‹ Correspondance de P.-J. Proudhon (volume 2)Chapitre 22 sur 26 · Tarif du change · texte numérisé non relu

Tarif du change

Au surplus, le conseil d'Etat devant homologuer Tacte de société anonyme, il sera facile d'y introduiipe tous les germes ou éléments dont nous avons besoin. L'escompte en billets d'échange n'y paraîtra que comme un accessoire; le tarif du change de même, et ainsi du reste. Le principal étant de conserver à perpétuité ce superbe bazar industriel en le faisant servir à quelque chose.

Voilà ce que je comprends et que j'accepte.

Mais que cette grande prudence doive se soutenir

Î8Î COnRESPOIfDANCE

ajrii la concession obtenue^ c*est ce que je nie, contre quoi je m'élève avec force; et qui nous ferait le plus grand tort^ au point de vue de la morale, des principes et du succès.

Sans doute il n'entre pas dans ma pensée de faire un éclat qui ressemble à une mystification pour le conseil d'Étatj.ou môme lés grandes sociétés rivales assistantes, et qui, si elles connaissaient la chose, s'y opposeraient.

Nous ne devons chanter victoire que quand nous aurons vaincu.

Mais, sans railler ni insulter personne, nous sera-t-il défendu de nous adresser au public, d'attaquer sa raison, sa sympathie, avec tous les moyens de conviction qui seront en notre pouvoir ?

Pour moi, je ne comprends qu'une chose, c'est que, la concession obtenue, la première chose à faire est de lancer l'entreprise à l'aide d'une publication analogue à mon projet, qui soit le projet lui-même, mais allongé du double, amélioré, complété, rendu plus simple encore et plus intelligible, plus compréhensif et plus péremptoire. Aucune société de commerce existante n'a procédé autrement; aucune entreprise n'a réussi jamais qu'à cette condition.

Dissimuler avec le pubUc, feindre, louvoyer, c'est le moyen de n'être pas compris et de tomber à plat. Voulez-vous que nous ayons le même sort que la Société de Crédit foncier?... Allons mollement, petitement, comme gens qui tâtonnent, qui cherchent leur chemin, qui n'ont que des quarts d'idées; qui, après une première vue, en ont une seconde, et à mesure que Texpérience leur arrive, étendent et rectifient leurs idées.

C'est ainsi qu'on fatigue l'attention et qu'on s'use

soi-même. Pas de celte tactique, je tous en supplie ; ou, pour ma part, je m'abstiens, et je fais mon mea culpa.

Autre considération : la moralité publique.

Voulez-vous, après une concession obtenue, faire du tripotage saint-simonien et boursicotier?... Travailler, sinon Faction, au moins le monopole et la concurrence, je yeux dire, pour parler net, vous faire acheter, au moyen d'im© menace plus ou moins sérieuse, plus ou moins comprise?

Voulez- vous vendre aux gros faiseurs, et, par ce moyen, abdiquer le plus tôt possible, après avoir réalisé une prime quelconque?

Je croîs la chose faisable par le moyen indiqué; j'ajoute, ce qui est pis, que, débutant par la prudence, vous finirez nécessairement par la funon^ ce qui yeut dire par la trahison envers votre pensée, envers vousmême.

n faut donc que le projet, tel qu'il a été conçu et compris, devienne dès le lendemain de l'homologation, notre religion, et par conséquent, que la lumière soit faite, abondante et pure, pour le public.

Assez de spéculation, de rapine, d'escroquerie, comme cela ; il est temps que la probité se mette à l'œuvre et montre ce qu'elle sait, ce qu'elle peut faire. Et qui osera se plaindre, je vous prie?

Le maître? Il n'y pensera plus d'abord; il ne verra dans nos publications que des réclames, et, quand il les comprendrait, d'un côté, il ne sera pas fâché d'avoir fait une si belle chose sans le savoir, de l'autre ; j'af&rme qu'il tC oserait se rétracter.

La tourbe des favoris^ Momy, Pereire, Fould? Impossible; il ne sera plus temps. La belle entreprise, en

m CORRESPONDANCE

e&t, de venir f enverser une Compagnie concessionnée, sul^ventionnée et homologuée par Tempereur, attendu qu'elle est trop belle, trop féconde, trop honnête, trop pure, trop puissante dans ses moyens, trop féconde en ses résultats^ trop incompatible avec la prévarication, raj^kitalion capitalisme, etc., etc., et gu'oJi ne t'en éksU pas aperçu!...

La jolie perspective, pour iin empire qui se prétend démocratique, de venir faire crier partout qu'il avait donné l'existence à la démocratie industrielle, mais qu'aussitôt qu'il l'a eue devant lui, il l'a étouffée!

De prouver au monde que le socialisme allait exister, que le droit au travail était un fait; et que, par haine du travailleur, et amour des aristocrates, l'empereur a tout aboli!...

Impossible, impossible, vous dis-je? Que la concession soit signée et l'homologation faite, et nous sonunes les maîtres; trop heureux les gens dont je parle ici, depuis le plus haut jusqu'au plus bas, de faire les câlins et de se prévaloir de leur intelligente, généreuse et révolutionnaire initiative I.«.

Donc, cher ami, et pour me résumer, que ceci soit bien entendu; de la prudence, oui, en tant qu'il s'agit de faire accepter notre projet sans en rien omettre et à l'aide de réticences calculées.

Mais de la publicité, à la trente-sixième puissance, le jour où l'enfant aura été accouché, et où les greffiers auront rédigé son acte de naissance.

Au surplus, nous aurons du iponde en masse. Ce ne sont pas les petits producteurs qui accourront le plus vite, ce seront les gros.

Avec la grande et petite industrie, nous aurons les compagnies commissionnaires que le monopole des

D£ P.-i. PROUDBON. m

chemins de fer fatigue; nous aurons Saint-Ouen et toute la batellerie de France; nous aurons les docks, incapables d'exister sans nous.

Qui donc viendrait balancer de pareilles adhésions?...

Soyez tranquille; bien loin que Teffroi s'empare du public et que la peur bourgeoise fournisse au pouvoir le prétexte d'un coup d*État contre son propre ouvrage, je vous prédis que ce jour-là la France entière se dira socialiste, et que les plus enragés se borneront à dire : N'estrce que cela? Nous n'avions pas compris!... Guérissez-vous donc, et ne revenez pas trop tôt. Cela ne brûle pas.

