‹ Correspondance de P.-J. Proudhon (volume 2)Chapitre 23 sur 26 · A M. EMILE DE GIRARDIN · texte numérisé non relu

A M. EMILE DE GIRARDIN

Monsieur, Darimon et Nefftzer m'ont fait part tous deux de votre gracieuse invitation pour samedi.

Il faut. absolument que vous m'excusiez pour cette fois ; j'ai le malheur de jouir en ce moment d'un ventre toujours malade et d'un cerveau épuisé. A la conversation comme à table, je ne pourrais faire que la plus triste figure, et j'ai un extrême besoin de repos.

J'attends, d'un jour à l'autre, un avis de Hetzel pour me mettre en route avec un gros manuscrit.

Il faut croire que nous sommes destinés à marcher de conserve; plusieurs fois vous avez bien voulu dire que vous suiviez attentivement mes travaux d'Économie, et voici que je reprends en sous-oèùvre la discussion que vous avez entamée sur le Droit et la Morale, il y a quelque temps. Vous avez porté les premiers coups; je veux tâcher, en suivant mon génie propre, d'enfoncer la muraille et d'entrer dans la place.

Priez donc Dieu ou le Diable pour moi; si une fois nous nous mettions tous les deux avec acharnement aux trousses d'une idée, on en saurait bientôt le fonds et le tréfonds.

Je vous serre la main de bon cœur

P.-J. Proudhon.

276 <:oimeswNiwi*cE

Paris, 29 novembre 1855.

A M. ALFRED DARIMON

Moa cher Idarûnoa, 11"^ Pa. me dit que^ je ne Tais pas dlaer chez Griraniiii» yws> n'irez paa noa plii3.

VcHiB avez tort.

Je m puis aller Bans me donner une mauvaiae nuit €t quelques jours, de retant

Je vous prie en conséquence de lui porter yous*môme mes «Bpuies, et« sUl u'^ei pas tr^ mal disposé, de lui dttaander pour moi im exemplaire de aon livre sur la Ibbmm : Za iii$rt^ dans Je mariage par Vigêiiti 4ês

A*-tHPsi reçu doois les bareaux de la éPrês^ un ouvri^0iur le Z^rotf êl h 4mw^ par ]# pi'o&eseur Oudoi» de recelé de Droit ?

Je voudrais savoir ce que c'est.

A vous de cœur.

DE f».-l. raOTMOn. 871

lhu4B, iè n<yTCBibf6'fêS5*

A M. CflJLRLES EDMONÎ)

' lion cKer ami, je vîcbs vous remercier de la Iximie portée qae votL$ m^avet; liait passer, et tous apporter mon tribut d'éloges et d'encouragements. Efaprès lool «e qUÉi f éi ebiéiiia ilM^oitter deis tribolations d*un paurvre ^antenr drvmatiqtM <à une première TaJirésentaUon, je n'étais pas sans inquiétade sur Totre sort; un instant ittèotie j$ îas sur la poiM dé m'abstenir^ tant la peur et raôgolsse me i^oaient* Il y a des moment où, pour mes amiSf je sens Iftolie eomme une leonme. Enfin, j*ai penné qiM j'^avtts ki^ à tante occienence, un éévoir à T«{B;^r ; f ai prié mim €0uî«ige à doux mâi&s et jesuis parti.

Chrâcé audel, je s«8 «sytifi^ait; |e ciNnd TOtne pièee désormais hors de danger, et, Uen^^ le nombieée Tds amis ait été grand àeetto rq^réseaitatkm, oonme il n'est pa8«9iTa^e poav<iir de séckâre tu d'adieter tant <te geÉs <p2i cottpratmeiil et ite TaspiMIeàt, j*estiBie <|ue leur sp^fi^Blàan vxkus iB6i^ mhb ^garatttfe de ^eelle 4n paSUîc pajrant et étra&ger^ t^t/Hen défiiUtiVe^est jagiS somîeraih.

