‹ Correspondance de P.-J. Proudhon (volume 2)Chapitre 21 sur 26 · A M. GABRIEL · texte numérisé non relu

A M. GABRIEL

Monsieur, J'ai reçu la lettre que vous m'aves fait rhonneur de m'écrire en date du 9 courant, et par lac[ueUe vous me demandez des conseils ou pour mieux dire des consolations à vos chagrins et à votre désespoir^

C'est ainsi du moins que vous me d^seignez votre état.

Pour moi, ayant pris la peine de relire attentivon votre lettre, j'ai cru y découvrir qu'au fond vovi^ situation était beaucoup moins misérable que vous ne paraissez le dire, et que si les faits dcmt vous avez Irien voulu vous confesser à moi -sont vrais, il y a en vous beaucoup moins à plaindre qu'à blftmer.

D'abord, votre lettre est conçue en termes généraux qui peuvent s'appliquer à une foule de f^ns, et ne trahissent absolument rien de particulier et de personnel. D'où il suit qu'à moins de révoquer en doute votre déclaration, je dois concluie qu'un esprit si méthodique, si généralisateur, si attentif à considérer les choses dans leur absolu, non dans ce qu^elles ont de circonstanciel, doit possé^r en lui-même assez de vigueur

Si6 OOnBSPuHDANCE

pour dompter sa mélancolie, et n'a pas besoin de médecin ni de Paraclet.

Je remarque çà et là des antithèses, des oppositions de mots et dldées, d*un tour ironique et évidemment calculé pour Teffet. Comment voulez-vous que je prenne au sérieux ime douleur si raisonneuse, si artiste ?

Il n'est pas jusqu'à votre écriture qui ne témoigne à mes yeux d*im caractère fort, parfaitement maître de lui-même. Elle est ferme, anguleuse, serrée et n'a rien de cette anglaise Iftche et molle qui distingue notre génération. La signature surtout semble burinée par une main de fer, nullement par celle d'un Roméo du dix-neuvième siècle. Est-il possible, me disais-je, que Tauteur dHme pareille gri/fb ait jamais fait l'amoureux transi?...

. La phrase dans laquelle vous me faites part de la mort de votre maîtresse est d'un style cocasse qui fait de vous le plus original, le plus burlesque des amants. Est-il bien sûr, monsieur, que vous ayez jamais connu Tamour?...

Vous partagez, dites-vous, mon opinion sur la religion. Ce serait un grand honneur à moi et dont je serais fier si vous connaissiez mon opinion sur la religion. Or, malgré toutes les critiques que j'en ai faites, tant en particulier qu'en général, vous ne pouvez savoir quelle est en matière de religion mon opinion définitive, et si vous m'aviez lu, vous sauriez que j'ai plutôt soulevé des difficultés et posé des problèmes que publié une opinion. Mon opinion, vous la connaîtrez, quand faurai moi-même fait connaître comment j'entends . remplacer le christianisme.

J'avoue que la philosophie peut paraître à certaines intelligences algibriqm eê /Voêefe, tout comme la théologie

UIS P.^. PROUDUœi. 317

parait à d'autres énigmatique et fabùknse. Mais je n'admets pas qu'elle soit une consolation, et je doute fort, à ce propos, que vous ayez lu ou du moins que vous ayez compris Spinoza. Vous auriez senti comme moi qu'il n'est rien de plus grand, de plus sublime, de plus consolant et moralisant que le spectacle d'un pardi génie aux 'prises avec l'indigence, et trouvant le bonheur, la béatitude dans l'étude, le traxjail, l'obscurité et la pratique de toutes les vertus.

Mais vous appartient-*il de nommer Spinoza?

^rès avoir pferdu la femme que vous aimiez, vous vous êtes, dites-vous, pour étourdir votre chagrin, plongé dans Viwognerie et la débauche.

