‹ Correspondance de P.-J. Proudhon (volume 4)Chapitre 13 sur 27 · GOBRESPONDANGE · texte numérisé non relu

GOBRESPONDANGE

moi, je suis las de ces visites, et ne veux plus de rencontres qu'avec mes collaborateurs ou mes adversaires. Agréez, Madame, l'assurance de mon respectueux hommage.

P.-J. Proudhon.

DE P.-J. PBOUDHON. 245

Paris, 26 mars 1847.

A M. MAURICE

Mon cher Maurice, je vous suis on ne peut plus obligé de Tintérôt que vous prenez à mon sort. Vous savez que ce qu'il y a de précaire dans ma position changera le jour que je voudrai, et je n'ai tant marchandé jusqu'ici que parce que je voulais, avant de me livrer décidément aux affaires, mettre fin à la série d'études économiques que j'ai commencée, et voir ensuite si je ne pourrais me caser mieux selon mes goûts.

Eh bien! mes élucubrations touchent à leur fin; j'entends par là que je ne compte le reste de mes jours traiter que des questions partielles, suivant les circonstances et le besoin. D'un autre côté, il m*est à peu près démontré que je n'ai aucun espoir à fonder du côté des lettres et du journalisme; j'ai mérité l'antipathie de tout le monde. Quant au gouvernement, il va sans dire que, fussé-je un Newton en science économique, il n'y a pas de place pour moi, La répulsion que j'inspire est générale : depuis les communistes, républicains et radicaux, jusqu'aux conservateurs et aux jésuites, les jésuites de l'Université y compris.

Ces prémisses posées, il ne me reste plus qu'à régu-

lariser ma position , et c'est ce dont je m'occupe avec MM, Gauthier. Après leur avoir fixé mes conditions de travail, je les ai priés de poser eux-mêmes les chiffres ; ils m'ont répondu : pose-les toi-même. Et nous voilà à faire assaut de modestie et de confiance. Je terminerai ce joli différend au premier jour, puisqu'on m'en prie.

Je regrette fort les ennuis que vous donnent mes honorés cousins, que j'accuse ici beaucoup plus que leur père. Je crois môme entrevoir que ces messieurs ont profité de la commimauté où ils vivaient tous, il y a un an, pour laisser prendre tous les engagements par leur père, sauf à dire ensuite que sa signature ne les obligeait pas. C'est une rouerie grossière et malhonnête, à laquelle ils ont été conduits par leurs divisions intestines et leur manque absolu de savoir-vivre.

Le Code de commerce appelle cette manière de payer ses dettes : faillite ou banqueroute. Vous sentez bien que le pauvre vieux Brutus, abandonné par ses deux fils les plus capables (le troisième est idiot, le quatrième timbré, et le père ne vaut guère mieux); vous sentez, dis-je, qu'il n'est plus en état de s'acquitter, ses deux fils l'ayant laissé sans autorité, sans travail et sans avoir. Si donc vous voTilez poursuivre, je crois que vous feriez bien d'assigner tout à la fois les fils et le père, d'avoir un jugement qui les condamne solidairement, vu que le billet souscrit par le père l'a été pour la communauté.

En attendant, voici la lettre que vous me demandez, et que vous cachetterez et enverrez après lecture.

Je vois quelquefois M. Convers. 11 m'a donné pour raison de son vote, dans l'adresse, que l'opposition n'était à ses yeux qu'une coterie d'intrigants, n'ayant pas un principe, pas une idée, pas une tendance qui

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lés distîngtiât réellement des cor^servateurs ; qu'il ne voyait, dans toutes les disputes que jalousie et amourspropres en jeu ; et que dans sa conscience, et surtout en présence des récriminatioBS de TAngleterre, il n'avait pas cru devoir donner tort à un ministère, qui pour la première fois tenait tète à Tétranger. Tout cela peut être sincère et vrai ; mais il reste toujours que Convérs s'est laissé enrégimenter dans l'opposition par §es propres électeurs ; que, malgré la liberté du vote, il y a dans l'élection quelque chose qui, relativement à la marche générale des affaires et à la couleur à suivre, ressemble à un mandat impératif; que, quand on se sépare, il faut le faire hautement et à la suite d'explications, etc., etc. C'est ce que sentait très-bien Demesnay, Thomme au sel, qui, tout conservateur déclaré qu'il est, aurait souhaité que Convers ne se séparât pas si brusquement de ses amis.

