‹ Correspondance de P.-J. Proudhon (volume 4)Chapitre 14 sur 27 · A M. ANTOINE GAUTHIER · texte numérisé non relu

A M. ANTOINE GAUTHIER

Mon cher Antoine, M. T*** vient d'accepter nos propositions. Dans sa lettre, reçue hier, il nous engage à voir MM. B ^** et à nous entendre avec eux. Son fils, que j'ai rencontré, m'a dit de son côté que les compagnies songeaient sérieusement à fixer au commerce des prix maximum, quelque chose comme 3 francs pour le Rhône, et à s'assurer des correspondants dont les prix seraient modérés, pour le service de la Saône et des canaux. De cette manière, les compagnies traiteraient le transport direct de la Méditerranée au Rhin et à la Seine, et l'on enlèverait à la voie de Rotterdam bon nombre de marchandises qui échappent à la ligne de navigation du Rhône. Voilà les projets ; nous allons tâcher d'en savoir davantage.

Ch. A***, E*** et B***, C*^* sont ici, cherchant à organiser leur service. Il y a réunion vendredi prochain chez Briandas pour cette affaire. Celui-ci a invité Victor à passer auprès de lui samedi ; il le mettra au courant des projets des nouveaux venus.

Il n'est pas douteux, selon moi, que puisque nous ne pouvons attaquer les compagnies du Rhône sur leur

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propre ligne, n'y ayant pas de remorqueur, le plus sûr est de nous accorder avec elles pour la reprise et la réexpédition des marchandises. Ce sera toujours ime sollicitation dans le Midi, dont peu à peu nous nous épargnerons les frais. Dans le cas môme où les compagnies se feraient entre elles concurrence, — et c'est le cas que prévoit C***, parce que c'est celui qu'il désire le plus, — il nous conviendra de nous raccorder avec B""** et de ne faire ainsi qu'im même service de Marseille à Strasbourg. Sur tous les points de la France, les affaires sont à des associations de cette espèce, si tant est que ce soit de l'association 1 Bon gré mal gré, il faut y prendre place ou rester court.

Nul doute que la ligne de Paris ne doive un jour être ralliée à cette grande ligne du Rhône au Rhin, véritable grande artère de la navigation de l'Est. Mais cette ligne de Paris est impraticable tant que l'Yonne n'aura pas été canalisée comme la petite Saône, tant qu'il n'y aura pas de remorqueurs entre Paris et Montereau, et plus tard entre Montereau et la Roche. La navigation par le canal de Bourgogne, jusqu'à ce moment-là, sera d'autant plus misérable que Tannée prochaine le chemin de fer de Paris à Tonnerre sera livré au public, et qu'alors, au moyen d'un transbordement à Tonnerre, toutes les marchandises venues de Paris pour l'Est seront enlevées aux services actuels. La compagnie du chemin de fer, en attendant l'achèvement de la ligne jusqu'à Dijon, fera elle-même suivre ses marchandises par la voie d'eau ; on traitera pour cet objet avec un entrepreneur \ il n'y aura momentanément plus de navigation entre Paris et Tonnerre ; il ne restera que ce tronçon, entièrement monopolisé, de Tonnerre à Saint-Jean-de-Lome.

W^W;iMSBflDN. m»

C'^sl au BCT^iee d 'Aisaoe qu'il tnits^attedier de^iÉ '^n plus; or, leproblèPOM de ee aemce 'est tottt âotàsr ^ans Torganisation del-accâérée, mooÉée et décnse. >

Hier, j'ai feit le iiompte âe revient de la déoise,*!^ j'ai fait yérifier par les livres et par le trayail des six derniers mois ce qu'elle pouvait devenir. En ce moment elle ne. fagne rien, elle perd plutôt; mais je la crois tout à fait susceptible de rendre des bénéfices. Je trouve le prix de revient depuis Mulhouse, pour un chargement de 20,000 kilos, 2 fr. 50, pour im chargement de 50,000 kilos, 3 francs tout compris, même les droits de navigation sur le canal, et l'assurance. On peut donc, on doit pouvoir, dans tous les cas, à 3 fr. 50, et même 3 fr. 25, ne rien perdre et gagner quelque chose. A cet égard, les prix du tarif de marchapdises sont trop forts. Il est vrai qu'une bonne partie des décises provenant de Besançon, les frais du service s'en trouvent relativement augmentés ; je crois pourtant que n'allant jamais au-dessous de 2 fr. et 1 fr. 70 pour la décise de Besançon à Lyon, on ne risque rien. C'est le prix de marchandise à Lyon qui est trop élevé.

Hier, nous avons été renvoyés par le tribunal de commerce des frais d'ime assignation de Richard fils, de Dijon ; c'est toujours une centaine d'écus de sauvés.

L'aÎTaire T***, qui devait être plaidée, a de nouveau été renvoyée à demain jeudi.

Le règlement de la compagnie, après deux ou trois heures de plaidoieries des avocats, est renvoyé aussi après les vacences; la Cour nous a accordé seulement, en sus des 30,000 francs que nous devons à. la compagnie, ime provision de 20,000 francs, sur laquelle MM, T^* ont imnoiédiatwïient fait saisie-arrèt.

Les litiges nous coûtent, démarches per^o&neUes et

temps eailevé aux affaires, peut-être 20,000 francs par an. C^est une véritable plaie, sur laquelle il me tarde de Toir appliquer le cautère du service poste. J'attends tout de cette réforme. Dis-moi donc où tu en es. Tout à toi.

P.-J. Proudhon.

DE P.-J. mOODHON. ^

Lyofi, 36aoùt iai7.

A M. MAURICE

Voilà, mon cher Maurice, ce que j'ai recueilli sur les cu^dU de la foire de Beaucaire et les réflexions qu'ils m'ont inspirées.

Que voulez-vous maintenant que je réponde à votre reproche ? Je m'aperçois, si je cherchais une excuse, que je dirais quelque bêtise; j'aime mieux avouer purement et simplement que j'ai eu tort. Je suis arrivé à Besançon vendredi à six heures du matin ; j'ai couché la nuit chez M"«« Cretet et Gauthier ; je suis reparti le lendemain à cinq heures. Mon temps a été presque entièrement absorbé par les frères Gauthier, sauf ime visite à l'imprimerie et une demi-heure passée chez Canard pendant l'enterrement de Cazalo.

Je travaille aujourd'hui avec résignation et dévouement à couvrir mon arriéré et rattraper l'avance. Je ne puis répondre cependant de mon séjour à Lyon : les hommes et les choses varient tantl Cependant, je tiendrai bon jusqu'à ce que je sois trop vexé ; auquel cas j^éclaterai comme une bombe et enverrai tout promener. En attendant, je prépare les numéros du petit journal qui doit paraître sous ma direction à dater de

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décembre prochain, et qui, s*il a du succès, me ferait xme position supérieure à celle d'aujourd'hui. Mais je ne lâcherai pas Lyon avant un succès bien constaté; vous pouvez m'en croire.

