A M. VALADE
Monsieur el ancien voisin, je erains fort que la démarche que je fais en ce moment auprès de vous ne vous soit infiniment désagréable; permettez^moi i0U4> lement de vous en dire les motifs» au moins à titre d*excuse; et puis, s'ils ne peuvent vous agréer» nous n'ûn parlerons plus.
Vous avez bien voulu dire à ma femme, lors de son déménagement pour Bruxelles, que Tappartement qu'elle vous a laissé avec quelques meubles lui serait rendu le jour où il nous serait permis de r^itrer en France et de reprendre notre vie accoutumée. Je n'ose"» rais me prévaloir de celte promesse, je vous assure, si je ne réfléchissais que la personne pour qui a été fait ce petit arrangement, M. de Sellières, doit bientôt sortir de votre direction, et que, par conséquent, vous n'aurez plus besoin vous-même de l'appartement et du mobilier.
C'est dans cette hypothèse, monsieur et ancien voisin, que je prends la liberté de m'adresser à vous et que j'ose vous prier de me répondre franchement. Je ne voudrais pour rien vous causer le moindre déplaisir;
110 QOiAESPONDAMCE
si vos arrangements ont été pris pour une occupation prolongée, gardez et encore une fois n*en parlons plus. La maison nous était agréable ; ma femme, mes enfants, mes amis, y avaient leurs habitudes : je n'attache pas autrement d'importance à la chose et n'y apporte aucune exigence. Dites comme je dis moi-même, et il sera fait sans regret selon votre désir.
Il va sans dire que nous reprendrons les meubles pour le prix que nous en avons reçu; ce n*est pas une vente ni im réméré que nous avions fait et que nous ferions; ce serait de part et d'autre une simple restitution.
Je dois vous dire cependant que s'il était à voire connaissance que la propriétaire dût exiger de l'appartement et du jardin réunis im loyer supérieur à celui que je payais, il me serait impossible d*accepter cette condition ; les choses resteraient alors ce qu'elles sont.
Ma femme compte partir dans la première quinzaine de septembre; je la suivrai vers la fin du même mois.
Dans l'impatience de vous revoir et de renouer avec vous les liens d'un bon voisinage, je suis, avec la plus entière cordialité, monsieur et ancien voisin, votre tout dévoué et affectionné.
P.-J. Proudhon.
m p^h imouDHON. m
Bruxelles, 2i août 1839.
A M. FÉLIX DELHASSE
Mon cher monsieur Delhasse, depuis votre départ, j'ai pensé bien souvent à vous. J'espérais toujours que quelque nouveauté de ma façon me serait une occasion de vous écrire; chaque semaine, je me croyais au terme de mon travail, et je suis arrivé ainsi, sans rien finir, jusqu'au 17 du courant, jour où le décret d'amnistie est venu de nouveau changer tous mes plans. Maintenant, je ne pense plus imprimer rien à Bruxelles; c'est à Paris qu'il faut paraître, si l'on veut agir efficacement sur l'opinion ; c'est là que je porterai mes manuscrits et tenterai de nouveau la mer perfide de la publicité impériale.
Mais vous avez dû penser, cher monsieur, en apprenant que je me retrouvais libre, que je ne quitterais pas la Belgique sans vous revoir, et comme je ne pars pas demain, quoi qu'on en dise, je viens vous demander en toute simplicité, si vous pensez rester à Spa jusqu'à fin septembre. J'ai la tête bien grosse, et un immense besoin de repos. Une petite course de cinq ou six jours me ferait grand bien, et j'en profiterais pour aller passer vingt-quatre heures auprès de vous. Que vous en
4» COWlIWMiDiNeR
semble? Seriez-vous assez bon pour me dire jusqu'à quelle époque je puis espérer de vous rencontrer à Spa.
Je ne sais trop que penser de cette amnistie qui est venue surprendre tout le monde, comme la paix de Villafranca. Est-ce calcul ou fantasia? Peut-être notre magnanime empereur est-il flatté dejoindreà Théroïsme de César la clémence d'Auguste ; peut-être n'est-on pas fâché de se ménager la démocratie, dont les hourrahs ont été si utiles pour l'entreprise de Lombardie, et pourraient le devenir bien davantage en cas de démêlés plus graves. Il faut s'attendre à tout de la part d'un cerveau vide. Quoiqu'il en soit, je ne trouve point qu'il y ait lieu de prendre texte de cela pour faire aucune démons^ tration contre l'homme et le régime; pourvu que ma conscience et ma pensée libre ne soient pas entamées, je me laisse volontiers aller au flot de l'opinion ; puisque l'on m'ouvre la porte, je rentrerai saDS croire pour cela que j'aille réveiller la France de sa léthargie, pas plus que, si je restais dehors, je n'aurais la prétention de tenir le flambeau de la pensée française. Avant tout, ne soyons dupe ni de notre propre va^ité, ni du machiavélisme des autres.
Les choses me paraissent, comme à tout le monde, s'embrouiller de plus e^ plus. Napoléon III e$t isolé comme Lôuis-Philippe en 1840; il ne saurait tenir longtemps dans une situation aussi fausse. Mais j*ai peur que cela ne unisse par une catastrophe, et que les nations irritées ne fassent payer encore une fois à k France son aveuglement. Quoiqu'il advieune, n'oubliez pas, cher monsieur, que Napoléon III n'a pu s'élever que pour servir la réaction du moment; que l'obJQi de cette réaction est la plq^ grande <^s^ qui ait \9j»m
DR P«^« PROUDUON» m
travfdUé les têtes humaines, la Constitution du droit économique. Que des pédants, des sots répètent à Tenyi que le peuple français est sans consistance, qu'il ne sait que passer de la liberté au despotisme eivicê versa ^ qu'il n'aime que la gloire et la poudre, etc., de pareilles balivernes ne peuvent vous séduire un moment. C'est en France que se débats depuis dix ans, l'avenir même de la civilisation. Avant que la guerre éclate de nou-* veau, vous aurez de ce que je vous dis là de nouvelles preuves. Pour ma part, je vous le promets. Songez que Napoléon III tombant, ce branle«-bas commence, et que l'Europe nous suit. Il est fâcheux, je le reconnais, pour la France rétrograde^ de s'être donné un patron aussi ridicule ; mais qu'est-ce que cela fait à la France qui pense et qui va de Tavant I Elle n'en brille que davantage.
Aujourd'hui je viens d'apprendre deux choses : l'une que vos représentants ont voté le projet de fortifier Anvers ; l'autre que notre ami Haeck a quitté aujourd'hui même le ministère. C'est lui-même qui est venu m'apprendre cette dernière nouvelle. Il n'y pouvait plus tenir. On ne l'aurait pas destitué; on le faisait mourir à coups d'épingles. Les dernières améliorations qu'il a apportées à sa pompe en feraient, je l'espère maintenant, une invention vraiment utile, et, pour son auteur, lucrative.
Quant aux remparts d'Anvers, mon opinion formellement arrêtée, appuyée sur des considérations de toute sorte, politiques, historiques, économiques, même stratégiques, est que cette entreprise est mauvaise pour la Belgique; mais depuis que j'ai entendu M. le professeur Altmeyer, républicain, soutenir, avec une violence extraordinaire, la nécessité d'une telle dépense, je garde mon opinion pour moi, ne voulant pas paraître animé
de sentiments ultra-nationaux dans une affaire qu'ins' pire la juste méfiance provoquée par le gouvernement impérial. J'ai vu avec déplaisir le nouveau député Hymans saisir cette occasion d'accuser le parti catholique belge de trahir le pays et de vouloir le livrer à la France. C'est ainsi que l'esprit d'intrîgue trouve moyen tout à la fois, par la calomnie, de flatter la passion publique, le libéralisme bien ou mal conçu des jeunes et des vieux, et en même temps de faire sa cour au pouvoir en votant selon ses désirs. Ce début me semble du plus mauvais augure pour le caractère du jeune représentant. Du reste, Defré aussi a voté la fortification, revenant de son ancienne opinion. Pauvre garçon ! Il se pourrait, malgré tout, que les catholiques eussent mieux jugé les intérêts de la Belgique que les libéraux, ce qui n'empêcherait pas les premiers d'être toujours catholiques. L'avenir nous éclairera.
Mes petites filles suivront leurs classes jusqu'au 3 septembre, jour où commenceront les vacances. Mon dessein est de faire partir ma femme en fourrier, dans la première quinzaine de septembre; je suivrai plus tard.
Présentez, s'il vous plaît, mes hommages à madame Delhasse et à ces demoiselles. Mes amitiés à M. d'Hauregard, à MM. Dommartin; mes respects à votre vénérable mère, et donnez-moi de leurs nouvelles à tous. Ma femme et mes enfants se joignent à moi pour vous exprimer, ainsi qu'à votre famille, tous leurs sentiments.
A vous de cœur et de pensée.
P.-J. Proudhon.
I^E p. J; PROWHON. 195
Bruxellet, i3 août 1850.
A MM. GARNIER FRERES
Mon espoir, messieurs, est de tous revoir bientôt, et si Tanmistie vous inspire quelque confiance, de vous proposer immédiatement ime et même plusieurs publications nouvelles. Je ne rentrerai pas en France sans avoir un ou deux manuscrits tout prêts. Si par hasard vous jugiez que les temps sont encore trop chanceux, je débuterais par une première publication à Bruxelles, et nous jugerions par la permission même qui nous serait accordée ou refusée d'introduire Timprimé, si, oui ou non, le gouvernement de Tempeireur revient à des sentiments plus doux. Deux mots à cet égaVd, messieurs, s*il vous plaît.
