‹ Correspondance de P.-J. Proudhon (volume 3)Chapitre 18 sur 24 · A M. GUILLEMIN · texte numérisé non relu

A M. GUILLEMIN

Monsiear Guillemin, depuis ma lettre à Miçaud, lettre par laquelle je le priais de me faire cette petite aTauce, j'ai reçu de singulières nouyelles de TÂcadémie. On s*est enflammé de nouveau d*un beau zèle contre moi, et ce que Ton me fait craindre est tout justement ce qui m'a empêché, mon cher monsieur Guillemin, de vous assigner un jour fixe de remboursement. Je ne mourrai pas de cette vilenie académique ; mais j'en éprouverai xm peu d'embarras. Comptant sur mon dernier semestre comme sur les précédents, je m'étais arrangé en consé^ quence pour travailler encore six mois au moins à mes uniques/ affaires de philosophie et de Droit; j'avais même refusé la proposition qui m'avait été £aite d'un travail littéraire pour le com;^ d'un homme qui veut devenir auteur, et qui n'en a pas le temps; mais la lettre de M. Pérennès et ses sinistres révélations m'ont fait changer d'avis. J'ai diné hier et avant-hier avec uq juge du tribunal de la Seine, qui a besoin d'une espèce de collaborateur pour un ouvrage sur la prison prépenrim^ et il ^t à pçtL près convenu que j'irai demeura

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chez lui, que je mangerai avec lui le plus souvent* et qu*il me donnera 150 francs par mois pour mes compilations et mes recherches. C'est im homme d'esprit, mais point du tout raisonneur ni métaphysicien ; il destine son livre surtout au grand monde; mais, conune il y voudrait, avec les grâces légères, une teinte de philosophie et de profondeur, il lui faut un philosophe qui pense pour lui. Il a connaissance de mes idées d'égalité; mais, bien qu'il m'ait déclaré qu'il était opposé à toute idée d'égaUté et qu'il se tuerait si l'égalité devait être établie, il ne s'effraie pas de mes principes et conçoit parfaitement qu'im honnête homme puisse soutenir ma thèse. Du reste, c'est un esprit indépendant, libéral et probe. La conduite de l'Académie envers moi l'a révolté, et il m'a exprimé tout le mépris qu'elle lui inspirait. Il || croit que je n'ai rien à espérer.

J'ai répondu à l'Académie, comme je suppose qu'elle le désire, j'entends pour la forme seulement; car je suis sûr qu'on ne se soucie pas plus de me voir changer d'idées que de savoir que je persiste. Ce qu'on veut, c'est \me spoliation brutale et une flétrissure. L'exemple des tribunaux de la Seine a donné du courage à nos quarante ; ils ont senti combien il serait honteux pour eux de rester en arrière en présence de si beaux exemples. J'ai quelque lieu de soupçonner que M. Tourangin, qui, au mois d'août dernier, m'était favorable, aura changé d'opinion. Nous avions alors pour ministre M. Thiers, et nous avons aujourd'hui Guizot : cela fait une différence. Puis, la cabale est excitée par les partisans dé mon concurrent de 1838, par un abbé Péhernot, etc. Je sais que ce jeune honmie, actuellement à Paris, compte sur la pension, non pour le mois d'août, mais pour le mois de mars prochain. Quoi qu'il arrive,

DE l».-J. PBeUDHON. W^

je suis en mesure, et rAcadémîe ne me prendra pas au dépourvu. Tout en me tenant dans les termes les plu» respectueux, j*ai fait ma défense de mairfàre à pouvoir rimprimer et à la soumettre au jugement du public ; c'est im pamphlet plutôt qu'une lettre de confidences. J*y joindrai deux auti^es pièces pour édifier les^ curieux. Vous sentez que, si j'eusse après condamnation écrit tm factum plein de fiel et de colère,, cela n*eût rien valu du tout, tandis que ma défense, textuellement publiée, est ime pièce irréprochable. Nous verrons donc qui sortira d'ici le plus maltraité, de rAcadénue ou de moi. C'est le 15 du courant que l's^aire doit être vidée ; je vous serais donc obligé de dire à Micaud de me prévenir dès le jour même par im billet qu'il remettrait à Huguenot, à l'imprimerie, celui-ci ayant à m'écrire en même temps. J'enverrai aussitôt la copie de mes lettres, et on les im* primei:ait sur-^le-rchamp, pour les répandre gratis. Je ne suis pas d'humeur à me laisser dé^onprer saas rien dire.

Au milieu de tout cela, je me vo|s forcé de différer la réimpression de mon livre que tout le monde. semble avoir désigné à l'animadversion du parquet. Il n'y a pas jusqu'à ce cagot repenti de Lamennais qui, pourse défendre, ne m'ait diénoncé d'une manière indirecte. Je me propose de lui en >témoignerj incessamment ma reconnaissance d'une façon qui fera baissi^r un peu. sa gloire.

Pour préparer les vases k une seconde édiiion,* je vais commencer par publier ime letk*è critique. sûr les. théa-* riea ntouvdlea de la Propriété, lettre ispù dèvaii^-abMrd entrer danaioTolume,. mais qui paraîtra à |»ft,>pou/r a^rivoiser le parquet. Mon juge m'a déclaré qu'aujourd'hui, le jury étant en train de sévir^ je serais sûr

GOIRESP. I. 19

eoÊKmBmàjKMi

d'alkr 6n pnsQD «î je r^mprii^ais rnoPi gaviage. !îfous aUtes dottc pscndije uabiais^ et; puisqm nous ne pou* TOUS passée pif la porta, noust tâcherons d'escalader la feaftlra*

Je TOUS demande pâidon de loos padcr si longteiiq)s à» mes fldbireB; mats, depuis que tous âbes pour la seconde fins mou crésnder, ailes voos touchent néœsflsiiemeni, et j*ai tout le mÉnde éontremoL Ma JPngiriâé ft feit ici du tacarme; il pleut des BéCenses du droit de propriété qui sont à mourir de rire^ je vous en donne» rai k.divertisseEkent danâ ma pr^ehaiiie brochure, que ja compte tous euToyer d'ici à un mois. Il faut frapper ferme, mais en riant; c^esi leseul moyen de ne rien craindre» Je vais donc faire un peu la eomédie.

Vous saves^ que le pourvoi de M"^^ Lafarge a été rejeté. Son défenseur RaBpail, Tadversaire d'Orfiia, est aujour^ <f hui un keinme coulé dans Topiniôn puUique; Orfilf f « conaaîaovv dans tin Mémoire (|ue j 'ai lu, plus dé quar rante ou cinquante fois de mensonges , item de caloiMniei, item AHj^Mranœi des fitUs dupraàéSj item d'i^orance en dttittie. Le bnisl court ici, et une persoline de Limoges qui ae: {)réiend bien inIcMrmée Ta aiSrmé à quelqu'un demacmmaissanee, que la Lafarge était g(t$68ê- G'e^l •eomilie la duebèsse de Betti. Nedifiespâstïda àMicawL <Ib qui est' sùr^ et tout le monde kf sait à Parts,^ c'esd cpi?étant jeune fiJle elle; ayaèt dès rendes^vous galants. Fiez-vous aux têtes romantiques.