T<ouit k> làtmdsd vous dits tjvié lef p^^oler tiébè ettt Idfi^, obseari «ntorliBé, «t ^ue t^ déflrallfie £iit encore ëenlir dans le seeond.' - ] ^•l . i-' ^^ .•■,'■• .:-

m CORRESPONDANCE

Il faut ajouter aussi que tout le monde n'est pas à même de saisir au vol les traits de moeurs, les allusions historiques et une foule de choses qui accusent un travail consciencieux et soigné^ mais qui passent trop vite pour qu'on ait le temps de s'y reconnaître.

Le défaut inhérent à toute pièce dramatique c'est que le public a besoin, comme les acteurs, de Yapprendre et de s'y faire. Aucun auteur n'y peut échapper. Heureux ceux qui savent s'en tirer à leur avantage, sans sacrifier la profondeur et la vérité!

Pour moi, je ne doute pas que vos deux actes ne fassent mieux à la lecture qu'à la représentation ; c'est sans doute ce qui a fait illusion à vous, à vos conseils et à vos acteurs, la répétition n'étant qu'une lecture è plusieurs voix.

Quelques personnes ont parlé. d# l'onchaizienient des scènes, de coupures, de retranchements , d'additions. J'ignore si leur critique est fondée; je ne me pique pas, vous le savez, d'être connaisseur; je laisse ces questions de dramaturgie que vous connaissez mieux que moi, et qui ne me paraissent être que le c6té matériel de l'art.

J'aime mieux vous parler de ce qui m'a irappé, de ce qui m'a plu, a moi qui ne sais rien des conventions de scène , et qui juge des choses d'art avec la même méthode que les questions d'économie politique.

Je ne me rappelle que confusément le troisième acte. Je crois que c'est là que se trouve la scène du complot entre d'Albert et ls\ Florentine, une scène neuve, où ces deux bêtes fauves, un moment unies pour la perte de Condé, engagent la lutte et s'attaquent avec ime pénétration, égale, C'e^t là que se forme le ncmi de la pièce. Tout est dans le dialogue, qu'il faudrait relire ;et voir en détail pour bien juger. C'est quelque chose de profond,

qui me parait fortement conçu, et qui gagnera j'espère, qui doit gagner à être revu, si l'écrivain n'est pas resté en dehors de sa propre pensée. Songez à cela, je ne vous donne qu'une impression ; je me flatte pour vous que le style, la science du dialogue répondent ici à la situation; sans cela tout manque. Mais je suis aussi incapable de porter un jugement que je l'étais avant d'entrer au spectacle.

J'aime fort la scène entre le maréchal et sa femme, et cet accent de fierté nationale qui saisit Léonore quand elle dit : « L'Italie vaincue gouverne le monde. » Qu'il vous était facile de semer çà et là quelques mots qui eussent avisé le public, comme faisait le chœur chez les anciens 1... La France fut de tous temps gouvernée par les étrangers... (Médicis, Mazarin, RiquetLi, Bonaparte, de Broghe, Rossi, etc.) Ils ne savent, ils ne sauront jamais se gouverner eux-mêmes ces Francs-Gaulois! Oh! devait se dire la Galigaï, si jamais la France possédait un coin de terre en Italie qui rendit Français une poignée dltaliens, l'Italie régnerait à jamais sur la France. Il y avait là pour moi une riche leçon d'histoire, une grande vérité ethnographique que je vous recommande encore.

Et, à ce propos, pourquoi d'Albert ne dit-il pas quelque part, au premier acte ou ailleurs, quelque chose comme ceci : « A Florentin, Florentin et demi I » Les Luynes sont de Florence, issus d'une famille Alberti venue en France au quinzième ou seizième siècle. Ne serait-il pas édifiant pour notre brave nation de la montrer ainsi à l'école perpétuelle de la pensée étrangère?

Le cinquième acte offre une situation neuve encore, et qui se termine par un trait sublime :

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