Depuis nos dernières conventions, j'aurai bientôt, je pense, à faire sur vous ime petite traite. Veuillez lui réserver bon accueil et compter sur mon dévouement.
P.-J. PaOUDHON.
i» cmkwpomkvm
Bruxelles, 2i août 18S9.
A M. GOUVERNET
Mon cher Gouvernet, j'étais trompé par les récits des journaux belges, quand je tous ai parlé de mon prochain retour : le décret d'amnistie et la note explicative du Moniteur ne me concernent pas. Il ne s'agit que de lever l-effet des atetiisêemefUs encourus par les JOURNAUX, nullement de la remise des condamnations encourues pour délits commis par la voie de la presse. Notez aussi que les délits de presse, autrefois réputés délits politiques, sont devenus, depuis i8S2, nÉLirts ORDiNJLiRBS ; c'ost pour cela qu'on ne les soumet plus au jury! Comme je ne me propose ni de rentrer par tolérance, ni de solliciter im ministre, je me tiens tranquille et prie ceux de mes amis qtd m'^ écrivent de faire de même.
Donc, cher ami, voilà notre réunion ajournée à plus tard. Encore une campagne, une paix comme la dernière, et l'affaire sera faite.
Je vous serre la main.
P.-J. Proudhon.
M»«4. MMHMi. 117
Bruxellei, VU août i8tt9.
A MM. GARNIBR FRÈRES
Messieurs, j*ai reçu Totre amicale du 22 courant; je TOUS ramereie de l'intérêt que tous prenes à ma liberté.
Lorsque j'écrÎTiô le billet que tous aTez dû receToir par M. dé Jônquières, j'étais encore dans Tillusion causée par la lecture des journaux belges, surtout du No'rd, journal dévoué aux intérêts de l'Empire, et qui annonçait que l'amnistie concernait la eatégorte des délits de presse y tel que celui pour lequel j'ai été condamné, et qui donnait même mon nom parmi ceux des amnistiés.
Ce n'est qu^avant-hicr que, curieux enfin de juger par moi-même des termes du décret et de la note explicative du Meniteur concernant les journaux frappés d'avertissements, j'ai pu juger que l'amnistie ne me concernait pas du tout.
Il est possible que l'auteur du décret ait entendu la faire générale, mais il ne connaît pas la rubrique des lois, ou bien le rédacteur a pris sur lui d*en restreindre les termes ; en tous cas, il est certain que je ne me fierai pour rien au monde à une pareille invitation. Nos magistrats n'ont pas Thabitude d'interpréter les
128 GORRCSPONDÂMGE
textes de la manière la plus large et la plus favorable aux accusés ou inculpés, et j'apprends à l'instant môme qu'à Paris comme à Bruxelles, les fonctionnaires chargés d'interpréter l'amnistie et d'en faire l'application déclarent tous qu'elle ne concerne point les condamnés de ma catégorie.
Autrefois, comme on vous Ta dit, les délits dits de presse, ou mieux, commis par la voie de la presse étaient réputés délits politiques; pour cette raison, on les soumettait au jury. Depuis la loi du 24 février 1852, ces sortes de délits sont réputés délits ordinaires, et pour cette raison renvoyés aux tribunaux correctionnels. Or, la pensée de l'amnistie est toute politique ; elle signifie que le vainqueur de Solférino se soucie fort peu aujourd'hui de ses adversaires et compétiteurs politiques, nullement que l'auteur de la paix de Villafranca, qui a fait du pape le président honoraire de l'Italie, ait voulu se réconcilier avec les ennemis de la papauté et du catholicisme.
Que répondrais-je à im procureur impérial qui me ferait ces observations si, rentré en France sur la foi de journaux bavards tels que le Nord^ je me voyais appréhendé tout à coup et mené en prison?... Il me faudrait implorer la clémence d'Auguste après avoir si mal compris les intentions de César. Mais je ne suis pas seul de ma catégorie, et je ne veux pas d'ime amnistie personnelle. Pour que je rentre, il faut que le Moniieur prenne la peine de déclarer, en termes légaux et explicites, que par le décret d'amnistie sont remises toutes condamnations encourues pour délits commis par la voie de la presse.
Consolons-nous donc pour cette fois de n'avoir eu que la bonne bouche de la liberté. Mais ceci vous
DE P.-J. PROUDDHON. 129
montre, messieurs, dans quel déèile se jette im gouvernement qui change la Constitution et les lois d'un pays. L'usage voulait que Técrivain condamné fût regardé comme délinquant politique; la loi de 1852 a changé cela ; bien mieux, à l'aide d'une équivoque infâme, on affecte de me confondre avec les condamnés en vertu des articles 287 et 477 du Code pénal. Rien que la manière dont on soulève le doute à mon égard m'indique que la même haine qui m'a valu ma condamnation me poursuit encore.
Laissons là l'amnistie, messieurs, et pensons à autre chose. Je commence une nouvelle série de travaux : quelques-uns peut-être ne pourront être publiés qu'à l'étranger, d'autres le peuvent à Paris. Naturellement je préfère la France à tout autre marché, mais croyezvous pouvoir en ce moment accepter de moi quelque chose? En autres termes, vous semble-t-il que la discussion soit devenue plus libre, au point de faire tolérer un écrivain aussi suspect que j'ai l'honneur d'être.
Je suis, messieurs, votre tout dévoué.
P.-J. Proudhon.
COIMEfP. IX.
190 GORHESPONDANCE
Bruxelles, SQ aodt 1850.
A H. ALFRED DARIMON
iMon cher Darimon, le chef de la sûreté a raison : le décret d'amnistie et la note explicative du AfonUeur qui rétend aux journaux n*ont aucun rapport avec la catégorie de condamnés à laquelle j'appartiens. — J'avais cru d'abord, comme beaucoup de personnes, le contraire, trompé que j'étais par les rapports des journaux belges, qui parlent à tort et à travers de délits politiques et de délits de presse. La lecture du Moniteur m'a eu bientôt détrompé.
Depuis 1852, les délits commis par Id voie de la presse^ que Ton considérait antérieurement comme délits politiques, ont été assimilés aux délits ordinaires ; c'est en conséquence de ce principe qu'on les a ôtés à la juridiction du jury.
Pour que l'amnistie me fût applicable, il faudrait que la note du Moniteur^ qui ne parle que des journaux, portât en termes exprès : Remise de toutes condamnations encourues pour délits comnispar la voie de la presse.
Je vous sais gré du sentiment qui vous a fait courir pour moi, mais vous m'obligerez de vous en tenir là et même de ne pas relever Tincident,
Je veux croire que si je rentrais sur la foi d'un texte aussi peit sûr , on ne commettrait pas le scandale d'exercer sur ma personne une énorme exception. Mais je suis trop, depuis un an, Thomme du droit strict pour que j'aille ainsi me livrer à la juridiction gracieuse.
Il ne peut me convenir d'être accueilli au notnbre des amnistiés par tolérance, et je ne désire pas qu'on fasse pour moi un décret ou une interprétation spéciale.
Si j'avais cru qu'après avoir publié mon livre et pour l'avoir publié je pusse solliciter une remise de peine, je ne serais pas parti, je me serais constitué prisonnier. Bonjour et santé.
P.-J. Proudhon.
P.~S. J'ajoute une râkxion. Si je comprends bien le sens de t'amnistie, venant après la paix de Villafranca, elle signifie que l'empereur victorieux ne craint plus ses adversaires poMtiques, mais nullement que le sou-^ tien de Pie IX, le nouveau fondateur du pouvwr tem-^ por^ de rj^Hse, protège en mémo lemps les adver-* saîres de l'Église et de toute rdîgion.
CORRCSIHWDAKGS
PeuUÀtve que je me trompe, peut-fttre que Iesinie&^ lions de Tempereur n^ont pas été comprises et que le rédacteur du décret, par sottise ou méchanceté, aura jugé à propos de ne faire les choses qu'à moitié. Je vaudrais qu'il en fût ainsi. Je voudrais savoir si Napoléon III se figure qu'il a vaincu pour deux, pour TÉglise et pour lui. J'aurais le plaisir, jo l'avoue, d'aller voir si la France est au$si jésuite et encapuchonnée qu'on le suppose; oui, j'irais, au risque de me voir conds^nner de nouveau powr outrage aux mœurs.
Je suis, avec la plus parfaite considération, monsieur le Rédacteur, votre très-humble et obligé.
P.-J. Proudhon.
DE R-J. PmmMION. 135
Bnii«llM^ i7 août l»S9,
A M. ALFRED DARIMON
Mon cher Darimoxii voire lettre a tout juste Teffet de me re&dre un peu plus incrédule eur la portée du décret que je ne Tétais aupararanU
Je n*ai pas dit que le changement de juridiction changeât la nature du délit, du moins ne Tai-je pas voulu dire; j'ai dit que, jusqu'en 18S2, les délits commis par la voie de la presse étaient, à tort ou à raison, assimilés aux délits poliUquesi et, à Toocasion, traités comme tels; qu'en 1852, cette assimilation avait cessé) tant par l'effet de la loi que par la volonté du législateur ; et qu'une des raisons qui avaient déterminé pour celte catégorie de délits le changement de juridic-^ tion, c'était justemMit qu'on ne voulait plus qu'ils fussent considérés, au moins en masse et sans distinc- ÛQUi comme des ^lUs polUifUiS. Je maintiens cela, et votre atgumentation ne le réfute point; elle donne è o6té de ma p^sée» (Je passe Sur la mU Wjplicative du Monitmr; j'ai désigné par ce mot les deux décrets relatifs aux journaux, rapportés comme simple note dans les journaux, notamment le N(^i% car je ne lis pas le
31 so&t \^A
A M. ALFRED DARIMON
Mon cher Darimon, vous aves fait tout ce qu*il convenait de faire : encore une fois je vous remercie. J'au-* rais proûté de l'amnistie , sans aucun doute ; J'en sois exclu, j'espère bien que je n'en tomberai pas malade. Je suis content du beau mouvement du prince Napoléon : « Ceux qui disent que les condamnations pour (c délits de presse ne sont pas comprises, toutes et sans a exception, dans le décret d'amnistie, sont des imbé- « cilés. » Voilà qui est parler et qui montre du cœur et de l'intelligence. Mais le cœur n'est pas le fait des Delangle et consorts, et quand j'ai vu avec quel ensemble, quelle jubilation, à Bruxelles, en France, partout, on remarquait que l'amnistie ne me concernait pas, j'ai cru, je vous l'avoue, à quelque chose de plus qu'un manque de cœur, j'ai cru à un petit complot entre la calotte, la Bourse et le bonnet carré à mon intention.
