‹ Correspondance de P.-J. Proudhon (volume 3)Chapitre 16 sur 24 · DE BESANCON · texte numérisé non relu

DE BESANCON

Messieurs, }*ai ajqfim par les confidences de quelques-lins de mes amiis que la publication de mon Mémoire sur la PrapriéU, et surtout la préface adressée à TAcadémie de Besançon, qui se lit eti tèie de ce Mémoire, ont soulevé contre moi yotre mécontentement, pour ne pas dire Toire indignation. C'est le motif qui m'engage à vous «rpliquer ici, en peu de mots et dans toute leur simplicité, ma conduite et mes intentions.

D'abord, ce cp»» Ton « pris pour une dédicace n'est qu'un simple eoaq)te reodu, que ma cond^n de peoisiohnaire Soafrd et ToUigation qui m'est imposée de faire connaitre chaque année le progrès de mes études meiseD^aîentexpliquar suffisamment Je savais qu'une dédicace «si une aittestation de patronage de la parsonne ou du cdips à qui l'on dédie, partant qu'elle d<ât être consentie ou même concertée entre ks intéressés; je n'ai pas voulu m'afik:anchir de cette règle de convenance. D'autre part, un compte rendu est nécessairement terminé peur le fond et pour la forme par

Toauvre dont on rend compte; c'est là, Messieurs, ce qui explique le silence que j'ai gardé envers vous, et sur l'ouvrage, et sur l'adresse qui le précède.

Quant au livre en lui-même, ]e ne soutiendrai pas ici la cause que j'ai embrassée; je n'ai nulle envie de me poser devant vous en adversaire,, non plus qu'en accusé; ma conviction» que dis-je? la certitude où je suis des vérités que j'ai développées est invincible, et je respecte trop votre opinion, Messieurs, pour la combattre jamais directement. Mais, si j'avance des paradoxes inouïs sur la Propriété, cette base de notre état politique actuel, s'ensuit-il que je sois un révolutionnaire implacable, un conspirateur secret, un ennemi de la société? Non, Messieurs; en admettant sans réserve mes doctrines, tout ce que l'on en pourrait conclure et tout ce que j'en conclus moi-môme, c'est qu'il existe un droit naturel, inaliénable,, de j^ossession et de travail, à la jouissance duquel le prolétaire doit être préparé, tout comme le noir des colonies, avant de recevoir la liberté dont personne aujourd'hui ne conteste le droit, dQit être préparé à la liberté. Cette éducation du prolétaire est la mission aujourd'hui confiée à tousf les honmies puissants par l'intelligence et la forti;ine, sp^s peine d'être écrasés tôt ou tard par une inondation de ces barbares auxquels nous sommes convenus de donner Iq nom àejprolétaires.

Répondrai-je à une autre espèce d'accusation? On a vu dans ma conduite avec mon tuteur académique, auquel je n'ai jamais fçiit aucune communication, une sorte d'ingratitude.

Ma conduite à l'égard de M. Droz m'a été dictéç piir un sentiment de convenance; pouvais-je entrer avec <)e vânérable écrivais dans des oonférences sur la morale

et réconomie politique, lorsque ces conférences devaient avoir, selon moi, pour résultat de mettre en doute la valeur des écrits moraux et économiques de M. Droz? Devais-je me mettre en im état de contradiction et pour ainsi dire de désobéissance permanente avec lui ? Personne plus que moi n'aime et n'admire le talent de M. Droz; personne n'éprouva jamais ime vénération plus profonde pour son caractère. Or, ces sentiments étaient précisément autant de raisons qui m'interdisaient ime polémique délicate et pour moi trop périlleuse.

Messieurs, la publication de cet écrit m'a été commandée par Tordre de mes études philosophiques. C'est ce que l'avenir vous démontrera. Un dernier Mémoire me reste à composer sur la question de la Propriété ; ce travail exécuté, je poursuivrai, sans me détourner de ma route, mes études de philologie, de métaphysique et de morale.

Messieurs, je n'appartiens à aucun parti, à aucune coterie; je suis sans prôneurs, sans compères, sans associés. Je ne fais point de secte, je repousserais le rôle de tribun, quand môme on me l'offrirait, par l'unique raison que je ne veux pas m'asservirl Je n'ai que vous. Messieurs, je n'espère qu'en vous, je n'attends de faveur et de réputation solide que de vous. Je sais que vous vous proposez de condamner ce que vous appelez mes opinioM^ et de repousser toute solidarité de mes idées. Je n'en persiste pas moins à croire que le temps viendra où vous me rendrez autant d'éloge que je vous ai causé d'irritation. Votre première émotion passera, le trouble qu'a dû faire naître en vous l'expression hardie d'ime vérité physique et économique encore inaperçue se calmera, et avec le temps et la

réflexion, j*en suis sûr, vous arriverez à la conscience éclairée de vos propres sentiments que vous ne connaissez pas, que vous combattez, et que je défends.

. Je suis, Messieurs, avec la plus parfaite confiance en vos lumières et en votre justice, votre très-humble et dévoué pensionnaire.

P.-J. Proudhok.

3S0 CORRESPOWANGE

Besançon, 10 août 1840.

A M. TISSOT

Monsieur Tissot, j'ai été agréablement surpris, si jamais je le fus, de recevoir les nouveaux ouvrages que vous me faites Thonneur de m'adresser. Je commence m'estimer moi-môme, à mesure que je vois des nommes, en la moralité et les lumières desquels j'ai toute confiance, me témoigner tant d'amitié et d'estime.. Pardonnez ces sentiments à un homme qui fut trop longtemps sauvage, et qui s'étonne encore quelquefois de rencontrer des hommes simples, sociables et bons, surtout quand ils sont philosophes. Vous savez mieux que moi combien de réflexions critiques soulève aujourd'hui le nom le plus beau que la raison humaine ait jamais imaginé, le plus difficile à mériter et à porter dignement. J'ai rencontré ici un de vos confrères en professorat (je ne dis pas en philosophie, car je commence à douter qu'il ait foi en la philosophie), lequel, après m'avoir donnéi^beaucoup d'éloges et m'avoir un peu séduit, tant l'amour-propre est crédule I a fini par m'inspirer de la défiance et des doutes sur la sincérité de ses paroles. Il m'est revenu qu'il disait ailleurs tout

■B P.-J. nxmmm. $m

le oottinm de ce qu'il ime disait à mei-mèaie..» Je vous avoue que j'ai trouvé cela très-peu pliiloflQplûqa»; «ar je poneâis qm la etaitUe, le M^pect bumain ou rintéiM sont dea pasaioiia tout i faU ^brangèrea au I^iiloaopbe.

Or, le philosophe dont je vous parle» bonane d'eq>rit au deideurasit , est la plus forte tète de rAeadémie bisontiiie. M mno Mue immes. Tout eed wire neoa.

Le FrÊÊÊe^Ccmtoiê s'imprime chea M. Deis : je n'ai reçu mprospêdus^ ni avis du journal, ni*.», elc« Cette publication périodique est destinée, dans rinlentiOBL du fondateur, à eeteUêrtiàdépdappêr tjtsprU pgtrMifue m Franùke^dmÊiéj. ce qui estttès-beau assurément; mais voici comment ron-^Qtend cette excitation patriotique : le jomoial ne traitera jamais aucune question de poU-- Ufm ffhéraie^ ni de nliffùm ; notez ces deux points : il ne s'occupera que de sujets à'intértt keal et des àwMMa* iraMes baobi» maUriilSy wkUwtuéls et mùroMX de moire bàle eê chère praeime. Ceci est ou absurde ou contradictoire» Je n'insk^te pas avec vous sur la démonstration. Tout ce qui est d'intdOyigence, de morale et d'intérêt, est de religion et de politique générale. Cria se conçoit d'emblée.

En un mot, le Franc^Camtais a pour objet de réduire l'intelligence, le eosur et l'ima^nation des Francs- Comtois aux proportions du moi provincial, ce qui, au pcnnt où la civilisation est parvenue, est im pas rétrograde et une prétention monstrueuse.

Le FroMù^omiùis est essentiellement l'organe de l'Académie; son premi^ numéro oontient un article de M. Perron, im autre de M. Pérennès, etc. C'est une faute... Une Académie littéraire et morale doit éviter, selon moi, d'entrer dans le journalisme ^ de se lii

CXmRESPONDAMCS

à la p<démiq[!ie quotidienne ; il lui en arrivera mal, je le lui promets.