J'ai bien ri de ce que vous me racontez de Convers. Le pauvre homme e&t donc rentré, sans tambour ni trompette, comme les deux rats de La Fontaine, passant à la brume sous la porte de la ville, et allant se mettre au lit comme une jexme fille qui vient de commettre avec son amant quelque sottise I Bravo la députation bisontine I Pour avoir quelque chose de plus bote, qu'on .nomme Bretillot , cette réputation usurpée a besoin d'un piédestal pour être mise à néant.

Je suis si bourru, si occupé de politique et d'affaires que je ne puis trouver le plus petit mot agréable à dire à M™«« Blecher et à votre petite fiUe. Ne la mariez pas, entendez-vous, ni à un homme de lettres, ni à un homme de parti, ni à un soldat. Un bon et honnête négociant ou industriel, un franc campagnard, vu estimable fonctionnaire de l'administration, tout ce qui respire la modestie, le travail, la liberté, voilà ce qu'il faut pour le bonheur d'une femme. Point d'avocats ni de substituts, surtout.

Qu'elle me pardonne, cette chère enfant, ces réflexions déjà si sérieuses, et qu'elle me réconcilie avec son papa, en recevant le baiser bien fraternel que je lui envoie.

Je vous serre la main.

P.-J^. Proudbon*

DE #.-J. MeODHON. WbT

Lyon, i9 septembre f8<l7.

A M. GUILLAUMIN

Monsieur Guillaumin, je quitte la maison GauUiier frères, où je suis employé depuis quatre ans. Mon intention étant de me caser définitivement à Paris, je yiens sans façon vous demander si tous pouvez m^étre de quelque secours dans la circonstance.

L'ouvrage annoncé dans ma dernière publication est terminé, et je serai en mesure de fournir de une feuille 1/2 à 2 feuilles par semaine. Je compte qu'il pourra former 18 à 20 feuilles; mais, suivant votre convenance, je le porterais facilement à 30.

Pensez-vous pouvoir vous accommoder de cet écrit «t comment traiterions-nous? N*étant pas en avance, il me conviendrait pour commencer d'être rémunéré comme uaa ouvrier, à tant la feuille, pour xme première édition. Ce mode n'aurait rien de plus onéreux pour vous que celui que nous avions adopté pour le jSpistime des contradiciiom.

Je ne saii^ comment le public français a pris ce derr mer ouvrajf^; mais le fait est qu'une troisième tradue- Uon vient d'être annoncée en Allemagne. J'ai reçu en même t^nps le libelle d'im docteur Marx, ldsMisir4ê

368 COaaOSPONPAliCB

de la philosophie^ en réponse à la Philosophie de la misère. — C'est un tissu de grossièretés, de calomnies, de falsifications, de plagiats.

Tout cela me fait croire à un succès au moins égal pour mon nouveau travail ; mais il s'agit de vous et non de l'étranger.

Quelles seraient vos espérances? Vos nouvelles conditions seraient-elles meilleures pour moi aue les dernières?

Si, comme je vous en ai parlé, il me convenait de publier mon travail dans une feuille hebdomadaire, vous chargeriefc-vous d'éditer le livre, et comment?

Obligez^moi de me répondre rondement sur tout cela. Vous savez que j'aime à traiter de manière à ne revenir jamais sur rien, et que je redoute par dessus tout les contestations. Je me fie entièrement à vous pour me mettre à mon aise.

Êtes-vous en mesure aussi de rétribuer quelques articles pour votre journal, et, dans ce cas, pourrais-je espérer d'en faire recevoir quelques-ims?

Les ouvrages qui sortent de votre librairie, bien imprimés, sont en général peu corrects; les imprimeurs sont de plus en plus mal montés en correcteurs. Comme ce métier est précisément le mien, et que de plus l'Économie politique est. l'objet particulier de mes études, si je pouvais vous être de quelque utilité, pour vos épreuves, je serais tout à fait à votre disposition.

Enfin, je connais passablement la matière commerciale et fais tellement quellement la correspondance. Je serais, en qualité de commissionnaire de transports, par terre et par eau, aussi bon directeur d'ime compagnie que M. H. Bussard, votre ami et ancien rédacteur. Si vous entendez dire qu'on ait besoin d'un

homme quelque part, je vous serais très-reconnaissant de penser à moi.

J'ai la confiance qu'avec des connaissances raisonnables en typographie, transports, comptabilité, Économie politique, littérature, philosophie, je dois trouver à vivre; mais les quatre années que je viens de passer m'ont mis tout à fait à l'écart, et pour rentrer dans le monde j'ai besoin d'amis.

C'est à ce titre que je prends la liberté de m'adresser à vous, Monsieur Guillaumin, et que je vous prie de me regarder comme votre tout dévoué et reconnaissant,

P.-J. PROm)HOX.

P,-S. Un petit libraire, nommé Guynon, derrière le Grand-Théâtre, à Lyon, à qui j'avais remis deux exemplaires des Contradktîom^ et qai se prétend votre créancier pour je ne sais quelle somme et à quel titre, a refusé de me payer le prix des exemplaires.

Le fait est-il vrai ou dois-je poursuivre?

Réponse au plus tôt, S. Y. P. , .

28, quai Sainte-Marie-rdes-Chèaes.

:270 COWŒSPONDANCP

Lyoo, 2i octobre 1847.

A M. BERGMANN

Mon cher Bergmann, j*ai reçu dans son temps, ta bonne et amicale lettre du 25 août.

J'attendais, pour y, répondre, de savoir quelle tournure prendraient mes affaires, so^ yis-à-vis du nouveau journal, soit dans la maison Gauthier frères.

Je n'ai pas de nouvelles fraîches du Peuple. Le fondateur parcourt en ce moment le Midi, et passera peut-^tre à Lyon, mais il ne m'y trouvera pas. J'entends dire que celte publication ne manquera ni d'actionnaires, ni de souscripteurs ; piiisse-t-elle ne pas manquer de^ sens cornsHin !

Je quitte, probablement pour toujours, la maison Gauthier frères. Je ne m'étais décidé qu'avec une extrême répugnance à régulariser ma position vis-à-vis de ces Messieurs ; je sentais quelque chose d'antipathique à mes idées et à mes goûts dans la nature de leurs affaires, et surtout dans le mode de leurs opérations. Des critiques assez vives de ma part, puis des mécontentements réciproques m'ont déterminé brus^ quement à donner mon congé, qui n'a été ni accepté, ni refusé. Mais ma décision n'a pas besoin de la sanc-

DU p>i. p&ouwor^. m

iioa d'^ûtrui; dans quatre jours j'aurai quitté Lyon; et daixs dqs: ou douze, après aYoir été à Besancon en passant, je serai à Paris<

Je suis* très-eontent, très-satisfait, du parti que je viens de prendre. Il y a assez longtemps que je suis au service des autres; je veux être maître à mon tour, UB fût-09 que d'une hutte de sauvage, d'une ligne et d'un hwieçon. Et si jamais je dois supporter un patronage, j'aurai soin de prendre pour patron un étranger, uainoQimU, qui ne soit ni mon compagnon, ni mon eonâis^p]e^ ni mon ami; qui ne mette jamais les pieds diefis moi, qui ne s'occupe pas de moi, et chez qui je n'entre jamais.