L'article d'Haussonvillc m'a diverti ; quelle en est la portée ? Est-ce un nouveau plan de conversion de l'Empire en monarchie constitutionnelle, ou une petite guerre de l'orléanisme ? Quel efiTet a-t-il produit à la ville et à la cour? Quelques-uns pensent que le Jouf^nal
des Débats, depuis son fameux article sur la paix de Villafranca contre l'Angleterre, tend à un ralliement. Qu'est-il de tout cela ?
Je ne vous ai pas réclamé le montant du port de vos lettres ; j*ai voulu vous avertir de faire plus d'attention à ce que vous faites. Vous devenez distrait ; c'est un mauvais tic. Je voulais d'abord vous renvoyer votre timbre dont je n'ai ici que faire ; heureusement pour vous que je l'ai perdu.
Bonjour.
P.-J. Proudhon.
liO OttRESPONDANGB
Braxelles, 1*' septembre 1859.
A M. GOUVERNET
Cher ami, j'ai reçu vos deux lettres du 26 juillet et du 26 août....
Voilà qui est réglé : je suis excepté de ramnistie. M. Delangle a daigné le dire à quelqu'un qui a eu la curiosité de le lui demander. Ce profond jurisconsulte, plus fort sur la lettre que sur Tesprit, trouve que mes trois volumes sur la Justice n'ont rien de politique; que c'est un outrage à la morale ! Ces gens-là joignent à l'insolence du pouvoir la lâcheté de l'hypocrisie. N'en parlons plus. Je suis désormais à mes travaux. Et quand au logement de la rue d'Enfer, il est désormais bien entendu que je n'y remettrai jamais les pieds. J'y aurai fait trois ouvrages : le Manuel du spécîdateur^ la Réforme des chemins de /ereila Justice.
Voici deux petites commissions :
1® Une lettre pour Darimon, en réponse à sa dernière, dans laquelle il reconnaît que j'ai vu juste sur le sens de l'amnistie, et m'apprend lui-môme la réponse de Delangle. Si vous étiez assez heureux pour joindre notre député, dites-lui que je possède le premier volume de la collection des lettres de Napoléon P^, que publie
notre compatriote Perron ; grandissime in-4<>, que je ne pense pas que ma qualité de réfugié soit une raison pour me priver des volumes suivants ; et que s'il voulait se charger d'en faire pour moi la demande à Perron, il m'obligerait. Ce volume ou les volumes, dans le' cas où le deuxième et le troisième seraient publiés, vous seraient remis, vous en prendriez connaissance, si le cœur vous le disait ; et vous me les feriez passer ensuite, soit par Garnier frères, soit par Borany, leur voisin, rue des Saints-Pères, 9.
Si au lieu d'employer le crédit du député, vous aviez envie d'employer vous-même Perron, je vous enverrai un billet pour celui-ci, et vous renouvellerez connaissance.
2<* Ma seconde commission est pour Garnier frères. Ces messieurs sont trop affairés pour répondre avec exactitude. Mais tâchez de voir Garnier jeune, Hippolyte; on vous dira au Palais-Royal s'il est en voyage ou non. Vous lui demanderez de ma part s'ils sont prêts à éditer quelque chose de moi, ou s'ils préfèrent attendre plus tard. Il est clair que la bienveillance d'en haut ne m'entoure pas. Peut-être ces messieurs aimeraient-ils mieux prendre un éditeur postiche, tout en offrant leur service pour la vente ; c'est de quoi je tiendrais à être éclairé. D'ailleurs, l'incluse, que vous remettVez en mains propres, sera une occasion pour vous d'entrer en propos et de connaître la pensée de ces messieurs.
Je reçois une lettre de notre ami B***; j'y répondrai plus tard. J'ai appris de l'un de ses enfants qu'il avait fait dans ces dernières années des pertes considérables. Un agent infidèle lui a emporté d'un seul coup quatre-vingt mille francs. J'ai toujours mauvaise opi-<
nion de son procès arec les Suisses. Vous sentez que de pareils accidents sont faits pour rembrunir un homme; et qu'il n'y a pas rien que la politique qui 1q rende camus. C'est d'autant plus fôcheux que B*** aime à répandre l'argent comme à le gagner. J'aurais eu certainement sa visite, sans les gênes secrètes qu^l éprouve.
Adieu, cher ami. Je mets la dernière main à un premier opuscule, qui sera suivi de plusieurs autres. Puisque Ton me tient rigueur, je suis résolu de mon côté à faire tous les efforts pour paraître à Paris, et à faire, dans ce but, le nécessaire.
A vous.
P.-J. Proudhox.
OE P.-J. PROin)fiON. 14S
Bruxelles, {^ septembre 18a9,
A MM. GARNIER FRÈRES
Messieurs, j'ai l'honneur de vous confirmer ma dernière, dans laquelle, après vous avoir parlé de ma position au point de vue de l'amnistie, je vous annonçais une petite traite, selon Tautorisalion que vous m'avez accordée.
Je vous demandais en môme temps si, eu égard à l'exclusion dont je suis l'objet, vous aimiez mieux que j'imprimasse à Bruxelles qu'à Paris, sauf à recevoir ensuite l'imprimé par la douane.
Pour moi, messieurs, tout bien considéré, voici ma résolution :
Je commence une série d'opuscules de 3 à 5 feuilles grand in-18 d'étendue. — Ces opuscules, du prix de 1 à 2 francs, se succéderont à intervalles indéterminés : je compte en faire paraître 5 à 6 par an. J'en ai présentement 12 à 15 sur le chantier. Puisqu'on afifecle d'en vouloir à ma personne et de prendre lâchement au pied de la lettre le jugement qui me condamne pour outrage à la morale, moi, de mon côté, je suis décidé à tout faire pour que mes travaux soient imprimés à Paris. Ne pouvant plus répondre personnellement de
iU CORRESPONDANCE
mes actes, je redoublerai d'attention pour me mettre hors de la portée du parquet, et je crois que si je ne puis tout dire, je puis cependant en dire encore assez pour intéreser mes lecteurs.
Dans le cas même, messieurs, où vous n'oseriez courir avec moi l'aventure d'une nouvelle publication, je suis décidé à chercher un prête-nom pour éditeur : il ne me reste plus alors qu'à vous demander l'entremise de votre librairie, ce que, j'espère, vous ne me refuserez pas.
Vous connaissez au moins de vue, mon ami, M. Gouvernet, que je charge de vous remettre la présente. Pour épargner les correspondances, vous pouvez lui communiquer vos intentions ; il n'y a pas d'intermédiaire plus discret et plus fidèle.
Je suis, messieurs, en attendant de vos nouvelles. Votre tout dévoué.
P.-J. Proudhon.
7 septembre i8S9.
A M. FELIX DELHASSE
Cher ami, eh bien! me voilà mystifié. Vous aurez lu sans doute dans le National la lettre que j'ai adressée à la Revue de Namw^ et dans laquelle j'explique si piteusement comme quoi je ne suis pas un condamné poUtifîce, et conséquemment n'ai aucun droit à Tamnistie. Que dites-vous de ce tour d'Escobar ? M. Prou-dhon condamné pow* outrage aux mœurs! ni plus ni moins qu'un frère de la Trappe. M. le ministre Delangle, consulté par quelques amis au sujet de la catégorie des condamnés pour délits de presse à laquelle j'appartiens, a répondu nettement que cette catégorie n'était pas comprise dans le décret et que moi, nominativement, je ne rentrerais pas. Mon livre n'est pas de la politique I... Me voilà donc cloué pour du temps à Ixelles.
Le pis de tout cela, c'est que j'ai bien peur que vous ne me jugiez défavorablement et ne m'accusiez de légèreté. — Ces français ne peuvent s'accoutumer hors du bercail, direz-vous. En voilà un qui semblait prendre assez bien son parti de l'exil, et qui, au premier mot d'amnistie, fait ses paquets I Fiez- vous donc à la constante amitié de ces gens-là I...
Cher M. Delhasse, vous avez deviné mon excuse.
coBiur. IX, 10
Je n*ai pas, comme beaucoup d'autres qui se peuvent donneV le plaisir facile du refus d'amnistie, des moyens assurés de subsistance. Il faut que, tout en servant la Justice, je tire de mon service un peu d'argent. Et quel est le milieu qui m'offre le plus de ressources ? C'est Paris. 11 y a plus : si je veux servir la cause de la liberté générale, de l'émancipation française, c'est encore parmi les miens qu'il faut aller, la situation fût-elle cent fois plus dure et plus humiliante. Il n'y a pas grand stoïcisme à dire : Je rentrerai en France quand la France sera libre!... Il serait plus beau, selon moi, d*y rentrer comme Timoléon, Thrasybule, pour travailler à sa liberté, ou comme Socrale pour l'instruire.