Enfin, les Ftwies-ComMs du nouyeau journal Tannoncent comitne exempt à^pif^ufés^ de toute «i^iWMe, de tout ùUérU particulier : ce mensonge est le prends dont leur feuille sera rin^uisablé semoir.

J*ai lu, il y a quelques jours, un artide de la Jtetm des thw Bourgognes, dont le titre m^intéressait vivement, et qui vous concerne personnellement, monsieur le philosophe. Je n'ai jamais rien vu de plus pitoyable, de plus inique, de plus Ute, que cet article de TabbéDoney sur la méthode philosophique et la méthode cathoHque. J'en ai exprimé hardiment ma pensée , ce qui a paru scandaliser les gens ; je me suis fâché et j'ai voulu argumenter; on ne me comprenait plus. Courage, philosophe ; vous frappez fort, et vous frappez juste, puisque les théologiens se fâchent; la démonstration de votre dire est tout entière dans leur barbouillage.

Pour moi, je n'ai pas lieu de me louer ; je suis vu de mauvais œil ici ; l'irritation a été portée au comble ; on pense à me retirer la pension ; on n'espère plus rien de moi, dans le temps même où j'ose dire que l'on devrait espérer le plus ; on m'abandonnera au moment de ma force et de ma fécondité. La colère s'accumule et s'empile dans mon âme ; si jamais le fils se révolte contre la mère, s'il ose une fois révéler la turpitude de celle qui lui donna le jour, malheur, malhair à elle ! Jusqu'ici, je n'ai fait que mes exercices ; je regarde ce que j'ai publié comme desjutenilia ; mais le conscrit deviendra vétéran^, et, encore une fois, malheur aux erânesf

Je ne puis avoir aucune expUcatîon avec vous sur mon ouvrage, dont vous vous contentez de me dire que

TOUS acceptez quelques parties, et que vous en r^)oussez d'autres; je vous serais pourtant obligé de me formuler d'une manière plus précise vos critiques*. C'est ee <pi'a fait Bergmann, de Strasbourg. Je me propose d'écrire im second Mémoire sur la Propriété, plus intéressant que le premier ; et ce serait pour moi un triomphe d'ayoir quelques assertions à redresser dans mon propre ouvrage, afin de mieux faire comprendre au public que la philosophie est une science d'observation, déduite ou plutôt induite d'une multitude de faits, et que la métaphysique est fondée sur une espèce d'opération intellectuelle plus difficile encore que l'algèbre, et tout aussi certaine. Voilà ce que je voudrais faire dans mon second Mémoire, et ce que vos observations me permettraient sans doute d'exécuter.

Je n'accepte pas l'épithète de cynique que vous me décernez, et qui n'est juste que pour un auteur qui raisonnerait au point de vue d'une société différente de celle que je me fais par anticipation. L'égaUté supporte la vivacité et la brusquerie des formes; elle amène même l'invective et le sarcasme, lorsqu'un des contondants élève ses prétentions au delà de son droit. Cette seule remarque justifie tout mon style, que je modérerai davantage une autre fois, mais que je ne pourrais changer sans mentir à moi-même et sans commettre un contre-sens.

J'écrirai incessamment à Bergmann pour lui demander ses thèses et lui faire parvenir votre ouvrage.

Je suis absorbé par le travail mécanique de l'imprimerie ; j'ignore quand je reprendrai des études sans lesquelles je ne puis plus vivre, et je m'occupe en ce moment de m'assurer du travail et du pain.

Je n'ai pas lu entièrement votre philosophie élémen-

SS4 GBwnEsraiDANeE

taire ; on tous aecnse d*ol)6carilé : je ii*m pas tfoirré en Toas ce défaut. G*est Bûremeni la feuiede mon esprit obseurant et opaque.

Kl général, mon très-digne i^iilosoplie, j W regtei de Tons le dire, je ne suis pas fâché de pouTOtr donner la main à un homme tel que tous ; tous êtes aussi peu prisé en Franehe'CtmOé que TOtie sernteur ; on vous dédaigne et je déplais.

Je serais honoré d*ètre votre imprimeur. Mais comptez peu sur le Frane-ComMs ; la fram-eomtaiierk n^est ni la vôtre ni la mienne.

Je vous souhaite le bonjour.

P.-J. Proudhon.

DE p.-i. pRooraem. 33s

Besançon, 19 ao&t 1840.

A M. BERGMANN

Mon cher Bergmann, j'ai reçu ta lettre du 25 juillet, et j'ai encaissé les 200 francs. Mes obligations envers toi s'accumnlent et je le vois avec nn vif sentiment de plaisir ; quant à l'argent, c'est une affidre de remboursement qui i>ourrait être fiadte plutôt que je ne l'espère aujourd'hui. J'ai envoyé à Dessiner 70 francs, et j'ai déjà vendu pour 50 ; ma brochure prend dans le public bisontin, et, si j'avais eu plus d'habileté ou de charlatanisme, j^aurais vendu pour 150 francs.

Dessirier m'a envoyé, pour l'approuver, un marché conclu entre lui et un libraire de Paris, M. Prévost, rue Bourbon- Villeneuve ; ce libraire m'engage à rééditer mon livre, au nombre de 3,500 exemplaires, m'accordant le quart du bénéfice, et promettant de faire tout ce qui est de sa compétence pour donner à mon ouvrage de la publicité. En même temps, il me demande mon Discours swr le Binumche pour le débiter.

La Revue du Progrès, de Louis Blanc, et quelques autres publications ont déjà fait mention de mon travail ; pour les grands journaux , ils ne diront mot^

jusqu'à ce que la clameur publique les y oblige. Armand Marrast partage, dit-on, mes idées ; mais il ne les préconisera pas dans le National^ de peur d'effarouclier ses lecteurs.

Que Tentreprise du libraire Prévost arrive à bonne fin, et le second Mémoire auquel je vais travailler mettra le comble à mes efforts ; la Propriété, attaquée de toutes parts, poursuivie, sera obligée de faire voir ses raisons , et Ton verra im beau tapage.

Tu sens, d'après cela, mon cher ami, combien quelques observations plus détaillées de ta part me seraient précieuses ; tes réflexions sur mon cinquième chapitre sont justes ; ce chapitre exigerait à lui seul im volume, et je n'en ai fait qu'im sommaire. Il y a des morceaux que je conserverai dans leur entier; d'autres ont besoin d'être refondus ; la seule question est de savoir comment je pourrais raccommoder tout cela pour ime seconde édition, sans aller trop au delà des bornes de la première. Le professeur d,e philosophie de Besançon pense conmie toi que ce chapitre cinquième devrait être au commencement ; cependant, il faut bien faire attention que mon ouvrage n'est point un traité de philosophie sociale, mais seulement im examen de la Propriété. Il suit de là que le chapitre cinquième arrive à la suite des autres pour répondre à cette question : Zapropriéié éta/nt impossible et injuste^ comment et pourquoi existe^ t-elle? Voilà le lien de transition qui imit cette dissertation toute psychologique au reste de Touvyage.

Du reste, à part cette considération, je donne les mains à tes critiques ; mais je pense que toi seul les pouvais faire. Elles me prouvent ime chose à laquelle tu n'as pas pensé : c'est tpie tu sais mieux ma propre philosophie que je ne la sais moi-même. Oui, les idées

présentées dans ce chapitre cinquième demandent d'autres développements et une autre rédaction ; elles ne veulent point être traitées par-dessous la jambe ; mais est-ce bien là que je dois placer ce grand travail ? L'homme s'étant trompé dans la science sociale de la môme manière qu'il s'est trompé sur tant d'autres choses, ne suffit-il pas que je montre brièvement l'analogie de son erreur, relativement à la propriété, avec toutes les erreurs qu'il a commises? Mon chapitre cinquième, en un mot, ne suppose-t-il pas toute une philosophie extérieure au traité sur la Propriété, plutôt qu'il n'appelle dans ce traité de nouveaux développements psychologiques ?

Voilà quelles réflexions je devais te soumettre avant de passer à des corrections; car si tu conçois mon ouvrage sur la Propriété comme partie d'un grand tout qui l'expUquera et le complétera, il me semble que tu sentiras comme moi la nécessité de donner un autre tour et un autre caractère aux corrections que tu me proposes.

Je vaisincessamment travailler à mon second Mémoire sur la Propriété, qui sera divisé comme suit :

Chap, pr, adressé à V Académie de Besancon ; sur les obligations des corps savants envers les auteurs et le public ; sur la forme et le ton général des ouvrages : réflexions littéraires et philosophiques à ce sujet.