Ceci témoignait, de votre part, d'un très-médiocre amour, et ce m'est une raison de plus de croire qu'il y a dans votre fait plus de fantaisie et de démence, plus d'égolsme et d'immoralité que de véritable amour. — L'amour, monsieur, est encore une religion, un condiment de l'âme, un gage de vertu. L'amour profond et malheureux peut mener au suicide, jamais à la dépravation; vous n'aimiez guère que vous-même, et c'est par là seulement que peut s'expliquer la débauche dont vous parlez. Que dire des détails où vous entrez ensuite sur les cabarets nocturnes de la halle et les maisons infâmes où vous passez vos jours et vos nuits? Et vous êtes jeime, jeune et riche l... Qui donc s'est fait votre professeur de volupté? Il n'y a pas à Paris, hormis vous, un jeune homme ayant de l'aisance et cherchant le plaisir, la table et les femmes, qui passe sa vie dans les cabarets de la haU et les maisons mal famées. La jeunesse d'à présent n'en est pas là, et vous me faites douter de plus en plus de la solidité de votre jugement pour ne pas dire de votre sincérité.

nH GOUSSPOMDANGE

Ces obaemlioiis faites^ je ne terminerai pas ma kttie sans répondre directement à Totre qoestion*

VoQS me demandez quelle consolation je puis oftir à un homme accablé par le chagrin d'amour, et que la philosophie et la religion abandonnent^

Je vous demanderai à mon tour si vous croyez avoir encore le sem morale Si oui, allez 1 vous n*avez que (aire de mes consolations. La pratique de la morale vous suffit. Soyez bon fils, b^i ami, bon citojen; faites du bien à vos semblaUes; adoptez une orpheline, épousez une jeune fille pauvre et honnête; combattez, dans le cas de votre existence, le vice et le crime, et vous serez consolé. Sans oublier celle que vous pleurez , ce qui serait une autre infamie, vous en honorerez plus la mémoire que par vos éiouréUuemmtif ignobles et votre égoïste désespoir.

Mais la morale I Cest comme la philosophie que

vous trouvez algébrique et froide; comme la religion que vous ne connaissez guère mieux; comme le travail pour lequel vous me paraissez avoir fort peu de sympathie. La morale, ne Faime pas qui veut et du premier coup; il y faut du temps, de l'exercice, de Teffôrt. Il y faut surtout la fréquentation des honnies gens, et une rigoureuse haine pour les méchants. Tout cela ne s'acquiert pas en un joar, et, quand un jeune homme, sous prétexte d'un amour malheureux, en est venu à joindre Tindifférence de la vertu à l'indifférence philosophique et religieuse, je tous avoue que je ne connais pas pour lui de r^nèdes. Il est perdu , et ce n'est ma foi pas dommage.

Je tous salue, monsieur, bien sincèrement.

P.«J. PXÛODHOM.

DE P.J. PROUDflON. ii^

PATis, 23 juiUet 1855.

A M. A. HEBZEN

Mon cher Herzen, je n'ai reçu que le 18 communication de votre lettre du 14, dans un moment où, accahlé^ de travaux et d'affaires, il m'était absolument impossible d'y répondre.

Je profite d'une édaircie pour vous remercier bien cordialement d'avoir pensé à moi pour la composition de votre Revue. Nos idées, je crois, sont les mêmes; nos causes sont solidaires; toutes nos espérances se confondei^t. D'une extrémité à l'autre de l'Europe, la môme pensée, le même éclair illmninont tous les cœurs libres. Sans nous parier et sans nous écrire, que nous le voulions ou que nous ne le voulions pas, nous sommes l'un à^a^tre des collaborateurs. Je ne saurais^ quant à présent, vous faire un article; mais ce qui est impraticable aujourd'hui peut se réaliser demain, et^ dans tous les cas, mort ou vif, je suis, je reste un des rédacteurs honoraires de Y Étoile russe.

