‹ Correspondance de P.-J. Proudhon (volume 2)Chapitre 8 sur 26 · A M. E. DE GIRARDIN · texte numérisé non relu

A M. E. DE GIRARDIN

Mon cher et ancien confrère, si je ne vous vois guère, cela ne m'empêche pas de vous suivre presque quotidiennement. Je lirai votre livre, qui va prendre sa place dans mon fouillis de brochures ; pardonnez-moi ce mot, le seul qui convienne à ma bibliothèque, à côté de différents opuscules que je dois déjà à votre complaisance.

Ce sera pour le quart d'heure tout mon remerciement.

Je ne puis aller vous voir demain. Mais je penser depuis longtemps à aller vous interpeller rue de Chaillot, sur votre politique turcophile, qui he s'accorde pas très-bien à ce que je sais de vous et avec le bon sens pratique que je vous connais.

Ce ne serait rien, dans votre position bien connue, que vous approuvassiez la politique d'un gouvernement quelconque, quand cette politique vous parait bonne ; mais est-ce donc que tout ce que nous faisons en Orient et ailleurs a le sens commun ?

Pour moi, qui n'ai point de journal à entretenir et

m GOBRESPONDANGE

i[Qi ne puis croire à rétemilé de tout ceci, je m'efforce de prendre de l'avance sur mes contemporains et de préparer ma résurrection...

Botijour donc et merci.

Tout à vous.

bE P..J. PR013DH0N. «1

Paris, 10 août 1854.

A M. VILLIAUMÉ

Mon cher VilUaumé, hmdi prochain je ne suis pas libre.

Mardi est jour d'illuminations et de foule : je ne puis quitter ma nichée. Je vous laisse le soin de choisir en conséquence tel autre jour pour notre réunion qu'il vous plaira.

Puisque M. de Mirecourt est voire ami, je ne puis douter que ce ne soit un galant homme. Mais je dois vous avouer que j'entends parler fort mal de lui et que je serais charmé d'éprouver qu'il vaut, ainsi que moi, mieux que sa réputation.

Du reste, je n'entends pas circonvenir sa plume et conjurer sa critique ; il se ferait tort, et à moi aussi, s'il m'épargnait. Mais à quoi bon toutes ces biographies?...

A vous de cœur,

P.-J. Proudhon.

Paris, l«r septembre 1854.

A M. BERGMANN

Mon cher Bergmann, je devais répondre à ta dernière par quelques explications sur mes études historiques et économiques; je suis forcé d'ajourner cette lettre à une époque où je serai plus fort.

Depuis trois semaines, j'ai été frappé par Tépidémie, et la mort m'a visité. J'ai perdu une de mes filles âgée de près de trois ans : elle a été comme foudroyée.

Au moment où l'on enlevait le cadavre, j'étais sans mouvement, épuisé par la diarrhée, les vomissements, les prostrations. Enfin, l'homéopathie m'a sauvé, mais je ne sens plus mes jambes. Il me faut encore quinze jours au moins de convalescence.

Ma femme et mes deux autres enfants ont ressenti aussi les atteintes du fléau; enfin, nous avons été passés par l'étamine.

Cette maladie présente tous les caractères d'un empoisonnement. Cependant, il est impossible d'y méconnaître la présence de causes morales, et, pour ma part, je n'hésite point à croire que je portais le choléra morbus depuis un an dans les entrailles. Trop de secousses, trop de chagrins m'avaient travaillé depuis un

an pour qu'il n'y eût pas un éclat, et je puis dire, sans fatalisme, que ce qui m'est arrivé était écrit.

Je ne puis tenir la plimie et je n'y vois presque pas. Bonjour, mon cher Bergmann ; conserve les tiens. Ton ami,

««i CORRESPONDANCE

Paris, septembre 1854.

A M. LE DOCTEUR MAGUET

Mon cher docteur, je me mettais à vous écrire quand un commissionnaire m*apporta un gros pâté d!e Chartres, que tout naturellement mon cœur et ma pensée vous attribuent. Pourquoi m'envoyez-vous cette gourmandise? Vous vous figurez sans doute que je dévore comme im chancre, et je suis encore à la diète. Je ne trouve pas bon mon vin pur. Je ne puis marcher une demi-heure sans fatigue, et je n'oserais dans toute ma journée, en m'y reprenant à trois reprises, aller de chez moi chez M. Gauthier 1...

Vous voyez combien la convalescence va lentement.

Mon ami, le docteur Crétin, me chasse chez vous, en me recommandant de vous dire de ne me pas trop bourrer de nourriture ; il croit que j'ai besoin de cette secousse ou changement.

Je voulais donc vous dire que j'irai vous tenir compagnie pendant quatre ou cinq jours, tant dans vos courses qu'au logis, si vous vouliez me donner rendezvous à Chartres, Tf^rdi ou mercredi- Je puis faire le voyage du chemin de fer; je n'oserais aussitôt après m'embarquer dans ime cariole pleine de monde et pro-

Yoquer d'infaillibles vomissements ; il me faut le plein air, le bain atmosphérique du cabriolet. Pardon, cher ami, d'imposer ainsi des conditions à votre hospitalité. A mon retour, je serai en meilleur état et je pourrai me confier au messager de Voves...

Arrangez donc cela à votre convenance. Je serai à Chartres le jour et à l'heure que vous me direz. J'aurai en arrivant besoin de déjeimer, et nous mettrons une heure d'intervalle entre les deux courses.

Voici mon régime actuel qui vous fera juger de mon état:

Un potage au lait à sept heures et demie.

Un potage et un petit bifteck ou côtelette à onze heures.

Un potage et deux œufs à la coque le soir.

Mon vin fort trempé et im peu sucré.

Au demeurant, les meilleures apparences du monde. Je vous serre la main.

P.-J. Proudhon*

PS. J'ai reçu une bonne lettre de Bergmann. C'est comme vous un incomparable.

CORRESPi VI.

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P«ii8, i7 «eptembn l«5é.

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