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attaque de choléra ; il eut bien de la peine à s'en relever. Depuis lors, sa santé fut toujours chancelante.
Le 22 avril 1858, il publia enfin, en trois gros volumes , l'important ouvrage auquel il travaillait depuis 1854. Cet ouvrage avait deux titres : le premier, De la justice dans la Sévolntion et dans r Église; le second, Nowveaux principes de philosophie pratique, adressés à Son Éminence Monseigneur Mathieu, cardinal-archevêque de Besançon. Le 27 avril, à peine avait-on eu le temps de lire l'ouvrage, ordre était donné par le parquet de le saisir ; le 28, la saisie fut exécutée. A ce premier acte du parquet, l'auteur du livre incriminé répondit le 1 1 mai par une pétition fortement motivée, et demandant la révision du concordat de 1802, en autres termes un règlement à nouveau des rapports entre l'Église et l'État. Au fond, cette pétition n'était que la conséquence de l'ouvrage même. Publiée le 17 mai à mille exemplaires, la Pétition <m Sentit fut regardée par le ministère public comme une aggravation du délit ou des délits découverts dans le corps de l'ouvrage qui lui servait d'annexé, et saisie à son tour le 23. Le 1*^ juin, instance de Fauteur auprès du Sénat par une seconde pétition déposée, comme la première, au secrétariat de l'Assemblée gardienne et garante, d'après là Constitutton de 1852, des principes de 89, Le 2 juin, les
deux procédures réunies, Proudhon comparaissant à la barre avec le libraire, l'imprimeur du livre et celui de la pétition, jugement du tribunal de police correctionnelle qui le condamne à trois ans de prison, 4,000 francs d'amende, la suppression de son ouvrage. Inutile de dire que le libraire et les imprimeurs avaient été aussi condamnés par la sixième (îliambre.
Proudhon interjette appel ; il rédige un mémoire, qu'aux termes de la loi de 1819 il avait la faculté de publier avant l'audience, sans qu'il put donner lieu à une poursuite nouvelle. Décidé à user du moyen que lui réservait la loi, c'est en vain qu'il sollicite les imprimeurs poursuivis de lui prêter leur ministère. Il demande alors au procureur général Chaix d'Est- Ange une déclaration constatant que l'article 23 de la loi du 17 mai 1819 protège la défense . écrite , et que l'impression est sans danger pour l'imprimeur. Refus net du procureur-général. Proudhon part alors pour la Belgique où il fait imprimer sa défense qui, bien entendu, ne put entrer en France. Ce mémoire peut marcher de pair avec les meilleurs de Beaumarchais ; il a pour titre : La justice poursuivie par V Église^ appel du jugement rendu par le tribwial de police correctionnelle de la Sfeine, le 2 juin 1858, contre P.-J. Proudhon. C'est, en même temps qu'une discussion très-serrée des considérants du jugement
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de la sixième chambre, un excellent résumé de son grand ouvrage.
Une fois en Belgique, Proudhon ne manqua pas d y rester. En 1859, après l'amnistie générale qui suivit la guerre d'Italie, il se considéra tout d'abord comme ayant le droit d'en profiter. Mais le gouver- . nement impérial, consulté par ses amis, lui fit savoir que dans son opinion, et malgré l'avis contraire deM. Faustin Hélie, sa condamnation n'était pas politique. Proudhon, ainsi assimilé par le gouvernement aux auteurs des livres immoraux, crut de sa dignité de ne pas réclamer, et il attendit patiemment 1863 pour rentrer en France.
En Belgique, où il ne tarda pas à conquérir de nouvelles amitiés, il publia de 1859 à 1860, par fascicules séparés, ime nouvelle édition de son grand ouvrage sur la Jtistice. Chaque fascicule comprenait, avec le texte primitif soigneusement revu et corrigé, de nombreuses notes explicatives et des nouvelles de la Révolution. Dans ces nouvelles, qui forment une sorte de revue de la marche des idées en Europe, Proudhon constate avec douleur qu'après avoir longtemps marché à la tête des peuples qui progressent, la France est devenue, sans qu'elle paraisse s*en douter, la plus rétrograde des nations ; et il la considère plus d'une fois comme sérieusement menacée de mort morale .