Pour moi, je mitonne lentement ma petite drôlerie, coomie dit M. Jourdain, à l'endroit du clergé. Si bonne âme que je sois, je ne me réconcilie avec le pécheur que lorsque la réparation est complète, et je n'entends pas laisser comme cela le parasitisme clérical.

I^érissent les colonies plutôt que Us principes ! disaiejot les jacobins.

Et j'ajoute :

Périssent les principes etiahmêmeSt plutôt que d'en escormoter une seule conséquence.

Je vous serre la main. Embrassez Marie pour moi.

P.-J. Proudhon.

296 GORRKSPONt)ANGE

Paris^ 2 septembre 1855.

A M. TRUCHE

Mon cher ami, j'ai reçu dans son temps votre lettre du 17 août, et aussi, grâce à Tobligeance de M. M***, les sept ioutetUes de vin que vous m'avez adressées.

C'est ma femme qui est allée elle-même recevoir ce paquet, rue de rÉchiquier. J'étais malade, et dans l'ignorance où j'étais de la nature de votre envoi, j'ai envoyé ma femme pour prendre ce que je supposais être une simple commission. Elle m'a rapporté les sept bouteilles.

Une fois pour toutes, mon cher ami, ne m'envoyez rien. Cela fait contracter de mauvaises habitudes, et j'ai deux petites filles à qui je veux apprendre à ne rien recevoir de qui que ce soit, et à ne compter que sur le travail de leurs doigts. Nous n'en avons pas moins bu le soir môme, avec M. Mathey, une de vos bouteilles, et votre santé n'a pas été oubliée. Quel bon vin 1 II n'y a rien de meilleur sous le soleil de France : le reste de l'univers ne <îompte pas.

Quand je serai plus en haleine, je compte aller de nouveau faire mes remerciements rue de l'Échiquier;

DE P.-l. PROUDHON . 237

ce sera comme si je vous faisais, ainsi qu'à M°^* Truche, une visite en personne.

Je ne suis on ne peut plus touché de Fintérèt que TOUS prenez à ma personne et à mes affaires. Certes, je ne suis pas heureux ; je pourrais être moins mal ; et, comme vous le devinez facilement, la meilleure part de mon infortune vient des autres. Elle vient surtout du régime sous lequel nous sommes condamnés à vivre et qui est dirigé tout entier contre mes pareils et moi.

Cette situation m'affecte, m*écœure, m'assassine. Quand j'aurais besoin de repos d'esprit, de satisfaction de cœur pour meniar à bonne fin les travaux que j'ai entrepris, il faut que je me repaisse chaque jour du spectacle de la servitude imiverselle, d'une hypocrisie sans nom ; il faut, ce qui est le pire pour un écrivain et un libre penseur, que je brise ma plume, que j'avale ma langue et que je prépare mes travaux pour un avenir plus ou moins éloigné..., la faculté de publier et d'écrire m'étant, pour le quart d'heure, à peu près ravie.

Voilà, mon cher ami et compatriote, ce qui me tue; et, sous ce rapport, vous avez raison de penser que je ne suis pas heureux.

Quant au ménage, je vis au jour le jour ; mais j'y suis fait. Quelques écritures et rédactions de commande suffisent pour couyrir le plus pressé. Bref, pourvu que je garde mes forces et que la santé se soutienne, je gagne le pain quotidien, et nous allons... Supposant que rien ne vienne à changer dans la situation générale , je finirai par chercher un gîte quelque part, où je mourrai çbscur et isolé, ce qui est un grand bien, mais pauvre, sans laisser d'épargne, ce qui est moins à désirer pour ceux et celles que je puis laisser et qui comptent sur moi.

3S8 GORRESPONBANGE

J'ai quarante-six ans et demi; je compte travailler encore quinze à vingt ans, en supposant que mes forces se soutiennent comme celles d'un homme ordinaire et qu'aucune maladie grave ne me prive de mes facultés. Dans quinze à vingt ans, j'aurai rempli ma tâche : la mort pourra venir, elle ne m'effrayera point ; je n'aurai rien à regretter. J'aurai tout dit, et le despotisme, rÉglise, le monopole, la jugerie, etc., s'en souviendront.

Mais ne mêlons point de politique à nos épanchetnents.

VoyeÈ-vous quelquefois à la loge lé cousin Proudhon, de Saint- Jean ? Un de mes regrets est d'ôtre éloigné de Itri, et comme il est permis à chaque instant de prévoir sa dernière heure, je voudrais au moins être là pour le aoulenir et le délivrer des prêtres. Il importe à l'honneur de la loge, à celtd de l'institution maçonnique et de la Révolution, qu'il fasse une belle, digne et courageuse fin... Et je vois d'ici la prôtraille l'assiégeant, le tourmentant, l'exhortant à son lit de mort. Horreur!...

Au reste, notre brave orateur a la vie dure, et il pourrait bien m'enterrer moi-même. A la volonté du sort ! Je ne tiens pas à la vieillesse ; je ne demande qu'à ne pas laisser mon CBuvre inachevée et à ce que ceux qtd portent mon nom l'honorent.

Quand je vous prie de ne me plus faire de cadeaux, il est bien entendu, mon cher ami, que cela ne doit point vous empêcher de me faire passer de temps à autre quelques bonnes paroles d'amitié. Elles me rafraîchissent le sang, venant de bonnes et franches natures comme vous.

Adieu donc ; et si l'année n'est pas pour moi trop

DE P.-J. PROCDHON. Î39

mauvaise, je pourrais fort bien, cet hiver, faire un saut jusqu'auprès de vous.

Mes respects à M"® Tniche ; mes amitiés aux amis. Je vous serre la main.

P.-J. Proudhon.

iiO GORRESPONDAMCE

Paris, 5 septembre 1855.

A M. BOUTTEVILLB

Mon cher Boutteville, voire lettre datée de Baréges. 2 courant, a été la bien venue, et mon empressement à y répondre vous est un indice que je l'attendais. Avec mes habitudes de lantemier et d'atermoyeur, j'ai laissé partir vos dames sans leur rien envoyer pour vous, comme je l'avais promis. Si bien que je me suis trouvé réduit à compter sur votre diligence et bonne volonté pour renouer le fil de nos communications. Grâce au ciel, on peut compter sur vous.