Je regrette ce vote de Convers; je le regarde comme une faute de jugement de sa part, bien plus que comme une apostasie ; je pense de lui qu'il n'a pas la conscience assez robuste pour émettre im vœu que^ secrètement il désapprouve, ni la caractère assez fort pour accuser en face son parti, comme Ht une fois Lamartine; et je crois, pour moralité de tout ceci, que le mandat de député ne convient qu'à des âmes énergiques ou à des imbéciles. Convers n'est ni l'im ni l'autre.

Je n'ai visité encore aucune loge : je n'ai pas le temps; et, si je tenais à faire connaissance des pères bisontins, braves gens en général, je ne suis pas pressé d'aller me faire tuiler par ceux de Paris.

J'ai entendu parler ici des prédications de Hennequin. Je n'ai pas l'honneur de connaître ce parleur, et j'ignore

si je dois le ranger, avec Muiron, dans la catégorie des illuminés, ou avec Considérant, dans celle des mystificateurs. Mais le fait est. que le fouriérisme apparaît ici comme ime grande mystification, avec laquelle on tire de Targent aux niais, sous couleur de préparer Témancipation . du peuple. Ces gens-là sont du ressort de la police correctionnelle ; heureusement pour eux que MM. les gens du roi ne comprennent rien à TÉconomie politique.

Je vous prie, mon cher Maurice, de présenter mes i uii;^ es à M™°* Blecher et mes amitiés de vieux garçon a M"° Laure. Je vous remercie de Tattention que vous avez pour ma mère; j'ai appris, il y a quinze jours, qu'elle allait toujours mieux.

Tout à vous,

P.-J. Proudhon.

Lyon, CO mai 1847.

A M. MAURICE

Mon cher Maurice, je reçois aujourd'hui, 30 courant, votre lettre du 30, à laquelle je m'empresse de répondre, "" en attendant que je puisse vous fournir les renseignements que vous désirez. — Un voyage que j'ai fait à Dijon, pour cause de procès, et qui a duré du 5 au 28, m'a privé du plaisir de vous lire, et par conséquent de satisfaire à vos diverses questions.

MM. Gauthier ont fait un essai de service sur Paris ; cela m'a donné 'd'abord quelque besogne, et m'a détourné de mes occupations. Mais ils viennent de traiter avec un correspondant, et je n'ai plus désormais a m'octuper de ce côté-là. C'est un point qui ne me regarde pour ainsi dire plus et sort de ma spécialité.

L'affaire qui a exigé ma présence à Dijon est un procès assez grave, et relatif à des transports de grains. — J'ai trouvé, en arrivant, un long Mémoire de nos adversaires, ce qui m'a obligé d'en faire un autre, et la cause a été ainsi renvoyée, d'abord du 11 au 2îi, puis du 2o au 5 juillet. Dans ce voyage j'ai pu causer de l'avenir avec M. Gauthier jeune, et voici à peu près do quoi nous sommes convenus :

Mes premières conditions avaient été de 300 francs par mois et \m petit intérêt. Depuis, ayant eu la perspective delà direction d'un journal nouveau, j'ai témoigné à ces messieurs le désir de cumuler les deux choses, c'est-à-dire de renoncer à l'intérêt et par conséquent à un travail annuel dans leur maison, de leur donner seulement de temps à autre le coup de main dont ils auraient besoin, et de m'attacher à une publication plus conforme à mes antécédents et plus en rapport avec mes espérances.

Adopté.

Il est possible que je change encore une fois d'avis, et que, faisant de la maison Gauthier frères mon affaire principale, je m'occupe seulement par surcroit du journal qui doit rester hebdomadaire; ceci dépendra de la tournure que prendront les choses lorsque la publication sera commencée.

Quoi qu'il arrive, je regarde ma position comme faite, soit de ci, soit de là. — Je profite d'un répit de quelques semaines pour achever une dernière publication, qui doit servir, ou de manifeste au journal, ou de plan à quiconque voudra suivre la même ligne socialiste et politique.