, Je recouvre done toute ma liberté d'action. J'ai deux «ents frianes detant moi; mais Guillaumin consent à éditer mon nouvel ouvrage en me pa^rant chaque feuille au furet à mesure, et à me prendre quelques articles poua" le Jo/ltmal des Économistes. Les occasions feront le reste.

i^urès sept années d'études spéciales, je n'ai que mon Économie politique pour vivre; et comme cette Économie politique n'a de valeur que par l'appUcation, il s!en suit que, pour que je trouve ma place dans la soeiélé, il faut que j'y fasse une révolution...

J'admets volontiers que l'avenir donnera une autre sDlutkm à ce dilemme; mais pour le quart d'heure, je ne vois pas de moyen terme; et je serais insensé de ne pas embrasser hardiment la seule chance de salut qui cptO' reste. Il s'agit pour moi de passer le pont d'Arcole S0US la mitraille, par conséquent Je vaincre oU de mourir; je suis curieux d'en voir la fin.

C'est 4as$ cette disposition d'espi^t que je vais com-, menoer m(Hi'je^arnal. Je àiB mon^ quoique la chose.

272 GORHESP^DAr^GR ^

TafiTaire, comme disent les- commerçaiits, ne m'appar** tienne pas; mais c*est que je ^uie le scful qui puisse^ donner vie et succès à Tentreprise. Le prospectus, sortie en partie de ma plume, est irréalisable pour tout autre que moi; cela est si vrai que les fondateurs, rédacteurs, actionnaires et souscripteurs sont fort ea peine de savoir comment je sortirai de là. Je dis donc que le journal est mien; et j'entends qu'il se. conforme en tout à mes sentiments : Y sino^ no.

Tu conçois qu'en me faisemt journaliste, je ne YdÂ& pas mener ma barque à la façon des auipes, et foire ime concurrence de paroles avec mes futurs conlrère» de la presse parisienne, qu'ils fassent leur métier comme ils l'entendent. Qu'ils vendent des premiets^Paris, des feuilletons-romans, de la méchante critique, des faits divers et des annonces; cela ne me regarde pas. Quand nous en serons là, nous verrons.

Le journal le Peuple sera le premier acte de la révolution économique, le plan de bataille du travail contre le capital, l'organe central de toutes les opérations de la campagne que je vais commencer contre le régime propriétaire. De la critique je passe à l'action; et cette action débute par un journal. J'espère que la rédaction sera aussi originale que la position est exceptionnelle ; si Dieu me prête vie et santé, une fois l'impulsion donnée et la marche tracée, les coopérateurs viendront en foule, et tout ira à merveille.

Je conçois parfaitement tes critiques relativement au titre du journal. Ce titre m'a été im;posé à moi-môme; c'est dans un but de tradition, ou si tu aimes mieux de résurrection, qu'on s'est décidé pour ce mot, le Peuple, On a votilu se recommander à tous les lecteurs et actionnaires de l'ancien journal le Peuple; comme tu

MS P.^. PROtHmON. 373

vois, il n'y a rien, dans la pensée première qui a fait préférer cette désignation, que de parfaitement indus* triel.

Sans faire grand cas de ces raisons, j'ai pris sur-lechamp mon parti. Le Peuple, deviendra le sujet de mes premiers numéros ; le Peuple, être collectif; le Peuple, être infaillible et divin, voilà ce qui domine dans mon oeuvre, mais développé, bien entendu, à un tout autre point de vue, et sous ime autre forme que le Contrat ^ùcial. Autant, les vieilles théories sur la souveraineté du peuple sont vides et vagues, et par conséquent menteuses, autant j'espère que tu trouveras mes idées claires, positives et d'une réalisation immédiate et facile.

Je finis en t'embrassant, mon cher Bergmann, et en le rappelant que tu m'a promis de m'entretenîr une autre fois de tes travaux.

Tout à toi.

P.-J. PROÙDHON,

CORKESP. II. t8

m vt:ûim88P0NM^csl

Paris. i4 JànTieF iS48*

A M. MAGUET

Mon cher Maguel, demain lundi, 15 courant, à onze heures du matin, je prendrai le chemin de fer d'Orléans pour Angerville. D'Angerville, la diligence me portera à Ouarville où je coucherai, à moins que vous ou votre garçon ne vous trouviez à la descente de la voiture pour m'emmener à Voves.

J'ai besoin, cher .docteur, de deux ou trois jours de bonne vie animale pour 'me remettre. Voilà quinze jonrs que je suis alité, et que je ne sors pas. Ma tète est brouillée, et bien que je sois remis de ma maladie qui a failli être sérieuse, je suis dans une incapacité complète de travailler.

Docteur, vous allez répondre devant la postérité du socialisme et de l'avenir de la République démocratique et sociale. Je suis en ce moment le seul homme sur qui le peuple compte, et que les réacteurs redoutent.

Ahl quelle pension ils vous feraient, si vous pouviez m'envoyer ad patres.

Adieu, mon ami, à demain.

Votre philosophe,

P.-J. Paoudhon.

OEP^.noiaDmN. sm

Paxis, 22Janirier 1848.

A M. MAURICE

Mon cher Maurice, le but de la. présente est principalement de vous faire part de la mort de .ma mère, arrivée à Brugille, le 17 décembre dernier. La pauvre vieille est morte sans agonie, sans douleur, comme mon père, usée par Tâge, les peines, le travail, Tennui. Dans ses derniers jours, elle était presque continuellement dans ime rêverie ou léthargie qui l'enlevait aux choses de ce monde ; c'était comme un apprentissage de la mort. Enfin me voilà seul, passablement désaffec^ tienne, désillusionné, dégoûté. Cependant j'ai beau me dire, depuis que j'ai quitté Lyouj qu^ je n'ai plus ni famille, ni domicile, ni état, ni position, je ne peux, pas croire à ce complet dénûment, je ne m'habitue pas à cette idée que personne ne s'occupe plu3 de moi, que je n'ai plus cette vieille mère. . .

Je travaille comme un diable, je suis dans une sécurité profonde, je poursuis mon but avec une résolution, un acharnement incroyables; jene traiisige.sur rien, je n&renonce à rien. Je connais les hommes, j!ap[^récie parfaitement les choses, ma solitude, ma poigne; et pourtant, avec tout. Qel|l^etfao3 im repaître d^faussesespârances.

je n'en ai pas moins une confiance, en Tavenir et en moi-même, que par moments je suis tenté de regarder comme foUe. Une seule chose me rappelle à la réalité, et me rend la vie amère, c'est que mes anciennes affections 8*en vont et qu^aucunes ne les remplacent. , Ma mère était à peine enterrée, que la mort est venue frapper sa sœur, ma tante de Lantenne. Elle a succombé le 5 Janvier, en cueillant ime salade au jardin. Elle avait soixante-seize ans, trois ans de plus que ma mère. Elle nous laisse quelque chose ; mais je ne puis dire quoi, ne connaissant pas son contrat de mariage, et n'ayant pas la note des champs et acquisitions faitds par ia communauté. Suivant les habitudes du pays, siHiQiarif survivant, a la jouissance du tout, et mon finôre et moi ne pouvons rien avoir qu'à la mort de Tiffiu&ruiUer.

