A M. VERDEAU
Monsieur Verdeara, je ne vous ai pas écrit depuis bien longtemps; j'ai même oublié la date de ma dernière. Le fait est que je n'arais rien à vous dire. J'ai eu d'eiUeurs indirectement de vos nouvelles par Duehône dans le courant de l'été dernier. Il me marquait que rien ft*ét«it (*hangé dans votre existence, que votis habitez laiilôt Paris, tantôt Versailles, tantôt votre maison de csnpagne. De mon côté, de quoi vous aurais-jeentreteim? La politique, vous la voyez et Tappréeiez eomme hh^I, et n'êtes pas de ceux que les batailles et les bâdstes émerveillent. Mes travaux? Ce n''est guère matitee i la lettre, à moins qu'on n'en fasse Tobjet d'une oerrespondance longue et suivie, ce qui, pour le memeiil, me serait impossible.
J'ai à Paris un manuscrit eonsidérable et qui alleiid l'impression. Je compte pouvoir, dans le eouml de cette même année, le bire smvre -de troia ou quatre brochures ; vous recevrez tout cela au fur et à mesure des publications. J'ai passé cette année à préparer de nom*breux matériaux et à réimprimer par livraison mon gros livre De la Justice^ avec corrections, additions,
ne p.-i. MontioN. J03
noies, plus un bulletin politiqua senrant à appliquer les principes déyeloppés dans TouTrage aux faits d'aciualitô.
Voilà ma tIô poor Tannée 1 860 : je tiens la dousîdme et dernière livraison, et dans quinze jours tout sera fini.
Quant à nos santés, il y a du bisen et du mal. En somme, deux petites filles qui grandissent tandis que le père décline. Un don chasse ratitre^ dit le proverbe.
C'est à mon bulletin politique que j'attribue la remise qui Tient de m'ôtre faite de ma condamnation^ par une décision impériale du 12 de ce mois, dont vous aurez eu sans doute connaissance par les journaux.
Ce petit fait tout personnel, mais qui s'ajoute à la série des mesures cpil depuis le 24 novembre oat dénoté de la part du gouver&ement impérial une sorte de revirement politique, me place dans une situation nouvelle, et que vous jugeree sans doute comme moi tout à fait avantageuse.
Il Ta sans dire qtie je n'ai ni sollicité, ni £aii solîiéiter cette grâce, émanée du proprio moiu impérial et ^ns conéKêéûtn aucune; ainsi le dit la ie<^e du ministre des aCaires étrangères, Thouvesnel.
Mais ce que votis remarquerez tout d*abord^ c'est qfue la décision a été prise après que le gouverBement avait cru devoir, un an auparavant, m'exckure de i'amBÎÉtie aooordée à la suite ées victoires dltaiie; bien mieiix, après une suite de eritiques très-^iires^ pubëésparmoi dans mes bo&tinSf du régiae impérial. Ea soite qme, combinant toutes ces circonstances : 1^ le iwa/vieiiient des idées libérâtes ea Braiope (Italie, Auândie, Prusse, Aikoiageie, Bassie); â» rinsuccès €ompkt d'ôaiA poiitiqw foMUTelée des trjdîlioas de IMé-iâl-é ; 1* la «itairtioa éemooâqpie et fiaaacîèn; 4* Je tefreidiaâe-
ment du clergé; b^ enfin, pourquoi ne le dirai-je pas? la justesse de certaines de mes critiques, je suis forcé de conclure à une volte-face du gouvernement et peutêtre a une tentative de rapprochement avec la démocratie, môme sociale.
Dans tous les cas, je vais consacrer mon onzième bulletin à bien fixer cette sitcalion, telle que la suite des événements et la logique la font paraître; ce sera ma réponse à la décision impériale. Je tâcherai d'être aussi modéré que ferme, mon métier n'étant pas de Juger l'empereur et son gouvernement, mais d'allirmer une idée, une politique, un droit. Ma position est ainsi (les plus faciles, et je puis dire que je rentre avec les honneurs de la guerre. Je tâcherai de vous faire parvenir mon programme, qui naturellement restera inconnu du public français.