Il y a une vingtaine de jours, j'ai eu des ressouvenirs cholériques qui m'ont mis dans un état de langueur désagréable et presque dans une incapacité complète de travail. A cette heure, et depuis cinq jours, c'est le cerveau qui se trouve pris d'une façon par instants vraiment inquiétante, et qui de nouveau me contraint au repos le plus absolu. Cela me chagrine, à cause de la suspension de mes travaux, et aussi de mes recettes ; mais il faut se résigner et subir son sort.

Mon livre à Beaumont, comme vous dites, est à peu près fait. 11 y aura cinq cents pages environ ; c'est donc sérieux, et dix mille fois sérieux. Sans la maladie.

1)E P,-l. PROUDHON. t4t

je serais à Bruxelles depuis quinze jours ; mais enfin, ils ne perdront rien pour attendre. Le coup est fait; je reux dire que le canon est ehargé, pointé, il n'y a plus qu'à y mettre le feia.' ' •

Sur les és^émmmiiB du jour, vous savez que ma manière de juger ressetoble à celle d'un homme qui suit, spectateur attentif, une partie d'échecs ; à chaque coup, les positions étant modifiées et bientôt changées; Tapprédation change aussi. Cette réserve faite, bien en*tendu, non pour palHer mes erreurs de jugement et m'attribuer une sorte d'infaillibilité, mais pour motiver simplement mes revirements d'opinion, s'il y a lieu.

En ce qui touche la Crimée, on ne sait plus rien, j6 veux dire que les lettres particulières font défaut ou sont muettes depuis ' un mois. Une sorte de cordon sanitaire a été établi entre Sébastopol et l'Occident ; rarmée est isolée de la mère patrie, et plus rien ne se saura jusqu'au jour oti, soit la victoire, âoit la débâcle, rouvrira les communications postales et assurera le secret des lettres.

'Je tire de là tm premier indice : c'est que depuis Malakoff (18 juin), notre armée était dans un état de démoralisation croissante/ de nature à faire craindre pour son salut, non moins que pour celui de la Turquie^ Ce fait est confirmé, du reste, par les dernières lettre» qui ont pu passer et par l'attitude entière des gouvernements et des journaux^ ^

Par bonheur, les Busses ont eu la maladresse de fournir aux Français l'occasion d'un petit Inkermann sur la Tchemaïa ; ils voulaient tâter les alliés, ce qui était bien ; mais leur marché a été éventée, et quand dix mille des leurs se sontvus engagés dans cet affreux ravin, grimpant sur des hauteui:s escarpées, im fossé à

C0RBE6P. VI. i6

44t çmBam>màiJ¥»

- dMf daofi la pive des< poakieûs^ ifoua kaagmes <|jib& les AÔtres ea ont eu raifiKXik ffttileBMftti Cesi ua eoBibe^ d'ettcalacte» non p^ ertrêsa eoÊHfc^gm*, c&tomà <m Fad^ ^t comme le prouve le rapport de P«U99Î0i^>i qiû &'a eu K^dd de po^kv^vve FeaneBû das^la pkiiie.

. Oit; |)eut j¥g^r pav les véeiis^ venu» diOricoifi «iUKtbm iK>^r^ armée aTait besom de ce mtetèaywa se Feneftyrv uttpeu^ NouâKsommeift diNic à p«it pièi; cmmù^ aiTaaif Malakoff.

Ceatle 16 a»ût qu!a eu Iku ccjtte affiôi» ; iL j adoae viii^.ei un jouid^ Quel pnogeèd di^p^tft? Ob Vignofe. Le siège; 06 poursuit méthcdipammif ee qui veut cUrequ'e» £ait une guerre souterraine^ qu'où tue une quantité j^rodiglettse de soldats du génie et d<y TartiKIene et ^'liemmeft de ti^ancbée : on aaeure tffoîs à quatre cents par JOUI l.#.

Ce qui est certain» c'est qu'<m te préjpaie pour psaser

un mond hifper ; ce qui ne Test pas moins, c'est que île.

^u^ern^Qoeiit a i3jq besoin énorme d'une vidoiref ^

qu'il veut Tavoir à tout prix. Sébastopol oU la mort,

¥'oilà re:j(trémitè è laqueUe il $e trouve réduit. Une assez

jirande agitation règne dans pluaieture d^rteineûtS!

mie tentative dlnsurrectiofii^ IrèSi^gravei vient d'avoir

lieu à . AugeiB» prévenue par J^ laids donnés par les

irill^0s ; au Cateau» dans le Nord, il y a eu des charges

de cuirassiers ; toute la Ni^HB fet en sociétés secrètes ;

les procureurs impériaux écrivent, de toutes parts que

la démagf^U reUte la tiUt etc*» etei Be Bordeaux à

Brest» on conspire à ciel découvert*^ U faut une vigtoibiKi

^u»e grande viotoirot ou tout ^t perdu»

Loa renseignements contittdie^oiires (pie vous recœiK les finir le mérjûte. militaire; et #triktégiqu/B des Russes ;S^ttyent simpl^ent que lee^ Ei^nf ais lae peuvent p«s

oî

se défaire de rhabitodâ ridicule de tout juger d'après leurs préjugés et leurs modes. C'est ainsi qu'ils ont ri des fortifications de Sébastopol qui les tiennent en adbiec depuis un an !-.• C'est ainsi encore qu'ils se sont gaudis de ce que la Hotte russe n'avait pas osé livrer de combat : or, c'^t en très-grande partie à cette flotte, conservée eaim murçs^ qu*est due l'énergie de la défense. Sept ou luiit vaisseaux ont été coulés à l'entrée de la rade, lennée désormais à toute tentative; les canons ont été transportés et braqués sur les remparts, les soldats et mariias employés aux travaux de la place; le reste des bâtiments nous a foudroyés à Malakoff et dans plusieurs autres circonstances. Cela ne vaut-il pas mieux^ ea bonne guerre, qu'une bataille perdue pour le point d'bonneur?...