La guerre d'Italie fut pour lui l'occasion d'une
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nouvelle étude qu'il publia en 1861, sous ce titre ; La guerre et la paix. Cet ouvrage où, heurtant de front une foule d'idées jusqu'alors acceptées sans
examen, il se prononçait pour la première fois
contre la restauration d'une Pologne aristocratique et cléricale, et contre l'établissement d'un gouvernement unitaire en Italie, lui suscita uûe foule d'ennemis. La plupart de ses amis, désorientés par son affirmation catégorique d'un droit de la force, lui 5rent savoir qu'ils désapprouvaient hautement sa nouvelle publication. Vous le voyez, disaient triomphalement ceux qu'il avait toujours combattus, cet homme n'a jamais été qu'un sophiste.
Conduit par ses études antérieures à tout ramener à des questions de droit, Proudhon se demande, dans la Guerre et la Paix, s'il y a un droit réel dont la guerre est la revendication et la victoire la démonstration. Ce droit, qu'il appelle brutalement le droit du plus fort ou droit de la force, et qui n'est en définitive que le droit du plus valant à la préférence dans certains cas déterminés, existe, dit Proudhon, indépendamment de la guerre. Il ne peut être légitimement revendiqué que dans les cas où la nécessité exige de toute évidence la subordination d'une volonté à une autre, et dans les limites où il existe, c'est-à-dire sans jamais pouvoir entraîner l'asservissement de l'un par l'autre. De nation à nation, le droit des majorités, qui B*est qu'un
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corollaire du droit de la force, est aussi inacceptable que la monarchie universelle. D*où, jusqu'à la constitution et à la reconnaissance de Téquilibre entre le^ États ou les forces nationales, la guerre. Celle-ci, dit Proudhon, n'est pas toujours nécessaire poiu* démontrer de quel côté existe le droit de la force ; et il n'a pas de peine à le prouver par des exemples tirés de la famille , de l'atelier et d'ailleurs. Passant ensuite à l'étude de la guerre, il constate qu'elle est loin de répondre dans la pratique à ce qu'elle devrait être, d'après sa théorie du droit de la force. Les horreurs systématiques de la guerre le conduisent naturellement à lui chercher une autre cause que la revendication de ce droit ; et c'est seulement alors que l'économiste se charge de dénoncer cette cause à tous ceux qui veulent comme lui la paix. La nécessité de trouver au dehors une compensation à la misère résultant dans chaque nation de l'absence de l'équilibre économique : telle est, d'après Proudhon, la cause toujours réelle, bien que toujours dissimulée, de la guerre. Lés pages consacrées à cette démonstration et à sa théorie de la pauvreté, qu'il distingue nettement de la misère et du paupérisme, éclairent d'un jour tout à fait nouveau la philosophie de l'histoire. Quant à la conclusion de l'auteur, elle est bien simple. L'équilibre est, depuis le traité de Westphalie et surtout depuis les traités de 1815, la loi
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internationale de l'Europe. Il s'agit maintenant, non de le détruire, mais en le conservant de travailler *pacifiquement, dans chaque nation protégée par lui, à l'équilibre des forces économiques. La dernière ligne du livre, évidemment écrit pour refréner les ambitions impériales, est : L'humanité ne veut plus la guerre.
En 1861, après l'expédition de Garibaldi et le combat de Castelfidardo, Proudhon comprit immédiatement que la constitution d'une Italie unitaire allait porter ime grave atteinte à l'équilibre européen. Ce fut surtout afin de maintenir cet équilibre qu'il se prononça si énergiquement pour la fédération italienne, dût-eUe n'être tout d'abord qu'une fédération de monarques. En vain lui objectait-on qu'en étant constituée par la France, l'unité italienne allait rompre en notre faveur l'équilibre européen. Proudhon, faisant apjpel à l'histoire, constatait que toutÉÉtat, qui rompt l'équilibre en sa faveur, ne fait que préparer contre lui une coalition, et par celle-ci, une diminution de son influence et de sa force. Il ajoutait que, les nations étant essentiellement égoïstes, l'Italie ne manquerait pas à l'occasion de mettre son intérêt au-dessus de sa gratitude.
Conserver l'équilibre européen en diminuant les grands États et en multipliant les petits ; réunir ceux-ci en fédérations organisées, non pour l'attaque, mais pour la défense ; et, avec ces fédéra-
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lions ({ui, si elles ne Tétaient déjà, deviendraient bien vite républicaines, faire échec aux grandes monarchies militaires : Tel fut à partir de 1 861 le programme politique de Proudhon.