Je na sàfe pas si Ton eioit à Besançon à la guerre, à fai rtf^littiim, etc. Ici Toà ne croit plus à riea, et Ton agîllaiidiMUié^ueHce. Oii dimse, on joiiit^on fait Tamauz. J^> eijH^ainiér à) Micfiué dan8> damL: lettres^ qae je ne ^rnKJntÎB'piàs à la proxindté d'ttn changement dans dea choses; j'ai bien pâor qu'il n'ait pria cela

IMC P.-J. PROUDHOK. 391

pour une approbation du système actuel et pour une espèce de rétractation de mes pensées. Juger le présent et l'avenir est très-différent d'approuver ou de blâmer. Je pense donc, en somme, que la France est déchue, qu'elle glisse doucement sur la pente de sa déchéance, que personne n'a la volonté de remédier au mal, et que les moyens de salut du National^ la dictature, la violence, la guerre, sont faiits pour nous achever. Placés entre (les Marrast cit des Girardiu, divisés en un^ classe bourgeoise supérieure, corroiapi:^ et épicurienne, et des masses quasi-lettrées, tout est danger, tout est germe de mort pour nous. Si une guerre avec l'Europe éclatait, nul doute que l'issue n'en fût la ruine et le démembrement de la France. L'Alsace rentrerait dans la Confédération germanique; les Pays-Bas retourneraient à la Hollande ou à la Belgique ; la Franche-Cou^ for.» merait un canton suisse, et nous lais^rions faire, moa ch^ monsieur Guillemin. Quand les opinions sotnt divi* sées et que les intérêts en dépendent, il doit arrÎTer que les uns ne veulent point pâtir des conseils de$ autres, et c'est ce qui déterminerait promptement la résignation d'une partie du peuple.

Appréciant les choses de ce point de vue, que pui&-^ ospérer, direx-vous, de ma philosophie? Je tâche d'abord de dire vrai ; peut-être en restéra-t-il quelque chose.

Bonjour, monsieur Guillemin.

P.-J. Proc^bhok. '

992 CORRESPOI<n)ANCe

Paris, iSJanYier 1841,

A M. LE SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE L'ACADÉMIE DE BESANÇON

Mousieur le Secrétaire perpétuel, je me hâte de répondre à votre lettre du 16 courant et de vous remerjcier de votre empressement à me tirer de peine. Je vous supplie de présenter à l'Académie mes humbles remerclments. J'étais comme un lion furieux il y a trois jours, je suis aujourd'hui plus docile qu'un agneau. Il n'est rien que je ne fasse pour plaire à des hommes intelligents, bienveillants, sachant sacrifier leur conviction à une œuvre de tolérance et de charité.

Trois semaines de douleur et d'une inexprimable angoisse m'ont abattu; j'avais beau prêcher ma raison, exalter mon courage, la réprobation de l'Académie était pour moi comme la malédiction de mon père. La vivacité dû ma douleur doit vous prouver combien intimem^i^t je tiens à l'Académie, à mon pays, à l'opinion de ines concitoyens; les succès, la fortune, la gloire sans leur amour ne me tentent pas. Je ne fais pas un projet dans lequel mon imagination ne vous mêle et ne vous embrasse. Jamais incapacité d'arriver à la fortune

DE P.-J. PBOrDfiON. 293

n'égala la mieuue ; je puis dire que la cause en est tout entière à cette habitude de ne voir eu mes effoils d'autre fin que le bonheur de plaire aux Francs- Comtois, comme les ascètes ne faisaient rien qu'en vue de Dieu. De là ma confiance qu'il me suffit de bien faire, et que l'Académie s'occupera de mes intérêts; de là cet esprit d'imprudence et d'inhabileté que vous avez relevé dans ma défense, et que vous eûtes autrefois tant de peine à faire disparaître de mon Mémoire de candidature. En tout cela, Monsieur le Secrétaire perpétuel, je vous dois plus qu'à personne, et je ne puis plus vous remercier, car vos bontés dépassent toute reconnaissance.

Il est vrai que l'appréhension de me voir retirer la pension et la bienveillance de l'Académie m'ont fait renouer une négociation entamée précédemment avec moi de la part d'un magistrat de la Seine, et que j'avais d'abord écartée, préférant six mois de travail libre à six mois, de profit; d'économiste que j'étais, je suis devenu criminaliste. M. X***, gendre de M. le pair de France S*^*, m'a fait des propositions honorables. Le sujet de l'ouvrage qu'il médite m'ayant agréé et rentrant dans mes études, je les ai acceptées. M. X*** connaît mes opinions , ne les partage pas, mais ne s'en effraie pas; il ne voit en moi que l'honnête homme, l'homme de travail et de méditations. Je compte remplir ses vues au delà de son espérance ; mais cependant. Monsieur le Secrétaire perpétuel, ce n'est pas pour moi que je travaille, puisque ce n'est que pour mon intérêt, et c'est l'Académie qui en est cause. Tout cela me contrarie, m'exténue, me ferait mourir, si une pareille tourmente se prolongeait. Il ne sera question de réimprimer mon livre qu'après que j'aurai présenté

191 GOMESPONDANGE

au public une explication, devenue nécessaire, et à laquelle je travaille. Puisque je me suis engagé à ne rien publier que du consentement de rAcadémie, je vous serai obligé de.m*envoyer au plus tôt son adhésioû. Il ne s'agit point d'unMémoire nouveau ni d'ime défense, mais d*une explication qui détruise le mauvais effet produit par la forme de mon livre, sans me présenter comme un étourdi; qui m'honore sans que je me rétracte; qui (et je n'en doute pas) me concilie jusqu'au pouvoir, sans aucun sacrifice de principes ; qui , enfin, offre des moyens d'ordre et de pacification, tout en réservant ce que je regarde comme les droits inaliénables du peuple. L'Académie est intéressée à cette démarche qui me fera honneur, j'ose vous le promettre, et qui la satisfera pleinement. Les plus honnêtes gens que je vois ici, mes meilleurs amis, Mauvais, entre autres, et Pauthier, approuvant ce projet, m'y engagent et souhaitent ardemment de me voir séparé des factieux et de la mauvaise presse. Mes idées, disent-ils, peuvent produire du bien; mais il faut que je me dessine pour ce que je suis. Je crois donc, Monsieur le Secrétaire perpétuel, que rAcàdémie se ferait un très-grand tort et nuirait essentiellemeiit à la vérité et à la justice, si elle me défendait d'entrer en compte avec le public qui m'a lu et qui est trèsnombreux à Paris. Je le répète donc, je ne fais ici ni polémique nouvelle, ni dogmatisme ; je m'explique, je méjuge moi-môme; je me blûrae dans tout ce que mes formes ont de blâmable; et enfin, dans des considérations philosophiques très-élevées, jo m'efforce d'apprécier ce qu'il est aujourd'hui possible de réaliser des espérances et des prétentions populaires, sans blesser les intérêts acquis.

Je serais désespéré que TAcaJérnie m'ètôt un moyen

ÉiEf 1^.4. PHOUIfffdN.

de succès, de faveur gouvernementale, non moins quepopulaire, et qui est d'accord avec mes convictions, ave.Qle^jCiçtQviç|liqii9 contraires aux miennes et avec la justice. Je ne veux flatter personne, mais je veux être aimé et estimé de tout le monde.

Mes amitiés bien sincères, s'il vous plaît, à MM. Weis». et Viancin. Je vous sàppKe aussf âe'me permettre d'offrir mes hommages respectueux et mes complimentsde bonne année à M™® Pérennès, et de l'assurer que son digne époux n'eut jamais de disciple plus dévoué et

ipltts fîdôlè. - - : r ^ ^

- Pardon, Mofîsïetir le SècrétàiTe perpél^l,^Éfe totts les maux que je vous c^use; je vôias aurai iprôuvé, •laiéias! combien ir est pénible 'dl'cîlîiger et diy fatre du

Votre pensionnaire, '

P.-J*. pROUDHOiî»

396 GORBESPOra)AN€»

Paris, 31 jaaTier 1841.