Des renforts arrivent sans cesse aux Russes en Crixaée; et, de notre côté, nous ne cessons d'expédier hommes et munitions, sans parler du numéraire. En xme seuk fois la Banque de France a fourni 80 millions en or pour l'armée d'Orient. Que le siège dure encore six jBûib, et touies les probabilités sont dans ce sens, et en SBipposant même S^astopol pris, la Crimée nous aura coûté, onp^t le prédire, 100,^000 hommes, â milliards de francs, dix-huit mois d'attente fiévreuse, et la paix nâ jera pas faite U,* Je suis bien aise que vous ayez vu de près un échantillon du bourgeois moderne ou dt répîcktr : CiH>jez-vous qu'une caste capable, par son inftuenice, de mener ainsi luie nation, ne soit pas condamnée ? Croyez-vous que le premier devoir de la révolution, le cas échéant, ne serait pas de la mater de Corp$ et de trn^ car, quant à TintéHigence, il n*y enapasS.^.

La lettre de lEmpereur, qu« vous avez lue, à Tannée

d'Orient, n'était évidemment qu'une exhortation à des hommes découragés. Il leur dit que Sébastopol succombera bientôt, qu'il le tierU de bonne source; qu'en attendant il va faire revenir les régiments qui sont là-bas depuis un an et les fwLve remplacer j^v d'autres I... On a besoin d'une victoire, vous dis-je : c'est le mot de la situation. D'après quelques on-dUy Canrobert en se présentant à Nap. lui aurait dit qu^U ne pouvait pat se dispenser d'aller en Orient. Le soldat murmure et gouaille : on avait envoyé devant les bagages de Sa Majesté. — Oui, disent les troupiers, nous avons la tante y mais nous ne voyons pas le neveu.

Bans une situation pareille, il m'est avis que le gouvernement ne changera pas sa politique, et ne fera pas ime marche en arrière. Vaincu, il tombe; victorieux, il use de sa fortune.

Quelques faits particuliers me donnent bien lieu de penser qu'il se pourrait, malgré tout, que sur un point nouveau, imprévu, la démocratie industrielle se fît jour. Mais c'est une espérance précaire à laquelle il n'est pas permis de se fier en ce moment. J'avais bien compté en effet que l'empire malheureux pourrait se tourner d'un autre côté : en ce moment, quand je vois le déclassement qui s'opère dans l'opinion et qui commence à remplacer la torpeur des trois premières années, critique, mécontentement, désaffection d'un côté, exaltation factice, chauvinique, boursicotière et tartufière de l'autre; — quand je considère jusqu'où l'on s'est avancé dans la réaction, je vous avoue que je ne compte à peu près sur rien. Nous sommes arrivés à un point où une réaction à la réaction ne pouvant venir d'en haut, mais d'en bas, n'est possible par conséquent que par ime révolution. Le gouvernement me parait le

comprendre : c'est pour cela qu'il sacrifie et sacrifiera tout, la France entière pour une victoire.

Tout cela est fort triste, mais je ne crois pas m'écarter de la vérité.

Comment, me direz-vous, l'Angleterre, un pays de discussion libre, n'aperçoit-elle pas cette fausse et dangereuse situation. Comment s'y jette-t-elle avec nous? (Car au compte que j'ai établi plus haut.de ce que Sébastopol coûtera à la France, il faut ajouter ce qu'il coûtera en hommes, matériel, finances, etc., aux Anglais, Piémontais et Turcs, soit 3 milliards encore et 150,000 hommes!)

Sur ce point, aujourd'hui comme dès l'abord, plane un mystère impénétrable, et que la visite de Victoria n'a point éclairci. Les journaux et orateurs anglais, et les nôtres à leur suite, ont grand soin de ne parler que de YéçuUîbre européen, de la civilisation de la liberté, de raccord des deux grandes nations. Celasuffit aux épiciers; quant à la plèbe, elle ne pense pas, et d'ailleurs n'a plus voix au chapitre. Restent les libres penseurs qui, en raison de leurs préjugés, de leurs préventions ou de leurs instincts, vont à droite et à gauche. J'ai longtemps cherché ce secret que je ne me flatte point d'avoir découvert. Je vous dirai donc, sous toute réserve, à quoi je m'arrête aujourd'hui.

Prenez ime carte de l'Europe, et à côté, une mappemonde. Cela fait, ayez l'obligeance de vous rappeler un fait, quasi imperceptible, mais dont cependant on s'occupe depuis près d'un an, le percement de l'isthme de Suez par des ingénieurs français. Rappelez-vous en môme temps que lord Radcliffe, l'ambassadeur anglais à Constanfinople, n'a cessé de s'opposer dans les conseils du sultan à la concession demandée pour 1%

2{6 OORRESPONDAtlCE

futur canal. La géographie d'une part, tin fait de l'autre : raisonnons.

Si de Suez à Péluse un canal de cent mètres de large et de quatre-vingts mètres de profondeur est ouvert, la roule de Vasco de Gtema par le cap de Bonne-Espérance pour les Indes, la Chine, l'Australie, etc., est abandonnée; le voyage abrégé de près de moitié par la Méditerranée et la mer Rouge, au grand avantage de toute l'Europe. Mais dans cette hypothèse, quels sont les pays les plus favorisés? Ce n'est plus comme autrefois le Portugal, l'Angleterre, la Hollande, la ligue hanséatique, c'est l'Espagne, la France, l'Italie, l'Autriche, la Grèce dont les côtes sont baignées jmr la Méditerranée, la Russie elle-même qui y arrive par les Dardanelles plus vite que l'Angleterre par Gibraltar. Le commerce de l'Orient se trouve donc naturellement déplacé; il revient à ceux qui autrefois l'avaient en leur possession, Barcelone, Marseille, Gtees, Venise et Trieste, etc. Voilà l'Angleterre balayée du commerce méditerranéen : on n'a plus besoin de son entremise. Je voudrais, mon cher, que vous fussiez un peu plus voitwier^ pour sentir les conséquences effrayantes de ce fait rien qu'au point de vue des intérêts maritimes, de la navigation au long cours et du cabotage 1...

