, si je fais usage de quelques-unes des idées qui vous appartiennent, j'aurai soin d'en . signaler l'origine.
Je fais plus, car je veux, pour votre pleine sécurité, aller même au delà de vos demandes.
Afin de garantir votre droit de priorité, s'il y a lieu, sur des idées dont je pourrais ne pas reconnaître d'afeord l'individualité, la nouveauté ou l'importance, je m'engage à vous citer à l'appui de ce que je ferai ou pro-
poserai toutes les fois que Tidentité ou la similitude des idées pourra m'y conduire, comme aussi je promets, après avoir fait comiaitre la part que vous aurez prise au commun projet de vous mettre, autant qu'il dépendra de moi, en relation directe avec la personne sus-mentionnée.
Je connais trop le prix du travail, de la pensée, des idées, pour être le moins du monde surpris de Tinquiétude que vous me témoignez au moment de me confier le fruit de vos études ; mais, en même temps, je dois vous déclarer encore pour votre tranquillité, que, quelle que part d'initiative qu'il puisse me revenir un jour dans l'institution qui s'élabore, et dont je comprends parfaitement la décisive importance, cependant ce n'est pas là, quant à moi, et nonobstant toutes déclarations antérieures que je place mes droits et titres à l'estime de mes contemporains, soit comme économiste, soit comme philosophe.
Je veux avant tout assurer le succès de l'entreprise, ou plutôt comme je l'ai nommée déjà, de l'institution future et morale^ entièrement distincte par là de toute entreprise puremeli^t privée. C'est en cela surtout que je fais consister ma part d'action; c'est comme défenseur et champion de la morale pure, du droit pur, de la science pure que j'ai consenti à intervenir dans cette grande affaire; et c'est afin d'arriver plus sûrement à mon but que j'ai fait appel à votre bonne volonté ainsi rpi'à vos lumières, décidé que j'étais d'avance à rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.
Soyez donc le savant, mon cher monsieur et ami, je le désire, je le souhaite, j'y mettrai du mien s'il faut; je me borne, pour ma part, au rôle d'introducteur et
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de gardien de la science. Yous serez, c'est mon vœu le plus sincère, la pomme d*or du jardin des Hespérides, et moi le dragon qui la défend contre la souillure des Harpies.
Je vous salue, etc. .
P.-J. Proudhon.
Mt CORRESPONDANCE
Paris, 6 juillet 1835.