Mais laissons ces discours.
Mon exclusion m'a fait prendre sur-le-champ un parti énergique. On repousse ma personne par une distinction de procureur injurieuse; eh bien, ma pensée entrera ; je publierai à Paris môme. Je suis décidé à faire tout pour que mes travaux voient le jour là-bas. Si j*ai quelque chose de trop raide à dire, je le garde pour Bruxelles. Je ferai honte aux tartuffes qui me chassent, et je montrerai aux puritains comment un vrai citoyen sert son pays. Ma première livraison paraîtra dans le courant de novembre, la deuxième vers le premier de l'an , la troisième en février. J'en donnerai par an cinq ou six. Nous verrons après.
Avant de mettre la dernière main à mon manuscrit, je veux prendre un peu de repos.
Puisque vous êtes disposé à faire une course au bois et que vous voulez bien venir à ma rencontre, ditesmoi vous-mômer quel jour et à quelle heure il convient que je parte pour rie vous causer aucun dérangement.
Doîs-je prendre le train de dix heures ou un autre t partir vendredi, samedi ou dimanche? Je suppose qu'étant à Spa pour vos santés, vous faites des excursions en tout sens, et que vous n'èles pas toujours présent. C'est pour cela que je vous prie de me fixer vous-même, d'après vos arrangements, ce qu'il vous convient que je fasse. Une fois arrivé, vous m'indiquerez un trou d'auberge, chez quelque paysan, où vous voudrez ; il est bien entendu que vous ne me mettrez à la charge de personne.
J'ai toujours le désir de voir Anvers. J'avais songea profiler de ce voyage pour y jeter le pied- Je me souviens aussi que nous devions faire la course ensemble. Cette expédition est-elle praticable, par l'occasion d'un voyage à Spa ? Lequel est préférable que je passe par Anvers, en allant ou en revenant? ou bien le plus simple est-il de réserver pour un autre temps cette promenade.
Avez-vous conduit M*»° Delhàsse au Grand Cqo? Vous en aviez formé le projet. Comment a-t-elle trouvé ce paysage et cette nature ?
Nous avons ici, depuis quelque temps, des cas de choléra. Dans un village près d'Uccle, notamment, il y a pas mal de morts. J'ai entendu parler aussi d^une descente faite par le bourgmestre d'Ixelles dans 4es taudis infects, vrais foyers de peste. Certains propriétaires, il faut l'avouer, sont bien coupables. Quai^d les maisons ne sont pas de petits palais, ce sont des bouges! Et pas d'eau 1 Les habitations les plus infâmes sont adossées à celles de l'aristocratie élégante, cela se voit partout, non-seulement à Ltelles, mais surtout à Bruxelles. On néglige les classes pauvres ; ^lles s^eu vengeront en empestant les autres.
J'ai revu déjà deux fois le vénérable M. de Bonne, un des ornements de la Belgique. C'est partout que la vertu et le mérite modestes se cachent. Je trouve, entre nous, M. de Bonne plus vraiment libéral, sociable, démocrate, que M. de Potter qui, dans son indépendance, conservait quelque chose d'aristocratique et de seètaire. — Vous ai-je parlé aussi de M. Loumyer, un employé du ministère, très-amateur de livres et très-savant? Je lui dois plusieurs communications utiles. C'est un caractère simple et modeste, et que je crois intelligent. Il me reproche d'être un peu trop Français. Ce reproche vient de la soirée que nous avons passée chez M. Jottrand, et dans laquelle il se trouvait. Je suis surpris qu'avec un esprit très -ferme, M. Loumyer n'ait pas senti la fausse position dans laquelle on me plaçait p^r des critiques ridicules de la France. Un homme peut blâmer son pays, en reconnaître les vices: il ne peut jamais lui faire la guerre, ni se rendre complice des satires qu'on en fait.
J'ai reçu le tome II de Dom Jacoius, que je n'ai pas encore lu.
J'ai reçu aussi un opuscule de M. de Laveleye, sur la France et les Anglo-Saxons. Toujours le même esprit de dénigrement absurde à l'endroit des races romanes ; cela devient insipide.
^'attends votre retour à Bruxelles pour quelques ouvrages qui doivent s'y trouver, et que vous m'aiderez à déterrer. Oh! si je suis Français^ les Belges sauront quelque jour que je ne méprise point leur nationalité, et que j'en fais cas. Mais à quoi servent donc, je vous prie, ces comparaisons sottes !
Je vais envoyer ma femme faire un tour dans sa famille. Cela la retrempera, et quand elle se verra au
DE P.-J. PROUDHON. ii
milieu de Paris, parmi tout ce monde affairé, loin de son ménage et de moi, elle prendra son pays en grippe et de dira que la patrie d.*une femme est là où est l'hçibitation de son mari. Elle aussi a fait connaissance de quelques excellentes personnes. Mais le souvenir de Paris persiste, il faut Ten dégoûter. En attendant, elle se recommande au sourenir de M'^^ Delhasse, qui reste dans son cœur une femme hors ligne.
Bonjour aux amis. Je vous serre la main.
P.-J. Pboudhch .
150 GORRESPOMBANGE
BnuMlUt, 8 leptembn 18S9.
k U. MAURICE
Mon cher Maurice, J'ai reçu votre lettre de Paris ; puis hier votre annonce de décès.
Je n'ai pas répondu d'abord à la première, ne sachant que vous dire; je m'empresse à la seconde de vous faire part de mes sentiments.
Je sais combien les vieux parents nous deviennent chers ; c'est à partir de l'âge de vingt à vingt-deux ans que j'ai senti pour tout de bon ce que c'est que l'amour filial. Si ma mère eût vécu et qu'elle eût conservé ses forces je ne me serais pas marié et j'aurais eu tort. De môme que la grande affaire des jeunes filles est le mariage, la grande affaire des mères est le mariage de leurs fils. Ma mère, je le crois, aurait été heureuse de se voir une remplaçante auprès de mo^; j'ose croire que ma femme, excellente ménagère, dévouée, sans reproche, malheureusement sans fortune, ma femme, telle quelle, aurait plu à ma mère, et que la pauvre vieille en serait morte plus contente.
Tout cela m'est revenu à propos de votre billet de mort. Je trouve qu'au total vous avez été plus heureux que moi, et votre mère plus heureuse que la mienne.
DE P.^« PEOUDOON. 151
Vous avez gardé votre mère jusqu'à quatre-vingt-sept ans ; elle, de son côté, a vu sa belle-ûlle, sa petite-fille, elle aurait pu voir sa troisième génération. Je partage votre deuil; en somme, cher ami, je trouve qu'il ne doit vous laisser qu'une impression de bonheur intime. Finir bien, après avoir bien vécu, est encore une portion de félicité.
L'amnistie ne me regarde pas ; le ministre Delangle s'en est expliqué formellement. M. Proudhon n'est pas un condamné politique. Sans doute, si l'empereur fait une amnistie pour les auteurs de rotnans obscènes, j'y serai compris, selon M. Delangle. Que ces gens sont bètes avec leur hypocri sie ! . . .
Je travaille de mon mieux. J'ai une quinzaine de brochures sur le métier; mais la matière est difficile et je vais lentement. Puisqu'on me chasse, eh bieni j'ai résolu que mes écrits entreraient. Ce que je n'eusse pas fait à Paris, je le ferai à Bruxelles; je suis décidé à faire tout le possible pour éviter les saisies et les procès. Ce sera un nouvel aspect de ma carrière. Que le n® 1 passe, le reste suivra. Et qui sait? ce que j'ai manqué en 1858 peut-être le retrouverai-je en 1860.
Ma femme a trouvé ici l'existence un peu dure, plus dure que moi. Elle n'a absolument plus que moi ici, et malheureusement il s'en faut que je sois tout à elle. Je vais l'envoyer passer une quinzaine avec ses enfants auprès de ses sœurs. Elle a quelques emplettes à faire, pour lesquelles Bruxelles est loin d'offrir les ressources de Paris. Elle gagnera quasi son voyage. Nous n'avons pas acheté de linge depuis dix ans, jugez 1...
Si vous apercevez Guillemin ou Mathey , donnez leur, je vous prie, le bonjour de ma part. Peut-être le dernier mot n'est-il pas prononcé sur mon exclusion de
ramnistie ; en tous cas je me mets en mesure de m'en passer.
Mes hommages à M"* Laure.
Je vous serre bien cordialement la main, cher ami, et vous prie de ne pas me regarder comme mort. Le monde aura encore de mes nouvelles.
Tout vôtre.
P.-J. Pkoudhon.
DE P.-J. PROUDHON. ISIT
Bruxelles, 8 septembre i859.
A M. CHARLES BESLAY
Cher ami, j'ai reçu en temps voulu votre amicale du 31 août.
Je ne sais ce que je vous ai dit dans ma dernière sur la liberté; mais je sais bien que si le décret d'amnistie n'impliquait pas mon exclusion, si le ministre Delangle ne s'était pas formellement expliqué à cet égard, j^aurais profité de la circonstance, et, la porte ouverte, je serais rentré.
