A M. TOURNEUX
Mon cher Tourneux, je viens de bie^ loin et de bien longtemps me rappeler à ton souvenir et te demander un petit service. Tu sais que bienfaisance oblige ; tant de fois tu m'as été agréable que je reviens toujours à la charge.
Un jeune homme de ma connaissance intime, que j'aime pour son caractère et ses mœurs autant que pour sa famille, M. J. (?***, se présente au concours, pour l'admission au ministère du commerce. Ce concours s'ouvre le 10 courant, et tu dois être Tun des examinateurs.
Il s'agirait, autant que le permettra ta justice, d'ap* puyer ce je\me homme honnête, laborieux, instruit, mais que sa modestie excessive pourrait bien ne pas faire valoir tout son prix. .Certainemfoit les concours sont, en pareil cas, la loi et les prophètes ; mais tu sais qu'un concours , un examen n'est pas une épreuve infaillible, et je voudrais qu'indépendamment du résultat du concours, tu prisses, sur ma garantie, bonne note de mon candidat. M, J. G*** a passé par V École centrale. La faiblesse de sa vue ne lui permettant pas de
DE P.-J. PROUOHON. m
dessiner, il a dû renoncer à la carrière qu'il ambitionnait.
Enfin, il s'agit du fils de mon ancien patron.
Que te dirai- je maintenant de moi ? Tu dois me prendre en grande pitié. Avec mes idées d'enfer, mon diable de tempérament, je n'ai réussi depuis dix ans qu'à soulever contre moi l'animadversion du Pouvoir et, il faut bien que je l'avoue, de la majorité du public. Le plus grand nombre me condamne ; donc, je dois être censé avoir tort. Reviendrai-je jamais de là ?
Me voici fugitif depuis quinze mois, et pour quatre années encore ; pour peu qu'en continuant d'écrire je déplaise au gouvernement, je suis sûr de voir changer ma fuite en un perpétuel bannissement.
Malgré tout, je travaille, je rame contre le courant et ne désespère point. Si on ne veut plus souffrir en moi le politique, l'économiste, le morsdiste, j'essaierai de la ^ttétature. Il est impossible que sur ce terram je ne trouve pas quelque filon inoffensif.
J'ai eu de mon mariage quatre enfants ; il m'en reste deux, deux petites filles, de l'âge de six à neuf ans. Bt toi ? où en es-tu de ta progéniture ? Tu dois avoir à cette heure un grand garçon ou une grande fille.
J'ai conservé les meilleures relations avec Bergmann, Maguôt, Haag et autres amis. Ce qui prouve que je ne suis pas encore excommunié de tout le monde.
Donne-^moi, si tu l'as pour agréable, de tes nouvelles. J'aimerais è pouvoir me dire qu'au sein de cette administration qui me pourchasse, il y a cependant quelqu'un qui me veut du bien et qui m'estime.
Je te serre la main, mon cher ^oumeux, et suis ton tout dévoué.
Pi-J. Proudhon.
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BniiBlles, 7 nÔT^nbre 1859.
A M. JOSEPH FERRARt
i Mon cher Ferrari, je vous remercie de vos deux lettres (non datées) ; et comme libéralité oblige, je me j^révaudrai de votre obligeaBce à me répondre pour solliciter de vous de nouvelles explications. . Comme tûus les es|)rits fortement préoccupés d'une idée, je crains que parfois vous ne compreniez pas toujours les questions qu'on vous adres»se. Vous répondes à ce que voua supposez être les préjugés de mon esprit, el en me ramenant à ce que Vous ctoyea le positif, voua vous en écartes, ce me semble, un peu vous-même.
Tout d'abord, je savais à merveille que la premitee^ passion deTItalie est son affranchiss6m€f^t de Vétéranger; que devant ce grand int^t tout le reste lût devient indifférent ; que pour parvenir elle wipdoie le tiers et le quart ; qu'aujourd'hui elle crie : Fïw ?» FTanee! et demain :\ViP^ VAnfiei0rre! qu'en consé-^ quence, à l'exemple de l'Autriche, aoii ex<-patronne, die s'apprête à étowMT le Tiwndepar son ingratitude.
Tout cela, je le sais ; j'ajouterai même, d'après vous, que je la crois toujours, du reste, et de fondatien imfi* riale et jponiifimUy et qu'en tant qu'elle cesserait de
DIS P.-y raoODHON. $28
Tètré, elle ne serait au moins, jusqu'à nouvel ordre,