Ce n'est pas tout : l'Angleterre, à peu près évincée de la Méditerranée, que lui sert cette domination arrogante qu'elle y exerce par Gibraltar, Malte et Corfou? A quoi bon ces stations élevées, entretenues à si grands frais?... Sans brûler une amorce, les nations riveraines pourraient donc, par le seul fait de leur concurrence, chasser les Anglais de ces positions formidables, désormais sans but, sans utilité. Quel échec à Albion I... Quelle décadence 1 Poursuivons. Les navires espagnols, fran-

K9.^. noranoN. tir

çsii, ttaHens, «utriehieiiSY sardos, aiWc^îas, grecs ^ russes lomLeot par le perlais de Sues comme une attt^ lanche dans l'oeéaa Indien : ik font échelle partout, de Madagascar au Japon, de Sumatra i Sydnej i^ à la NDnrelle-Zélande; ils embrassent TArabie, la Parsa, rinde, Siam, la Gochinefaiiie et la Chine, tout comme^ Chyi»re, Rbodœ et Candie. Groyes-vous q^*à la suite de ce déluge, la domination anglaise ne va pas se trouver compromise? Ne suffîra-*t^il pas de la moindre cbieane pour qu*on demande de tous côtés la libre entrée dans rinde, etc« ? De ee moment, c*est fait de TAngleterre» La nouvelle Cartbage, qui aspirait à la dominatidn des mers, qui eroyait imposer sa langue aux deux^ tiers du globe, s^éparpille et disparaît dans le fiot dea nations.. •

Supposez maintenant que ta France, prêtant roTèille aux insinuations de Nicolas, eût consenti à régler, en tiers avec rAutrichei et la Russie, le sort de Tempire ottoman; elle le pouvait, et rAngleterreJmise de côté eût été réduite à dévorer son chagrin et à vomir d*inu-^ tiles menaces. Je suppose ce règlement de la Turquie fait dans les conditions les plus plausibles : Constantin nople, ville libre; la Grèce augmentée de la Thessalie et l'Épire; la Servie, la Bulgarie, la Roumâie indépen*^ dantes ; la Moldavie et la Valachie un petit État ; le Tntù refoulé en Asie, qu'arriverait-il ^

Malgré Oibraltar, Malte et Corfou, la Russie et la France avec leuns escadres combinées étaient ma!-» tresses absolues de la Méditerranée et lui imposaient leur loi. L'Afrique presque tout entière était sous la protection de la France ; le tsar en finissait avec les Caucasiens et s'avançait jusqu'à TEuphrate, qui, relié à la mer Noire, mettait Moscou en communication im-

248 COMESPONDAKGE

médiate aTec Calcutta. Le sort du monde était ainsi réglé sans les Anglais et contre les Anglais...

Ehbien I c*est ce qu'il s'agit d'empêcher ou du moins de retarder le plus possible. La solution de la question est à Suez ; on en empêchera le percement tant qu'on pourra. L'alliance de la France et de la Russie serait le coup décisif porté à la Grande-Bretagne; il faut entretenir la guerre coûte que coûte. On a affaire à un imbécile vaniteux : on lui donne des louanges, on l'admire, on le cajole, on envoie une reine de sang et de race faire des amitiés à M^* Tébal... On mitonne quelque traité de libre échange; on s'extasie devant les merveilles de l'Exposition, etc., etc. On a vu d'aussi grandes guerres pour d'aussi pitoyables motifs; nous en sommes là. La France non-seulement combat pour les Anglais à ses propres dépens, elle combat contre ses propres intérêts, contre sa destinée légitime.

Je ne vous garantis point, mon cher ami, la parfaite exactitude de ce plan. C'est, je vous le répète, le résultat de mes observations à ce jour. Tout ce que je puis certifier, c'est que jusqu'à ce moment les choses se sont passées comme si tout cela était vrai...

L'idée m'est venue d'en faire l'objet d'im article à insérer dans la Presse si Girardin veut bien m'accueillir. J'arrangerais la chose de manière à ce qu'on me laissât passer et que tous les esprits en demeurassent éblouis.

Si vous avez le temps de m'adresser un petit accusé de réception, donnez-m'en votre avis. Il pourra m'ôtre utile.

Bonjour, cher ami, et guérissez-vous.

Je vous serre la main.

P.-J. Proudhon,

DE P.-J. PRO^DBOM. 249

Paris, 13 septembre 18SSS«

A M. MAURICE

Mon cher Maurice, tous avez été bien inspiré de ne pas venir à Paris pour la convocation da 13 octobre. Votre lettre imprimée n'était à d'autre fin que de vous informer qu'une assemblée générale aurait lieu ; mais elle ne vous invitait pas à y assister. Vous n'êtes pas, du reste, le seul qui ayez été trompé par cette rédaction équivoque,, et j'en ai entendu faire des plaintes à l'administration.

Mais c'est ainsi qu'on mène l'actionnaire dans les sociétés anonymes !

La convocation a eu lieu, cependant. Les soùsanU plus forts actùmnaireSy convoqués par lettre autogrqiphique particulière, s'y sont rendus; j'ai insisté pour assister au moins comme spectateur; on m'a répondu que ce ne serait pas régidier.

Il était quatre heures que la séance n'était pas commencée.

Je me propose d'y aller lundi pour connaître le résultat, et je vous en donnerai avis; mais, comme je ne connais personne des convoqués, il me sera impos-

290 GORBISPON^ANGE

sible de vous rien apprendre que ce qui vous sera transmis par Fadministration elle-même.

Tout cela me parait tout à fait sans façon. — Une assemblée soi-disant généralo, composée de 60 actionnaires sur 20,000 qui ne les ont point élusî... Possible que cela soit dans les statuts de la Compagnie, mais bien fol qui s'engage dans des entreprises pareilles.

Il est évident que les soixante j>lus forts actionnaires n'auront voté que ce qm aura convenu à l'administration.

Nous comptons à votre passage vous avoir à dîner. On ne fera pas de frais extraordinairee, parce que cela vous déplaît ; un plat de viande et un plat de légumes avec l'accessoire. Mais je puis vous offrir une bouteille de bon vin qui ne me coûtera rien, et comme je n'aurai pas meilleure et plus honorable oecasioo, j'espère que TOUS ne nous refuserez pas.

Bonjour à ces dames.

P.-J. Proïïdhon.