Je conçois que tel et tel individu souffre trop dans son amour-propre de se revoir en France sous le règne de Napoléon III; c'est là une question toute personnelle. Mais moi, qui dans l'Empire vois autre chose que l'empereur, moi que la réaction repousse sous le couvert impérial, je déclare que je n'aurais pas été assez dupe pour faire à cette réaction le plaisir de me tenir éloigné quand son chef, par un accès de générosité ou tout ce qu'il vous plaira, m'autorisait à rentrer. Au fond, les jacobins d'abord, les Changamier ensuite, sont de quasi-compétiteurs de l'empereur; qu'ils se plaignent d'avoir été par lui trompés, mystifiés, c'est leur affaire. Mais L. Blanc, condamné de la cour de Bourges;
IM COB&ESPONDAKGE
Pyat, condamné contumace pour l'afifaire du 13 juin, n'ont rien à faire avec Napoléon III, et je ne comprends pas leurs protestations. Ce sont des proscrits de la Constituante et de la Législative que Fempereur rend à la patrie ; de quoi se mêlent-ils ?
Ma femme partira dans une huitaine pour aller voir un peu sa famille. Elle vous remercie de votre offre chevaleresque ; mais si vous voulez raccompagner au retour, cela sera agréable pour nous tous.
Mais que fais-jelà? jevous parle de voyage à Bruxelles comme s'il n*en coûtait ni temps ni argent et que vous ne fussiez pas, pour votre part, victime aussi des mœurs du siècle. Je continue à désespérer de vos Suisses, et j'ai eu le malheur d'apprendre encore ici, par M. Parou, qui connaît notre amitié, le vol que vous a fait un agent infidèle. Pardonnez-moi cette indiscret tion, cher ami, mais j'ai souffert de cet accident comme s'il m'était, arrivé. Toutes ces entreprises commencent à n'être plus d^ votre âge; craignez, jevous en supplie, les catastrophes ; si votre fortune vous permet de vivre, sauf à renoncer à vos habitudes libérales, eh bien 1 résignez-vous et vivez tranquille. Ce n'est pas moi qui me plaindrai quand vous me prierez de partager votre diner, de trouver du lard et une soupe aux choux. Ce n'est pas pour vous, je le saia, que vous aimez à gagner de l'argeiiit ; mai3 à l'impossible nul n'est tenu, et les risques sont trop grands. Arrêtonsnous.
Puisque vous avez quelquefois du papier sur Bruxelles j'en profiterai à l'occasion pour m' éviter un change exorbitant.
fiok&jour et ^anté. Je suis trop socialiste et votre fils trop sage pour que je me risque à vous prier de lui
DE P.-J. PROITDHON. 185
transmettre mes félicitations pour sa belle conduite et ses succès. U a le cœur de son père et de son grandpère; que lui pourrais-je souhaiter encore?
Je TOUS serre la main.
P.-J. Proudhon.
8 septembre 18o9
A M. GOUVERNET
Mon cher Gouvemel, je possède la vôtre du 6 courant.
Je ne sais pas ce que Garnîer aîné entend par toïi^ ranee. Je suis bien décidé, comme je ne Tai jamais été, à faire de mon mieux pour éviter à Tavenir les saisies et procès; je consens à ce que le libraire fasse lire par un homme de confiance mes épreuves ; mais je ne consentirai jamais à paraître par tolérance du gouvernement. Je chercherai un homme de paille qui m'édite, si je ne trouve pas de libraire, et voilà tout.
J'ai une lettre du représentant. Il me renseigne assez bien sur ce qui se passe à mon endroit. Voici inclus encore un mot pour lui. C'est à moi de manœuvrer maintenant, et je vais mettre les fers au feu tout de suite. Comme les protestations continuent contre Tamnistie, je songe à en prendre trente pour faire des observations sur TanmisUe même et sur ce qui me regarde.
Dans le cas où je ne me déciderais pas, ce sera la matière de la préface de ma prochaîne publication.
Une lettre, que j'ai reçue de Paris, timbrée 80 een- Urnes, et qui ne m'a pas paru lourde, m'a fait penser
que mon dernier paquet pourrait bien avoir clé surchargé. Ma femme, que je compte envoyer passer sous peu une quinzaine chez ses sœurs, vous embrassera, s'il y a lieu.
Mais vous feriez bien de me dire par votre prochaine ce qu'il en est, afin que je sache au juste ce que je peux risquer sous im timbre de 40 centimes. Il est bien que je fasse des économies de poste; cela même est très-pardonnable, puisque sans cela j'écrirais moins à mes amis, mais il ne faut pas que ce soit à vos dépens.
Bonjour.
P.-J. Proudhon.
158 CORRBSPONDilNCX
Ixelles, 21 septembre 1859.
k M. LANOLOiS
Mon cher Langlois, je vous remercie de votre cordiale épître : elle me prouve bien, par sqn contenu, la vérité de ce que ma femme m'a maintes fois dit de vous, que vous êtes un véritable ami de cœur. Mais pourquoi vous hâtez-vous de me condamner quand les faits ne vous sont connus qu'à moitié, quand vous avez contre vous la saine jurisprudence, quand les hauts personnages dont vous me citez Topinion pensent juste le contraire de ce que vous dites? Vous n'êtes pas brouillé avec Darimon, je suppose! Que n'ètes-vous allé le voir avant de m'écrire ? Il vous aurait appris ce qu'il en est au vrai des intentions du ministère à mon égard :
Que je suis exclu du bénéfice de l'amnistie, et cela par les mêmes motifs que j'ai rapportés dans ma lettre à la Xevue de Namur ;
Que telle est l'opinion en particulier de M, Delangle et de ses bureaux ;
Que du reste, il faut voir dans cette interprétation un coup monté par les adversaires de l'amnistie qui, battus sur le principe se raccrochent à l'interprétation.
Voflà ce que Darimon m'a écrit, et qu'il pourra vous redire. De quoi donc venez-vous me parler? En quoi suis-je déjà une intelligence dépravée par Texil, parce qu'après dix jours d'attente j'ai signalé dans une lettre rendue publique les intentions du gouvernement à mon égard, et la logique de sa politique?
Pendant quatre jours, sur la foi du Nord^ dont les rapports avec le gouvernement impérial ne sont pas un mystère, je me suis réjoui de l'espoir de rentrer bientôt en France ; j'ai même commencé mes préparatifs. Pouvais-je conserver du doute en voyant la catégorie de condamnés à laquelle j'appartiens mentionnée par ce
journal, et mon nom cité? Puis, tout à coup, lèvent
a tourné : une note adressée de Paris à V Indépendance portait que ma femme était allée en consultation à Paris pour savoir si moi, condamné pour orUrage aux mœurs, j'étais compris dans l'amnistie; cette note est répétée par les autres journaux, entr' autres par \q Journal delà Côte d^ Or; le doute se répand alors autour de moi ; l'OJservateur lelge s'étonne que le Moniteur ne vienne pas, par une interprétation spontanée, expliquer la portée du décret ; le chef des bureaux de l'ambassade française, à Bruxelles, avertit un de mes amis que je ferai bien de m'assurer des choses avant de partir, attendu que l'opinion, à l'ambassade, est que l'amnistie ne me regarde pas. C'est alors, après dix jours, que j'ai compris qu'il y avait du louche et que j'ai écrit la lettre que vous savez.
Que fallait-il faire, à votre avis?— Écrire, interpeller, consulter? Qui? Quoi? Comment? Le législateur a parlé ; restent les procureurs généraux chargés d'appliquer la loi. Or, je vous ai dit quelle était leur opinion : informez-vous.
lÔO CORRESPONDANCE
Certes, je suis bien convaincu que si, le 18 août, j'avais pris le chemin de fer, et que je fusse tout à coup tombé à P^ris, on y aurait regardé à deux fois avant de me saisir. Je suis convaincu qu'im procès, s'introduisant sur la portée de Tamnistie, l'empereur n'aurait pas supporté le scandale d'un homme rentré sur la foi de sa parole et appréhendé par le rigorisme de ses interprètes. J'ai pensé à ce parti énergique dont l'issue n'eût pas été douteuse. Pourquoi ne l'ai-je pas pris? Je vous en fais juge.
Assurément, il n'y eut jamais, au fond, de condamnation plus politique que la mienne. Dans la forme, c'est autre chose. Je suis condamné pour outrage à h morale pullique et religieuse : or, telle est la puissance des mots que chacun s'est dit, ce qui est vrai, que si le délit qui m'a été reproché est une fiction, il n'en est pas moins certain qu'un tel délit ne peut être considéré comme délit politique. Il ne sert à rien de dire que ce délit a été commis par la voie de la presse ; il saute aux yeux que les délits de presse, pas plus que les outrages à la morale, ne sont essentiellement des délits politi- (jues. Le bon sens s'y refuse ; le Code pénal n'a prévu, et la loi de 1819, pas plus que celle de 1852, n'y a dérogé. C'est pour cela qu'on me fait aujourd'hui un grief d'avoir assimilé ma condamnation à celle de La Châtre, homme immoral, dit-on, et sur lequel, en raison de l'immoralité, il ne saurait y avoir de doute. J'observe d'abord que La Châtre a été condamné, moi présent, pour un livre mal conçu, je le veux bien, miais dans lequel il n'y a pas plus d'immoralité que dans le mien. Mais admettons que le livre de La Châtre soit ce qu'on voudrait faire croire, je dis qu'en ce cas ce serait avec raison qu'il serait exclu de l'amnistie; et j'ajoute, en
conséquence, que si, pour mon malheur, les termes de ma condamnation m'assimilent à cet exclu, il n'y a plus que la volonté du prince qui puisse, par une exception dans Texception, me faire bénéficier du décret. Les gens d'administration et de tribunaux doivent suivre la lettre des lois : ordonner mon admission à Tamnistie, c'eût été, de leur part, méconnaître la nature de ma condamnation et s'immiscer dans le pouvoir législatif.