Chap. II, adressé à un directeur de notre séminaire : sur les doctrines de l'Église touchant le prêt à intérêt ; du rôle qu'a joué le clergé et de celui qu'il peut jouer aujourd'hui dans la société.

Je mettrai, dans ce chapitre, l'Église en demeure de se prononcer contre la Propriété et d'abjurer sa vieille casuistique, ou de défendre la Propriété et l'usure con-

338 COniffiONDANGB

iraîrement à la justice et à révidence. Opposition dô la doctrine évangâique et de celle des casoistiques.

Chap. m, adressé à M. Droz. Après ayoir examiné la question religieuse, je soulève ici la question de morale. — Influaice de la Propriété sur les mœurs, etc., etc.

Gbap. lY. Critique du Code ; une provinciale contre les jurisconsultes.

Ôiap. V. Critique de la Charte constitutionnelle. Abomination de la Charte.

Chap. VI. Projet d'une révolution et d'une réorganisation politique.

Dans ce second Mémoire, je parlerai plus souvent au sentiment et à l'imagination ; je revêtirai de couleurs, de ehaÎF et de sang cette dialectique décharnée qui fatigue et que peu d'esprits peuvent supporter. Je ferai ressortir cette pensée fondamentale de mon premier Mémoire, que tous les maux de l'humanité viennent primitivement d'tme simple erreur de compte (soit de l'inégalité de répartition des biens, d'après l'inégalité des facultés, soit surtout de V appropriation du prodnii eoUectif par wi seul individu) ; je m'efforcerai de répandre plus de charme et d'éloquence dans ma diction : en un mot, je tâcherai de prendre les hommes par la persuasion après les avoir ébranlés par le raisonnement. U y aura peu de choses nouvelles ; mais tu sais, mon cher Bergmann, que le difficile est moins de concevoir et de démontrer la vérité que de la faire admettre ; et que, d'un autre côté, c'est peine perdue que d'exposer des vérités qui tiennent à une première, tant que cette première n'est pas irrévocablement admise. - .

La rage académique n- a fait que s'accroître contre moi : deux séances très-orageuses cmt déjà eu lieu à

mon sujet; diverses motions ont été faites, ou de mci retirer la pension, ou de la donnera mon père, ousi^cn-r plement de n?te l)lâmer publiquement; enfin, Ton a résolu de ne prendre aucim parti avai^t de, m'avoir entendu, et je suis aligné à comparaître parnleyant notre sénat académique, dans le eourant d,e noyembre prochain, pour faire valoir mes moyens justificatifs et m'entendre reprocher d*ayoir ésçrit \m hYreantUociali contraire à touks les €a»venances pour la, forme cowime jpour le fond. — On a exigé de moi que j^ ne puldierais ri^n d'ici à la fin de Tannée scolaire de 1840^1841 ; j'ai doimé ma parole par écrit signé de mpi. A. peine mon second Mémoire sera-t-il prêt pour ce temps-là. D'ailleurs, si l'Académie me traitait a^ec fureur, je serais par là même délié de mon serinent.

Parmi Jes académiciens, çenx qui ayai^t été mes plus dévoué^, m'ont tourné le dg^ ; d'aut^^, qui ne me connaissaient pas, me sont fayorables^ Le préfet du département est du nombre de ces derniers. ISn général, les déyots, les avocats et les littérateurs purs m'en veulent ; les commerçants, banquiers, usuriers, gens de négoce et de commerce, m'applaudissent ; l'aurais^tu deviné? Déjà, au temps de Jésus-Christ, les publicains se trouvaient plus près du royaume de Dieu que les pharisiens et les docteurs.

Notre congrès scientifique durera huit jours ; on ne m'a pas fait l'honneur de m'y inviter* J'aurais voulu y lire un compte rendu de tes thèses; mais que ton amour-propre ne regrette pas trop cette oec^^n de parler de toL Encore une fois, mes Mémoires sur la Propriété ne sont rien à mes yeux ; je songe surtout à une psydiologie, à txne logique ei à une métaphysîqme nouvelles. C'est là que je te placerai coaune iLconvieat,

310 GORfiNPONDANCX

d^autant plus qu'il faudra que nous convenions de plusieurs choses avant que je publie. Laisse-moi seulement acquérir un peu de réputation avec des bribes politiques, et tu verras.

M. Tissot, de Dijon, m'a chargé de t'offrir un volume in-8<> sur le SiUeide et la Bévolte : je te renverrai par une occasion qu'un libraire m'a promise. En même temps, M. Tissot, qui a cherché partout tes deux thèses , me charge de te les demander pour lui. M. Tissot est un honnête homme, travailleur, savant, kantiste dévot et dévoué, trop tenace dans ses opinions, par conséquent trop lent à saisir les idées d'autrui. J'ai eu le plaisir de faire récemment 3a connaissance, par l'obligeance de Pauthier ; c'est alors que nous avons parlé de toi, et que M. Tissot a tremblé de tous ses membres en apprenant le sujet et la valeur de tes ouvrages. Tu m'enverras ces deux thèses à Besançon ; M. Tissot y passera dans ime quinzaine.

Je désire que tu ne m'affranchisses plus tes lettres ; permets qu'au moins cette égalité soit entre nous.

Tout à toi.

P.-J. Proudhon.

P. -8. Je compte aller à Paris travailler et imprimer mon second Mémoire. Pour mon imprimerie, le travail y vient; mais j'aurais besoin d'un associé qui m'êtât tout souci. Si l'imprimerie et les autres ressources me manquent, mes amis les banquiers et négociants me procureront bientôt im emploi lucratif, soit dans une usine, soit ailleurs.

DE R.-J. PROOMON.

Sois donc sans inquiétude sur ma position ; je pourrai bientôt peut-être, à mon tour, être utile à nos amis en souffrance.

Le sort d'Ackermann m'a toujours plus inquiété que le mien propre. Pour Elmerick, c'est une tête sans cervelle, qui afflige trop souvent Maguet.

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GORRESr. I.

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.fidBiiQiiii, 30 septemboa 1640.

A M. BERGMANN

Mon cher Bergmaim, je partirai dimanche, 11 octobre, sans faute, et, quoique à pied, je ferai toute la diligence pour arriver à Paris samedi 17, au plus tard. Tâche donc de prolonger ton séjour du 15 au 20, afin que je puisse te voir. II ne m'est pas possible de faire mieux.

Je reçois à Tinstant une lettre d'Ackermann, et je vois, par ce qu'il me mande, qu'il a été, ainsi que moi, fort heureux de trouver en toi une providence. Je t'en adresse de nouveau mes remerclments et mes félicitations.

Je profiterai de tes observations, tu peux y compter, quoique je ne promette pas encore d'en user de la manière que tu m'indiques; mais quand un homme doué de raison critique une chose, il lui échappe toujours des pensées, des expressions qui sont des traits de lumière pour un auteur attentif. C'est surtout par là que toutes tes remarques me sont précieuses ; c'est ce qui fait que je voudrais t'entendre. Dessirier me mande que tout est prêt pour une seconde édition ; avant de

B£ P.-4. PftOllUnDy. lé»

rmn faise, je "vcnitirâis doue une «oniraTsaikttl at^ec toi.

Font les inséUgances et leslirutftlhés de détail, je se m'en leSraie pas : avant dTôtre forgerDn,il£aiLt qu'un aj^prenii brûle hiendesldlograiiiiiiiesde feip. Ilest âe« duDse» dont je ne me comrigeai que par Thabitiida \âga métier; seulement il estmallifixtreiix que je débute jm des questions si impcniaiites.

Je reçois à rinstaut la ¥isHe d'^un phalanHtériaai de mérite^ qui yi^xt, ayee la plus aimable politesse^ m'au* noncer qu'il s'apprête à me Confier des coeqae à» cro9se. Je lui ai promis en échange des coups de lance, et, liprèsayoir causé, nous nous sommes quittés très-4)ons amis. Ces gens-là comprennent que le redressement des griefs sociaux exige un simple arbitrage, une expertise, et qu'il n'est besoin pour cela ni de guerre ni de révolution. Je leur souhaiterais moins de dévotion à leur Saint Fourier, moyennant quoi on pourrait s'entendre.

Mon imprimerie s'attache à moi, malgré moi, et je songe enfin à l'exploiter sérieusement, faute de pouvoir faire mieux.