Hélas ! que notre tâche est pénible 1 Tandis que vous vous préoccupez surtout des gouvernements, moi je vois les gouvernés. Avant d'attaquer le despotisme chez les princes, ne faut-il pas le plus souvent que nous com-

mencionspar le combattre diez les soldats de la liberté ? ConnaisseZ'-vous rien qui ressemble davantage à un tyran qu'un tribun du peuple, et plus d'une fois Fintolérance des martyrs ne vous a-t-elle pas paru aussi odieuse que la rage des persécuteurs? N'est-il pas vrai que le despotisme n'est si difficile à abattre que parce qu'il s'appuie sur le sens intime de ses antagonistes, je devrais dire de ses compétiteurs» au point que l'écrivain sincèrement libéral, le véritable ami de la Révolution, ne sait bien souvent de quel côté il doit diriger ses coups, sur la coalition des oppresseurs ou sur la mauvaise conscience des opprimés?

Croyez-vous, par exemple, que l'autocratie russienn* ne soit qu'un produit de la force brutale et des intrigues dynastiques? N'a-t-elle pas ses bases cachées, ses racines secrètes dans le cœur de la nation russe? O cher Herzen, le plus franc des hommes, n'avezvous jamais été scandalisé, désolé par Thypocrisie et le machiavélisme de ceux que la démocratie européenne , à tort ou à raison, subit ou avoue pour chefs?... — Pas de division devant l'ennemi, m' allez-vous dire. — ^Mais, cher Herzen, lequel est donc le plus à redouter pour la liberté, de la scission ou de la trahison?...

Pour moi, l'expérience de l'Occident que je vois de près m'est une conjecture de ce qui doit se passer dans ce Nord que je ne connais pas ; car sous tous les méridiens l'humanité est semblable à elle-même. J'ai vu depuis quatre ans, à la suite d'un exemple funeste, la fureur du despotisme s'emparer de toutes les âmes; le mépris des masses, la veille déclarées souveraines et presque divinisées, passer à l'ordre du jour; la liberté tournée en ridicule par les mêmes qui auparavant la prenaient pour devise ; la Révolution sociale conspuée,

W P.-J. PROUDHOff . m

vouée à la mort par les hypocrites, qui, jusqu'au jour de la défaite, faisaient semblant de Tadorer. Savez-vous enfin sur qui les vaincus d'hier se proposent de prendre la revanche? Sur la tyrannie, le privilège, la superstition? Non, sur la plèbe, la philosophie, la Révolution.

Separaminif papule meusl — Point de société avec les intrigants et les tartufes I Faisons alliance, comme Bertrand Duguesclin et Olivier de Clisson, pour la liberté quand même, contre tous ceux gui peuvent vivre et nwu^ rir. Appuyons Tœuvre émancipatrice d'où qu'elle vienne et de quelque manière qu'elle se produise ; combattons le préjugé sans ménagement, même chez nos coreligionnaires et nos frères. Si les nouvelles publiées de tous côtés par les journaux sont véritables, voici déjà que le tsar Alexandre rend à la Pologne une partie de la plus précieuse de ses libertés. Comme si le tsar lui-même avait voulu accomplir la prédiction de votre prospectus! Tandis que l'Occident combattant pour la Turquie se déclare à la fois contre le tsar et la Révolution, le tsar appelle à lui la Révolution 1 A qui donc, nous, philosophes humanitaires, donnerons ici la palme de l'aristocratie anglaise qui, dans une tribune libre, affirme solennellement son dédain de la Hongrie et de la Pologne, ou de l'autocrate qui commence la restauration de la Pologne? A qui l'honneur, du pontife romain, qui condamne l'insurrection polonaise, ou du chef de l'Église schismatique, qui fait droit à l'insurrection ?...

Maintenant, de l'Orient nous revient la Liberté, de l'Orient, regardé comme barbare, de la patrie des derniers serfs, du pays des nomades rejaillit sur nous la vie morale tuée en Occident par l'égoïsme bourgeois et la bêtise jacobinique. Tandis que le matérialisme nous dévore, et que la peste et la mitraille exterminent

22f COimESP0Nl>ANt:K

notre maHieurease armée, le peuple russe est entr«âné an champ de bataille par tous les senliroenls qui ennoblîssent Fânïe humaine, la nationalité, la religion, la haine de la barbarie, que dii9-je ? FespCHr de la Uberié, allumé par le tsar. ^

L^histoire est pleine de ces eontradictions.