A M. BERGMANN

Mon cher BergmaDn , puisque M. Reclam me remet sa lettre tout ouverte, je prends la liberté de m'en servir pour t'écrire, afin de ne pas charger le paquet.

Mon affaire avec l'Académie s'est terminée heureusement pour moi; il s'agit maintenant de n'en avoir pas ime troisième. M. le Préfet du département, M. Brocard, le supérieur du séminaire, MM. Weiss, bibliothécaire, et Pérennès, secrétaire perpétuel, m'ont soutenu contre la cabale. Mais on me mande que ma défense a fait plus de scandale ' encore que mon livre ; cela signifie simplement que j'ai jeté la division entre les membres et fait rire les uns aux dépens des autres , en trouvant moyen de désigner mes adversaires d'une manière qui les a rendus pleinement ridicules. Tu conçois que ceux qui n'étaient point blessés ont dû feindre de prendre à cœur l'injure de leurs confrères; mais le coup est porté, j'ai maintenant des amis et des ennemis. Je, présume du reste qu'en écoutant ma lettre mon intention aura été devinée ; il n'en fallait pas plus pour arrêter les colères. Misérables humains! ils ne craignent pas de faire le mal, et ils ont peur du ridicule I

Dans la crainte où j'étais du dénouement, j'avais renoué la ïiégociation dont je t'ai parlé, et c'est une chose

«DE P.-J. PRQ|)iliON. 807

conclue. D'économiste que j'étais, me voilà devenu criminaliste. Je vais travailler de chambrée avec un magistrat de Paris, qui a envie d'être député, et qui désire se recommander par un bon ouvrage ; la philosophie va encore agir sur les esprits d'une manière nouvelle. J'ai affaire à un brave homme, qui a pleine confiance en moi, et qui , sauf quelques misères auxquelles il attache beaucoup d'importance, me laissera exposer xme partie de mes idées. J'apprendrai donc ici des choses nouvelles, un peu de pratique ; je me frotterai un peu plus au monde et je gagnerai quelque argent. A dater du 8 février, je serai installé chez mon patron, rue Saint- Benoit (derrière la rue Saint-Germain-des-Prés) n® 18.

J'achève en ce moment ma lettre à Blanqui sur la Propriété ; elle s'imprimera àpart etformera un deuxième Mémoire, d'environ 100 à 120 pages. Désormais, je publierai par brochures mes nouvelles élucubrations ; autrement, je paraîtrais à de trop longs intervalles. J'attends le plus heureux efi'et de cette lettre, sur le public et sur les hommes du pouvoir; j'y rends compte de ma con'&uite, de mes sentiments, j'avoue mes torts [si qtue sunl)\ puis je reprends la question d'un point de vue tout nouveau. Sous le rapport de la logique, je crois que je n'aurai encore rien fait d'aussi bien; dans un mois tu en jugeras. J'ai tellement confiance dans la certitude de mes principes et dans la droiture de mes intentions, que je ne désespère pas d'obtenir un jour une mission quelconque du pouvoir, serva servandis bien entendu.

Tous nos amis te saluent et reçoivent avec plaisir de tes nouvelles.

Je t'embrasse.

P.-J. Proudhon.

«B CORmSPOTOANGÉ!

Parisi 14féTrier 1S41

A M. MAtRICE

Mon cher ex-assoeié, je tous aTais {promis, du moins mon amitié me 1b fait cnûre, dé tous écrire mi peu plus que je ne lais; et cepecidaiit vous avez bien quoique raison de penser que les affaires seules ont le pouyoir de me rappeler à votre soûv«nir« Au lieu de m*excaser avec vousy je vous dirai simpl^eiitquie, si je Toulais n'être en retard avec personne, la moitié de ma rie se passerait à écrire. Au point où nous en scxnmes, croyes-en donc plus mes paroles que mon exactitude ; c'est la seule explication qui soit entre nous raisonnable et permise.

Comme le temps approche où je vous devrai les intérêts de votre capital d'imprimerie, il est nécessaire que je vous prévienne du nouvel arrangement que nous avons projeté de faire, M. Vieux et moi, et dans lequel vous êtes intéressé. M. Vieux, placé àArcier, désire sortir de Tassociation qu'il avait ccmtractée, et remettre la part du capital social, qu'il avait acquise de vous, conjointement avec moi. Depuis longtemps il m'avait prévenu qu'il n'avait pas le sou, qu'il ne pourrait payer

même iô9 wUrtU de ce qu'il tous doit; qu'il ab*iido&r iiarait tout, que vous feriez ce qu'il toqs plairait Dans cet eut de choses, j'ai cru devoir lui proposer dej nie céàer sa pari d'acquisition, sauf à lui de payer e^Loore cette année les intérêts échus à son compte; il a accepté «veo empressement, annonçant toulèfois qu'il emfrm»*' UtaU les fonda nécessÉines.

Or, comme je pense, mon cher ex«-ass6cié, que vous devez me trouver moii^s solide tout seul que réumià M. Vieux, et que cette mutation de propriété peut vous très«fpea sourire, je désirerais vous^ faire hiencomi^^irdre la nécessité et peut-être l'utOité pour vous de donner les mains à la décharge dô l'un de vos débiteurs sur l'autre. . . . •>

M. Vieux n'a pas plus de foripna que moi^rmème, vous^le savez, n'ayant sous le soleil que ses appointements, disposé à se laisser poursuivre et expn^rierpar vous, jdutôit que de ccmserver une propriété onéreuse. €e serait tôt. ou tard un. débiteur plus coûteux qu'accommodanft.

Quant à moi, si je ne puis vous promettre derem^ boursement pour celte année, du moins j'ai la certitude de satisfaire aux intérêts de 1841 et de 42; avant de quitter Paris et de sortir des mains de l'Académie,' ces intérêt^ auront été gfignés. Ma position nouvelle, de collaborateur d'un magistrat de Paris pour un ouvrage de législation , me permet de vous donner cette assurance. Puis, l'espoir légitime de toucher quelque chose de mes propres écrits , aujourd'hui très-recherchés, confirme à cet égard mes prévisions. Ainsi, j'aurais, sauf votre bon plaisir , denx ans entiers, 1841 et 1842, pour aviser aux moyens de me décharger, soit de l'imprimerie, soit de mes obligations. Voilà, mon cher ex-

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associé, sur quelles bases nouvelles je fcmde mes calculs.

Vous me comiaissez suffisamment ; le désir de satisfaire mes créanciers me tourmente plus que le soin de ma propre subsistance ; je fais tout ce que je peux, j'espère encore tous payer intégralement, et tout au moins de ne pas laisser détériorer la propriété. Pans un an vous serez afifranchi , grâce à ma persévérance, de la solidarité d'un loyer onéreux; je compte sur Tinfluence de ces considérations pour vous déterminer à soutenir votre confiance en ma moralité et en mes efforts. Pour donner plus de stabilité à ma petite industrie, je me suis associé définitivement Huguenot , non pour la propriété de la chose, il n'a pas d'argent, mais pour le travail et les bénéfices, s'il y en a jamais.