Dans les arrang^nents particuliers que nous avons faits ensemble au sujet de Timprimerie, vous avez dû prandre hypothèque sur mes biens présents et à venir pour la somme que je vous dois; si vous ne Tavez pas fait, je vous engage à le faire. Cela se peut-il d'une mmière générale, sans désignation ni description, c'est oe que j'ignore, et dont vous ferez bien de vous informer. Dans le cas contraire, vous pourrez demander à mon frère la note d^ ce qui nous doit revenir, ou bien je vous la ferai passer.

Je prépare les matériaux du journal hebdomadaire dont je TOUS ai parlé, et qui commencera, je crois, à paraître dans im mois ou au plus tard six semaines. L'entrepieneur éprouve un. grand embarras, à cause du cautionnement qui est de 50,000 francs ; je ne sais comment cela ira.

En même temps, je m'occupe d'obtenir la gérance

DE P.-J. PROUDBOff. 177

d'un journal de la navigation intérieure, que plusieurs maisons désireraient faire paniitre, et pont lequd tous savez que je suis assez compétent. Hais il y foudrait quelque sacrifice d'argent et il est très-<i^ificlte d*en venir à bout.

Yoilà pour le quart d^heure quelle est ma sÂluatioii. Comme je vous l'ai dit en partant, j'aille ferme espoir que la question sera définitivement vidée pour ttoi dans cinq ou six mois ; je serai quelque chose, je saurai ee que je vaux, j'aurai une position nette, ou bi^i j'aurai tout quitté, et je rentrerai dans les affaires pour ne plus m'occuper d'autre chose.

Hier, on s'est engueulé à la Chambre des àipaiéB^ à propos d'une démission obtenue, moyennani indenmilé, par un M. Petit, qui voulait être receveur partiiaiUer à Corbeil. Cela s'est toujours fait, dit Qtxizot.Ët toute la cohue qui Ta fait avant lui, qui en a usé et abusé, de lui jçter la pierre. Le plus grand bonheur qui pourrait arriver au peuple français, ce serait que cent doutés de l'opposition fussent jetés à la Seine avec une meule au cou. Ils valent cent fois moins que les conservateurs, car ils ont de plus que ceux^d Vh3rpocrisie.

Je suis paresseux pour écrire , vousr le savez. Croyez cependant que je ne vous oublie, aen pbp fue M™°» Blécher. Présentez-leur, s'il vous pleH, mes salutations respectueuses, et regardez-moi comme voire tout dévoué et reconnaissant, • - .

P.-J. PSOUDHDM. .

îft CORRESPON*ANCE

Paris, 25 février 1848.

A M. MAURICE

Mott cher Miatirice, je pense vous faire plaisir en TOUS donnant de mes nouvelles, au milieu de cette effroyable bagarre. Une révolution est chose dont la curiosité peut Tenir, quand on en juge sur des récits, mais qui vous fatigue prodigieusement l'esprit par la ctonfttsion et le vide, quand on est témoin. Vous connaîtrez les circonstances de l'événement par les journaux et la nomination du gouvernement provisoire. Je me borne à vous faire part de quelques détails particuliers et de mes impressions personnelles ; cela complétera pour vous l'histoire du 24 février 1848.

Les ftnites d'O. Barrot et de l'opposition qui le suivait oïit élé énormes, et l'événement a prouvé une fois de pitis Combien ces gens-là sont aveugles. C'était une faute de provoquer, sous prétexte de banquet, xme véritable insurrecUon ; c'en fui une bien phisr* grande de reculer après la provocation. Sans cette reculade, O. Barrot et son parti pourraient revendiquer l'honneur de la journée, qui appartient incontestablement aujourd'hui au parti républicain. Mais tout a été absurde dans la conduite de l'opposition.

Le lundi matin, elle annonce rue le banquet aura lieu. Aussitôt l'insurreclion s'organise.

DE P.^, .PB^MJWPN. m

Le luadi soir, le bftwqi*^ leçt ooMneuiwd^, Bt^.lliiH »iftrarectioft persi&te. ^ - ••

Le mardi, promenade imiverselle dans Paris. L'opposition est vivement accusée de lâcheté. Pour se rçK^lieter de cette faate^i die met le i^inistèr^ e^ accusation ; c'étç^^ souffler sur le ie^. Les barricades jçpmmençent, et Ip mii^stère donne, sa . déipi^iw ; t^i-croit que, \o\x\i ■. e^ fii^i ; mais Xouiâ-Pljiilippe marchande ; ilnoi)ampThier§ et Mole. Qnjtro\ityejq;i;ie cela w suffit pas» et Tom jCo^Ur. mie à se tirer des coups de fusiL ;

Les ohos^ e» étaient là lej^di»;q.U)aftd^.§u;ç rmsistance des insurgés, 0. Barrot est nommé. nùi^istre et chargé d'apaise^r rén^eute. .Me|is„ 0. Ç^rot ^ijt dépo-r pularisé; une proolamatioA. signée. da lui, ; 01^ j^e peut plus ridicule, . aQVèye. dei Je déc9nsidé|*jçj^^ ^jij^iôjçnç temps, ce grand, parleur,. grand imbéci^^^,. qui ayait 80,000 hommes pour , appuyer son ayèni^Qm^ntf, 4paaç ordre de faire retir^er .les,ti;oijpes4 c'é^it.l£fissçr Iç champ libre à Tinsurijection. Aufisi Ij^ p^pîe j^vançait toujours,, tant et ^i Jbie» qup ^^ôr.,à trois h^»res les Tuileries étaient ep ^osi po;gi,voir. En qç ç^Qpa^lt, LquIst Philippe abdiquait, et 0. JBa[rrot espérait enpçfe; lei^ paroles qu'il prononce \ fe, trifei^e c^t çU||^^. Af^^^ll^ iliest assez maladroit pour, parler, de; ^V^»*a çm?a, font rire doipitié. Ii'én^e\ite ^njtrait «jU: P§lais-Ppur^)on. .Qui donc vQUt la gucgrre ciyilei lui powf^Htron, dÂTe alors, si ce n'est vous? ,. : - . i : /;

A;Cinq heures, la Répuljique, -timide^, la. veille, peu rasguré^le matiçi, et jpi^» ^à; dçu^sl^eures, ne croyait

pas à elie-môme, était.pri^claDqfée. ,;..,.

Ainsi, la ïiéyolutipn^ f^te p^r upe imperceptible minoritfé, repousse du pied ses vraî§ a^te^0;,4^^n^ra des doutés de Topposition cqmpijB 4p?,c^<fgi?;|i^c^t,^gt7'

et-un de Charks X, qm^ e«x auau, oat fait une réfolution sans le youloir. Ils seront éUminës, et ce sera jnslice.