Devais-je donc recourir à la voix extrême d'un recours à l'empereur ? A cette question, je réponds que si pareille idée avait pu me venir je ne serais pas sorti de France; je me serais laissé condamner sans rien dire et j'aurais laissé agir mes amis, bien sûr qu'un peu plus tôt, un peu plus tard, l'amnistie serait venue me trouver en prison. J'ai repoussé ce moyen : j'ai cru <ju' après avoir fait un. livre sur la Justice, le procès à l'ÉgUse, il ne me convenait pas de me poser en suppliant; j'ai établi mon système de défense en conséquence ; j'ai protesté contre ce qui s'est fait hors de ma présence, et j'attends. Je suis donc aujourd'hui parfaitement d'accord avec moi-même : j'aurais profité d'une amnistie générale, je ne veux pas d'une grâce qui compromettrait les réserves que j'ai faites.
Je sais bien que la conscience se révolte en me voyant exclu» comme coupable d'un outrage à la morale, du bénéfice d'une amnistie politique. Il y a là une énormité qui ne m'échappe point ; et c'est ce qui fait que TOUS et d'autres vous vous opiniâtrez à chercher une issue à cette espèce de contradiction. C'est pour cela que vous m'accusez d'être allé trop vite en écrivant ma lettre du 27 août et d'avoir accepté comme vraie une interprétation qui fait si bien le compte de mes ennemis.
COUtISF. IX. il
tes GORRESPONDANGB
Permettez-moi, mon cher, de vous dire que terni cela est du pur enfantillage. Il n'y a pas de loi qui ne soit faite pour un objet spécial, qui, par conséquent, n'exclue quelque chose, et, pourtant, qui ne présente des cas douteux. Le doute, ici, roule sur les mots condamné politique. Puisque l'amnistie avait pour objet les condamnés pour crimes ou délits politiques, c'était à Fauteur de Tamnistie ou aux ministres chargés de Teiécuter de dire ce que , dans la circonstance , ils entendaient par crimes et délits politiques, — quels crimes et délits, réputés par les définitions légales non politiques, ils entendaient faire profiter de la mesure et assimiler en conséquence aux crimes et délits politiques.
Voici, par exemple, Ledru-RoUin condanmé par contumace pour attentat à la personne de l'empereur et qui proteste contre l'exclusion dont il est frappé. Lcdru- RoUin a-t-il raison? Je Je crois. L'attentat à la personne du prince est un crime poUtiqm^ et si Orsini était vivant, en vertu de l'amnistie, il devrait être mis en liberté. Pourquoi donc Ledru-Rollin est-il retenu? Ah I c'est que certaines gens distinguent ici le crime politique de rassassinat, et qu'en suite de cette distinction, on soutient que LedrurRoUin, présumé coupable d'assassînat jusqu'à ce qu'il ait purgé sa contumace^ ne peut être amnistié. Pour moi, sans admettre d'ailleurs la culpabilité de Ledru-Rollin, je nie formellement la légitimité d'une pareille distinction; je soutiens que Ledru-Rollin est aujourd'hui libre de toutes condamnations en vertu du décret, et je reproche au MoniUur de ne s'^ètre pas prononcé formellement à son sujet, comme si on eût voulu tendre un piège au cél^re tribun.
Eh bien I ce qu'tm devait faire paui* Ledru-RolUn,
DE P.-J. PROIIDHON. 163
on le devait faire aussi pour moi, pour Erdan, pour La Châtre, pour tout condamné que la lettre de la loi déclare coupable de délit non politique, tandis que le bon sens, la tradition, Tétat de la société en font nécessairement des politiques. Ce qu'on devrait faire pour nous tous, c'était une interprétation 4u décret publié dans le Moniteur, Pourquoi le Moniteur XLdci-'iY ^d^é parlé? Pourquoi ce doute sur les intentions du prince? Dira-t-on aujourd'hui, par hasard, que Ledru-RoUin, que moi-même, nous nous sommes condamnés par Iç fait de nos publications? Ce serait joindre la dérision à Tabsurde. La lettre de Ledru-RoUin et la mienne, remarquez-le bien, sont des démnciations ^ non des approbations. Nous nous plaignons tous deux; lui, d'être exclu par acte secret de radministralion d'une amnistie accordée à tous les condamnés pour crimes et délU^ politiques*, alors que cette exclusion devrait être officielle et contenue dans les termes du décret: — moi, de me trouver assimilé à de^ délinquants odieux, tandis que la conscience publique réclame pour moi le bénéfice (Je l'amnistie politique. Nous ayons écrit tous. deux parce que le gouvernement ne parlait pas, et en désespoir de cause. Tandis que Ledru-RoUin se plaint de l'illogisme de l'administration qui le repaisse, je me plains du laconisme des décrets qui, sans l'avoir voulu, j'aime à le croire, laisse lieu vis-à-vis de moi à une insigne iniquité. Nous trompons-nous ^ous deux? C'çst au Moni-^ tew de le dire, car. encore une fois, nous ne pouvons pas nous ^ller embarquer sut la foi de nos tristes étoiles, alors que nous savons pertinemmj^nt les veuts contraires.
Je l'ai dit à Darimon, je vous le répète :. Ecrivez au Moniteur f soit directement, soit par la voie des jour-
naux. Posez la question comme elle doit Tèlre, elle en vaut encore la peine. Exposez franchement les motifs du doute, consultez au besoin im avocat qui n'ait pas de parti pris et qui ne dissimule rien. Et puis, que le MonUewr décide. Il est absurde de venir me prêcher que j'ai mal compris le décret de l'empereur, alors que le ministre de l'empereur le comprend comme moimôme; il n'est pas moins puéril d'aller quêtant des opinions à droite et à gauche, alors que ces opinionssont sans efficacité et se contredisent. Faites que le Moniteur dise quelque chose comme ceci : « Sont ou ne sont pas compris dans l'amnistie : \^ Les auteurs d'ouvrages philosophiques, religieux, économiques, non obscènes, condamnés comme attentatoires aux lois, à la morale publique et religieuse, etc.; 2® Les auteurs ou fauteurs de complots contre la personne du prince et la sûreté de l'État. »
Le gouvernement est parfaitement le maître d'excepter qui il veut et pour les motifs qu'il veut, mais encore faut-il qu'il s'explique. On ne risque pas sa liberté ou sa tète pour aller s'assurer du sens d'un décret et de l'intention d'un homme.
Cher ami, vous voyez dans tout ce qui se passe un effet du despotisme. Un homme tranche et décide, maïs il ne sait pas les lois, il ne discerne rien, il juge en masse; ce sont ses agents qui ensuite interprètent, appliquent, exécutent. Aussi il est mal servi. Les lois sont trop larges, les juges ont trop de latitude ; partout les choses sont arrangées pour que, tout en décrétant et légiférant sans cesse, le pouvoir conserve le plus grand arbitraire. C'est ce qui arrive à propos de l'amnistie et que vous ne voyez pas. Puis l'attention du public est si faible, la conscience si délabrée, le cerveau si ra-
molli, qu'on ue sait s*arrôter à rien, on n'approfondit rien. Les idées jaillissent en foule comme les étincelles sous le marteau du forgeron, mais personne ne les rassemble, n'en fait la synthèse ; on ne pense plus» eniin, on n en a pas la force. Cela se voit partout, & rétranger comme en France, le dégoût saisit les plus forts et ils suivent l'exemple des faibles. C'est le dégoût de l'amnistie, du machiavélisme ministériel, autant cp^e des protestations des proscrits, qui a dicté ma lettre du 27 août. Peu s'en faut, par moments, que je ne sois dégoûté des homme? et des peuples. On ne sait plus ni penser, ni agir, ni s^exprimer ; le relâchement est au comble. Tout se fait par à peu près ; c'est la mort des esprits justes et des consciences droites. Aussi, je m'exile de plus en plus de la foule, je reste solitaire et m'enferme dans la lecture, la méditation et le travail. Les livres ne me manquent pas, les sujets non plus. Je vois le monde se troubler comme il ne fut jamais, sans espérer désormais de le secourir en rien. Je ne suis décidément pas de ceux qui ont Voreille des masses, encore moins du pouvoir.
Dans quelques semaines, je compte envoyer à Gar* nier un petit manuscrit à publier. Puisqu'on repousse ma personne de France, moi je tiens à paraître en France, décidé que je suis, comme je ne l'ai jamais été, à faire pour cela le nécessaire. Riche de faits et d'idées, possédant d'excellents matériaux, n'ayant plus à émettre de grosses et effrayantes formules, jt crois pouvoir recommencer encore une fois ma petite fortune d'éeiivain. Il faudra pour se délivrer de moi en venir à l'ostracisme, et je ne voudrais pas jurer que l'on n'y vienne. Dans peu, donc, vous me direz si moi aussi je pourris ^ rétranger.
En ce moment, je souffre d'un petit rhume. Aussitôt ffuéVi, j'envoie ma femme à Palis se retremper un peu ; la |)autrè enfaùt n*a pas comme moi la ressource de la pensée pour se soutenir, et elle souffre un peu. Revoir Pàds, sa famille, après un an, la remettra ; je ne doute jpas qu'dle ne s'ennuie fort au bout de quatre jours et qu'elle ne revienne plus vite qu'elle ne sera allée. Nous avons peu de connaissances; les jours passent trop vite el je n'ai pas trop de tout mon temps.
Présentez mes respects à M™<* Langlois, mes amitiés à votre frère et aux amis. Puisque vous n'avez rien k faire, je vous fournis de Toccupation : c'est d'amener le Moniteur à s'expliquer sur le sens de l'amnistie. En creusant le sujet, vous verrez que cela porte loin ; mais je crains fort que votis ne découvriez aussi que le mauvais vouloir est là, et qu'on se refuse à répondre. Btmjout, mon cher Langlois.