DE P^. noraHON. Ml

Ptfift» 14 Mf>teji^)r« i835w

A M. CHARLES EDMOND

Mon cher Edmond, je n'ai pas encore pu lire avec ads^ d'attention les épreuves de M. de Girardin. Cela demande de la réftexicm, et je n'ai guère la tète libre. Quand je vous reverrai,. nous en causerons.

Avez- vous pu prendre connaissance de mon énorme cahier?

J'en aurais besoin pour un jour ou deux. Je désirerais, avant le retour de M. B***, en faire prendre lecture à la pearsonne qu'il m'importe.le plus, après votre compatriote, de contenta, et je vous le rendrais aussitôt.

Un mot de réponse de vous, le plus tôt que vous pourrez ; comme c'est à la place de la Madeleine que j'aurais à le remettre, j'irais moi-même ches voua pour le prendre.

Je suis Urisle, j'ai le cœur malade. Il me semble que je vois la France entrer dans une période interminable d'abaissement, de mensonge et de ridicule. Songez que pour moi les siècles des François I®', des Louis XIV et des Napoléon sont ceux de l'oppression et des épaisses ténèbres, et vous comprendrez mon mortel chagrin. Les bètes régnent et gouvernent. La Bourse jubile, le

isa CORRESPONDANCE

faubourg Saint- Antoine pavoise ses maisons, et le Siècle lèche ses babines. — Qu'espérer d'une telle race?

Je me rappelle tout ce que je tous ai prêché jadis contre Texil. — Rentrez, rentrez, vous écrivais-je. Votre place est à Paris, auprès de tous les amis de la liberté.

C'était bien mon sentiment; aujourd'hui je n'ai plus foi à mes paroles. Déjà cet hiver je rêvais d'émigrer; en ce moment, je songe à me pourvoir de quelque emploi dans une entreprise à l'étranger. Nous en avons pour plus de temps qu'il ne me reste à vivre, et je ne serais pas obligé de manger chaque jour ma soupe sur cette infâme latrine.

L'élection de 48, l'assassinat de 51 et les trophées de Sébastopol, voilà les trois afflictions de mon cœur. Le premier de ces actes nous a fait voir la sagesse des masses et ses détestables instincts; le deuxième a inauguré avec applaudissements la tyrannie caporaliste ; et le troisième la consacre et la couronne.

Ah I mon cher, ami, vous n'avez plus le droit de maudire seul votre tsar; je ne. donnerais pas im centime à l'effigie de ce plat-gueux en ma qualité de Français.

Dites-moi si je vous trouverai demain* samedi , vers deux heures? J'irai chercher mon manuscrit.

Bonjour.

P.-J. Proudhon.

DE P.-J. PROCJDHON. 258

Paris^ 16 septembre 1855.

A M. LE DOCTEUR MAGUET

Mon cher Maguet, nous avons reçu vendredi, par les messageries de Chartres, une bourriche contenant trois perdrix, et le lendemain, samedi, par la même voie, un énorme pâté.

Je suppose que les perdrix viennent de vous, et le gros pâté de Tami Besseteaux.

J'ai lieu de penser en outre que vous faites chacim de votre côté sans vous prévenir; autrement nous adresse^ riez- vous tant de bonnes choses à la fois?

Mais j'ai ime autre critique à faire à notre châtelain! nous prend-il pour des ogres de nous envoyer un pâté qui suffirait à une compagnie de zouaves? Sans doute qu'il en avait commandé deux en môme temps, un pour sa grande salle, quinze personnes, et l'autre pour mes deux petites filles qui n'en goûtent ma foi guère plus que M"® Besseteaux.

Allons, chers amis, im peu de modération. C'est une excellente chose que le gibier; mais comme toutes les bonnes choses il faut le prendre à petites doses.

C'est ime pratique, hélas 1 que je suis bien forcé de

3» OOÊMOfOmMCK

suivre, moi, pauvre Jean-sans-Terre, par ce temps de cherté et de misère. Avant-hier, vendredi, tout Paris s'est illuminé spontanément pour célébrer la grande victoire de Sébastopol. Après les 2 milliards et les 160,000 hommes que nous coûte cette ruine, nous avons dépensé encore quelques centaines de mille francs en pavois et lampions. Aujourd'hui le pain est augmenté de 2 sous par miche, de 90 centimes à 1 franc. Illuminez donc, cochons I...

Dites au châtelain qu'un bon ami de Franche-Comté m'a pourvu de six bouteilles de vin franc-comtois comme il ne s'en boit guère dans les meilleurs vignobles ; c'est du mamaux, couleur pelure d'oignon, léger et fin. Nous en avons débouché une bouteille pour l'arrivée de Malhey ; ks autres «oui là, et on n'y touehefa que pcmr Youset l^ehâUlain. Ily a auaai une gooitede fin eogisac* C'est tout ce que nous possédons de préscaitablâ, et VhoTûXxub de la Coxmie doit bien ae douter que je ne m'amuserai pas à lui charger ime table de vianâfiBt venaiflona, poiasons, volailles; il y a de tooi cela dxez lui en plus grande abondance et meilleure qualiié que chez le pauvre philosophai. Mms il n*a jamais goûté de mon vin de Mamaux. et je le défie de s'en procurer de pareil

Nous allons avoir, probableoiant avec la eonlimiation de la guerre, une recrudesoenee d'absoluliane césarieni d'hypocrisie elétieale, de brutalité soldatesque, de dilapidations administratives el de iong}aries boiarsôeotières.

Les conscriptions iront Jtenr train auifî bien q«&e les emprunts.

Jacques Bonhomme n'est pas mtcove soâL II pré* tend d'ailleurs qu'il y a t»^ de monda au monde et

OKP.rJ. PMWHÛfil. S»

que les fèies, les Te Deum, les lampions et les rentes cela fait aller le commerce.

Je cherche un trou où il y ait de vrais sauvages à qui je pourrais apprendre à mépriser et haïr à mon exemple les chauvins, les jacobins, les agioteurs , les jugeurs, les soldats et les prêtres ; je m'y réfugierais volontiers avec ma lignée.

Bonjour.

P.-J. Proudhon.

9M CaiMSiONMNCaB

Paris, 90 s^tembre 1855.

A M. CHARLES EDMOND

Mon cher Edmond, rien de plus aisé que de faire par de simples radiations, et sous une phraséologie quelconque ce que vous trouverez d'inquiétant et horripilant dans le Projet^ pour ceux que vous appelez les maîtres de cérémonie.