La question n'est plus désormais pour moi de me faire exclusivement homme de lettres ou savant ; il faut que je trouve, au contraire, dans mon industrie des moyens de poursuivre à l'avenir mes études. C'est à quoi je donnerai désormais toute mon attention. Ce but me semble facile à atteindre, si quelque publication de moi, plus heureuse que la précédente, venait cette année me frayer le chemin. Je commence à m'ennuyer ^e mes querelles politiques. L'amour de la science, d'un côté, me séduit et me commande de passer à autre chose, me faisant croire que j'ai fait assez sur la matière de la Propriété ; de l'autre, le sentiment de l'injustice et l'ar-

Sii (XHiRESPOXDANCË

deur du tempérament m'entraînent à une guerre nou* ▼elle, et la question sociale m'offre ime si riche matière à traiter, que je ne puis renoncer à ce sujet où je vois l'occasion de déployer toutes les richesses du style et toutes les forces de Téloquence. La raison pure est ma divinité ; mais je voudrais m'essaycr encore une fois dans Tart. Tu me conseilleras.

Je compte donc te voir ; c'est pour toi que je pars un mois plus tôt que je n'eusse voulu; c*est pour toi que je vais me briser les jambes.

Adieu, je t'embrasse; salue pour moi mon ami Reclam. *

P.-J. Pkoudhon.

DE P.-J. PROUDHON. 2i5

Paris, 10 novembre 1840.

A M. BERGMANN

Mon cher Bergmann, je t'écris, bien que je n'aie rien à l'apprendre, mais pour n'être pas si longtemps sans causer avec toi. J'ai reçu dernièrement une lettre d'Âckermann, pleine de bonnes critiques et de témoignages d'amitié. Sa fortune est encore tout à faire, et je vois avec regret qu'il n'est pas plus avancé que moi. Je lui répondrai incessamment; mais je serai bien aise de trouver une occasion.

La réimpression de mon livre est retardée par suite des craintes qu'inspire le nouveau ministère. Je persiste à croire que je suis bors d'atteinte; mais le libraire raisonne autrement. Voyant en moi im patriote, et nullement un savant, il se dit : Tôt ou tard celui-là sera poursuivi. Il a été question dans un conseil d'État ou de ministres, il y a quelques semaines, de me faire saisir en môme temps que Lamennais et autres; cependant on a jugé à propos de passer outre en ce qui me concerne. Mais cette proposition a été cause que le Ccmstitutùmnel a annoncé que l'ouvrage de M. Proudhon

SI6 COMBSm:SIUKGB

sur la Propriété avait été saisi, ce qui a causé quelque rumeur à Besançon. Voilà pour mes affaires; voici pour mes études.

Je commence le Compulsoire de mon deuxième volume. Je viens pour là première fois de me relire, et j'avoue que je me trouve plus savant que je ne le soupçonnais lorsque j'étais dans le travail de la composition. Il y a de belles parties, des morceaux bien frappés dans ce volume; mais en somme je le compare à un volume d'algèbre. Kepler travailla dix-sep(t ans pour arriver à la formule de ses trois fameuses lois, et Dieu sait la masse énorme de calculs et de chiffres qu'il lui fallut faire pour cette magnifique découverte ; eh bien I pour comprendre quelque chose au mouvement social, il faut pareill«nieiiit passer par une séné d'opfirations, non algébriques, mais métaphysiques. Ce que j'ai fait lïiê convainc que tout est à faire encore dané cette science si déciiée ^éms le nom de métaphysique, et me persuade aussi' que je suis dans la bonne vuie ; lùaàs le public^ oà est-ii?' J'ai quelques travaux commencés sur le. droit matrimonial et sur les délits et les peines, travaux. que je poursuis d'après une méthode tout à fait sem*blable à celle de k Propriété; il est (frange à quels paradoxes cela conduit. Mon travail sur la Pénale surtout est tsUemetit en dehors des idées reçues, que je ne crois pas que ce^ hommes en France puissent pi^entendre. C'est une tnatière, en vérité, où nul jusqu'à ce moment n'a vu goutte ; et moi qui t*en parie je n'y découvre guèm que la profonde ignorance et les effrayantes contradictions des docteur^. Mais pour mettre au jour mes idées il me faut ime autorité acquise; il faut surtout que Ton soit un peu familiarisé c m e s m-éthodes. '

J'ai fait ici une conquête illu^r^ UB JeUtie bôinm^ de vingt-cinq ans, mon compatriote, très^fort métat physicieiû, sByaiàt en histoire, auteur d'uûe Wstdire philosophique de la Révolution iù^an^aise, ^ deux volumes iii-'S". Cet ouvrage est encore manuscrit ; Fauteur y détermine là pari que chaque province ^ prise au mouvementde 1789 à 1800^ L'ejtposé sommaire <ïuirm-ett a été fait promet un ouvrage méthodique, profiond; exeiîipt de bavardage et de vaines îÉiaginatiôiis; par-itant im ouvrage qui .fera tort à nos célébrités historin ques, et conséquemmént enfin qui sera peu' lôuéL La propriété est dans la science ; tu le sais mieux que peiv sonne.

Je désire donner à mon second Mémoire autant d'am^ nité, de politesse, de grâces insinuantes qu*il y a d« colère et de rudesse dans, le premier. Je seflasaujotirt d'hui que je me suis fait tort par ma violente, -et je veux lâcher dé le réparer. Je déplore ce malheur d'au*r tant plus qu'en vérité je me trouve, après lecture, troc fort pour avoir de gros tnots. Néanmoins, à part qUel-r ques phrases choquâtes, je laisserai si^bsister mon Mémoire tel qu'il est, parce que ce sera f)Our moi uii« matière de critiqiae et d'examen. Mais je suis las de ik^ parler que de moi.

Maguet, Haag^, Dessirier et jusqu'à M. Villars^ k commensal du dernier, me prient de te feire leurs anûf tiés, et de 'te présenter leur^ salutations. Réclatn, qiie j'ai vu aujourd'hui, m'a répété combien tu avais été peiné de n'avoir pu m'attendre. Mon cher Borgmoniij tu as ici de vrais amis et dés admirateurs intelligents et sincères. On m'a parlé d'un article dé la Retue de Paiis^ dans lequel un "^roquet littéraire avaiiiessàyé de te mordre; je ne pepsepas que tu atteades^ à cetégard,

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des eo&solationg. Qu'est-ce que de pareils aboiements te peuvent faire? As-tu vu M. Bumouf ?

Je voudrais savoir en quelques mots ton Jugement sur la philosophie allemande, notamment sur celle de Schelling et Hegel, mais principalement sur Kant, que je lis tous les jours. Je me suis mis en tête de refaire une métaphysique; je t'en ai déjà parlé. Mais, comme là aussi je me sens tout à fait excentrique, j'aurais besoin d'être fortifié de quelques opinions un peu hardies, qui me donnassent courage. Je trouve Kant d'une sublimité qui m'effraie; j'ai peine à le suivre; cependaîht je crois qu'il a pris un mauvais chemin , qu'il y en a un plus simple et plus court. Je ne voudrais point d'un éclectisme qui rassemblait tant bien que mal Kant et ses trois fameux continuateurs, mais je suis persuadé qu'un jour la philosophie, devenue science exacte, prouvera que ces quatre Allemands se sont approchés du vrai système des choses plus qu'on n'a faii. Mais je pense en même temps qu'il ne faut plus commencer la philosophie par de hautes abstractions, qu'il faut au contraire la finir par ces abstractions. Or, c'est à chercher la méthode métaphysique que je suis surtout occupé, sans m'inquiéter, du reste, d'aucune question particulière, certain qu'une fois la méthode trouvée tout s'en suivra aisément. C'est ainsi qu'avec un système de dix chiffres, méthodiquement combinés, on s'est élevé à des calculs qui auparavant épouvantaient l'imagination, et que le plus subtil entendement ne pouvait faire.

J'exclus de la métaphysique la psychologie, la morale, l'esthétique, en un mot toutes les sciences ; selon moi, les matériaux de la métaphysique lui sont dounés par les autres sciences, en sorte que pour être meta-

DE P.-JL PR0DDHO5. 249

physicien, il &ut commexïcer par savoir quelque chose, et que celui qui prétend /aire de la métaphysique en dehors de toute science est un homme, comme dit saint Paul, velut aes smnans aui cf/mbaium tmiens.