La République est placée sous la tuteUe de quelques honnêtes gens et de blagueurs de premîèie forée, mais d' une (incapacité rai^. Le 24 féyrier a été fait sans idée; il s'agit de donner au mouTement une direction, ei déjà je la vois se perdre dans le vague des discours. Je ne voudrais pas trop être pessimiste, d'autmt plus que j'ai pris part à Faction ; mais enfin, Theure de la fièvre passée, je me remets pbîlosophiquement à réfléchir ; et, pendant que les intrigants, qui ne croyaient à rien il y a trois jours, partagent la victoire, m<M qui avais tout prévu et qui étais prévenu, je regrette que les choses n*aient pu s'arranger autrement. Certes, le progrès de la France s'accomplira, quoi qu'il arrive, par la République ou autrement ; maisiil aurait pu s'accomplir tout aussi bien avec le gouvernement déchu tel quel, et coûter beaucoup moins. Ah 1 certes, le grand malheur de M. Gkiizot est de n'avoir pu dire k la fece du monde comlnen il était désabusé des fictions représentatives, monarchiques et autres ; là était, selon moi, le secret de sa politique, et comme, en fin de compte, c'est l'opinion contraire qui l'empoiie (puisqu'mie République, c'est toujours de la représentation et des guerres de tribune) ; la révolution qui vient de s'accomplir pourrait bien être une mystification de plus. Vous savez, mon cher Maurice, quel ces je fais de ces pauvretés pohtiques qu'on appelle pompeusement les droits imprescriptibles du peuple : le suffrage ^universel, le gouvernement des majorités, le régime psarlementaire, etè.-, etc. Je cherche quelque chose* de plus positif, et cTést péuf cela que tout en estimant peu le sy^me

DE p>j. raoïrmm. tel

vaincu iicrj je n-ai pas grande foi au sj^stème d'aujouid'hui.

Mais il faut vous dire ce que Je suis devenu.

Dès le matin, Uer jeudi, je me mis en campagne et J'ai commencé ma reconnaissance. Plus de cinq cents barricades coupent les rués et carrefours de Ptfris : c'est un labyrinthe de cinq cents Thertnopyles. Vers midi, ayant tout bien vu, je me rendis au bureau de la Réforme^ rue Jean- Jacques Rousseau, près l'hôtel des Postes. Le comité radical qui, la veîHe, ne demandait que le retrait des lois de septemlnre, avec quelques autres broutilles insignifiantes ; qui , hier matin , y ajoutait la réforme électorale sur de larges doses ; qui, à midi, réclamait de plus Y organisation du tratait, avec je ne sais quelle autre platitude, à deux heures parlait de proclamer la H^ublique. Après que le préisident îlocon nous exrt réconfortés d'une citation de Robespierre, comme lin capitaine qui fait une distribution d'eau-de-vie à ses soldats, je fus chargé d'adler composer chez un imprimeur ces gros mots :

CîtoyénSy Zouis-PAïUppe tous fait assassiner comme. Charles X; qu'il aille rejoindre Charles X!

Ce fut, je croîs, la première manifestation républicaine. « Citoyen, me dît le père Flocon à Tîinpirrmerié où je travaillais, vous occupez un poète révolntionnaire ; nous comptons sur votre patriotisme :i> « Vous poùvez^ compter, lui dîs-je en riant, que je ne quitterai ma besogne qu'après l'avoir faite. »

Un quart dlieure après que la susdite pfocîamialîoii fut distribuée, la fusillade commençait au Palais-*RoyaI, et bientôt les Tuileries étaient enlevées. Voilà la patt que j'ai prise â la révolution.

J 'étais au cenjtre dd rinsurrecUon, et un niaçaeiit ces Messieurs crurent que Tannée chassait rém§ute de notre côté, afin de dégager Thôtel des Postes ; ; nous étions donc pa^sal^emeAt coxaprop^s. Aussi le buK^eau de la Réforme fut«"il abandoiinié. Je ne me pique pas de bravoure, mm» je vous certifie que j'étais heureux de voir Témotion de tout ce monde pendant que je recueillais des traits.de suhlime et de girotesque.

J'ai à me reprocher encore d'avoir arrachiô mjx arhre place de la Bourse, forcé un garde-fou boulevard Bonne-Nouvelle, et pprté des pavés poxir construire des barricades. v .

Un jeune homme en uniforme» élève de TÉcole des eaux et forêts, passant près d'une baripicade où j'étais, fut salué des cris de : Viv£0> les^ Écoles I U répondit en faisant gracieusement et aristocratiquement des signes de main. « Mais, IjllI dis-je sévèrement, où allez-vous ? U faut rester ici et travailler avec les autres I... » Vous ne vîtes jamais homme aussi décontenancé, et je me détournai pour qu'il ne me vit pas rire.. Je. suis sûr qu'il a dû me prendre pour un terrible jacobin.

En somme, l'ouvrier vaut mieux que ses meneurs. Il est à la fois gai, brave, plaisant et probe. Les quatreyingt, mille honunes rassemblé^ autour de Paris n'ont pas plus fait qu'une simple pat,roi4il;e. Les seuls qui aient eu p^ur, je vous le certifie, sont les bourgeois et les gens d'esprit. Toutefois, il faut dire que si l'ouvrier a fiait preuve d'audace, il n'a pas rencontré de résistance sérieuse. C'est la démoralisation du po^ivpir et de l'armée quia tout fait. Le succès d'uiji^ insurrection ne dépend pas, comme on s'imagine, d'une WtaiUe véritable ; il provient surtout, et même uniquement» de la généralité et d^ la rapidité du mouvement. Pour

obtenir cet^fet, il s^agit donc d'occuper la troupe sur quelques points, de la faire courir après Témeùte de barricadé en barricade, pendant que Ton en élàve partout; et puis, quand Timptilsion première aéntralùé toutf le monde, que la ville est sens dessus dessous, Tannée réflédbit, hésite ; le gouTem^Dient recule et parlemente ; le peuple avance, et c'est fait. Mais, je n'en suis pas moins convaincu qu'avec dix mille hommes de troupe qui eussent voulu remplir leur devoir, un général aurait eu facilemesit'raison de l'émeute; aussi, je m'attendais à un nouveau vendémiaire.

Hier soir, la proclamation delà République paraissait chose fort drôle : on dirait que ce mot de république est un solécisme en français. Mais l'entraînement gagnera; le ^ parti r^dicsd saura exploiter sa victoioe d'hier, et puis, malgré la soumission des répuMieainf au suffrage universel, là République ne céderait pas, je le: crois, même devant un vote de la nsftion. On trou-^ vera moyen de faire que le suffrage universel soit pour la République ; il y ades procédés poàir cela. Les républicains sont oiti^ilenants ; et. le juste-^milieu est si désorganisé, si faible de résolutiôh I.

La Bourse de demain, les causes d'épargne, les opérafiions de la Banque et l'attitude des puissances nous apprendront bientôt quel degré de confiance inspire le> Gouvernement provisoire. En attendant, la guerre de propagande, et puis la désorganisation de nés finances, une xhse commerciale et financière, et tout ce qui s'i^suit, me paraiss^at dès aujourd'hui inévitables.

Quimt à moi, je vais rester dans ma solitude et tâcher de m'ori^iter» Le t^nps est mauvais pour l'étude, et je n'ai pas de temps à perdre en flâneries. Peutr-ètre vais-je être employé par le nouvel ordre de

S84 OOHKSPOIIDAMGB

choses ; qui sait ? Peut-être vais-je faire de Topposition; qui sait encore ?