C'est une chose qui ne devrait pas vous arrêter un instant; et votre persévérance à y revenir me faitcraindreque vous ne vous soyez trop ému.

C'est toujours là l'effet de mon malheureux style et de ma manière. Sans que je le ve\iille, les choses grossissent, s'accentuent, s'accusent sous ma plume de manière à mordre les imaginations timides.

Arrangez cela, n'importe avec qui. Mais souvenezvous de maintenir les articles essentiels sur le tarif du change que vous ime paraissez avoir confondu avec la tarification des valeurs^ qui est une idée fausse et contre laquelle je proteste.

Vous ferez bien pour tout cela , à défaut de moi, de voir soit l'un soit l'autre de mes collaborateurs, M. F. Coignet, rue Hauteville, 90, ou M. d^E sciée, rue de Lancry, 48.

Pour moi, tout m'est suspect, tout me dégoûte. Je ne veux plus me mêler d'aucune affaire; j'abandonne tout. Avec le pouvoir, tout prend lui caractère politique qui me répugne; avec les gens d'affaires, im caractère de rapacité et d'égoïsme qyà me révolte; avec les hommes de la république, un air de coterie qui m'étouffe.

Je songe sérieusement à trouver de l'emploi au dehors, et le jo^r c^|ce ;9ers|^i, je m'eà irai avec ma séquelle, comme dans la gravure du Mautais sujet et sa famUle^ pauvre et triste, mais point paresseux ni flétri.

Je veu» nCen aller , vous dis-je.

Si vous causez avec M. B*** de mon compte rendu,

je seki Men aide^de w^ir quel eiBtetî'cé'liKivôil a produit

^r àon leëptiî ; car je isuis preëqùe^ ^*-(5fti?ii' dévaM^tre

préeiËém^ dahsT lés^dlt^idiriliens tfm y^téëki èft^re.

< Bonjour.^' ■ . '^^ '"'■: - ■'-'^-' ^^ ^^^:' •^•'^'i

P.^,'11 y asip'jovfs que* j'mi^rîi^Â HelBel; ^«ne me #4pcitid pas.

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- A M. cuJtàiiBS mncfm

Moii ehBc SdittOAdL i^ iraiiifi tifUiPiiv^ soiig .ۥ vii une

quer que le sieur Français Coignet estj#, jnâippLe que celui qui se trouve^ cité dans mon Projet pour VExposUion p9rpétùefU, fk^k'ce titre, doublement digne d'intérêt.

,Sk rcmifeMaàr^VmlQt^^ vous miHd^.liien

mérité du dit Coignet, et, qui sait? peul-étre^e lit future compagnie dont il ne saurait manquer d'être im jour« un des membres les plus intelligents et les plus dévoués.

Votre dernière contient de jolies choses, mais elle ne changera pas ma résolution si je puis trouver moyen de r^Lécuter. Mais où aller? Je frappe à toutes les portes, et je crois que les gens qui m'aiment le plus dans^le particulier sont saisis d'effroi dès qu'il s'agit ^e me recommander quelque part. Faudra-t-il donc que je crève surplace, moi et ma séquelle, sous cet interdit général? Nous virons bien.

Quant à notre grande affaire, je commence à entre-

▼oir une dMfie ^m j# w>om «ufplÂe 4e bko.noter. Le C^and fliocè» 4b Sébairtûpoi ^ À «eUel)eu];!e parti ea AuBée; VaiÊsàtléàemeumm^ùla^ cbai^ges d'une guerre à continuer, d*uoe oûtaip^tion à «oireienir^ d'une famine qui s'ayance, d'une baisse de tonàs qui s'opiniâtre; avec les tentatives de régicide qui se succèdent et que le pouvtMr multiplie en les démentant, avec le déluge de colères que soulèvent la tyrannie du prêtre, rinsolence du propriétaire, Timpudence du financier, l'orgueil des compagnies de monopole, etc., etc.

Bien loin donc de penser que Ton doive batlre en retraite, se faire humble et petit dans la présentation du projet, je crois qu'il faut au contraire tenir bon, en faisant grâce des conséquences les pluà extrêmes qu'il est inutile de démasquer et qid se révéleront assez d'elles-mêmes.

Oui, le moment approche, si vous ne précipitez rien, si vous savez attendre, où l'idée en question pourra devenir une garantie indispensable à un pouvoir qui, comme tous ses prédécesseurs, s'est confié aux écus et qui voit les écus lui faire défaut à l'instant du danger et s'enfoncer arec lu'. Encore un petit emprunt de 500 millions, et la place écrasée laissera tomber les valeurs; encore quelques-uns de ces petits riens qui ébranlent les esprits, et tous ces braves joueurs de Bourse, voulant réaliser en même temps ei% tout prix, culbuteront dans l'abîme. Ce sera comme une noce qui, dans une promenade sur l'eau se portant tout à coup sur un des côtés de la barque, la fait chavirer et qui disparait dans les flots. Nous allons là : Dieu veuille que ce soit le plus tôt possible ! Plus nous tarderons, plus nous perdrons : une prompte banqueroute, voilà notre sauveur I

260 OOfUlESPONDÀNGE

Je youdDBuis bien avoir quelques détails précis sur la brouille survenue entre le Crédit mobitier et les Tuileries. Ayez les yeux de ce côté, car m'est avis que de là viendra probablement notre succès.

Bonjour.

P.-J. Proudhon.

Paris, 18 octobre 1855.

Monsieur et cher concitoyen, pour que je vous fournisse, malgré ma répugnance, les renseignements que vous me demandez sur ma vie, faites ime chose. Envoyez-moi toutes ces biographies dont vous me parlez, avec des indications 'marginales ou séparées, indiquant les points qui vous intéressent. Je verrai le tout, et, en vous recommandant la plus discrète sobriété, je tâcherai de vous satisfaire.

Pour les deux articles Sépublique et Rivolutionj vous tombez bien si toutefois vous pouvez attendre.

Je traite ces deux questions en ce moment dans im ouvrage en 2 volumes in-18 Charpentier que je vais imprimer à Bruxelles. Je compte partir fin courant sans retard. D'ici là, il ne faut pas compter sur cinq minutes de mon temps.