Nos soldats, si braves, si héroïques devant la rnoort,. nous rapporteront-ils du moins cette contagion des grandes pensées, des nobles sentiments qui reaiq^ht Tâme des Russes? Je oe sais. Toute eommmiicaticm avec l*Occident leur est si bien fermée, la méeaiiîsatioit discipEnalre, le détestable esprit de caserne, la riâicok gloriole les ont si fort almitîs, que tels ils sont ailés^ tels il est à croire qulis nous reviendront : soldats du pape et de Tempereur, de Rome et du 2 Déeemlnre.

Mais ce que ne fera pas la okair à eamn^ la plamede Fécrîvain saura TaccompHr. Des bords de laTcbemala, du Dnieper H de la Tistule, la Liberté, portée sur ksi ailes de la pensée, viendra faire honte à la vieille cité révolutionnaire. Elle évoquera contre elle le» souvenirs du 14 juillet, du f août, du 3 1 mai, de 18^0 et de \U^ Alors le monde saura si la France, victoneuse en Crimée, — je veux bic© accorder à Torgueil de ma nation cette hypothèse gratuite. — garde le sceptie de la civilisation et du Progrès, où si elle le cède a son ennemie vaincue, mais alors véritablement trioaaphante, la Russie.

Adieu, cher ami. Consertez intacte^ et porc votre belle et généreuse individualité : c^est le seul vœu que je croie devoir feire pour vous ; c'est le gag& de votre succès. .

Je vous serre la main.

P.-J. PKOUDBOir,

£>e P.-l. nOUDHO!!. 22»

27 juillet iSi5.

A M. CHARLES EDMOND

Mon cher Edmond, je regrette fort de ne m*èire pas trouvé chez moi hier quand vous êtes renu. Une besogne finie, il faut que je m'occupe d'une autre, et j'étais sorti pour suivre une enquête sur la batellerie de la Seine en vue de l'affaire de Saint-OueD.

Je dois vous dire en passant que je pense possible de mettre en relation les deux compagnies Saint-Ouen et de l'Exposition, sHl y a lieu, d'une manière aussi profitable pour l'une que pour l'autre.

Mais y aura-t-il lieu ? C'est ce dont je douté toujours. Quoi qu'il advienne, j'aurai fait mon devoir envers nos idées ainsi qu'envers la Révolution.

Avez-vous connaissance du malencontreux toast du prince Napoléon ?

Comment supporter qu'on nous vienne faire l'éloge de notre gouvernement et présenter ce gouvernement comme une Démocratie organisée?... Napoléon n'a pas conquis par sa harangue un seul homme à l'empereur, et il s'est privé lui-même éventuellement, je ne dirai pas du dévouement, mais de l'impartialité des démocrates. Je conviens que le spectacle de la politique

SSI CORRESPONDANCE

anglaise est peu fait pour l'admiration du monde ; mais, au total, ce régime de vérité, de libre contrôle est encore à cent mille lieues au-dessus du nôtre, qui joint à une ineptie au moins égale, Toutrage à la pensée du pays et aux droits créés par la Révolution.

Mon cher ami, parlez de cette idée : qu'un socialiste honnête homme peut fort bien intervenir comme je l'ai fait dans un projet d'institution, mais que la réprobation la plus absolue reste sa loi vis-à-vis d'un pareil régime, et, s'il faut dire toute la vérité, que tandis qu'il essaie d'user de l'initiative impériale, le régicide est dans son cœur.

Vous ne m'avez pas rapporté mon manuscrit, auquel j'aurai à faire quelques améliorations.

Je vous serre la main.

P.-J. PftOUDHON.

DE P.-J. PROUDHON. nS

S7 juillet 1«(S^,

A M. LE DOCTEUR MAGUET

M ■ ij;

Mon cher Maguet, nous ayons déjeuné, Megnin et moi, chez Elmerlck, en tous aitei^dant to^ojors, ^pl:M^ onze heures à cinq heures du soir. . . ; .