Pf-J/P&OUDHON^
Dfi p.^. paoumim. i«i
Brasillei, Umi9$mDkf IMU
k M. PERRAW
Tairnsçn^^tk son temps votre excellente ei cordial» lettre datée de Milan, et, le croirez-Toas? j'ai peiisft aussitôt à en faire une citation pour Tun des o^iscuLas que je prépare.
NToutofois, comme je ne joue point à la prophétie^ m vous non plus, je serais bien aise de recevoir de tous q^Mlques nouveaux éclaircissements.
Lltalieestj99«/^ffoa2^; c'est archi-prouvé^ non-seiitlement par Thistoire an térieure et la paix de Y illafranca, mais par le système de Gioberti lui-nvème, qui voulait faire une papauté constitutionnelle souveraine de toute ritalie; par Mazzini, pontife de nouvelle formatioa oomme notre père Enfantin.
L'Italie est impériale .* cela est vrai encore de tout^aa qui en Italie eirt prètrei, noble, pajsan, oatholique; en OA mot, de toute la vieille Italie, qui est la véritablau l&ais cdjt ne le. parait pas autant de lltalia bourgeois» et jacobine, avide des biens du cleigé, desémolumenUi politiques, etc. Qu'est-elle celte boui^gtxûsie ? Donao-^ i-elle sédmis^nent dans le oonstitaLionnalisme, déjà fAssaUemcBBi discrédité. en France^ qui Jie me panak
|«8 CORnËSPOKDANGE
pas destiné à faire de vieux os en Piémont? Qu'en est-il enfin de Tidée politique de la moderne Italie ? Acceptet-elle le rôle de filleule de la Révolution française et de satellite de TEmpire français? Ou bien rève-t-elle d'autre chose? A-t-on décidément dépassé Dante et sa monarchie universelle?
Le TùyawM dltalie est repoussé maintenant conmie au temps des Ostrogoths, des Lombards, des Francs, etc.
Gela est vrai, je le crois, des trois grands duchés, Toscane, Parme et Modène, qui répudient également et leur annexion au Piémont, et leur conversion en un petit royaume au profit d'un Bonaparte. Mais est-ce également vrai de Milan et de toute la Lombardie, qui, donnée au Piémont, va bien reconstituer l'ancien royaume? Qu'est-ce que pensent vos Milanais de cette paix en vertu de laquelle ils ont été cédés par François- Joseph à Napoléon III, et par celui-ci à Victor-Emmanuel? Est-ce de leur consentement que cette double cession a eu lieu? La Lombardie est-elle bien résolue à faire partie du royaume des marmottes! On le croirait, u en jug3r d'après les ovations prodiguées à Victor- Emmanuel. Que faut-il en penser?
U est vrai que vous me montrez les paysans qui couvent la révolte et maudissent à la fois bourgeois et roi. Mais ce pourrait n'être qu'une guerre de caste, de fermiers à propriétaires; une question sociale qm viendrait ici compliquer toutes les autres, sans qu'dle eût aucun rapport avec la tradition impériale. Les paysans de LombardUe ont-ils la moindre conscience de ce que fut, ou de ce qu'est l'Empire par rapport à l'Italie? Seraient-ils gibdins sans le savoir? dites.
Les journaux viennent de nous apprendre que les deux empereurs étalait d'accord de ne souffrir aucune
espèce de république en Italie : Y aurait-il donc un soufflé vraiment républicain par là? Y a-t-il des Savonarola, des Machiavel, des Rienzi? Quid? quid? quid?
J'ai fait, à l'aide de votre livre, une bluette sur la question de nationalité italienne ; je publierai cela quelque jour, en 1860. Vous verrez comment, m'emparant de votre substance, je l'accommode à ma façon. Vous n'avez pas peu servi, dès avant la campagne, à me faire juger cette expédition des Français en Italie, expédition aussi folle, aussi nulle, selon moi, que celle de Charles VIII. Ici, j'ai trouvé les Italiens encore plus dépourvus de sens que les Français; mais enfin, ce qui est fait est fait. Le branle-bas est donné; la France, encore plus que l'Italie, est mystifiée ; la France qui allait si bravement à la démolition du pape, de l'empereur, du roi d© Naples, des ducs, et à la conquête de ses propres libertés. Le monde, dis-je, est maintenant édifié sur les intentions de Bonaparte ; ce que je voudrais savoir, c'est commen t tout cela est pris par les Italiens, et ce qu'ils pensent faire, y eût-il parmi eux •dés hommes?...
Je vous avoue que Cavour me semble un grand fourbe, mettant le feu à l'Europe pour échapper à la banqueroute; Garibaldi, un héros d'Homère, c'est-àdire un grand nigaud; notre ami Ulloa, si fin, une franche dupe ; et tout le reste de purs intrigants. Mazzini les dépasse ; mais Mazzini, je l'ai dit^ c'est un guelfe coiffé du bonnet rouge, c'est toujours le pape. .
-Tâchez donc, je vous en suppUe, de me donner quelques éclaircissements, en me répondant article par •article. Ceci m'intéresse au plus haut degré.
Je suis peu vaillant, mais je travaille. Les subalternes
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de TempereuT ont i»t>fité du vague du décret d'amniatîe pourm^endéclareresLclu. Jeleregreiie^j'aimerais mieux^ pour ma sas té et mon agrément, être à Paris qu*â Bruxelles. Quant au travail, à Tétude, je n'y perdrai rien ; mot qui ai tant jsiocA/ pendant mes trois années de prison, je ne me crétîniserai pas dans la capitale de Ja Belgique. Je ne crains que Tinfluence de Tâge qui vient à grands pas.
Aidez-moi, cher ami, par vos bonnes lettres, à sup*porler les désagréments de cet exil. Dites-moi quelque chose, et comptez qu^aucune de vos idées n*est perdue. Vous êtes Tundes hommes, tant anciens q[ue modernes, dont la pensée aiguise le plus la mienne.
Je compte, dans qudques jours, envoyer ma femme et mes filles respirer pendant une semaine ou deux Tair ^dsien. Cela refera le moral un peu abattu de la môce et servira de récompense aux filles après une année d'écolage.
J'espère qu'elle vous verront, et que vous m'enverrez une bonne accolade sur les joues de Catherine et de Stéphanie.
Tout à vous de cœur et d'esprit, mon bien cher ami.
P.-J. PaOUDHOlC.
DE P.-J, PaOUDHON. 171
97 septambra Ittft.
A M. LANGLOIS
Mon cher Langlois, la présente servira de réponse à votre dernière, qui m'est parvenue ce matin, et à colle de Darimon, du 23. Vous m'excuserez Tun et l'autre de couper au court dans mes correspondances ; je deviens lent, paresseux, et je hais d^écrire.
Que vous avez de peine à vous mettre dans l'esprit une chose pourtant bien simple ! Et combien dans vos désirs pour moi vous ressemblez à certains propriétaires qui nieraient éternellement la justice, si la justice devait réduire seulement 5 «/o de leurs rentes I...
Yotre dissertation est fort belle; je dirais même, si vous le permettez, qu'elle est inspirée en partie par mon Mémoire de défense, ce Mémoire que l'on a repoussé à l'égal de mon livre. Mais qu'est-ce que prouve cette dissertation? Tout ce que vous voudrez, hors le point qui m'intéresse, savoir que le décret d'amnistie me soit applicable. Je vais plus loin : je trouve que votre lettre, tirée au clair, prouverait juste que ce décret, tel qu'il est, ne peut ni ne doit m'ôtre appliqué.
Puisque c^est à rhistoire que vous demandez le sens 4les lois, eh bien ! suivez Thistoire.
1. La Révolution abat TÉglise, crée la morale humaine, la vraie morale, publique et domestique.
2. La République, chargée de sauver et venger la Révolution, n'a pas le temps de faire des lois qui protègent la morale publique ; l'œuvre révolutionnaire, laissée dans le trouble, passe à la dictature de Bonaparte. Qu'eût fait la République? Nous ne pouvons (jue le conjecturer ; c'est ce que je ferai tout à l'heure.
3. Pour relever la morale, Bonaparte commence par faire le CoTWordcU, malgré les cris des républicains. Voilà le premier coup porté à la morale révolutionnaire, déclarée insuffisante. Le Concordat est de 1802.
4. Vient ensuite le code civil, promulgué le 22 février 1810. A cette époque, le tout-puissant empereur n'eût pas osé, peut-être, décréter dans son code des poursuites contre une nation qui lisait Parny, Piron, Voltaire, Laclos, le Code de la nature de d'Holbach, le Code de la loi naturelle de Saint-Lalnbert, la Zoi no* turelle de Volney, etc. D'ailleurs, personne ne pensait u la distinction que j'ai faite des deux morales, et l'empereur croyait avoir assez fait pour la liberté de l'Église que de la protéger en face de la liberté voltaîrienne. Quant aux immoralités de l'espè'îe de Justine^ il se contentait de sévir administra tivement. De tout cela est résulté l'article 287 du code pénal,
5. La Restauration arrive, avec elle le rétablissement de la papauté et de la religion d'État. — L'attaque à la religion redevient une attaque à la morale puiligue, vous savez pourquoi. Mais, dites-vous, la loi de 1819 <îst une loi politique. Sans doute; toute loi est politique dans son principe. Mais c'est aussi une loi civile et une
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loi de police; témoins les articles 18, 19 et 20 de ladite loi qui prévient l'injure contre les particuliers. Reste à savoir ce qu'en défininitive sera cette loi.