J'entends des ouvriers qui crient : Vive la JSépU' Uiqm i àtat T$icaimotage ! Pauvres gens I Z'escamatage^ les enlace; ceux-là même qui vont gouverner en sont les agents aveugles et les premières dupes. L'intrigue est partout ; le bavardage triomphe : nous avons fait une répétition du 10 août et du 29 juillet, entraînés par Tivresse de nos romans historiques; sans que nous nous en apercevions, nous sommes devenus tous des personnages de comédie.

Ce qui se passe sous mes yeux, et à quoi j*ai participé sans y croire, est chose toute factice, où je ne reconnais rien de primitif et de spontané. Puissé*je ne me pas tromper 1 Mais c'est de ce jour qye je crois à noire décadence, à moins que des idées graves et fortes, empruntées ailleurs qu'aux discours de Robespierre^ ae virulent retremper nos intelligences et nos caractères.

Peut-être aussi que je suis mal placé pour bien juger. Mon corps est au milieu du peuple, mais. ma pensée est ailleurs. J'en suis venu, par le cours de mes idées, à n'avoir presque, plus de communauté dldées avec mes contemporains, et j'aime mieux croire que mon point de Vue est faux que de les accuser de foKe.

Mes respects, sll vous |dalt, à M"»^ Blëcher.

Si vous voyez Micaud, faites-lui part de ma lettre et priez-le de m'excuser. Je suis paresseux, dégoûté, flâneur, et je scmge déjà à me tirer de cette confusion.

Je vous embrasse, mon cher Maurice, bien cordialement.

P.-J. PROUnHOX

BE P.-J. HHXmiOK. M5

Pari», "26 filvTlerlBM.

A M. MAURICE

Mon cher Maurice, je vous confirme ma lettre d'hier. Le mouvement gagne admirablement. On dit que la Belgique s*est constituée en R^[>tibUqtie^ mais cela n'est pas encore officiellement confirmé. Avee la Belgique la Suisse, ritalie bientôt, il y aura une fééé^ ration de Républiques assez imposante pour tendre la guerre étrangère à peu près impossible. Voilà le c*té rassurant.

Quant à Tlntérieur, le même mouvement suivant sa marche, la question sociale a été posée, et il faut travailler à la résoudre. Totis les partis, même les dupes, se rangent du côté du peuple; chae«n fait son sacrifice sur Tautel de la patrie, qui de la légitimité, qui de*la monarchie constitutionnelle, etc. Il faut que tout le monde s'arrange pour vivre avec la Bépublîqtse ; pas de milieu, pas d'alterïiative.

Hier, je ne savais ce que ferait ce nouveau gowrer-* nement et si j'aurais à soutenir une autre lutte sur le terrain des questions économiques-; aujourd'hui, je crois, je suis convaincu qu'il sera bien disposé; et, comme il faut marcher, vivre, rétablir l'ordre, je me

SiS GOMBSPWMIIGK

joindrai au gouyernement. L*hésiiation d'hier sur la République m'avait dépisté ; cette hésitation venait de Lamartine, du National et autres, qui, fort mal à propos, s'étaient avisés de réserver la souveraineté de la nation et la sanction du peuple. Maintenant plus de doute; le le peuple, la nation, le gouvernement, c'est la République. Cela est encore assez drôle, et je ne suis pas le seul à rire; mais enfin, le ridicule et le sérieux sont pèle-mèle dans la nature.

Il s'agit maintenant de ne pas avoir peur; si tout le monde entre dans la République, elle ne peut pas plus faire de mal que n'en ferait à Besançon une procession du Saint*Sacrement. Voilà dans quelle idée il faut marcher.

Les phalanstériens font leui^ offres de service à la nation.

Les communistes grouillent et barbottent.

L'abbé Ghatel et l'Église française chantent un Te Deum. Nous allons voir des néo-chrétiens, des mystiques, et toutes les utopies en campagne. Que cela ne vous effraie pas. On se moquera de tout cela, je vous en réponds.

Reste toujours l'équlibre des affaires à rétablir, et c'est là le difficile. J'y vois assez clair pour dire qu'il y aura quelque gène momentanée ; c'est impossible autrement. C'est une chose que je vous avoue, mais que j'aime à crcÂre que vous ne colporterez pas comme venant de moi. Tout le monde n'est pas capable de philosopher sur les événements et d'entendre la vérité. Ne vous faites donc pas alarmiste mal à propos, et poussez de toutes vos forces à la confiance, à la sécurité.

Si j'ose encore une fois vous prier d'une commission,

ce serait de dira à Micaud que je lui écrirai bientôt et que je l'engage à être ferme et résolu dans cette cir^ constance. Je ne suis pas de ceux qui criant : A bas ffuiaot. A bat personne / Mais réyénement . accompli est désormais irréyocable ; c'est sottise de regarder en arrière. Je n'eusse pas fait la révolution du 24 février; rinstinet populaire en a décidé autrement; je me retrouve le même après comme avant, et je suis avec tout le monde.

Gardez ma dernière lettre, je vous prie : il y ^ des choses que je pourrais augmenter et emibellir encore, mais qu'il est inutile de faire voir. Les polichinelles dansent à l'Hôtel de Ville, comme il y a huit jours au Palais-Bourbon, tout cela est comédie; le sérieux, c'est de songer à Tordre et aux affaires, que le nom vénéré de la République ne résout pas.

Hier, M. de Lamartine s'écriait : Les portes de la liberté sont ouvertes! et l'Assemblée de s'écouler majestueusement. Nous en verrons encore de bonnes.

Incessamment, vous aurez à nommer un ou plusieurs députés. Choisissez des hommes d'affaires, ayant des idées positives, de la fermeté, et peu sujets à la camaraderie et à l'entraînement. Que cette Révolution ne s'évapore pas en paroles inutiles : moins il y aura de badauds à la Chambre, et mieux ce sera.

Je prends la liberté de joindre à la présente im billet pour mon frère, que je vous prie de jeter à la boite.

Tout à vous,

P.-J. Proudhon.

JP.-/S. — Quatre citoyens^ armés de leurs fusils sortent à l'instant de ma chambre. Ils viennent me

S8S OUaBESPONOANGE

demander quand je coiiipte publier le volume que j'ai promis dq)uis un an ; ils en ont besoin. Comme je vous Tai dit, la République n'a point d'idées. On le dit en haut, on s'en aperçoit en bas. Si j'écrivais comme M. de Lamartiitô, je serais dans un mois le premier homme de France.

Ne parlez pas de ceci ; on croirait que je veux jouer au personnage. Vous savez au contraire que mon tem* pérament est de me moquer un peu de tout, même de ce que je crois, et que cela fait le fond de ma conscience.

J'ai recommandé aux eitojfens d'appuyer le gouvernement provisoire, en attendant que la République ait dit son dernier mot.

Paris, le'mars IWH.

A. M. MAGUET

Mon cherMaguet, je suis main tenant aussi paresseux que vous, et je n'écris plus à qui que ce soit. J'ai horreur de la plume et de Técritoire. Vous jugerez à quel point, quand je vous dirai que j'ai perdu ma mère il y a deux mois, ma tante il y a six semaines, et que j'ai quitté le poste que j'avais à Lyon pour venir vivre à l'aventure, sans souvenir de la veille ni souci du lendemain.