Tout cela apporte un immense changement dans mes aflaires, et le cœur me dit que si mou appréciation n'est point fautive, si je manœuvre avec un peu d'adresse, je puis encore réparer la mauvaise fortune des treize dernières années. J'ai dit le plus gros et le plus périlleux; ma période criti ue est terminée : il ne me reàte qu à faire un développement doctrinal au fur et à mesure des événements; en sorte que je me représente devant le publjc avec le double avantage d'ô'.re l'un des hommes les plus avancés dans la Révolution et en même temps les plus calmes dans l'exposition de leurs vœux, les plus désintéressés dans leurs prétentions personnelles.
Le nouvel an me rappelant a mon devoir envers vous, j'ai voulu, mon cher monsieur Verdeau, tout à la fois vous exprimer mes sentiments et ceux ^de ma famille, et soumettre à vôtre appréciation la manière
DE P.^. PROUOHON. M8
dont j'envisage l'avenir. Vous roterez bien que j'ai parlé de rapprochement de la part de l'Empire vers la démocratie; cela n'implique de mon côté aucun ralliement au pouvoir. Je reste sur mon terrain, non plus hostile, il est vrai, puisque je rentre, mais libre.
Quelques mots de vous, de votre conscience à la mienne, me seraient bien précieux. Permettez-moi d'espérer que tous ne me refuserez pas en ce moment votre pensée de bon citoyen et d'honnête homme.
Mes salutations bien respectueuses et celles de ma femme à M"** Verdeau. Et croyez-moi, cher monsieur Verdeau, que je ne cesserai jamais d'être votre reconnaissant et tout dévoué.
P.-J. Proudhoh.
oonut. IX. ^
3» GmmesratiDANCE
Iz«ad8, 2 JaBYkr i80a
A M. ALFRED DARIMON
Mon cher Darimon/ma réponse à vo4re lettre du 29 décembre se trouve dans le passage où vous me dites ^e des démarches oïU été faites par d'autres personnes dans un atUre sens que les vôtres, et que vous avez refusé de seco^ider Langlois dans ses courses.
Vous et Langlois lisiez mes lettres en commun ; vous combattiez en commun ma manière de voir ; il m'a donc été permis de me tromper sur ce qu'il y avait de commun et de différent dans vos deux manières de penser.
Comment d'ailleurs aurais-je discerné ce qui est de vous et ce qui est de Langlois, quand je vois par votre dernière que vous continuez à me prêter des idées qui ne sont pas les miennes ?
J'ai toujours pensé de même sur la question :
Je n'ai jamais admis et n'admets pas encore que le délit d'outrage à la morale, commis par la voie de la presse, soit un délit politique ;
Je n'admets pas que le délit de presse soit, de sa nature, un délit politique ;
JHgnore^ enfin, si les délits politiques pour lesquels
Ufi P.-I. PROUDHON. 307
j*ai été condamné couvrent ici le dflit d'outrage à la moraie, ou si c*est le éS&t d^outrage à la morale qui doit emporter le délit politique.
J*ai accordé à Langlois; par une pure hypothèse^ que quand môme Q parviendrait fa jeter du doute sur l'es-^ prit de la législation de 1819, en ce qui touche le caractère poBtique ou non politique du délit d'outrage à la morale, cela prouverait simplement que la morale est maltraitée en France par les lois, mais ne changerait rien au principe. C'est dans cet esprit et pour d'autres raisons encore, résumées dans une lettre qui doit ^re entre les mains deKe£Ftzer ou Peignon, que j'ai demandé, après avoir de nouveau insisté sur l'attitude que j'entends conserver dans la discussion, que l'on portât tous ces doutes à la connaissance du public et que Ton sollicitât une explication doctrinale du gouvernement. Ce dont je me plains le plus, c'est qu'il laisse planer le doute sur des choses qui paraissent à beaucoup de gens sujettes à discussion, et qu'il agisse dans le silence à la fiEiçon des pouvoirs discrétionnaires.
Voilà, mon cher ami, quelle est mon intention et quelles sont mes opinions. Vous me connaissez, du reste, assez pour penser que je n'apporte en tout ceci aucune raideur puritaine, et que je ne joue pas à l'exilé. Je suis donc bien loin de vous accuser, ni vous ni personne, d'avoir, par vos démarches, compromis ma dignité ou mon attitude vis-à-vis du gouvernement.