Voilà ma situation nette; il y reste, comme vous voyez, encore quelque incertitude, provenant de ce que le journal est à faire ^ et ne peut commencer à paraître avant quatre mois; et ensuite de ce que je ne puis renoncer à cette entreprise, qui, si je ne me trompe, doit me poser devant le public, et amener rapidement le succès de mes théories, ou ma déconfiture (comme économiste).

C'est cette incertitude qui en ce moment cause toute ma gêne. Je suis, pour employer un mot à la mode,

aans un état de traTisUion'pen agréable, et placé à une croisée de route où je ne sais quel parti prendre. Serai-je tout à fait homme d'affaires ou tout à fait publiciste? Serai-je l'un et l'autre, et comment se résoudra la question de mon bien-être matériel? Je vous l'ai dit en partant : la solution ne peut se faire lon^emps attendre, et je souffre, moi si afûrmatif, si incapable d'indécision, je souffre de cette situation ambiguë.

Je vous raconte toutes ces choses, mon cher Maurice, avec une simplicité d'enfant. — Il en est de moi comme d'un joueur ou d'un ivrogne : je prends les plus belles résolutions, et je, les tiens à merveille, tant que je n'ai à ma portée ni les cartes ni le vin ; mais vienne l'occasion, et je retombe misérablement. C'est une espèce de fanatisme à froid, une passion par habitude, quelque chose fi>ffrayant; mais ce quelcpie chose, qui m'a fait faire de grands efforts en tout genre, ce quelque chose qui fait mon malheur, est aussi ce qui fait toute ma force. Je ne serais encore bon qu'à Ure des épreuves et à composer des lignes, si la fièvre socialiste ne m'avait lancé dans 1^ études économiques, où je pourrais bien, sans que cela paraisse, avoir fait une révolution. Or, ce sont les études économiques qui tout à coup ont fait de moi un homme propre aux affaires; voilà la filière.

Pendant mon séjour à Dijon, j'ai fait une échappée jusqu'à Burgille, et de là à Besançon, où je n'ai vu presque personne. Le but de cette course était le transfert de ma dette de 4,000 francs de Viancin et consorts à M. Renaud, ex-notaire, qui a opéré le remboursement, et qui, par ce service, m'a débarrassé de créanciers incommodes, et en même temps donné décharge d'hypothèques sur quelques brimborions'qui périssaient

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faute de pouvoir être vendus. Mon frère, un peu plus à Taise par cette combinaison, me sera moins à charge; moi-même, je serai plus libre dans mes mouvements; et notamment, je pourrai songer au remboursement de ce que je vous dois, avant de penser aux 4,000 francs par lesquels dans le cas contraire il m'aurait fallu commencer.

Mes appointements, de quelque façon qu'ils se composent, augmentés du produit de quelques publications, me donneront, je crois, de quoi vivre à l'aise, soulager ma mère, et payer une annuité de 1 ,000 francs à mes divers créanciers. — La maison du Petit-Baltant vendue ferait un grand coup. Je n'ai pas besoin de vous en dire davantage, vous voyez mon état. Comptez donc, mon cher Maurice, comptez bien que je ne vous perds pas de vue; si je n'avais que vingt-cinq ans, j'oserais me flatter de faire fortune; mais j'approche la quarantaine, et je veux jouir par l'esprit avant de mourir; c'est ce qui fait que j'applique plus mon activité aux idéesj qu'à l'argent.

En passant à Besançon, j'ai appris que le plus jeune de mes cousins avait été conduit par la gendarmerie dans une maison de santé; le malheureux est devenu fbu. Je n'ai pas de nouvelles de ses frères et de Brutus.

Votre jpost-scriptum sur le bateau triomphal préparé par Bichet pour l'ovation de Convers m'a diverti fort ; mais n'est-il pas étrange que des hommes d'opposition reprochent au député de leur choix de négliger leurs affaires personnelles?

J'ai appris l'aventure de L*** par Bernard. Je ne croyais pas votre confrère si près de sa fin, et n'ai pu encore obtenir des renseignements sur le# causes de sa ruine. — Je trouvais à L*** un esprit faux et une con-

science douteuse. Mais il me semblait que, n'ayant qu'à suivre un commerce bien établi, il avait peu à craindre une catastrophe; me suis-je trompé? je l'ignore.

Je retournerai probablement à Dijon dans cinq semaines; et de là j'irai à Lyon mettre à exécution une partie du plan que je vous ai tracé plus haut. Je crois mon sort dans mes mains ; en travaillant fort et ferme, je pense que l'année sera bonne pour moi, malgré la misère.