Comment ne nous avezi-youif pas adreiS3é un, mot poi^r nous faire part dp rempèçHemjBnt?' : .-

Je n'fi^ pas recoi^nu Megn^, quiQ j'ayfii^ d'aiJlQuys trop peu vu, et qui, qjiiQlqiiie d'une excejie|ite |*ïi^jfi complètement perdu; sa physionomie ç^'é^udiaQt. P^ reste, mônxe timbre de voixv pas. un £^yeu gris, et toiijoi^rs le même cœur. Causant to^ de^^ du d#âU de, notre vie, nous avons pu recQnnaltré^v^ç un ég^} plaisir que nos principes^ je ne di^ pQS de, sçici^li^m^ ou,.de politique, mais {de conduite, étaient absolument le^ixtè^ies : faire à Voccasiim, pi^çcurer, pon^^Uftr.twt le ^en possible, s^ns^égard^ à Tesipèce de gouve|rne9i0nt qui domine et par pur amour de Vhumawtéi \^ demr (le Vhomme d'abord;, ^le devoir des répul#C^ns «o secpnde ligne.. , j; . : .1 cjv. . : ..:r,

]flegnin, comme i?iq^, giwde ses > jeQ».vi4i^?i ; i|^Si>} n'fSt pfi^s as9ea? ^isfait d«5 part,i&.^ 4a§;Jiwm»es.poiijr s'abstenir d'une initiative dô,|)ien&^§m^ elt^'améUp-r

COBBUP. VI. 15

316 C0ttRE8P(»taÀNCE

ration, sous prétexte que le résultat obtenu peut aider à faire vivre le gouvernement impérial. Voilà sa profession de foi et la mienne ; il faut ajouter que nous n'en abusons pas.

Des travaux d'urgence m'ont empoché jusqu'ici de faire mon voyage de Bruxelles pour ce que vous savez ; je ne compte pas partir avant trois semaines, ou même im mois. , i • - :

Comment va Besseteaux ? Quoi de nouveau parmi les connaissances que j'ai faites dans la Beauce ?...

Vous pouvez lire dans les journaux les détails du fameux siège. Ge qu'en apprennent les correspondances ♦partiéùBèresr est iàfflligëànt. Maïs on s'obstine, on veut Ik ti»e, OH ^*^t' la tîettrfre, défeidé que Von e.^t à y mettre le prix. On bSttt tme ville à KamiescK, à dix WloiflMrtis dè'Sébftàtopol 7 II SemMfe que Ton se mette en mesure pouir%â^«îîéè^ âhssi Ibùg* que cehii de ÎVoie. A'1','60Ô^îiifllitiiibtWiraii'étiW cela peut

nous Mener loin. Bien des gtos sb demandent comment to pays qtil^ussait de si' grandes clameurs pour des kûiéôree cfomffl'è éMeâo^PHkhark (25, OM flrancs payés ià uide èâtiaillë pour le soûffiet que hii avait donnd un tiô noîs mariios) n'a pas le plus petit mot de blâme pour téB oàonstrueuses aventures I La raison est simple : «"est-que l'éBite de^^la natiôh, qui discutait, contrôlait, parlait, jugeait, et qtti' repWseritàit, qui !a république, qui le système de 1M0, ^ûi te légWmité, qui la sociale, lôut éetBbiïdê»'é»lteilé;'^i*ès<;rit,'^dé^orté, et ce qtd en t^te^ big^^^oti!tô^par W éËttdftif^ dû César. Mais qui a amené cette tyrannie? Une série de causes dont lé vulgaîte-n^apëf^ôît^u^îa^péUî des rouges, maïs auxq4ieUès il'est Jusiè <f ajcniteéi'î'înéj^ie dés cbrisétratéuts, qui' «t ' cni péuvôif se- Së^^H* du iiomiie Nfetpolftm pouf

DE P.-J. PROUDHON. 22r

tuer la République, et surtout, surtout, Tempoisonnement de la masse, paysans et ouvriers, pratiqué depuis quarante ans avec une stupidité sans exemple par tous les chantres et historiens de Vépopée impériale!.,.

En 1840, lors des fameuses funérailles où j'ai été témoin de Tivresse produite à la vue de l'urne du grand homme, j'ai senti la lame du poignard qui m'a troué le cœur au 2 décembre.