Je bannis la logique, telle qu'on renseigne depuis Aristote, de tout enseignement; j'attribuerai volontiers à cette logique tous les n^aux et toutes les erreurs du genre humain. La logique syllogistique est la première forme de raisonnement, que la raison, se débarrassant de sa spontanéité, emploie; Aristote n'a fait que la réduire en art et en préceptes; mais c'est, une source d'erreurs. Or, si cette logique est fausse jusque dans son procédé, ce que je prouverai aisément, par les syllogismes les plus parfaits que les logiciens citent en exemple, une bonne partie de la philosophie de Kant s'évanouit. Pour tout dire enfin, Kant aussi bien que les autres, dans sa logique, dans sa raison pratique et dans sa raison pure, me semble avoir commencé par où j'eusse voulu finir.

Elmerick doit être encore à Strasbourg; il doit 80 francs à Ackermann. Haag de son côté lui en doit au moins autant. Ackermann avait compté quov ces deux messieurs s'acquitteraient envers lui en payant les dettes qu'il a laissées chez son tailleur et son bottier ; ils n'en n'ont rien fait. Deux mémoires de fournitures ont été présentés, je crois, à M. Bourret, qui les a présentés à M. Cuvier, qui me les a renvoyés à Besançon par M. Cucuel. J'ai réprimandé Haag de sa négligence; fais en autant à Elmerick si tu le rencontres.

Je t'embrasse de tout mon cœur, et je te prie d'excuser mes longues causeries. Je me propose de t'écrire encore une fois avant le nouvel an. Ma petite impri-

S5« CÙÊMSSmpAJBKai

merie marehe doucemi^l; si je ne pois la ^onteBÛr, je tomberai plus bas que jen'étais en 1837.

Ton omi.

P.-zS. Je suis rue Jacob, 16. J'ai ëtè obligé de quitter Dessirier parce que j'étais trop éloigné du centre de mes études , et que d'ailleurs la vie commune m'est une cause perpétuelle de dissipation*

DE P.-J. »euraON. SSH

Paris, IS novembre i840.

A M. ACKIiRMANN

Mon cher Ackermann, vos critiques sont judicieuses; tout le monde me les ,a faites, et je ne puis avoir raison contre tout le monde. J'ai d'autant plus tort dans la Ibnne de mon argumentation, que ma dialectique est invincible et que deux éléments omis jusqu'à ce jour par les éoonop[iistes dans leurs spécmlations politiques et industrielles, et rétablis par moi, renversent de fond en comble toute notre jurisprudence et notre poUoe administrative. Je n'ai qu'une excuse : quand un homme, à près de trente-deux ans, est dans un état voisin de l'indigence sans qu'il y ait de sa fautes quand il vient à découvrir tout à coup, par ses méditations, que la cause de tant de crimes et de misères est tout entière dans' une erreur de compte^ dans une mauvaise comptabilité; quand en même temps il croit remarquer iàez les avocats du privilège plus d'impudence et de mauvaise foi que d'incapacité et de bêtise, il est bien difficile que sa bile ne s'allume et que son style ne se ressente des fureurs de son âme. Vous en parlez à votre aise, vous, artiste, pour qui tout ce qui s'écrit nc: semble

être que matière d'exercice et sujet de rhétorique; tandis que je souffre, que je bouillonne, que je tempête, vous mesurez mes phrases, vous passez à Tétamine quelques expressions un peu dures ; vous vous étonnez de me trouver moins poli qu'un Voltaire, un Hamilton, un Suard, etc. Hé 1 laissez un peu vos littérateurs courtisans et millionnaires, et regardez au-dessous de vous; regardez-vous vous-même, et dites-moi si votre propre condition ne m'est pas une suffisante excuse.

Quoi qu'il en soit, je vais changer de batterie; désormais, au lieu de tremper mes flèches dans le vinaigre, je les tremperai dans l'huile; la blessure sera moins cuisante, mais plus sûrement mortelle. Le père, Weiss me disait comme vous : « Mon cher ami, vous faites tort à votre cause par votre manière de la défendre ; avezvous oublié le mot de Henri IV : « On prend plus de mouches avec une cuillerée de miel qu'avec cent tonneaux de vinaigre. » Il ne s'agit pas de prendre des mouches, lui dis-je, il s'agit de les tuer. Cette boutade fit rire notre excellent bibliothécaire, qui vaut à lui seul dix fois son académie. Enfin, ^ela est dit, je vais me réformer.

Je viens, après trois mois, de me relire pour la première fois, et voici ce que j'ai remarqué dans mon ouvrage. Il est beaucoup plus savant que je ne croyais le faire lorsque j'y travaillais; c'est proprement un traité éCalgèhre métaphysique^ comme il n'en a peut-être pas encore paru. Il y a là une si grande masse d'idées faisant corps et si bien enchaînées, qu'il ne faut pas peu d'attention pour en suivre le fil et en saisir l'unité. Par-ci, par-là, des morceaux assez bieu écrits, quelque fois de l'éloquence, en général une grande précision métaphysique et une méthode invulnérable. Je trouve,

DE P.-4. PROtDRON. 253

avec Bergmann, le cinquième chapitre moins travaillé, quoique renfermant plus de faits nouveaux que les autres; enfin, Tauteur me semble assez fort pour pouvoir se passer désormais de l'ironie, du sarcasme, de l'invective, et, en général, de toute la mitraille déclamatoire.

Ma seconde édition n'est pas encore commencée; nous avons un ministère Soult-Guizot qui fait mine de poursuivre les écrivains, et c'est la peur qui arrête mon libraire. En attendant, je travaille au second volume; ayant moins à faire pour la démonstration, je pourrai donner plus de temps à la forme et au style. Je compté le rendre de tout point plus intéressant que le premier/ Il faut absolument culbuter les propriétaires.

J'ai déjà fait de précieuses conquêtes, mais en même temps je me suis attiré beaucoup d'ennemis, dont Icf premier et le plus implacable est M. X***. C'est lui qui m'a dénoncé à l'Académie comme un homme séditieux, ingrat et perfide; c'est lui qui a fait la motion dô m'ôter ma pension, et il n'a pas tenu à lui que cet avis ne prévalût. Je me propose de lui afdresser le deuxième chapitre de mon prochain Mémoire, chapitre qui traitera de l'influence du principe de propriété sur les mœurs. J'y ferai le portrait du littérateur avide, affamé d'argent, souillé des dons secrets de* la corruption ministérielle, et il ne tiendra qu'à mon honoré tuteur de s'y reconnaître. Vous avez sûrement appris que M. X***, lors de la découverte du pot aux roses, s'est trouvé inscrit pour 15,000 francs parmi les gens de lettres que le ministère gratifie de ses secours. Le pauvre homme 1 Croiriez-vous qu'en demandant ma spoliation cette vieille femme feignait de pleurer sur mon égarement ? A l'en croire, il m'avait ménagé une

tià .cûHMweriaiiicft

btUè fiacêl Oikl tartufe^, aenteur, careasse sao& «nlraillosl On .m'A i«ti^orié que, leinqfMMlplewrâriel lannojer, toi^ so4»e ^Aisadéoiitf 9*<éiaâi mise ;à Jemi9«g el plauver aussi; ^ qttamd îlunhrai À AuMmcoa, j» ne savait \û IV» defvaH me rendre oiaa aoljd. Une »myelle préface me vengera!... Mais laissons mespdtMefi aftûMSw

iNiMi&:SQBiii0ft cbfis lia péMn poiitt^iiedomt pnesipie iMKlie aauide s'oSraîe^ ai qu»^ le JVfateiiatf ^cEptoile bmt- TeâkosnacttL Cbrâoa i so» saîiis ei à aes dédamflii0iis, roDB'«|t sénmàojfima'iitmL mois à dMoter la Jfisrattl* Im^' la fyopulaliaa aat-ea défiance, la Qiambre aans YÎ^iNW^ les partîft pofitîques pfa» aveugks ^ plus, égoïstes que jainai&. I<as joiumaux i^ disdatefii plus; ila ar'iDJiHrieni, se ocmvarûiii 4e hdti^, s'arilisseEiii. Du isste, pas plus d'ifiieUi^euee diei eux que, de dignité «t (te Ixmne foî, Il y a un an, Ï4^ pou¥aiA croâreq^e nous oiarchions à une réforme; aujourd'hui nous mardieus à uod véyoMion. La condidite du parti répuMiceiii a é&é, eamme toujouir^Y fibipide dq)uis deux eu trois siois; et si oae réaction feârmùlable ae i^nt à be«A de r^éoraser e^ere uao lois, le salut de la France el de la lifa&rié me semble compromis. Je ne vois pMrioa& que dangers extptenes. Le gouv^memeiU est sans générosîié, aansnûbIfiB aentim^ais, sans la moindre InteUi^eBce; kâ^déoaocrates n'ont pour eux que leurs frénésies dâioa- ^egiquees et leurs grands^ mots, le tout aecompa^^ié de la soif du poufsoiff» de Tor et des jouissaiiees. Jamais nation neûit taiit bavarde et moulonnîàre que là iiéÉre. L'arbitraire seul peut sauver le gDuveraemcmt; mais (fi^ devîendrons^nous s'il triomi^ie par Tarbitraire? D'un autre côté, s'il est vaincu, une dictature peutrètre plus dangencuse encore me semblé toute prâte, et avec