Je chargerai Huguenet de vous payer, fin mars prochain, les intérêts des 3,000 et des 100 francs que je vous dois.

Je vous prie, mon cher ex-associé, de croire toujours à mon amitié bien sincère et de me faire part de vos observations , si vous en avez d'essentielles à me soumettre.

Je vous souhaite bonjour et bon an.

P.-J. PROtJDHON

DE P.-J. PROUOHON. 301

Paris, 15 mars 1841.

A M. MAURICE

Mon cher ex-associé, je crois comme vous que la déplorable veuve L*** est perdue, et que nous verrons misère et déshonneur s'épouser, ou ce qui revient au même s'associer pour leur perte, pour le malheur et la honte de leurs enfants. Je n'espère plus rien de mes conseils; toutefois, je désire que ma lettre soit remise, bien que je vous sache infiniment gré de votre prudence. M"® L*** ne la communiquera pas, je la connais trop pour cela; on ne communique pas volontiers les choses qui intéressent l'amour-propre, et surtout l'amourpropre d'un objet chéri. Mais, dût-elle pousser à ce point la faiblesse et la bêtise, cela ne m'arrêterait pas. P*** n'a pas droit de se fâcher de ce que je dis de lui, car, après tout, j'ai usé de ménagements en ce qui le concerne. Remettez-la donc hardiment à M"° L**^% seule, je souhaiterais même, s'il y avait lieu, queP*** fût absent de Besançon dans le moment, afin qu'elle eût quelques heures de méditation. On voit des malades revenir quelquefois d'im état désespéré.

Je connaissais comme vous les liaisons intimes de nos

302 OmtESPONI^AHGe

tristes amants; vous pensez bien que treize jours passés à courir les bois, les sapins, à cueillir la noisette, faire des parties en char, en bateau et toujours en tète-à-tète, supposent des entretiens bien doux. Quand j'en ai fait l'observation, on n'a pas pu dissimuler ni se défendre. Quand j'ai dit que le pas était franchi depuis longtemps, on en est convenu ; bref, je tirais le rideau, parce que j'espérais sur le Bélieu, et que le conjungo couvre tout. Que faire î que dire à présent ? Leur malheur est très-grand, plus grand que je ne l'ai exposé dans ma lettre; car bien loin d'avoir exagéré les choses, j'en ai dissimulé une partie. J'ai voulu être vrai sans offenser ni avilir. Pour la première fois, je me trouve heureux d'être loin de mon pays, de ma famifie, de nos affaires, de mes amis ; je serais, je l'avoue, dans un continuel embarras au milieu de cette conummauté de lâcheté et d'ignominie. Mon départ de Paris est ûxé au lo»" août; j'y dois aller prendre deux mois de repos éi revenir à mon chantier; j'espère qu'alors tout sera fini ou par le mariag:e ou par une bonne rupture entre ces deux personnes que j'ai aimées Tune et Tautre, que j'ai obligées tant que j'ai pu, que j'ai oonselUées, défeiidueff, excusées mille fois, et qu'il faut que je méprise. J'ai mes défauts et mes vices; mais il est un degré auquel je ne crois ims qu'3 je descende jamais.

Je me suis toujours défié de M"« L"*^*^^, et jo ne crois pas l'avoir jamais bleu connue. Elle le sentait, et ses attentions à jouer la naïveté et la franchise avec moi avaient été infinies. Elle m'a même fait une partie de ses confessions j mais tout en me prenant pour confident, <îlle me mentait encore; et, dans ses deux dernières lettres, elle m'a déguisé une partie de la vérité. C'est ce que j'ai vu par les vôtres. Cette femme-là a pu être

DE P.«J. raOUDHOlfL ZOi

voluptueuse; elle n'a jamais rien aimé sincèrement et avec im plein abandon. Je Tai vue aigre, impérieuse, volontaire avec son mari, ses enfants et d'autres; je l'ai vue d'autres fois avoir des complaisances qui me paraissaient des faiblesses impardonnables et qu'elle rejetait sur la bonté de son cœur, sur la facilité de son caractère ; encore une fois, je ne l'ai jamais comprise. Sa morale, j'entends sa morale pratique, car elle ne raisonne guère^ sa morale a été de se faire le centre de tout, de ipt'aimer que soi ea tout,^ de se moquer de tout au fond de son cœur, excepté de son plaisir; elle devait rester petite-maîtresse et ne jamais se marier. Cependant la voilà éprise d'im dévouement héroïque pour P***; dévouement qui ressemblerait à de la vertu s'il n'étoit pas entret^iU aux dépens des enfants d\m premier lit. Encore une' fois, je m'y perds plus j'y pense« Ou plutôt je n'y penserai plus. Remette2^ui le billet ci^inélus dont vwis pouvez prendre lecture. Je vous demande grftce pour le second que j'adresse à votre voisin M. Botdy.

Tout à vous.

P.-J. Proudhon.

P,'S. J'ai traité avec un libraire pour mon deuxième Mémoire, moyennant 500 francs. On imprime. Cet écrit me fera des amis parmi les honnêtes gens, et beaucoup d'ennemis.

304 CORRESPWDANGE

Paris, 28 mars 1841.

A M. LE SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE L'ACADÉMIE DE BESANÇON

Monsieur le Secrétaire perpétuel, comme je crois ma subsistance désormais assurée à Paris, au moins pour un an, et qu'il est parfaitement inutile pour mes intérêts que j'y encaisse le montant du dernier semestre de la pension Suard, je vous aurais beaucoup d'obligations si vous vouliez me faire payer ce terme échu dans les mains, soit de M. Proudhon, du chapitre, que vous connaissez, soit plutôt de M. Huguenot, prote'à mon imprimerie et maintenant mon associé. Je l'ai même chargé de recevoir pour moi cet argent et d'en faire tel usage que je lui désigne. J'ai pris la liberté dé vous parler de cela. Monsieur le Secrétaire perpétuel, afin de vous épargner l'envoi d'une correspondance, et à moi celui de payer un change au banquier.

L'impression de mon apologie à Blanqui est depuis très-longtemps commencée et ne sera pas finie avant les vacances dé Pâques, en sorte que ma brochure ne pourra paraître que dans le second semestre de cette année, et lorsque je ne dépendrai pour ainsi dire plus

DE P.^. PROUDUON. 305

de rAcadémie. Mes nouvelles occupations ont été cause de ce retard; il m'a fallu travailler pour autrui, travailler pour moi-même , et entendre encore à mes affaires doinestiqucs. L'ennui, la peine d'esprit et les tracasseries se multiplient pour moi avec les années ; joignez à tout cela le travail, et vous ne serez pas surpris si vous entendez dire jamais que j'ai par moment l'air hébété et comme fou. Mes maux de tête deviennent plus fréquents, ma faiblesse organique augmente dans la même proportion. Si je travaille cinq ans encore comme les deux qui viennent de s'écouler, je suis lin homme enterré. Le mal de Fallot me gagne.

L'Académie est un peu la cause de mes maux, bien que je lui doive tout ce que j'ai appris; et je ne sais encore sur quel ton je devrai la remercier au mois d'août prochain. C'est elle qui m'a poussé à l'esclavage où je me trouve, et qui m'a préparé la plus rude épreuve qu'une vertu humaine puisse soutenir. Jamais homme ne prit tant de peine pour s'assurer un peu d'indépendance et ne fut si constamment et si fatalement tenu dans la servikide. J'ai écrit contre la propriété; mfids je crois qu'il me matiquait quelque chose pour la bien connaître, et que la Providence, par le ministère de l'Académie, m'a mis où je suis.