Tout cela s'est passé sans que je vous eusse prévenu derien, bien que j'aie souvent pensé à vous, mais par la seule raison qu'il aurait fallu écrire.

Nous voici avec une révolution de plus sur les bras r Louis-Philippe dégoûtait si fort que, malgré l'obscurité de l'avenir et le hasard de l'inconnu, on a mieux aimé en finir avec lui que rester davantage dans le statu quo. Et d'ailleurs qu'importe que 500,000 hommes meurent chaque année de guerre civile et étrangère ou de misère lente? Ce qui est fait est bien, puisque c'est fait; maisje vous jure que je n'en suis guère ému, et qu'après avoir pris part active à l'affaire je reste peut-être le seul homme en France qui ne soit point révolutionné.

G0RRK5P. IL 19

GORRESPONDANGE

Ce qui était vrai pour moi hier est vrai aujourd'hui : la république du National n'y change absolument rien. Les pantins dansent à THôtel-de- Ville comme il y a huit jours au palais Bourbon. La corruption est la même, Tégoïsme tout aussi grand, les mystifications tout aussi plaisantes, les pufEs tout aussi énormes. 11 n'y a que ce bon et brave peuple qui, restant aussi le môme, toujours confiant, toujours croyant, toujours dupe, vaille cependant quelque chose.

Quand vous jugerez à propos de venir par ici, vous me trouverez dans ma tonne philosophique, vivant obscur et caché, faisant moisson de drôleries républicaines et m'apprôtant à mitrailler le gouvernement provisoire.

Laissons-lui passer la quinzaine.

Je vous serre la main et vous embrasse, mon cher docteur, et, si plus tard vous avez besoin d'un frater pour garder vos pilules et faire des courses chez les malades, vous pouvez compter sur moi. Je ne demande que l'indemnité que la République accordait auxouvriers pour les forcer à assister aux séances des Jacobins : 40 sous par jour.

Adieu ; je souhaite que vos malades se portent tous comme moi.

P.-J. Proudhon.

70, rue Mazarine.

DE/P.-i. PROUDHOK. m

Paris, fomars 1848.

A. M. HUGUENET.

Mon cher Huguenet, je ne vous ai pas écrit d'abord après la révolution, parce que Je n'aurais eu « vous? apprendre que les mêmes faits que vous avez pu lir^ dans les journaux, et qu^ayant fait passer deux mots à Maurice ainsi qu'à Micaud vous avez pu savdr que je n*étais ni mort ni blessé.

J'ai fait ma part de la besogne, bien que je l'eusse d'abord désapprouvée. Six mois de délai auraient peutêtre épargné 400 millions à la France. Mais quand j'ai vu l'affaire engagée, je n'ai pas voulu abandonner les amis; j'ai été à la barricade porter des pierres, et j'ai composé la première proclamation républicaine. La victoire gagnée, je suis rentré chez moi et ne sors plus.

Vous recevrez dans quelques jours la première livraison dcinon travailj et chaque semaine, pendant quiytre ou cinq mois, les livraisons se succéderont. J'espère que cet ouvrage me conduira enfin à quelque chose. J'ai) je puis le dire en ce moment, le monopole des idées dont on a le plus besoin, des idées économiques. Les fiodseurs d'utopies sont à bout de science ; ils ont le pouvoir, ils taillent, ils tranchent et ne produisent rien. Tout le monde rit des ateliers nationaux;

393 CORRESPONDAlfCE

M. LouisBlanc est sifflé; M.Consideraniestimpuissant. Od s'aperçoit enûu que tous ces charlatans da socialisme n'ont rien dans la tète, et notnbre de gens viennent à moi. J'attends. Je suis sûr de mes idées, plus sûr que jamais. L'argent se cache, je me passerai de lui; le crédit est mort, je le ferai* sans violence ressusciter. Mais il faut attendre, le moment approche poiur moi ; il n'est pas venu.

Le bruit a couru dans Besançon, à ce qu'on m'en dit, que j'étais commissaire du gouvernement. En y réfléchissant davantage, on aurait vu que cela était impossible. Les hommes qui gouvernent en ce moment sont presque tous mes ennemis ; c'est la secte du National^ iuste aussi dépourvue d'idées que de cœur, el à qui je fais encore plus de peur qu'à M. Guizot. Ces gens-là se moquent de la réforme sociale et ne songent qu'à prendre leur temps pour museler le peuple, comme avait fait Louis-Philippe; aussi sommes-nous déjà en pleine réaction.

Les idées sociales sont refoulées comme l'ont été, après

i83Q, les idées républicaines. On laisse MM. L. Blanc,

Considérant et consorts s'user à la peine, et un beau

matin on fermera le Luxembourg, et on dissoudra la

commission. En xm mot, on se propose d'enterrer sans

trop de bruit la question sociale. On fera la guerre pour

occuper 50,000 omTiers; on dépensera 400 millions

pour amuser 50,000 autres ; on donnera quelques

fiches de satisfaction, et on espère s'entirer comme cela.

C'est toujours, comme vous voyez, le môme aveugle^

ment; mais le succès trompera les espérances des

contre-révolutionnaires. Il y a ici 15,000 prolétaires

armés qui ne 'se laisseront pas faire. La question sociale

recevra une solution, ou malheur au pays l

DE P.-J. PROUDUON. S93

J'ai élé obligé de raccommoder mon travail et de le mettre à l'unisson des événements. On dirait maintenant qu'il a poussé comme un champignon dans la barricade. Bans ma première livraison, je mitraille le gouvernement provisoire. Si j'avais publié cela trois jours après la révolution, je suis sûr que le gouvernement provisoire aurait été du coup démoli.

Vous apprendrez avec plaisir que je figure sur deux listes de candidats pour la députation de J^aris. L'une est du deuxième arrondissement, l'autre du faubourg Saint- Antoine. Je ne sais qui s'est avisé de moi, et les personnes qui ont vu les listes et qui les ont approuvées n'ont pu me le dire; mais entre la candidature et l'élection il y a loin, comme vous savez ; et d'après ce que je vous marque plus haut, je n'espère pas du tout que la coterie du National^ qui se rallie tous les bourgeois, laisse passer un nom aussi effrayant que le mien. Toute mon espérance est donc dans les clubs. Quand l'Assemblée sera réunie, je publierai mon projet; je le ferai discuter dans les clubs, et puis nous irons, atec oios fusils^ porter des pétitions à l'Assemblée. Je ne prévois pas que la chose puisse s'arranger autrement. 11 n'y a point d'idées dans les têtes; toutle monde ne voit dans cette révolution qu'un accident; on ne comprend pas ce qu'elle veut dire ; les plus chauds ont beau se battre les flancs, ils ne sont que jacobins, ce qui est trop vieux pour nous. Comment donc les 700 membres de l'Assemblée ne voient- ils mieux que les journalistes qui travaillent et les avocats qui brouillent, ce qu'ils ont à faire ?