Mon livre imprimé, M. La Qiâtre toujours si aimable pour moi, aura son exemplaire, à moins que la police impériale ne juge à propos de sévir, et, si vous êtes embarrassé pour résumer et choisir dans mes volumes les deux cents lignes que vous me demandez, je vous viendrai volontiers en aide.

Pardon, monsieur et cher concitoyen, de mettre ainsi des conditions au faible service que je puis vous rendre; mais, je dois vous le dire, je ne puis agir autrement. Je suis écrasé de besogne, et tellement serré par les né~ cessités de Texistence que je ne puis être jamais assez avare de mon temps.

Voyez donc si vous pouvez attendre la fin de ma grande et nouvelle étude jpeui vos deux articles qui, je crois, y gagneraient de l'intérêt et sortiraient du lieu commim.

Je vous ^erre la main.

Bte P.-l PROUimON. M»

Paris, f 9 octobre 1956.

A If. âLTRBD DARIMON

Mon dMr Derimon, V(Hci un MBét que je reçois pour Toae de M. La Châtre, actoeUement à Ârba&aiz (Oi* ronide).

Comme 9 me prie dé ftâre Tartide PstrPLS, je sup^ pose qu'il vous fait quelque proposition analogue. En ee eas, charges-^vouB ^core de cet aiiicle : je voue commuQîqueraia les lii^sons de son Dietionnâirf que j'ai reçues, vous verriez ce que c'est, et vous vous mettriez à rosuvre.

Voaez donc déjeimer avec moi dimanche, à midi.

Je ne vous vois "pltiB ; je ne sors guère ; je me eon^ centre volontairement comme je faisais jadis» quand je bâtissais quelque chose d*un peu fort, mais ce n'^est pas une raison pour dire adieu à la société. Là mort viendra assez tôt.

Bonjour,

P.-J, Proudhon.

^64 [JCOBRBSKmX^ai

Paris, 20 octobre 1853.

A M»* GHARLBS EDMOND

Ma4aiii9,' cette intenàûnable maladie, ces souffrances atroces, ces histoires d'opérations à droite et à gauche me désolent. Le malheureux Edmond ne peut-il mourir ou guérir sans se faire dépecer tout vivant et sans servir d'expérimentation eux médecins ? Ne peut-on, en attendant la mort ou la santé, tromper les doulQurs ou diminuer le^sentim^t?... N*y a-t-il plus ni opium, ni chloroforme ?...

Je compte aller voir mon pauvre malade lundi, mais, en .attendant, si mes services peuvent être utiles, je vous prie de penser à moi pour une nuit. Dites-le à Edmond; peut-être ma garde pour quelques heures lui serait-elle agréable.

Je V0U9 salue, madame.

P.-J. Proudhon.

DE P.-J. PMCmiON. 965

Paris, 19 noyembre IKKS.

A M. ALFRED DARIMON

Mon clier Sarimoa, votre demande^ malgré le Post-- Seriptwnf n'estas très-claire.

La. note doit-elle ^re faite à.la première personne ou à la troisième ?

- En d'autses termes, est-K^e un: modèle de UUre au prince que demande P***, ou bien veui-il, après avoir fa|t,lui-mème des tiiiteii qu'un tiers écrire jxmr lui ce que lui-même répugne à dire ?

. Le premier cas mosemble seul possiUe, loyal, logique et honnête en Tétat ; le deuxi^e est ridicule, et je ne m'y prêterai pas.

Je suis «n travail d'une résolution à prendre pour moi-même et à la recherche d\uie position.

Bonjour.

P.-J. Pkoudhon.

lee €MnBf«KMTC8

ans, 2t novembre 1855.

AILDASIMON

Mon cher Darimon, moire attiela dlii^«ur la Banque est joli et pas mal tourné. Vom ponms ajouter, pour ranlnmr moite mugaamoi , cfne le portefeoiâe àè la Banque est bien au-dessous de ce qu'il poRirraitdemeiûry si la Banque, par tous? les mojesm de répvkkn, n'es:dnait k» troto quarts du commerce.

Si une £^Tcn8 «niressnr ce lerram des absurdités économiques du jour, voils allez tes Toîr puBoler scms voira main, et mûw âmes de quoif i^mèêtêr pfojfi^eiisenenl kBaàaque^lespRiiBsseiirsel ^liMfiMM^i. Calealez bien vos coups.

Jusqu'à qi|ei jonrF^^^ attend-il nui réponse t Qnand £aut-il que je vans Tenvoiet Jehaisd'écriie, elf eitrag» de ne pouvoir terminer mon livre.

Bonjour,

P.-J. Proudhon.

w p^, ndwpQN. w

Paris, 22 noTembre ttKS5.

A M. ALFRED DAMmO»

Voici la note que vous me demandez pour P***,

Quoi qu'il dise et que vous ea pensiez, il est de toute convenance, de toute dignité qu'il récrive, la signe et la remette en style direct ; car, présentée comme je Fai faite, elle laisse subsister quelque chose de honteiK et de faux, qui est blessant pour le prince et peu favorable au réclamant. Notez que ce n'est plus à l'empereur que la demande est faite,* c'est à Napoléon.

Quoi qu'il arrive, il faut que la note soit écrite en plus beau papier et meilleure écriture.

Je ne sais plus ce que j'ai pu vous dire>qui a pu vous sembler équivoque ; ce que je me rappelle seulement, c'est que vos réflexions ont réveillé en moi un sentiment de sympathie, efiPet de la ressemblance de nos situations ; ce qui m'a fait dire que, pour mon compte, je voulais à tout prix prendre ime résolution et sortir de là.

Il va de soi que si je puis vous venir en aide, j'y penserai même avant vous : pour le quart d'heure, je ne songe qu'à sortir du puits.

Âpris quoi je fen tirerai /..,

268 GORRESPOMDANGB

Bonjour à Ferrari. Je vais aujourd'hui à Ivry déjeuner avec le vieux Orandmesnil, etc.

A vous,

P.^S. Décidément, la Preue est au gouvernement, à qui elle rend le service de souffler la guerre à la bourgeoisie, qui n en veut pas I...

DE P.-J. PRÛUDHON. 26d

Paris, 29 novembre i855.

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