Mes respects, s'il vous plaît, à ces dames, et puisque M"c Laure a la bonté de se souvenir de moi, qu'elle me permette de l'embrasser sur chaque joue.

Tout à vous.

P.-J. Proudhon.

â^ «ORRESPONDANCE

Paris, 4 Juia 1847.

A M. BERGMANN

Mon cher Bergmann, tu m'en croiras si tu le veux, mai j'ai été obligé de me donner congé aujourd'hui pour t'écrire, ainsi qu'à quelques amis qui ne manquent pas de dire, ainsi que toi, que je les délaisse. Sans autre préambule, je commence par te rendre compte de mon temps.

J'ai d'abord reçu ta lettre d'octobre dernier, répondant à la mienne, par laquelle je t'annonçais l'envoi de mon ouvrage. Je suis également en possession de ta missive du 7 avril, contenant tes reproches d'amitié et tes critiques; si tu m'as adressé d'autres lettres, je ne les ai pas reçues.

Qu'ai-je donc fait dans l'intervalle de tes deux épitres et surtout depuis la dernière ?

En octobre, novembre et décembre, les affaires et les procès de la maison m'ont retenu à Lyon, presque continuellement; j'ai eu l'agrément de voir arriver à bien plusieurs de ces Utiges dont l'étude forme la partie essentielle de mes fonctions, et dont l'importance financière varie depuis 50 jusqu'à 200,000 francs. J'en suis au huitième arrêt de Cour royale, rendu sur les con-

clusions de mes Mémoires. Tu vois que, si je suis utopiste dans mes livres, je suis assez praticien dans les affaires; j'ajoute qu'à mes yeux je raisonne partout de la môme manière, et toujours d'après les mêmes principes, mais diversement exprimés; en un mot, ma théorie et ma pratique sont parfaitement adéquates ; tu me permettras d'en conclure un favorable augure pour mes plans de réforme.

J'ai passé presque tout le mois de janvier à Besançon et à Burgille, petit village où ma mère réside avec mon frère. J'ai cru un moment quej'allais enterrer la pauvre vieille; cela m'a causé beaucoup d'inquiétude et m'a fait voir combien, après cette mort, j'allais me trouver seul au nçionde, et sans affections. Cela m'a donné de la tristesse; mais la convalescence de ma mère, mon départ pour Paris, et une nouvelle affaire monstre de mes patrons, qui n'ont pas tardé à me suivre, m'ont bientôt apporté de nouvelles distractions. Pendant un mois, je me suis trouvé en rapport journalier avec quarante députés, pour demander au gouvernement 2,000 chevaux avec lesquels MM. Gauthier frères offraient d'opérer la remonte des blés sur le Rhône, et d'approvisionner tout l'Est de la France, à im prix de voiture cinq fois moindre que celui des Compagnies. Il en serait résulté que le prix du pain aurait été dès le 15 février réduit partout à 20 centimes le kilogramme, au lieu de 40 et 50; c'était, pour tout le pays, un bénéfiice de plus de 100 millions. Nous avons été parfaitement accueillis des députés , mais poliment éconduits par MM. les ministres ; cela devait être.

En mai dernier, une autre affaire m'appelle à Dijon , j'y ai passé presque tout le mois à préparer une cause, écrire im Mémoire, l'imprimer, etc. C'est donc à peine

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sî, dans tout ce temps, j'ai pu m*occuper de la solution de mes Contradictions économiques.

Actuellement, je suis engagé à donner mes soins à la publication d'un journal hebdomadaire, le Peuple, qui devra paraître en novembre ou décembre au plus tard. Le fondateur va se mettre en route pour recueillir les souscriptions d'actions et d'abonnement; j'achèverai mon livre qui servira de manifeste à ce nouvel organe, et nous serons à la besogne, j'espère, vers l'arrière-saison.

D'xm autre côté, MM. Gauthier frères, tenant toujours plus à mes services, m'ont demandé de régulariser ma position avec eux; nous sommes convenus de 4,000 fr. par an d'appointements, soit 300 fr. par mois, s'il ne me convient de travailler que quelques mois et à bâtons rompus.

Le journal le Peuple me vaudrait 3,000 francs.