M. Gauthier aine m'a écrit, l'autre jour, pour me <lire qu'on songeait à moi à Besançon pour me faire député. Je ne sais s'il a voulu railler, suivant son habi-

iude, ou s'il y a quelque chose de sérieux dans ce qu'il me dit; quoi quïl en soit, cela me paraissait surprenant, je TOUS Tavoue, pour des Bisontins. Jamais les citoyens biscmtins ne feront député un politique de ma force. Leur nature est de se mettre à la queue de tous les partis rétrogrades. MM. Tourangin et Bretillot, dégOAimés de la veille, ne se mettent-ils pas aussi sur les rangs? £t on ne les siffle pas I Ce trait est caractéristique; ces Messieurs connaissent leur monde. Ils savent que le désir secret des Bisontins est que rien ne soit changé à Tordre de choses ; et qu'il n'y a en France qu'une dynastie de moins. Est-ce juste I Qu'en ditesvous, mon cher Huguenot I metrompé-je sur mes honorables compatriotes?

Au reste vous verrez ma brochure, vous la mettrez en vente et vous me rendrez le service de faire distribuer quelques exemplaires aux personnes que je vous désignerai. Les Bisontins jugeront si je suis leur homme. Mais qui sait? Il n'est telle vaillance que de poltron. Peut-être qu'après avoir pris pour représentant MM. de Magnoncourt, Maurice, Clément, Néjual, Convers môme (des terribles 1 Dieu sait), ils nommeront tout à coup un antipropriétaire 1. . .

Adieu, mon cher Huguenot; mes respects à M^û^Huguenet, mes amitiés à vos fils et à tous les amis.

P,-J. Proudhon.

3» P.^. PROOmON. M

Paris, 21 mars 1848.

A. M. MAURICE

Mon cher Mauriiïe, plusieurs personnes, et entre autres mon anci^i patron, M. Gauthier aîné, parti récemment de Besançon pour Mulhouse, m'ont écrit au sujet des élections. Toutes m'invitent à me porter comme candidat. J'ai eu d'abord peu de conûance dans ces invitations oCEcieuses, où je voyais plus d'amitié pour moi que de certitude du succès. Peu à peu les avis se multipliant et les chances paraissant augmenter, j'ai fait savoir [à M. Gandon, et je vous répète à vous, mon cher Maurice, comme je le redirai à d'autres , que je suis décidé à courir les chances d'une candidature, ne fût-ce que pour juger de l'état des esprits dans ma chère patrie.

Je vais vous dire d'abord que je suis spontanément porté à Paris, déjà sur plusieurs listes, comme candidat. — Je n'ai pas encore grand'chance, si vous voulez , le National ei toute la secte démocratique ayant peur de moi presque autant que l'ancien ministère. Mais ma candidature commence aussi à gagner à Paris, et je compte que les publications qui vont incessam-

^96 OHIRESPÛNDANCE

ment paraître de moi achèveront ce que la bienveillance de la classe ouvrière a déjà commencé.

Or, le cas échéant où je serais nommé à Besançon et i Paris, j'opterai pour Besançon.

Je sens à merveille, mon cher Maurice, combien, dans ces moments critiques, il m'est commandé plus qu'à tout autre d'être modéré. La fameuse formule : La Propriété^ c'est le vol! circule partout à voix basse; les ouvriers s'étonnent et s'impatientent de ne me voir figurer nulle part, et les bourgeois tremblent que je ne poursuive sur le même ton.

Vous devez sentir, vous qui me connaissez, que la polémique passionnée est finie pour moi. Si dans mes {publications futures il se retrouve quelque chose de •cette verve ironique et massacrante, ce sera imiqucment contre le gouvernement provisoire, que j'accuse d'imbécillité, de terrorisme et d'inintelligence absolue de la révolution. — Je veux assurément, je .veux •aujourd'hui plus que jamais la réforme économique; mais je n'ai besoin pour cela ni de la terreur, ni de la loi agraire.

C'est ce que mes trois premières brochures ou livraisons, que vous recevrez d'ici à huit jours, vous feront comprendre. — J'écrirai ensuite aux ouvriers bisontins pour leur expliquer ma pensée. J'aime à croire que bon nombre d'honnêtes gens, édifiés sur l'équité et la modération de mes sentiments, m'appuieront de leurs sufi'rages.

Ma position est incomparable. Je suis l'homme qui fait le plus de peur, et par conséquent celui dont, le langage conciliant peut avoir le plus d'effet. Personne autant que moi, aussi bien que moi, ne peut parler avec autant d'autorité aux prolétaires et aux bourgeois^

au gouvernement comme à la masse. Quiconque attaquerait le gouveriiement comme je le fais courrait risque d*ètre écharpé; quiconque répéterait mes anciennes propositions serait peut-être fusillé.

Je puis seul me tirer de là, et peut-être dégager la République. Plus nous avançons, plus je vois que j'ai seul le monopole de mes idées. A moins que malheur ne m'arrive ou que Tinjustice ne soit la destinée sociale, je dois arriver haut et loin. Je ne demande cependant, si je suis assez heureux pour servir mon 2)ays, qu'une mission scientifique qui me permette d'étudier à mon aise le peuple français et de pousuivre mes flâneries d'économiste.

On a reçu hier soir la nouvelle que Berlin venait de proclamer la Répubhque. — On répète que Nicolas I^*" est mort. A Vienne, Mettemich est en fuite; on ne sait plus où l'enthousiasme républicain s'arrêtera. Je suis pour beaucoup dans ce mouvement de l'Allemagne. Mon dernier ouvrage y a fait fureur et on attend la suite.

Ainsi les chances de guerre s'en vont de plus en plus ; comme je vous le disais, la confédération des républiques européennes se forme, et nous n'aurons devant nous que la question sociale. C'est bien assez.

Dans trois jours, je publierai, après les deux premières livraisons de mon livre, une proposition au gouvernement provisoire, sur le travail, le crédit et la circulation. Ce sera une application particulière de mon principe et déjà même toute la solution.

Adieu, mon cher Maurice ; mes respects à M"*°* Ble- ■cher, et gardez mes lettres. Je vous écris avec le même abandon que si je causais avec vous, et je n*aime pas à mettre le public dans mes confidences. Vous ferez part

OOBRISim)ia>ANCK

seulMnent à qui vous jugerez cony^aUe de ce que TOUS croirez devoir citer de mes lettres.

Je TOUS embrasse.

P.-J. Proudhok.

P.-S. La révolution a failli avorter par la trahison d'un des membres du comité insurrectionnel, nommé de la Hodde , connu de moi très-particulièrement , et qui devait participer à la rédaction du journal le Peuple, que je devais rédiger en chef. Cet individu était depuis dix ans au service de la poUce; plus de deux mille rapports de sa main ont été trouvés au secrétariat. Nous y étions tous, jour par jour, dénoncés.

La poUce, bien informée, voulait concentrer l'insurrection sur un seul point et en finir avec la République. Dans la nuit du 23 au 24, après la fusillade des Capucines, la révolution a gagné de vitesse ; en huit heures, plus de deux mille barricades ont été élevées. Puis, 'sur l'exigence d'O. Barrot, les troupes se sont retirées, et c'a été fini.

Si les choses eussent tourné autrement, je serais aujourd'hui en prison ; cela est hors de doute.

I»5 P.-J. raOTOBON . Î99

Paris, 3 avril 1848.

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