C'a été mon premier martyre.

Quel temps pensez-vous qu'il faille pour nous dégoûter de cette eau-de-vie mêlée de poudre à canon ?.. .

Bonjour, cher ami ; poignée de main à Besseteaux et donnez-moi signe de vie. Dans deux mois, vous aurex^ de mes nouvelles, et de bonnes»

A vous de cœur.

^ P.-J. Pboudhon.

Stt CORRESPONDANCE

Paru, 31 juUlet 1885.

A M. CHARLES EDMOND

Mon cher Edmond ;avez-vous des nouvelles de B***? Je désirerais pourtant le voir et m'entendra avec lui sur le Mémoire qu'il m'a demandé, et auquel je travaille. Autrement, je me mettrais de suite à la rédaction de mon livre et partirais dans huit jours pour Bruxelles. Trouvez donc moyen, s. v. p., de me mettre en relation avec votre compatriote.

Je reçois voire lettre de ce matin.

Je comprends voire impatience, mais je suis loin de la partager. Je connais de longue main ces retards interminables qui s'attachent à toute affaire dépendant du gouvernement. Voici une remise de cinq jours, après nous aurons les fêtes du 15 août; puis la visite de S. M. Victoria, puis autre chose.

Et quand il s'agira de décider Isidore, ce sera bien pis. U faudra lui laisser le temps de la réflexion , et le citoyen n'y va pas vite; puis, pendant qu'il réfléchira, nous aurons la Crimée, quelque nouveau Malakoff ou autre déconfiture. Vous en avez pour six mois avant d'arriver à une solution.

Ménagez- vous donc, calmez votre impatience, et.

DE P.-J. PROIIDHON. 320

puisque vous Toilà de loisir, inyentez autre chose. Surtout, prenez garde de vous rendre importun à force de rebattre le même thème; ce serait tout perdre. Je vous serre la main.

P.-J. Proudhon.

Jâ30 CORRESPONDANCE

Paris, i5 août 1891».

A M. CHARLES EDMOND

Mon cher Edmond, TOire lettre du 11 de ce mois en m'apprenant votre départ pour la campagne, m'a réjoui, et je vous félicite de cette bonne résolution. Si vous vouliez m'en cioire, vous n'attendriez même jamais que votre santé fût aussi chancelante pour prendre un peu de repos ; vous vous imposeriez tous les trois mois une retraite, une neuvaine, comme disent les dévots, pendant laquelle vous mangeriez la cuisine du pécheur ou du paysan, vous boiriez du lait, du cidre ou de la petite bière; vous ne verriez ni gens de lettres, ni gens d'affaires, ni artistes, vous feriez trêve à la fièvre de vos occupations ; et vous retremperiez votre être dans une longue semaine de vie moitié sauvage, moitié monacale.

Maintenant que j'ai lâché ma bordée, parlons affaires^ si déjà vous n'êtes pas trop fatigué. Si vous m'avez réjoui, quanta votre résolution de repos, je suis loin de me trouver autant rassuré sur le résultat de notre grand projet.

J'accorde volontiers que l'on agisse avec prudence, ^n tout ce qui concerne la soUicitation de la cencessian;

])R P.^, PïlOUDHpN. Î3I

poi^rvu toutefois que cette prudence n'aille pas au delà de la dissimulation des conséquences, et que Ton n'omette aucun des principes d'action, sine quïbtis non.

Ainsi, que Ton dise, si Ton veut, qu'il s'agit d'une iourse de marchandiseg à re.fifej de yenir en aide à ia fabrique parisienne qui périt faute de débouchés et de capitaux; de faciliter la circulation et le bon marché des prpdi^its dans certaines classes de producteurs déshérités et gônés,^ etc., etc., je le veui^: bien.

Mais il faut que le décret de concession co^itienne^ €n autant de UgneSi^ cçtte deipi-do^zaine de peints essentiels.

1. Prestation gratuite du. paUis pendant trois ou cinq ans, cinq ans si c'est possible.

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