Voilà ma vie, ma position, mon avenir. Si je puis une fois parler au public autrement que par des Uvres, et traîner de force sur le terrain des \Taies questions cette canaille de journalistes, d'utopistes et d'économistes, je ne doute pas que la situation générale, dans Topinion, dans les affaires et dans le gouvernement, ne s'en ressente bientôt. J'espère qu'alors tes bons avis ne me feront pas faute 1 Dans cette vue, tu permettras que je te compte parmi les abonnés duPeuple; 12francs par an, deux feuilles par semaine.

Venons à tes critiques.

Tu as raison, tout à fait raison , quand, te plaçant au point de vue de la science pure, tu me reproches les personnalités qui, selon toi, déshonorent mon livre; qui, selon d'autres, en font tout le charme. J'ai, comme tu l'as parfaitement reconnu, des inclinations scientiqfiues; cependant je reste pamphlétaire; est-ce faiblesse

dliabitude ou erreur de jugement? Je m*étais posé la question avant de prendre la plume.

Je crois, mon cher Bergmann, que la forme de mon livre, comme de toute polémique, est commandée par la nécessité. Ce que tu me reproches, tient aune théorie que je me suis faite sur la responsabilité littéraire et la personnalité des opinion^, théorie qui fera quelque jour la matière d-un numéro de mon journal. Sdon moi, en matière de politique, de morale pratique ^ de science, sociale, de tout ce qui tient à la vie active et à Tactuar lité des sociétés, les théories ne sont pas seulement de» idées i des abstractions de Tesprit; ce sont aussi dés intérêts, des influences, des coalitions, des intriguent des personnes. . . ; avec toi, et surtoixt dans une lettre, je n'ai pas besoin d'en dire davantage; tu vois ma thèse; tu comprends commmit sans en vouloir aux personnes je fais', nécessairement et avec préméditation, de la personnalité; enfin, tu sens qu'à tort ou à raison je suis encore guidé en cela par des considération^ de science; ii ftot attendre mes explications avant de me epn*damner.

Pour tout ce qui regarde tes objections sur Hég^l, sur la définition de la vakur, sur le libre échange, sur la possibilité de sortir, par une théorie applicable, de la pratique sociale existante, je: te renvoie'à ma prochaine publication* Tu jr retroùyeràsjla: plupart dç tes arguments rapportés et réfutés; et quant à la conclu^ sion . négative que tu veux « tirer malgré moi de, nion livr#, tu verras par la (X)mlasion positiviiqne'i 'en donne, comi^en peu^ étai^çnt fondées tés critiqués. Poi|iK}upi affirîner d'avance que i je ne puis sortir du sjf^ème actuel sans tomber dans l'uto^He que je réproi^vei.? pourquoi ne pas attendre ina coneluiaon? «J'aif^t un^

COBBBSP. If. 17

(ffifaqae, nen /db' pltts ; cnûqand i|iédiodi(|aâ, il est: vpai^ et qui contient tous test'âémeBis da ma synthèsft, lûan que celte s^tbèse ne s'y déeouvre pas« Maisr lQxs(|ae f affirme que cette synthèoetexisUv. que je la.possèds, qti^eflé^ satislanl & toutes: lea ccmditidfts du pn)blème ; j^urquoisiwlenitc^ e«hfcn'«lt /p^ ne peut pas ètie? ' Tu me r^roches mea étymokgiesr; si elles: tet dépkir-r dent, r6garâe«<^les GomipA idesi catodb^ et daî^Qe eOBsidérer, chose que* f'ài. dite) qudque «part, que jene ted pfésente que: aeuiSv bâiéfice dlnventaire, et ccaocone linoyén de mieux readre na prisée; mtais que je ne lea garantis pàa# J'y crois, à la ^vérité; mais enfin nm eroyasioe n^«sl paa ^à mes yeux fondée sur une telle; certitude que }e ptoûaseidire : Cela t$i: aussi ne présenter, je mes étymblegiésque comafiBe d/es aperçus^ des ana-^ fogi€fsr c'est ce (ju'ont.-fei-i de tous temps les éeriyainsj - Tti ne veux paëquô je mêle ila* théologie à la science èociale; tu me r^oofihes.mon iProfo^v^ et mes digc^-. âîons sur Dieu, le mal, etc.Je creJins fort, monicher Bèrgmann, it^uetu n'aies cédé iwiv ce point à lamaur^ vaise humeur , car je persiste à croire que les questions sur t)îeu, sur la destinée humaine, toc les idées,, sur la certitude, en un knoi que toates iea h4»ites quesUonsde la philosophiez &mt partie* intégrante<d& la ^ifffi^ économique, qui n'en «fit, après; it^i»t,'.^ue. la réalisaiUoa è](térieurev ^omnie^ le phéQom^ ' est IJexpnesisioQ du

