‹ Correspondance de P.-J. Proudhon (volume 4)Chapitre 20 sur 27 · A M. CHARLES PROUDHON · texte numérisé non relu

A M. CHARLES PROUDHON

Mon cher Charles, reste tranquille chez loi, jusqu'à ce que je t'appelle ou que j'aille te voir, ce que je préférerais; je ne suis pas assez avancé pour te recevoir. Je n'ai pas encore reçu un centime de la République, et je me suis mis en dépenses pour elle. Du reste, le danger pour moi n'est pas tel que tu l'imagines; malgré l'exécration générale dont je me vois l'objet, je suis assez bien avec le gouvernement; j'ai toujours quelque ministre qui peut me secourir au besoin. On sait, dans la région du pouvoir, que je suis un honnête homme et même un homme de ressource; je laisse clabauder les tartufes et les pékins. Ne t'effraie donc pas, ne quitte point ta famille; soigne tes enfants; j'espère qu'ils ressembleront à leur oncle, à toute la famille. Nous sommes de bonne race, vois-tu, il faut soigner la graine. Dans quelque temps, j'aurai à peu près terminé mon rôle ; je serai un homme mort, et ne vaudrai pas un chien en vie. On s'use vite dans cette fournaise, et, si j'arrive à cinquante ans, je m'attends à cet âge à n'être plus

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qu'une vieille carcasse. J*aime donc mieux, en ce moment, que tu fasses venir à bien tes deux garçons que de venir flâner inutilement à mes côtés. Laisse-moi encore une fois jouer tout seul cette Infernale partie.

Ton frère,

P.-J. Proudhon.

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Paris, 16 juillet I8id.

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