Je ne me plains pas de l'homme avec qui je travaille; assurément c'est un homme de cœur, d'honneur, de bonne foi. Malheureusement, il n'y a rien de plus de commun entre nous. Doué d'un esprit brillant, léger, voltairien, vaudevilliste, tnon propriétaire e(Dploiteur n'a pas plus de réflexion que son chat, n'entend rien aux choses sérieuses , et ne saurait me comprendre. Nous faisons un livre ensemble, mais il faut que j'en fasse, pour ma part, le fond, la philosophie, l'histoire, la

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dog^vaUque, TappUcatioa et le style. Il faut que je doooe des idées à u^ homBie qui n'en a pa^, et \m oorps h ces idées.

Puis, n'étant pas n^aUre.de mon sujet et de Baa pensée, il faut que j'écrive des ébauches informes que j'entends critiquer ayec beaucoup de franchise, c'estr à-dire de vivacité, quelquefois d'incompétence» ce qui nate fatigue et me lasse. Cqpaïdant je dois dire, à la louange de mon maître et de ses conseils, qu'ils ont trouvé ingéni€iUS{^, excellentes môme, certidnes idées capitales sur l^phUosophiede l'histoire, la judiciaire et la psychologie, et que maintenant on est à me pousser pour que j'y domie suit^ et qi^e j'y ramène tout l'ouvrage. J'ai d'abord regretté (ce gentiment est de l'amour-propre, mais il est bien naturel) d'avoir livré de belles choses qui me pouvaifâit faire beaucoup d'honneur; mais j'en ai bientôt pris mon parti. Je me suis. d' Abord reproché ce mouvement d'égoïsme, en me disant que l?s vérités à découvrir étai^xt infinies, et que jie n'avais qu'à travaUIer pour moi comme je faisais pour les autres ; puis je Q^ suis^ promis d'exploiter pL-us tard le livre que jte £ais^ et qui ue peut paraître soua mon nom. Voici comment :

L^s doctrines hi8tarioo«politiques qu'il r^iferme ne présentent rieaaui premier co«p d'oail que. de grand, de beau^ d^ pro^videntiel^ si j*ose aijasi dire, mais elles font partie d'une vaste étude sur les légisktUoiis, étude qm aura pour bujt le^ djimeositratioa , aous des formes n^^es, de& principes que^ je défends^

Qf» Touvrage ÛMkl je vous purle,, publié» prteié comme, il le seca, s^àms pour k pliqpaii d^ choses, je regarde le: public comme engagé, et je p»e i^pcés^oterai à xBém tour pourdonner k dernier isbOit de ce^ que mes jugea im iioient qu'à demù

En un mot, je pose ici une prémisse que Tautorité de magistrat et la nouveauté de la chose feront admettre, j'en suis sûr; je me réserve plus tard d'en tirer la conséquence. Je puis le prédire hardiment, cela s'accomplira comme je le dis; et c'est ce qui me console de voir mes enfants légitimes porter le nom d'un père adoptif. Puisse la vérité gagner à ce sacrifice, mais puissé-je être bientôt délivré de ce calice dTamieiitiajne I

Je vous prie de saluer MM. Weiss et Vianais, ainsi que votre frère, que je croyais voir au mois de mars qui s'achève, d'après ce que m'avait annoncé cet hiver M. Pareni-DieBbairFes.

Je ne pourrai travailler à' l'éloge de Smard ; mais, comme j'en raédiie le* sujet et que j'ai quelque chose à en' tirer, j^ le publierai un jmir. Je: vous prie (fe m'exoasefr si, bies malgré moi, je ne puis faire partie de votre concours» Ce serait me tuer.

Je suis. Monsieur leSecrëtaire perpéfÀiei, arvecraffectîbn la piHis vive,

Votre antsien élève,

P.-J. Pkotjdhdtt.

rr "::

aOB OOBRESPOMDÀNGE

Paris, 24 atril 1841.

A M. BEROMÂNN

Mon cher Bergmann, si la poste fait bien son service, lu recevras avec cette lettre un exemplaire de mon nouveau Mémoire. Je suis en ce moment, comme il arrive à tout auteur, fort inquiet du sort de ce nouvel écrit; j'ai déjà la certitude qu'il me fera beaucoup d'ennemis, point de prôneurs ; Dieu veuille qu'il ne me rende pas ridicule I Le commencement est sec et austère ; le milieu un peu plus intéressant, à cause de la partie historique ; j'ai tâché de rendre la fin, composée de controverses, la moins insupportable qu'il m'a été possible. Ce qui m'ennuie le plus du métier d'auteur, c'est d'être obligé d'amuser le lecteur, quand il devrait lui suffire que je raisonne juste.

Tu trouveras peut-être le style de cette brochure encore trop guindé, et le ton que j'aflecte de prendre trop fanfaron et trop crâne : c'est un tic d'originalité que je ne recherche pas, dont il me sera très-difficile de me dépouiller tout à fait, et que je tâche de rendre aussi tolérable que je puis. D'ailleurs, il semble qu'aujourd'hui il suffise de crier et de menacer pour avoir raison : cela sert avec les sots ; les sages aperçoivent le motif et pardonnent à l'auteur.

Laissons ce discours et parlons de mes études, ptdsque tu ne me dis rien des tiennes. Te rendre compte de mes pensées, de mes découvertes, ce n*est point parler de moi-même , c'est causer ayec toi de ce qui nous occupe tous les deux : la science de Thomme et de la nature.

Or, il me semble que mes idées se précisent de plus en plus, et que je marche directement à la restauration — si toutefois nous ne devons pas dire : à la création — de la philosophie comme science. M. Jouffroy l'a très-bien dit, et tout ce qu'il a fait en philosophie se réduit à cette unique proposition, qu'il a délayée en deux cents pages : La philosophie n'est pas encore définie, ni dans son but, ni dans son objet, ni dans sa méthode. Or, voici comment j'entends faire à mon tour ime philosophie : appliquer le raisonnement et la méthode sur toutes les parties de la religion et de la morale, comme je le fais en ce moment pour la politique, comme les savants spécis^ux l'ont fait pour l'histoire naturelle, la physique et les mathématiques, comme depuis quelques années les linguistes le font pour les langues ; puis généraliser, par la comparaison et l'induction, les méthodes et les lois de toutes ces sciences, et de toutes ces espèces former \m genrb, qui sera, in abstracto superioriy la philosophie.

Tu vois donc que mes études économiques et législatives sont, à proprement parler, une série d'expériences logiques qui me mèneront je ne sais où, mais bien sûrement quelque part. Il y a plaisir à s'entretenir avec toi de ces choses, parce que tu les entends très-bien, tandis que le monde n'est pour les philosophes de l'école qu'un pèle-mèle indéchiffrable.

J'écrivais aujourdlxui même au professeur Blanqui,

3te

dans le UOet^iwiN qiae j'u jcâiit À.soxLtexempI^ijoe:

c Pour «que la jtorisisiiidaEyQe «It la politique éemasknent une sdenoe, il leur faut leur miMère4'4wpiirieMaeei un ehan^ i'abservatim. -Or, la BiàfaièBe d'expénence est rhonkne et ht sociélé; le «cluqBp d'obeer^atioii est rhistoire, les religions, les lois, les eoi^bumeft, les croyances, réconomie pqjbltiqiie, «te.