éHo ii^Q gmrrQ eQ^Qpée(Q$e où nous siiecon^mons ififailUU^iBCiliV Assoit k combat, la : Frayée serediit fiémojmUs^^ Lo MaHoml ^.se9 paicetls pouim^at Imi atfoir leur JlEurge pari poiur |iar]£9r ;v tniis; iJftin'miKÎaM* pi9^ ta BaJBW puifisai^ee pour faire crpipei et espérer, m/care uuàDA pour mUier ieft int&Msi. Je irois olaise^eat que laeqs appsoehens d'vme crlsie 9oeî«Jje doKii l'issue sera peur TEurope ua mie«x lanjivfersel; ataiSii^i ne m*e&t p0i^; prouvé que la Finance ;i'y périra ipaa eomipe puis^ stocd de pi^^ed Qixire. Puiii-je ^ ^ i^ 0W[$idérer i^rm; ^ ^ flegiQiS ^lilosof^Mpiie rJafumiUatiCMi de ma patrie? ' . .

Poitii ^ p^îeati<in6 liOéraii^s ; ploa de grandeur ptdJiASpisHticfla' ohea i^o^ éerivc^uç; rim qiçie de petites idéeSr de petites phri^e$, de la .pbaloeopbiQ ^fdature, ua papîih)Uaige contmueL Je Us et jeli^ Bos&ueth Mtoiesquieu, el^. Je n'en . «apporte paa d'auitreaL Lameiuiai^ ¥a faire paraiiïe une griKode Plûleeophîe en troîa volumeâ^ mr^%% acte Me yaudra pas mieux que VEé^pfU ëBilvéiimj ou le Sy^tpma d£ U nakire de HoJ^oh ; maisi il £aut<au parti un plaioBopbe tel quel eit voue pouvez croire que les abstaractioiie Tobespierristes de Lamennais seront prOnéea. j

Tiois ou ^atpe bommes scmt à mes yeu:!; les fléaux delaFrance; et je souscrirais volontieerapour une eou^ ronfle aiyique à c^ui qui par le iEer, le feu ou le poison, nous en délivrerail ; ce sont Lamennais^ CûTt ix^ii et A. Martâst. Ce dernier est rantré au iVii/jaaâ/, et ce jcmsaàl, mnâ aâ diraetioa, n*a pas tardé à nous ramener Vdsxckmxe Tribune* Je me console en pensant qu'U y a une provi&nice pour les ambitieux, les charlatans et les soto.

J'ai fait epnnaiieaaace arec M. Tissot, qui, a revaporié

356 GORRESPÔIldi^iQÉ

deux prix cette année, un à Besançon, Tautre à ChâtîUon-sur-Mamé. M. Tissot court les prix aciadémiqties, c'est puéril; M. Tiâsot publie beaucoup délivres, c'est pauvreté d'idées ; M. Tissot affiche un méprfe peu philosophique pour \é mérite littéraire, c'éfet faiblesse inteDectuelle ; M. Tissot a abjuré son moi^^oMr se faire l'évangéliste de Kattt; c'est monottiaïiie. C'est un digne homme, un noble cœur, une âme pure que M. Tissot, riéil ne manque à son éloge; mais il était dans sa destinée d'être toujours -le fanatique de quelqu'un ou de quelque chose. Je lui ai envoyé leé thèses de Bergmann, ce qui a dû lui faire un vif plaisir. '

Je suis maintenant presque satas société, n'allant plus chez M. Droz; craignant d'aller chez M. Cuvier, dé peur d'y rencontrer des habitués de mon ex- tuteur académique; à cent lieues de Bergmann, à quatre cents de vous, veuf de Fallot, dont le souvenir ne me fut Jamais plus cuisant; je tombe par moment dans un délaissement inexprimable. Mon imprimerie me reste toujours sur les btas, et je Tie puis ni en vivre, ni m'en débarrasser» Plus dénué que jatnais, je n'ai d'espoir qu'en l'extrèttie nécessité où doit nie Jeter la cessation prochaine de ma pension. '

Mauvais^ mon prédécesseur, est «lié* dire quelque part, àpîfopois de mon livre : «r// a faU trop de bien pour en dire du mal ; il a fait trop de mal pour en dire du bien. » Et l'on s'est moqué de lui.

Reclam est un bon et honnête Allemand; il loge maintenant rue La Harpe, hôtel du Luxembourg.

Maguet a payé pour vous i 5 ou 30 francs (je ne sais plus lequel) à Votre bottier ; Emile Haag et Elmerick ne se sont pas remués le moins du monde ; quand vous serez de retour, vous retrouverez vos créances et vos dettes

DE P.-J. PRÔCDHON. Vf!

dans le même état où yqus les ayez laissées. J'ai blâmé Haag, et j*ai chargéBergmann de réprimander Elmerick, s'il le voyait. Je n'ai pas encore revu Torzuelo.Bessirier vous fait ses amitiés bien sincères.

Mon cher Ackermann, vous allez publier un volume de vers ; c'est fort bien et je vous félicite d'avoir conservé assez de liberté d'esprit pour vous occuper d'hémistiches et de césure; mais j'aurais appris avec plus de plaisir que vous eussiez fait paraître quelque petite traduction, allemande ou fra^çaise, quelque étude linguistique ou pyschologique, ou tout autre ouvrage plus digne de vous et du temps où nous vivons. Je pense que le nombre de tous vers qui peuvent être faits dans chaque langue est en général assez l^orné; et, pour la langue française, en particulier, je crois que ce nombre de vers était atteint dès avant Voltaire. C'est une opinion que vous trouverez peut-être singulière; elle vous le paraîtra moins si vous y réfléchissez. De cette masse de mots que renferment nos énormes vocabulaires, il n'y a guère que les termes usuels, les mots classiques qui soient poétiques ; or, pensez-vous que le nombre des combinaisons qui peuvent amener de beaux vers, sur trois ou quatre mille mots, soît fort g»and? H y a là, selon moi, une cause matérielle de décadence pour toute poésie, cause dont nos rimeurs ne s'aperçoivent pas et contre laquelle ils se raidissent d'une manière risible. Non, je n'ai jamais cru qu'une nation ne pouvait produire qu'un Corneille, un Racine, un Molière; mais ce qui fait un Molière et un Corneille ne peut pas servir pour deux. Souvenez-vous que les derniers poètes de la Grèce et de Rome, avec autant de science et de génie peut-être qu'Homère et Virgile, n'étaient plus que des collecteurs de contons;

COSRESP. I. 17

ISj^ GORBESPONDÀNGE

et pourquoi? parce que, encore une fois, tout était à peu près fait quand ils parurent.

Un beau vers à placer ne mérite pas deux cents vers médiocres d'encadrement. Soignez plutôt votre santé, devenez riche d'allemand, travaillez la grammaire, faites de la psycholo^e comparée, et retvenez nous voir au plus t6t. Je compte que vous me pardonnerez mes remontrances; je reçois vos critiques, je vous dis ce que je pense, mais oiibliez-le si je me trompe.

Votre ami fidèle,

P.-J. Proudhon, rue Jacob, 16.

P. S. Il y a eu cette année un congrès scientifique à Besançon. M. Pérennès a lu en séance solennelle un rapport sur l'état de la littérature et des sciences en Franche-Comté, dans lequel vous avez été mentionné honorablement à côté de Fallot, Dartois et, devinez qui ? Francis Wey. L'Académie s'est mise à faire un journal qui la couvre de ridicule; on y fait mousser les jeunes gens qui sont sages. On a proposé au concours l'éloge de Suard. J'ai annoncé que je m'en occupais; mais, après quinze jours de recherches et de lecture, je m'en suis dégoûté. J'aurais dos choses intéressantes à dire, mais je n'aurais pas le talent de les rendre agréables. Que n'ôtes-vous ici ! je vous communiquerais mes idées, et je ctois que vous feriez xme bonne composition.