Les fédérations, disait-il, n'auront pas seulement pour but de garantir, dans, les limites du possible, le régné bienfaisant de la' Paix ; elles auront encore pour eflfet d'assurer, dans chaque nation, le triomphe de la liberté sur le despotisme. Plus un État unitaire . est grand, plus la liberté y est en péril ; plus, si cet Etat est démocratique, le despotisme sans contrepoids des majorités y est redoutable. Avec la fédération, il n'en est plus ainsi. Le suffrage universel de l'Etat fédéral est équilibré par le suffrage imiversel des Etats fédérés ; et celui-ci l'est à son tour par la Propriété y forteresse de la liberté, qu'il s'a^t, non dç, détruire, mais d'équilibrer par des institutions de MuiiialUé.
Toutes ces idées, et bien d'autres encore qui ne sont qu'indiquées dans l'étude sur la Gufirr$Mih Paix y ont été développées par Proudhou,4ftn«:SÇ8 publications ultérieures . La première aura pour épigç^phe. :, Des^ réformes toujours^ des utopies jamais. Le penseur avait évidemment accompli son évolution, r . ,, • ' /
Le Conseil d'État du canton de Vaud ayant mis au concours la grande question de l'impôt, précédemment agitée dans un congrès tenu à Lausanne,
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Proudhon se mit sur les rangs et remporta le premier prix. Son Mémoire a été publié en 1861 sous le titre de Théorie de V Impôt.
Vers la même époque, il écrivait à Bruxelles, dans VOfj^ce de Publicité, de remarquables articles sur la question de la propriété littéraire, qui se discutait dans un congrès tenu en Belgique. Ces articles ne doivent pas être confondus avec les Majorats littéraires , travail plus complet sur la* même question, et qui fut publié en 1863, quelque temps après son retour en France.
Arbitrairement excepté de l'amnistie en 1859, Proudhon avait été, deux ans après, gracié par mesure spéciale. Il n'avait pas voulu profiter de cette faveur, et semblait décidé à rester en Belgique jusqu'au 2 juin 1863, époque à laquelle le bénéfice de la prescription lui était acquis, lorsqu'une absurde et ridicule émeute, que suscita à Bruxelles un article publié par lui sur la fédération et l'unité en Italie, le détermina à hâter son retour èn-^Rranbe. Des pierres avaient été lancées contre la maison qu'il habitait, dans le faubourg d'Ixelles. Après avoir mis sa femme et ses filles en sûreté chez ses amis de Bruxelles, il arriva à Paris en septembre 1862 et y publia la Fédération et l'Unité italienne, brochure qui commence naturellement par l'article ayant servi de prétexte aux émeutiers de Bruxelles.
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Parmi les ouYrages commencés par Proudhon en Belgique, et que la mort ne lui a pas permis d'achever, il faut citer en première ligne une Histoire de Pologne , qui sera publiée ultérieurement , et la Théorie de la Propriitéy qui a paru en 186S, avant les É'oangiles annotés ^ et après le volume intitulé : Du principe de Vart et de sa destination sociale.
Les publications de Proudhon, en 1863, furent : 1* Lesmajorats liitér aires, examen d'u^n projet de loi ayant pour but de créer y au profit des auteurs y inventeurs et artistes, un monopole perpétuel; 2® Du principe fédératif et de la nécessité de reconstituer le parti de la Révolution ; 3° Les démocrates assermentés et les réfraciaires ; 4° Si les traités de 1815 ont cessé d^ exister ? Actes dû futur Congrès.
Le mal qui devait le tuer ne faisait qu'empirer : mais Proudhon travaillait toujours!... Une série d'articles publiés en 1864, dans le Messager de Paris, ont été réunis en brochure sous le titre de : Noumlles observations sur Vunité italienne. Il espérait faire paraître la même année son ouvrage sur la Capacité politique des classes ouvrières ; il ne put en écrire le dernier chapitre... Il allait toujours s'affaiblissant. Son médecin lui ordonna le repos, n partit au mois d'août pour la Franche- Comté, où il passa un mois. Rentré à Paris, il se remit péniblement au travail... Dès le mois de décembre, les lésions du cœur avaient fait de rapides
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progrès ; l'oppression était devenue insupportable ; ses jambes enflaient et il ne pouvait dormir... • Le 19 janvier 1865, il mourut vers deux heures du matin, dans les bras de sa femme, de sa bellesœiu* et de Tami qui écrit ces lignes...
La publication de sa Correspondance, à laquelle sa fille Catherine s'est pieusement dévouée, aura pour effet, nous n'en doutons pas, de grandir sa réputation comme penseur, comme écrivain et comme homme de bien.