« Qu'oBit fait jusqu^à ce jour les légistes ? Qs n'ont jamais su que partir de >oe qu'dk a|>peUeub wa% bd, c^'esi-à-iMre d'une iradUton^ «t Pai^quer, par Yoie de déduction ^llogiôiique,ji»queâaB6 les dennieiB détails. Mais il arrive sou^Tent qu'une loi, poussée dans ses conséquences, est «courtredite par une .itutre ou démentie par le sens eemmun «ett par la natuie même : que font alors 'fies junsconsultes ? — JUs «cmtiquent l'une et l'autre loi*? — ^oint'du ttout; ils diendicoott idans leur sac à tradJtieraB cpielque viexlle soikiiion de commentateur, et se lirait de ce mauvais pas en suiya&t àiaam l'epinion qui est le i^ms de scm. igoùt, «etc. s

'Bstns le premier Mémom que j^écnimi, je commeiK >«em à fmt lusage des principes que j'ai «étaiblis, tel je faFai k «cittftfHe de la iCàm^tBîGtAi Code par wmt d'iexpérî^ice, d'observiKion, de ^ooMparaBBoiL, ide gféoiéBalistftioH «it de s^^iithèse. En TqMeaant ^dans loan ee/sii ^6 que j'ai fait jusqu'à présent, tu compnfindrœ pazf»le« mcBt ^e 'qm wm veake à «firire, le «dcgvé de aertitude anaquel^puBs^avfrvar, etc. Cda ndoît ée paraMa» maaak skqpAequ'kifwUiftâe; «hlMeni je;pBS t'affirmer spaà pas -un jugfs, pas 'UQ«iK«a^pEas um. I6^ste«BtoQi|ipi»Bd ees "cluiai» là. Il ^arit psodÉj^eizs irwiJhii M lour ignoMnoa «<A leur <B(tinlé«eHft>f^snÉB&.

Je travaille ferme à mm amiM g y de fwnNBporuâeiMœ «tiRBanieUe'; <daiis un mw ^A^kà^ ^)msal jM^aei la

matière d'un Tcdume m-8*' ; il en fcut deçà. Cette étude m'a fait voir bien des choses curieuses, dont je garde jusqu'à nouvel ordre une partie, et ion t l'autre ne doit d'aboni me rapporter aucune gloire. Mais le diable esl fin, et ne perd jamais tout. Ecoute ma confession.

J'ai afiPaire à un assez brave homme , totalement dépourvu de génie, mais qui se pique d'esprit, et qui n'est qu'un véritable leustie, sans dignité comme sans intelligence. Il s'est mis en tète de devenir auteur, afin de parvenir, soit à la présidence dans un tribunal, soit à la députation. Mais il est incapable de quoi que ce soit ; il lui fallait un aide qui prêtât la science et les idées, tandis que lui fournirait son nom. Tu te rappelles en quelle circonstance j'ai accepté cette singulière corvée. Mon particulier veut faire le libéral; l'homme a des idées larçes et généreuses , mais il ne comprend ni l'égalité, ni la souveraineté du peuple ; il se déclare aristocrate et traite volontiers les radicaux de charlatans et d'escrocs. Le malheureux I...

Voici comment nous travaillons : je fournis sur chaque chapitre ^»« philosophie^ mes iiéis, etc., etc., et lui brode quelques fcideurs de pratique ou quelques billcfvesées qui lui passait par le cerveau, et qu'il cfoh des choses muvelies et descexidues du ciel. Il n'a rieh lu, et, avec u&e heureuse méanoire, ne sait que du droit romain ou gallican et des vers.

Généralement, mapkUosophts et met iiéès hà parais^ sent fort ingénieuses, belles, intéressantes, neuve» ; ce ne sont pourtant que des transfoîstatiens des dîverscAs propositions de mon livre sur lô Propriété, Pour ftSife accepter à cet homme les doctrines les plus opposées à ses ifistinets, il suffit de hd pi^eenter &&vm un aspect

313 O0BU8POMDANCE

particulier ce que Tannée prochaine tu me verras généraliser avec une effroyable rigueur.

Je suis donc ici comme Satan auprès de notre première mère : je fais aller ce pantin comme je veux, et quand Touvrage aura paru, quand vingt plumes d*amis ou de gens de lettres parasites auront bien prôné Touvage, quand il aura obtenu un succès quelconque, et j^espère que comme innovation dans le domaine de la jurisprudence il en obtiendra ; quand enfin le public et Fauteur auront bien mordu à Thameçon, alors, tout en me gardant de dévoiler le mystère, je viendrai sommer Tim de pom^uivre sa tâche, et Tautre d'accepter les conséquences que je lui démontrerai. En un mot, ce que je fais maintenant est un véritable sic vos non vobis^ qui fera mourir de peur mon patron et surprendra le public. Le but immédiat de ce petit complot sera de faire d'un magistrat de la capitale de France im antipropriétaire et im égalitaire renforcé, ou de le faire passer pour un sot ; puis d'accoutumer la presse aux doctrines d'égalité et aux innovations politiques ; enfin, le but ultérieur sera de préparer les esprits à concevoir l'ensemble des réformes philosophiques que l'état de la société appelle. C'est, comme tu vois, prendre mes mesures de loin. Ce que je t'annonce, je le poursuis et l'exécuterai en toute sécurité de conscience ; mon iowrgms n'est pas de ces hommes avec qui je doive garder des ménagements; d'ailleurs, je prétends bien le traiter avec honneur et convenance ; mais quant à le pousser au dernier terme de ses idées, je le ferai sans pitié. Il est sûr d'être réduit ou à désavouer son propre livre, ou à se laisser passer pour dupe, ou bien enfin à crier égalité plus haut que moi.

Mes observations de chaque jour sont loin de me

DE P.-l. PROUDHON. 3tS

réconcilier avec la Propriété. Je vois, je touche à chaque instant la crapule et Tégoïsme propriétaire. Sur ce sujet, j*en aurais trop à dire, et ma lettre est trop avancée. Crois bien, mon cher Bergmann, que, si ma vertu peut faiblir et ma volonté fléchir, ma haine de la Propriété est irréconciliable.

J'ai reçu, par un jeune homme vena de Berlin, une lettre d'Ackermann ; il vient d'être nommé pour travailler à une édition des œuvres du grand Frédéric, entreprise qui pourra durer sept ans. — Il aimait aussi une jeune personne que l'inégalité des fortxmes lui ôtait l'espoir d'épouser, ce dont il enrageait beaucoup. J'ignore si ses fonctions de correcteur royal raccommoderont ses affaires.

, Maguet vient de partir pour son pays, où il passera six semaines. Il a perdu sa mère, et il consolera son vieux père, avant de passer son dernier examen.

J'irai à Besançon au \^^ août ; je compte t'écrire encore une fois avant cette époque et te parler de l'état de mes affaires. Je suis encore énormément endetté ; j'étais perdu, si mon dernier terme m'eût été retiré et que je n'eusse pas trouvé une vache à lait.

Notre préfet du Doubs est en ce moment à Paris, occupé à faire la cuisine pour les futures élections. Je vais lui envoyer un exemplaire de mon Mémoire, avec une belle lettre de protestation ^de mon amour pour l'ordre, etc.