Pauihier ne veut plus être que Chinois; son esprit se promène entre quelques idées tellement exclusives, intolérantes et intéressées^ que je ne le comprends plus.

L'Académie de Besançon et celle des sciences morales

DE P.-i. PBOWBON.

et politiques de Paris ont repoussé l'hommage de mon livre. Toutefois, le rapport très-long qui a été fait par M. Blanqui, et que le Moniteur du 7 septembre a reproduit en partie, m'est tout à fait honorable. On ne peut repousser un ouvrage avec plus d'égards et même d'éloges pour l'auteur. C'est ime leçon ^pour moi. Il a été question dans le conseil des ministres de me saisir; cependant on n'en a rien fait, grâce probablement à la couleur toute scientifique de mon travail. La Revue du progrès m'a loué ; du reste, il n'y a encore eu ni annonce, ni véritable publicité. Comme tant d'autres, j'ai des enthousiastes, et de mortels ennemis, même des jaloux. Les uns me nomment sauveur; les autres ventent qu'on me pende, probablement pour eocAiniier la métaphore.

W COARBSPOMBANGB

Paris, iwjanTîer 1841.

A M, BERGMANN

Mon cher Bergmanu, je regrette que tes amours n'aient pas été suivies d'un plus heureux succès, d'abord parce que je voudrais te savoir heureux et content, et qu'une femme sied mieux à xm savant qu'à un bourgeois épais d'intelligence, grossier par le cœur, et dissipé. Toutefois, je m'en console par xme réflexion que, sans doute, tu n'aurais pas faite : c'est que les premières amours, qui dans les âmes chastes laissent des traces si profondes, ont souvent le mérite de préparer un bonheur plus solide pour im second attachement. En général, mon cher ami, les jeunes amants ne savent pas être heureux de leur amour et jouir convenablement d'euxmêmes ; ils s'adorent assez niaisement ; mais leur âme a plus de vivacité et de flamme que de vraie chaleur ; souvent ils s'ignorent et ne savent pas tout ce qu'ils valent réciproquement; en xm mot, l'art, le savoir, manquent à leur passion. Ce n'est point le rafûnement de la volupté que j'entends te prêcher ici, c'est tout simplemait la science d'aimer et d'être aimé. Ce que tu me dis de la jeune personne me prouve qu'elle devait

être bien novice, et eeque je sais de toi me fait croire qu'elle n*aurait pas trouvé un instituteur fort habile. Allons, mon ami I courage : rien n'est plus doux et plus beau. que les prémices d'une vierge; mais cela peut se concilier avec la raison et Tintelligence. Tu auras mieux que ce qui t'échappe, si tu ne renonces pas sottement à ce qui t'est dû. — D'où suis-je si savant, demanderastu, moi qui n'ai point de femme ? C'est d'avoir eu très** jeune un amour honnête, et d'avoir vieilli par-dessus. Dans quelque temps tu en sauras autant que moi.

Je te remercie de ISntérét que tu pr^ads toujours à moi, et je vais, pour te satisfaire, te dire en peu de mots ce qui me regarde. Mon libraire a voulu réimprimer mon Discourt sw le Dimanche f que j*ai revu, corrigé, et diminué de la longue et fade histoire qui est au comr mencement de la préface, et de la note sur la rdiigion qui est à la fin. Je n'ai pas encore vu d'épreurves, mais on m'assure que tout est composé. On promet de faire suivre la réimpression de la Propriété, dont j'attends 4 ou 500 francs. J'y joindrai quelques notes ei un examen critique des doctrines qui ont paru depuis six mois sur la Propriété, et que j'adresserai à Blanqui. Cet examen est destiné à marquer définitivement mu position de savant, non de démagogue. J'attends le meilleur effet des exjdications que je donnerai sur mes intentions pacifiques, et la ligne que je veux suivra. Au reste, tu en jugeras.

Mes amis, qui connaissent le délabrement de mes affaires et IHirgence de mes besoins, voudraient me voir posté quelque part, dût la publication de mon second Mémoire en être retardée. J'ai d'abord partagé leur avis. Un libraire m'a offert 2,000 frsoics pour travailler à une Encyclopédie cc^holifuCi Mais il ttemandait

hmt féttilles fii-4« à denx coio&MB p«r mds, phis k révision de tous les^ mairaserils «t la Jeeture des épretitdB, eequistipposaittûie sesencetiflrfearaeUeloale ac(j[uise, et quin^ heures de traraôl par jour. J*ai refoaé. D*ailletir», rkonmie m'a déjà troâqséime fais, et se m'inspire aneone eonftanee.

Récemment, on m*a proposé d'entrer ches on jv^ mUkxr ea qualité de secrétaire : 1 ,800 à ^,000 francs, six hevnres de travail par jour. J*aid*aboid accepté; puis, considérant qui! neme reste réeUement pkis fue six mois de disponibles, sentant l'avantage d'en pn^ter sur-le-champ pcfur Tachèvèmeiït de mon édtKation philosophique, ajrant d'ailleurs conçu quelqees smxp^ çons fâcheux sur Thomme en question^ î*ai remercié. Six mdis'de lecture et de méditation, mon ami l quand puis-je espérer de les retrouver ?

Je vteaius de feire cet héroïque sacriEce à la deknce, quand je reçus une lettre du secrétaire de TAcadémie de Besançcm, qui me prévient en substance que je sois attendu le 15 janvier prochain poiUT répondre aux questions qui me seront adressées sur mon Uvre, et; m je ne puis comparaître en personne, que j'aie à faire connaître au plus t6t mes moyens de défense. Le secrétaire ajoute que Tindignation est au comble, que mes amlsr n'osent plus me défendre de peur de tomber en suspâdon, que tout le monde est, du plein d'horreur^ ou consterné de ma détestable brochmre^ de mes êMûmfStiÊHs miifkigieê^ etc., etc. La letti^est ol^ïielle et eoofidenlielle tout à la fbis. On m'exhorte è me rétracter, seul parti raisonnable et digne ; oh m'avertit qu'il n'y a qu^une espérance de salut pour moi, c'est qu'il faut les di«ix tiers des voix pour m^ condamnetôon ; ehfi&iles ii^uras, les menaces, les âatteries, les cofifjtnnado&s, riest n'«st

DE Pj^h fMin»N.

oublié pour me f ^tâéUre dans le kon chemin et xÉe rappeler à k raison.

Juge si ma surprise a été grande en Usapt ceUe nussire académique^ moi qui croyais eetite aifiaîrè termaiée. — Je vais répondre à rAcadésiie ; mab qumqée je ne sols pas ^ le moins du monde ému, Je n'attaids: anccm succès de ma iellre. Je ne pins ni m'eaLcusor ni^demander grâce ; protester de la droHure dé mes îirteDtioiis ne peut smlfire à des hommes qui me lisait sans m'ent^ndre, ^ qui trouveront toujours des armesrcin^e moi dans la franchise de mes explicstions. Que feôfe? J'écris pour l'acquit de jna conscience, pdurx)Uir au déinr de TAcadémie; mais j*écris %le m»môre aussi à pouvoir rendre ma lettre publique : car je ne Éaàs pas d'humeur à me laisser déshonorer sans rien dire. Or, si je publiais un ftictum apiès cônpf ce serait un libelle qui manquerait son effet; tandis que, en pubtiant textuellem^it une défùise desÉtnée d?abord à testet secrète , ^le sera d'Une immeneo' autorité aux yeux du pubUc. Dans trois semaines, je conû£dtrai tout le mystère et le dénouement de cette intrigue, et je foi avertirai. 1 .

J'ai reçu des nouvelles satis&isantes de mosa ilâlfirimerie; mais on n'y gagné encore rien pour mûs.

J'id saisi parfaitement tes idées sur la logique^; sous im lan^ge et unemani^deooneévo^ très-àifférents, le^système que ta suis est le mien ;> seulement le pcânt de^épart pourrait être opposé, ce qui, en dernière analyse, ne fait rien à l'afiaire , les mêmes inreuvos, les mêmes raisonnem^ats amenant toujours la même éohdusion. Tu mets en déduction ce que j'arrangemoi, sous maeiormeindœtive qui m'est particulière. Je reconnais smee$meme$U, puisqu'autrement faire ne se peut, tous

ksflénieiits d^uaé idée, d*un piincipe, d*une loi; je les analyse, je les compare; à fur et mesure que je les ~elts(îe, je pose des géaéFaiiiés sur lesquelles j'opère .ensuite de la Biètoe manière, et j'anÎTe, d'échelon en édielon, à rexprtsskm la plus géBériquey la plus eompnâhMBLsive, qui est eeUe par ott tu commences ta revue nUmtiUi maisj eu égard auxoéc^mtés de Texpo^feition, également êucoeaive^ Ta marche est «oseignante, la mienne est d'un éclaireur et d'un ayeiH tmâer. On a beaucoup diq^uté dur l'excellence de chaeime de ces méthodes : e'eet une de c^ inutilités sooiastiques sur lesquelles un esprit bien fait ne pr^id pas même de parti. : Trahit sua quemque volmpêài.