Nota^ que c'est la loi de 1819 qui emploie la première l'expression de délits commis jpar la voie de la presse,
G. Les lois sur ou contre la presse paraissaient si considérables en 1819, que le gouvernement ne crut pas ppuvoir se dispenser d'accorder aux inculpés la plus forte des garanties : lejuri/. Delà, la jurisprudence de cette loi, la plus protectrice qu'on ait vue. Mais c'est aussi pour cela que le décret de 52 a aboli le jury ; il est revenu à l'esprit de l'article 287 du code pénal, qui veut que toute offense à la morale^ par voie d'impression, ne soit qu'un délit correctionnel simple^ ce qui est, selon moi, la vraie doctrine. Doutez- vous que tel soit l'esprit du décret ?
Écoutez ceci : En identifiant dans mon procès la morale pMique et religieuse, on a voulu justement conquérir à l'Église le bénéfice de l'article 287. On a voulu la soustraire au jugement des hommes, au jury. Là est tout le sens, toute la portée de mon procès. Ce que vous m'offrez de plaider par-devant le ministre est jugé : il a été décidé, par jugement du tribunal correctionnel de la Seine, confirmé par arrêt de la Cour, dans l'affaire Proudhon et consorts, que la morale publiqm et religieuse était chose identique et adéquate ; que quiconque attaquait celle-ci attaquait celle-là ; qu'ainsi critiquer l'Église c'était en quelque sorte attenter à la conscience, à la moralité humaine. On n'a pas refait pour le dite la loi de 1819. On l'a interprétée en ôtant au jury la connaissance des délits commis par la voie de la presse ; plus tard, quand on l'osera, ou dira,
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comme Louis XIV, qu'affaire de religion c'est affaire d'État.
Solliciter ma rentrée en vertu de l'amnistie, c'est donc, sous une autre forme, appeler de ma condamnation, ce qui aujourd'hui est devenu dans l'état des choses impossible.
Et non-seulement cet appel est impossible, mais il ne peut me convenir d'équivoquer sur la loi de 1819, à moi qui ai soutenu la distinction des deux morales.
Oui, j'entends que la République, la Révolution, si vous aimez mieux, poursuivant son œuvre, déclare un jour, par un simple amendement à l'article 287 du code pénal, que toute atteinte à la morale publique et domestique par voie de la presse sera déférée, ^^omme l'escroquerie, la calomnie, etc., à la police correctionnelle et punie en conséquence, ce qui fera définitivement sortir cette catégorie de délits de l'ornière politique. Je dis plus : je vais jusqu'à espérer qu'un jour cet article 287 sera appliqué précisément aui jéguites, à toute là séquelle des Liguori, des Escobar, etc., etc., qui insulte aujourd'hui à la morale humaine et s'efforce de mettre à la place celle des tartuffes.
Allons, cher ami, soyons de bonne foi et fidèles à nous-mêmes jusqu'au bout. Puis^je, d'après mon passé, d'après mon livre, d'après mon Mémoire surtout, d'après mes vues d'avenir, aller réclamer le bénéfice de cette loi politigm de 1819? comme si je croyais à la politique en tant que principe ou doctrine ; comme si cette loi de 1819 n'avait pas été faite justement en vue de réparer une omission de la loi civile ; comme si le décret de 1852 n'était pas venu compléter la réparalion; comme si enfin, tout en me défendant, je ne devais pas prévoir l'avenir et soutenir le caractère non-
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politique du délit d'atteinte à la morale, bien qu*on en abuse en ce moment contre moi. Je ne vous en dis pas davantage pour aujourd'hui ; je laisse à votre bon sens à achever une conviction que je m'étonne de trouver en vous si difficile.
Revoyez ma dernière lettre , et pénétrez-vous de son «sprit. Certainement, vous ai-je dit, ma condamnation est due à la politique; il n'y en a pas de plus politique au monde. C'est pour cela que j'ai cru un moment à ma participation dans l'amnistie. Mais cette politique infâme a employé pour me condamner \m principe que pour rien au monde je ne voudrais ébranler, savoir que Y outrage à la morale n'a rien du tout de poliiique. Tout ce que je puis faire pour ma défense, après avoir reconnu cette majeure^ est d'argumenter sur la miMwrt, consistant à dire : M. Proudhon a attaqué la morale religieuse; mais la loi ne distingue pas, donc il est coupable et hors l'amnistie. — A quoi je réplique : Oui, mais c'est vous. Empire du jésuitisme, qui avez fait cette confusion ; c'est vous renégat, apostat, qui avez livré à leurs ennemis les principes de 89, etc. , etc. Sous les Bourbons je n'eusse été c^'wji politique, parce que les Bourbons n'avaient fait que la moitié de la besogne ; avec vous , «ennemis de la morale et de la liberté, je ne suis qu'un immoral.
Laissez donc, je vous en prie, mon aflPairé telle qu'eDe est; laissez-moi le soin de la reprendre et de la pouT^ suivre comme elle doit l'être. L'ajBTaire est grave, et, en supposant que j'aie droit à l'amnistie, la prescription ne court pas contre moi. Vous-même, d'ailleurs, me le dites après Darimon : je n*ai rien à attendre ni des ministres, ni de la presse, ni de personne ; le Siêde^ fes BébtUs se font plus religieux que jamais. L'ami Nefftzer
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a bien trouvé moyen de dire dans sa Revue Germanique que la religion était immortelle. Je n'ai rien à attendre que de moi seul, de mes rares amis, et de la conscience publique. Je compte envoyer d'ici à cinq ou six semaines un manuscrit à Garnier frères ; j'y joindrai une préface où je noterai cette fameuse amnistie; ce sera une occasion de reprendre la question; nous verrons ensuite.
Après tout, j'ai quatre ans à passer à l'étranger avant de rentrer en France : ne voilà-t-il pas une grande affaire? Occupons -nous des choses sérieuses, mes amis ! n'était ma femme, pure Parisienne, à qui l'exil ne va pas; n'étaient mes amis; n'était le vin de France, qui coûte ici trop cher, je ne donnerais pas un denier pour, vivre à Paris plutôt qu'à Bruxelles, à Cologne, à Zurich, à Genève ou à Turin. Songeons à faire une bonne rentrée dans la publicité parisienne; oublionsnous nous-mômes devant le public, et ne pensons qu'à notre sainte et invincible cause. On ne nous peut rien. Ne voyez- vous pas que le monde ne *sait où il en est; que les gouvernements sont aussi fous l'un que l'autre et les partis encore plus aveugles. Je ne dis rien des populations : elles marchent à la suite.
Je vous envoie un exemplaire de la Revue de Namur qui contient ma lettre authentique. Je viens de la relire, et je trouve qu'elle exprime avec simplicité et calme tout ce que je devais dire, tout ce que je pense et n'ai cessé de penser depuis le 27 août, jour où je l'ai écrite. J'ai dit et je devais dire que Je n'avais eu besoin de consulter personne pour saisir le sens et la portée du décret. Les explications dans lesquelles je viens d'entrer pour la seconde fois doivent vous le faire comprendre. Si je n'avais voulu qu'émettre un regret et im
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doute, j'aurais dit, qu'à en croire les journaux^ les bureaux, etc. f fêtais exclu^ ou quelque chose d'équivalent. Je ne Tai pas fait, et je ne le devais pas faire. Nous sommes dans la logique, le gouvernement impérial et moi. Cette logique mène à Tabime; on le saura quelque jour.
Bonjour, cher ami, et tenez-vous-en là. Ma femme qui vous remettra le numéro de la Revue de Namur vous dira que je lui ai fait défense expresse de se prêter à aucune démarche en ce qui me touche. Elle va voir sa famille, se reposer un peti, promener ses enfants qui sont en vacances, faire quelques emplettes : voilà tout.
Tout vôtre.
P.-J. Proudhon.
COBBESP. IX. 13
m toiacÊSPoiXùANCÈ
Bruxelles, 27 septembre iSÙ^,
MM. aÀRISl^R FRSRËS
Messieurs, la présente vous sera remise par ma femme, qui s'en va passer avec ses enfants une quinzaine de jours auprès de sa famille. Cela la consolera de la joie * trop couFte qu'elle a éprouvée du décret d'amnistie. Mes petites filles, actuellement en vacances, ne seront pas fâchées non plus, avant la réouverture de leur école, de faire cette promenade.
J'attends toujours de vous, messieurs, réponse à ma dernière vous informant de mon désir de faire bientôt, par votre entremise, ma rentrée dans la publicité. Je crois vous avoir dit déjà que ce que je me serais difficilement imposé à Paris, j'apporterai tous mes soins à le faire à Bruxelles; je ne négligerai rien pour que mon travail ne laisse prise nulle part à la malveillance. Je m'en fais une sorte de point d'honneur ; ne pouvant plus payer de ma personne, je n'irai pas compromettre celle des autres.. Ce que j'ai manqué, en IB08, je tiens à le réaliser en 1859; il faut que je sorte de cette condition d'écrivain pourchassé et proscrit, et que je prenne définitivement rang dans la littérature française. Je tiens d'autant plus à changer ma malheureuse po-
De k-j. proudhon. 179
sition d'écrivain que je regarde un premier succès comme le meilleur moyen de faire regretter à Tadministration Texception qu'elle a faite de ma personne lors du décret d'amnistie.
Vous voyez, messieurs, qu'on ne saurait être en des dispositions plus sages et plus rassurantes pour un éditeur. Je consentirai môme, pour vous, à ce que mes épreuves soient luas après moi par un homme de confiance, M. Lemaitre, par exemple. Que vous dirais-je, enfin? Jamais jeune homme n'a eu plus envie de bien faire et n'a plus vivement désiré de persuader son libraire.
Je vous salue, messieurs, bien cordialement.
P.-J. PROUDHO:^*
i80 CORRESPONDANCE
Bruxelles, S8 septembre 1859.