La politique, à Paris, n'est plus qu'un mot. L'esprit public est tué ; les radicaux sont démoralisés et annihilés par leur ineptie et leur incapacité ; le gouvernement est fort ; Louis-Philippe triomphe sur tous les points. Nous sommes renvoyés à quatre ou cinq ans pour les réformes. Tout le monde se demande qui doit être dupe

tu connroNDAMSB

dans raBaire des fortiâieatàdns ; je ne doute p«s que tous les partis ne songent de leur côté, aussi biem que Louis-Philippe, à s'ea servir un jour ; mais je crois que cdui qui tient tiendra longtemps. Les procès de presse vont leur train ; le Haiianal est menaoé dans son esis* tence, ce qui^ du reste, est peu regrettable. Le peuple est apathique; la jeunesse^ épicurienne et immorale; toute la nation, insouciante et lâche ; j'ignore vraiment ce qu'il en arrivera. Un ouragan passera-t41 encore sur la France ?... Je ne sais, mais 3e ne le souhaite pas.

Adieu, porte-toi bien, et fais-moi part de tes obser* vations, quand tu m'auras lu. En France, le mauvais goût, les vices de forme sont encore plus à craindre que le défaut du raisonnement, que peu de gens sont à même de suivre.

Je t'embrasse.

P.-J. Proudhon,

DE t^, nOOMMi z^m

Affh/SB tf«41 4911.

A M. TISSOT

MoQsieur Tis&ot, je suis Lien «a reUrd avec vous : c'est ma faute, et ma très-graode faute; c'est aussi la faute des affaires, des hommes et du temps. Ënûu j'espère que TOUS me p^doonerez pour cette fois, eu acquérant la preuve que^ si je parais oublier mes am^, du moii&s je sais occuper nies loisirs.

La poste, si son service est fidèle, vous remettra avec la présente un exemplaire de uum nouveau Mémoire sur la Propriété; vous y verrez que, sauf le tcm générai que la circoDstanoe m'obligeait de modiâer,, je pecsiste dans toutes mes propositions; vous y remarqueoneE, de plus, que je commence déjà à avoir prodigieusement de complices, qui ne s'en doutaient peutr^tr^ pas. L'un de œox dont je pois aUester la pleine et parfaite adbésîcm à mes doctrines, doctfines que j'ai honte d'appeler miemei^ puisqu'elles ikQ sont que l'exppession des /aUs éoonttmiqacB, est M. Pierre Leroux, quej'aieulepkdsir de lencontrer une fois^ ei ajpec qui j'aî causé de voua. Non-seulement je prouve par mm livre qu'il est émUn propriéiain ^m-caiiniwitfffr, ee qui est justement la théonedéveli^pée.âans le cinquiènte chapitre de mon

31« OQUiaMNDÀMGE

premier Mémoire, mais j*ai Taveu formel et raisomié de rhomme même.

Vous m'avez dit dans le temps que vous rejetiez tout ou partie de mes assertions ; je ne puis répondre à de pareilles critiques. Est-ce la partie économique, ou la psychologie, ou la critique législative que vous, rejetez? Pouvez^YOus ne pas admettre la distinction àe propriété et posussian; de droit à'usufruU et de droit à'usure, etc. Yoilà ce qui me parait difficile à croire, et ce sur quoi vous ne me refuserez pas éternellement quelques mots d'explication.

Vous remarquerez encore, non sans surprise peutêtre, que mes prétentions à la philosophie, hien que déguisées, se sont accrues; cela fera rire im savant, un érudit (car je distingue ces deux qualités), un praticien aussi consommé que vous. Soit; je me home à vous dire que je suis apprenti pour le moment, et tuus tiro; j'étudie la philosophie; je serai philosophe quand il plaira à Dieu, probablement jamais. Quand je serai mort, je prie mes amis de faire mettre sur ma tombe Stuiebat phiUmpMm.

J'écrivais hier à M. Blanqui, dans le billet d'envoi que j'ai joint à son exemplaire :

« Pourquoi la législation et la politique ne s(mt*elles pas encore constituées comme science? C'est que chaque science a besoin d'une matière d'expérience, d'un champ d'observation, et d'une méthode, et que jusqu'à ce jour la politique en a manqué, ou que du moins elle n'a pas su les reconnaître. Or, la matière d'expérience de la science politique est l'homme et la société; le champ d'observation est l'histoire, les religions, les lois, les coutumes, les croyances, l'économie politique, etc. ; la méthode est la coQiparaison, l'induction et l'élimination,

DE P.-J. PROUDHW. 817

la généralisation et là synthèse. — Que font encore aujourd'hui nos jurisconsultes? Ils prennent ce qu'ils nomment une M, c'est*à-dire une tradUion, et en suivent l'application, par déduction syllogistique, aussi loin qu'elle peut aller. C'est précisément comme cria qu'on enseignait autrefois la physique et la médecine. Souvent il arrive que cette loi, poussée dans ses conséquences, en rencontre une autre qui lui barre le chemin, ou qu'elle se trouve démentie par le sens commun ou quelque impossibilité naturelle. Vous croyez qu'alors nos jurisconsultes reviendront sur leurs pas et se metrtront à faire la critique des deux lois ! Point du tout ; ils cherchent dans leur sac à traditions quelque subtile solution de commentateur pOur sortir de ce mauvais pas, et se jettent dans le champ des conjectures. iS'éltt alors qu'ils disent qu'il ny a Hen d'àbsùln.

Vous avez fait votre droit, Monsieur, vous pouvez dire si ce tableau est fidèle. Quoi qu'il en soit au reste des jurisconsultes, vous ne contesterez pas, je pense, la nécessité de revenir à la méthode baconienne. Les idées que je viens d'exprimer sont banales pour vous; mais aujourd'hui on ne peut les faire entrer dans la tête d'un juge ou d'un avocat. Or, c'est en suivant le plan d^études dont je viens de voué donner Tapterçu que je crois vraiment j!?Aifo^()pA^. Je puis me tromper maintenant sur quelques points de détail, comme un Biathématicien peut commettre tme erreur dans un' calcul spécial ; qu'importe? La méthode, le système, l'ensemble des vérités n'en subisistent pas moins. C'est avec mes propres principes que V(M me redressera; or, c'est là tout ce que je veux. ^

J'ai eu bien de la peinfe à rentrer en grâce avec iiaon Académie, qui en août, septembre, novembre et jan^râer

m .eonnftMroAisGE

damier, Totikél à tout* fore» mféter ma penstcm. Â la fin, laiSd^éoÊÊmtm àéà ex|^etik>Bs tjti n'^ét^aietit poînt adanuMB, je niB ««is irrisédeexicÉttrâr les dents; j'ai MÊqaé noittîhalëBieni tme pèrtîotéea nieiBJbres; je vut ma moqué èe rAôadéanie; je lui ai kâssé entrerar (foe, 81^ «htiGliHbf lescandrie; j'élaisibanmie; à Vwjg- BoeOber encore' ett 1» toa^uunt; devant le publie; ei k UÊÊSfèHÊi s'est apafeée dervni kr fno^^^... Oxi dit: depuis ce leBipfi-là q«e je saisi tm gafçon qui promet... Obipèdeal