' Bis pluiètiqàe nousfiommeftifatiguéa.derthédQgievet de^itiétaphysiqiie^ qas^nousinr'ainH^na plu^/qu'on aovis en parle; quHl'fiaiiti parler de lat a»isèr(ii.et «a^paa pHiles ^^/kàLs de la Taieur des jBnfii^Kiï&nonide la^aletuTi^a \MMit du goUTem^mait de H'huttamMâ non du gouyesHtaement d^ ta ProvidjBUEe^ feÉc^^iéte* Maiftitut! sau». tei*^

DE P/J.|PROUIMiON. »0

m6me quelle iuconséquexice il y a dans cette prétention des esprits blsisés ; et, à coup sûr^ je n'étais pas homme à m'y soumettre.

Jesens profondément, combien il reste à faire poux établir mes théories^ sur Dieu, Tâme, la destinée de rbomme^ lu certitude, etc. Mais enfin j'avancerai peu à peu; et comme après tout je suis certain, parfaitement 4^rtaini d'arriver à xm résultat positif, immédiat, en économie sociale, je trouve dans cette réalisation \m argument en faveur de l'adoption ultérieure de mes autres, diéories. Oui, te. dis-je, la société marche à im état directement inverse\de celui où elle est maintenant, et elle y marche par le dével<çpement des principes mêmes qui ont fait l'état actuel. C'est ce que je démontrera^ jusqu'à l'évidence, para plus}, indépendamment de toute considération philosophique,^ politique ou religieuse.

Ge^te inversion de la société, c'est mon systimit;^ quand tu auras touché le fait, comme saint Thomas, tu avoueras peut-être que j'avais raison.

En attendant, mon cher philologue, je te supplie de faire pour l'Économie politique ce que tu me recommandes pour l'étymologie. L'Économie politique, vois • itu, c'est la philosophie de la comptabilité ; je te préviens, d'après l'expérience que j'en ai faîte, que tout ce qui est comptabilité est à peu près lettre close pour les esprits qui, comme le tien, n'ont pas passé par la routine des bureaux. J'ai été longtemps, pour ma part, à ne rien concevoir sur la tenue des livres, le crédit^ le dibU^ la manière de balancer un compte ; je ne comprenais pas le mécanisme de la banque ; je voyais partout des absurdités et je me trompais. C'est ce qui t'arrive quand tu raisonnes sur la balance du corn-

mercc ; tu me présentes un calcul qui ferait rire aux éclats tous les scribes.de notre bureau, parce qu'euxmêmes ne connaissent pas la raison de ta méprise. La langue des affaires, la langue économique, a ses formes que le premier venu ne saisit pas d'emblée. Nos économistes du libre échange m'en fourniraient des milliers de preuves. Il n'y a pas un de leurs arguments qui n'implique une erreur de comptabilité} ce sera le point de départ de ma nouvelle critique; juge si l'étonnement sera grand.

Pardonne-moi ma négligence, mon cher Bergmann. et sois sûr que je n'ai pas besoin d'un rappel à la modestie pour me souvenir de mes amis. J'ai vu deux fois Maguet depuis mon arrivée à Paris; il va rentrer définitivement dans son pays, où il se mariera et seira un honnête père de famille et un honnête homme.

De mon côté, si comme je l'espère ma situation s'améliore, j'aviserai à me donner de nouvelles affections, mais surtout ù éteindre mes dettes. J'ai déjà commencé, et si je ne t'ai pas accordé la priorité, c'est que franchemeut j'ai cru que tu étais le moins besoigneux de mes créanciers.

Mes respects à W^^ Ber^mann, s'il te plaît.

Tout à toi.

P.-J. Proudhon.

DE P.4, PHOUDHON. 361

Lyon, 25 aolit 1847.

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