Mais, tandis que Tinduttîon ordinaire conclut toujours au delà des faits qu'elle ; a veoonnus, de même que le syllogisme part de généralités h^i^othétiques ou mal définies, je ne donne jamflôs à mes conclurions rien de plus que ce que robsènration me fournit. Par exemple, on disait : Il est juste que celui qui travaille jouisse du produit de . ce • travail ; il est juste que le marchand soit payé de ses peines ; il est juste que le meilleur produit reçoive la moUeure récompense; tout cela était vrai. Mais, au lieu de discuter minutieusement tous les cas analogues jusqu'à ce qu'ils fussent tous épuisés, on fisâsait sauter Tinduetion et l'on concluait : donc œlni qui fait b&tir ■. une maison, a^Hrès avoir payé les ouvriers, est propriétaire légitime ; donc lé bénéfice du marchand est honnête; donc le gâaéral doit être plus grassement payé que le soldat, etc. Dans le premier cas,, on ne tenait pas compte d'un nouvel élément, la force collective ; dans le second, on violait le piixicipe da Féchange; dans le troôsième on outra-

0E P.-J* PBOIUDHON. 985

ge«it la lii>eriâ, eu niant réquival^ce des 3>ersoxmeB et des fonctions.

Tu sens aussi bien que i^oi cominent tout cela pourrait être soumis à un autre arrangement : cela dépend du tour d'esprit propre à chacun de nous. L'essentiel est, quand on part de Tidée-mère» de la loi absolue, de voir bien tous les faits de détail, «t, quand on raisonne sur des exemples, de ne jamais conclure à'wx ordre àfd faits à un autre ordre.

Or, appliquant en grand sur la philosophie, la morrale, la théodicée, ces principes, dont je crois avoir établi la communauté entre nous, cm reconnaît bientôt le Tice radical d'xme foule de .théories et de systèmes, dont quelques-uns sont encore en vogue, sans que personne paraisse en soupçoimer la vanité. J'ai lu depuis un mois Lamennais , P. Leroux et Bûchez, et je ne te saurais dire combien ces hommes, avec des talents réels et des connaissances, sont médiocres de métaphysique. J'ai à ce sujet le projet de rendre mes essais de mitofhysique critiques, et de faire une revue de toutes les célébrités françaises depuis Descartes jusqu'à Georges Sand. Ce serait un livre extrêmement curieux. On juge d'emblée, aujourd'hui, mais sans démonstration. Descartes est tout aussi peu ébranlé par les critiques modernes que Platon ou Eant, qu'on a pris pour patron. Il serait bon de montrer en quoi, comment et pourquoi tel ou tel philosophe se trompe. Je suis déjà à même de fournir une partie de cette tâche, mais ce qui me reste à faire est effrayant.

Nous pousserons plus loin, une autre fois, sur cet article, si tu veux.

•Âckermann m'a écrit; il imprime un volume de

poésîM. Je lui avais exprimé en quelques figues mes inquiétudes sur les vers et mon peu de fol sur b poésie françttse à eompter d*à présent. H m*a répondu par quatre pages pour me conyaincre de Vûtilité de ses vers. Il renonce aujourd'hui à la philosophie, à la philologie ; il n'a pés, dit-il, la pensée assez vigoureuse pour la première, et la mémoire assez vaste pour l'autre. Il se contente d'être littérateur et mMriden, Si je le tenais ici, je ne serais pas aussi lâche avec lui qu'il y a deux ans, et j'oâeraîs M dire que, s'il ne se fait professeur de cinquième, quatrième ou nMmporte quoi dans un collège, il est un sot.

J*ai quitté Dessîrier pour deux raisons : parce que je travaillais mal et avec gône, et parce que je dépensais 20 francs de plus par mois que je n'ai besoin.

Mes affaires paraissant se gâter a^^ec l'Académie ; il est à croire que je serai de retour à Besançon au commencement du printemps. Dans ce cas , je passerai l'hiver à lire et compiler, compiler, compiler.

J'*ai cru un moment, sur les flatteuses espérances de m'es amis, que j'allais gagner de For comme un Crésus; je songeais tléjà à te rembourser, car le rembourse^ ment d'im prêteur ^i sait sî bien obliger est pour moi chose sacrée. Je me fais force de garder ton arçent.

Je t'embrasse de tout mon codur.

' P.-J. Proudhon,

DR P^< raeUM(»H. 987

Pt^rki, 4JaM694aili

A M. LE SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE L^ACADÉMiE DE BESANÇON

Monsieiir le secrétaire perpétoel, votre oommunioa* iioB du 27 décembre m'a tout à fait surpris et peiné, et je TOUS confesse que j'ai quel€[ue l^mps délibéré en moi-même SI j*y répondrais. Ge ne sont plus, en effet, des opinions que Ton me reproche, c'est presque un crime de haute trahison. Weàs considérant que votre Aeadémie renfenxie en son sein des hommes dont Tamitîé pour moi, j'en ai la très-grande confiance, ne mouirru pas ; que, de plus^ cette même Académie a ton-jours été à mes yeux la tète d'un pays qui m'est plus chaque la ^ne, j'ai peu k peu "surmcmté mon chs^rin et banni de mon esprit toute pensée de vindication. Je connais le précepte : SPurpiMimem paàns tfd et nkitrk tumwm re^elàbis. Je ne l'oublierai qu'à mon homieur défendant.

Je serais fâehé que qui que ce fi!^ tombAt à cause de moi en suspicion ; si donc parmi vos confrères il s*en rencontre qu'un vole selon leur cœur puisse compromeUre, dHes-leur que je ne veux point de sacrifices, et que je les prie de voler selon leurintérèt.

368 CORaBSPOIVDANGE

Je concevais pour Taveidr le sérieux projet d'associer rAcadémie à toutes les publications que je prépare, et dont Tâge et Texpérience amélioreront l'exécution ; je ne désespérais pas nième de voir un jour à ce corps savant les yeux dessillés sur ma Propriété, Aujourd'hui, je reconnais qu'après m'avoir abandonné l'on se prépare à me flétrir, et comme si l'on se souciait réellement de m'amener à un changement d'idées, on me fait passer des ordres et des menaces. A une résolution prise d'avance, je réponds par une inébranlable résolution; je désobéis aux ordres et je brave les menaces.

Pour vous, Monsieur le secrétaire perpétuel, j'ai toujours cru à votre amitié; j'y crois bien fermement aujourd'hui, je vou3 le jure, quand je songe que vos étranges idées sur une matière qui n'est point de votre ressort n'ont pas altéré vos sentiments pour moi, et que ce que vous appelez ma faute ne vous arrache que des plaintes et pas uu reproche. Vous me rappelez un propos que j'aurais tenu, et vous gémissez que je l'aie sitôt oublié. Il faut méditer, disais-je, dix ans avant d'écrire. Je médite, Monsieur, depuis mon année de troisième en 1825, et j'ai commencé d'écrire en 1840. J'ai triplé les épreuves d'un pythagoricien. .

Mais que pourrais-je vous dire qui ne vous parût point dicté par im orgueil obstiné, par la folle gloire de me créer des embarras ? J'allais gager que la moitié du siècle ne serait pas écoulée que quelqu'un réclamerait pour la Franche-Comté la priorité de la théorie du droit de possession. C'est un sujet sur lequel nous ne pouvons plus nous entendre.

. Vous verrez par la lettre ci-jointe comment je sais distinguer d'une société les hommes qui la composent ; je crois devoir ici votis rappeler que je ne sais pas

moins bien distinguer entre les hommes eux-mêmes. Cet avertissement, Monsieur le secrétaire' perpétuel, vous assure à jamais mon affection.

Je suis votre dévoué et fidèle

P.-J. Proudhon.

970 (XmUSPONBANGE

Paris» 6 janvier IMi.

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