iiCtiielieHiemi jie' smia^ an dearrfee d'iut magiâÉràide Paris, pour la* ctxiBtntetàenr d'nik e«rrage dejurispnidence <»imiBi^e;. Ken imtgiBm^i cxa sm»! prifriétmn, an muMii «â$9fe^^t% comme il yons {Mm- def l'appefet , aa4 vsk aao a a brate texaoae^ quâ^ se< pique d'espilK hmôs qui n'est qu*uttpatti«reAKM^itf'dépounm d'tdéee^méme d'intottisenee.. Depuii^ qafei jie le eann&is et que j'ai lu qudcpaas écrits de Supin , j -ar pu bi^ eeAvaiaeEe qu-e»pit et iÀtdUfenôê saat ehoaae fa pemitti Mfi*-bien ne ae pas: raaeetttlrer àÉm^ uaie laèafn -eeitreUa, Or, mo& juge vaudrai <ètre^|)ré8îdeBA,i6etid'déf»lé; pourceL^il a'eat liûa^atti tèta^da fauienanflivie^ El e^^eat moi qaiesi alti»riiiaigéL lia tilr0)4eaaeva^ je efCuft : PiHomplm A i'imÉrmÊéM ahManSfr; wamt aaiiàrar ireul. qaislifa». dwsc 4a( mnAatai. &ea laïAiHM afe^tea élaidea qu%Bk'a laUu MmkàeffÊis*i9mAjxum m'a&iappna. «Aaio^larde ^aoaes fMTt» cweasea^, dant^ véeana; UBa^ parti«v; ^ doit je flda aadaau^l?a«tfM à mon mât^^i^Mmammsulba/m; jnéar»jepibmr 1a subslancev la Itmota^^rla* sMaHaiire paal du stylet d-iw d3Lapiilra>;'pais U baoAa i^^éemad quelques idées pratiques, ou une biUenlNibéa* fui hn paaii u fm i^wyitt ai 4|«&'il ^nia aMBlpn pai» df&tin^ver fsar il! jaa l'a y«a mdlepfajrtr..^ iLnVrieaitha. Poar

la phUosophie^: le sjstèaEfeev la partie pircgréesiTe, psychologique, bistonque, âodalîstat eti^., ils-^.faf^oitë à zaes lumières, aaul sa^ré^neÂûn el son acecpiatien^ qa*il ne rofuse JamaôSw Or,, notes ceci : mon ixistltre yeut qu'on dise de lui qu'il est Ubér^^lauaxDm^ à idées lattes et géstéxeusea, {deân d'amour pour le peuple et de zèle pour les rélbcBEiêB ; mais en mânote temps il est proprié-* taire comme un diable^ égoïste, isepique'd'atij^cratie, ei ne Tondrait rien dire qui put , eomiMBQmetftne sa to^ et contrarier se& Ofèaions. JILoU au eàûMaire,. jepi^étenâs faire^delniiui éga^taire renforcé,, et lie faire .malgré lui.hurkr a^ec les hmps. Il mépôse souiimânement les plnlaaD|Jbias^ les . huip anitoii^ea, les radicaux, to«ito& gaoa qi&'il traite dfi câkàirkitaiia ai d'eëerocs; Je madbeok** ceuzL Voici dpna commenl je xais; eçpérat : airoe un espàX de cette iyeoqpie on^ n'a pas à ledei^er k génie qui oouvttiiMleVaiil.des ccMi8éqnenM& et dèes îdeotitéB ]Bât»ph^kîa6ft,.:la puiolnaioe dagéoérabsutm et de S[ynfhèse^ Ume^^ suffit, pour l'accfc^ear, dé ne lui pfésienlef.les elnies qnasikiisunaapeeft particuikr, que je mè résonrei d'éfteodra et .à» igénétalw»r dès qiie je sevtû: débanaasé da lydé. Altu^) 4iiM^ piôné pai^ .yja^ phunés annesuei pajAsitea,. quand 9iÊn 8aBiaKCc4ir>ai|i4â.élé çodMsMÉé aaK poUic

(a* l'espèpEïu cpi-iin aaKs^^goand^ni^ nou^seàutésr^

i^ftftm^ttiadB kmmmiHi m;iéfpaial6oij^r etc>, TamdroBt t SH^ anttm/une fdàb^ opiatina) , dqpmifà^ dia^ auAeat^ csÊiÊîtfftm aà.pttk^ an^rosâ Is^en. aaMiduà l^ûméçont^ je viaidrai à, mon tour sommet leajupû alï jbs auÉresd'ec-* eq>tar qeKtaine» conséqiKBian qw'à ttaipi sûr iist iblau-

BÉef^ fàiiàia^ oa aa iMpezÉt ^uimMo^mom mUs^'^^ y oMiyrei. mm matoat à Jair «Émsieje b'eoÉeiràtaM^

320 COMfflSPOMDANCS

sotis peine de passer pour ignorant ou pour mystifié. Du reste, je me garderai bien de découvrir le mystère; je compte au contraire traiter notre futur auteur ayec^rdset convenance; mais ou il criera : ViveTéga-- UUf A bas la propriété/ ou je le change en bourrique.

Comment trouvez-vous le guet-apens? — J'espère que votre gravité philosophique ne s'en formalisera pas; il faut aujourd'hui traiter les hommes comme 4es enfants, leur emmieller le vase pour les faire boire, les piper dans leur intérêt. Ma petite supercherie est légitime, car elle ne renferme ni mensonge ni trahison; eUe consiste uniquement dans une dispensation graduée de la vérité. Je ne songe pas à revendiquer d'ailleurs la paternité d'un Hvre que j'ai vendu d'avance, ce qui serait indigne ; que sont quelques aperçus plus ou moins heureux, pour que deux hommes s'en disputent là propriété? Aussi n'est-ce point là que je porte mes regards : c'est le triomphe ultérieur dé la vérité que je m'eflforce d'amener par tous les moyens. J'ai vu à l'Institut, il y a deux ans, deux naturalistes se battre pour une priorité de découverte que chacun revendiquait; il s'agissait à'xxn muscle qui se trouve dans les ovUssAm merlan. Quelle ndaèrel Combien celui-là est pauvre qui se croit anéanti pour la perte d'une découverte 1 Le monde est infini dans tcms les sens; dites ce que vous voudrez, découvi^.tout ce qu'il vous plaira, il me restera toujours . plus de gloire à acquérir qae vous. n'en aurez obtenu* Je ne crains pasTOs succès; je ne demande que du temps.

Je n'ai pu résister au plaisir dé vous ffidirre part de ma position présente et de mes projets; mais je souhaite que vous n'en fassiez pe» de confidences. Mon maître se contente de si peu de chose, qu'il y aurait

AE P.-J. PROUDOON. 321

cruauté et bassesse à lui 6 ter son bonheur. Je veux bien rire avec vous, mais je ne voudrais pas faire ime mauvaise action.

En me répondant, si vous pouvez me répondre, daignez je vous prie, Monsieur, m*exprimer en deux mots votre jugement sur l'ouvrage de Lamennais et sur celui de Pierre Leroux; j'ai trouvé occasion de parler del'xm et de l'autre dans le Mémoire que je vous envoie; je ne serais pas fâché de connaître ce que vous pensez de aos philosophes, et de la critique que je me suis permis d'en faire.

Il y a bien longtemps que je n'ai vu Pauthier. — M"*® Droz est morte; je ne vais plus dans cette maison, non plus que chez M. Jouffroy. Après l'espèce de scandale que j'ai donné, je ne me soucie pas de me rencontrer avec des hommes avec qui il faudrait avoir des explications, qui me traitent en écolier, et que je regarde comme des pédants.

Je suis. Monsieur, avec toute l'affection d'un compatriote, et l'estime que je dois à votre talent et à votre science.

Votre tout dévoué,

P.-J. Proudhon.

CORRCSP. u il

M oMunsnraïAitaB

Paris, 2iiiti 181f.

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