A mes yeux, l'intention d'obliger couvre tout.
Mais il s'agit de plusieurs questions de théorie et de pratique, que je croyais pouvoir être posées au gouvernement et développées dans la presse, sans toucher au
principe sur lequel je suis d'accord avec la magistraiure, et sans qu*on s'occupât non plus de ma personne. Car, si Tinlérèt que je prends à Tamnistie est faible aujourd'hui, il n'en est pas de même de mon procès, dont je ne renoncerai jamais à poursuivre les auteurs. C'est cet imbroglio monstrueux, auquel l'amnistie et ses exclusions sont venues mettre le comble, que je voudrais voir tirer au clair ; là se borne pour le mo> ment mon désir.
Ni tolérance ou faveur pour moi : vous l'avez com- ' pris ;
Ni violation des vrais principes : en ceci nous différons ;
Mais discussion de ces principes aujourd'hui mêlés, confondus, mal définis, et sur lesquels le silence du gouvernement est un moyen de despotisme de plus. Adieu, bon jour et bon an.
Je vous serre la main.
P.-J. Proudhoii.
DK P.^. PBODDBON. M
Iidlet^ 8 juifkr IMO.
A M. MAURICE
Mon cher Maurice, j*ai reçu votre dernière, m'apportant Yos compliments de nouvel an et m^informant de la maladie de votre Laure. Comment une jeune personne, de son âfçe et de sa conslitution, peut-elle être ainsi malade ? Votre lettre m*a étonné, inquiété, et vous ne me donnez pas d'explication. Apparemment que les médecins n'en savent pas davantage. Il faudrait interroger la malade.
L'année 1859 a été pour moi une année néfaste. J'ai eu, tant par moi-même que par ma femme et mes petites filles, cinj mois de maladie, cinq tnois de chômage, qui n'ont pas, vous le comprenez, avancé fort mes affaires. Le 14 octobre, ma femme revenait de Paris avec ses deux ûlles atteintes toutes deux de la tcarlaliM; le lendemain elle se mettait au lit, et me voilà avec trois malades sur les bras. Pendant six semaines, j'ai été cuisinier, infirmier, femme de ménage et tout ce qui s'ensuit. Vous donner le détail de ces maladies serait trop long. La maladie de ma femme, après avoir pris diverses formes, céphalalgie, angine, fiivr$ intermUUnU^ s'est terminée par un rhu^
Z\0 COOttESPONDANCB
matisme polyarthriliquej erratique^ suraigu, pendant quatorze jours, elle a crié nuit et jour, sans pouvoir se remuer ; elle n'est pas encore guérie.
L'ainée de mes filles s'est assez promptement rétablie. La seconde, n'ayant pas réussi à évacuer l'élément scarlatin, a passé à son tour par Vkydropisie^ Vipi~ îepsiCy la paralysie, la fièvre pernicieuse, T hypertrophie de la raie ; elle en est au catarrhe, par où elle avait débuté. Nous la considérons comme en pleine convalescence. Pendant quatre heures elle a été morte; pendant quinze jours, paralysée du côté gauche ; enfin, tout le monde, les médecins eux-mêmes, au nombre de trois, nos amis, l'avaient condamnée. £Ue n'en a pas voulu démordre, elle vit.
Je m'imaginais autrefois que pendant la maladie on économisait au moins les frais de nourriture et d'habillement. Il n'en est rien. Nous avons plus dépensé durant les trois derniers mois que nous n'aurions fait avec la meilleure santé et le meiUeux appétit, ce qui fait que je suis un peu plus enfoncé que je ne devrais l'être.
Ajoutez à toutes ces maladies ime perte nette de 450 francs pour frais d'impression d'une brochure que j*avais entreprise à la sollicitation de quelqu'un et que j'ai ensuite supprimée. En somme, mon déménagement en Belgique, les maladies» le temps^ perdu, etc., m^'aaront certainement coûté 3,000 ù.
Cependant je vous avoue que si je suis rudement , éprouvé, ma confiance n'est point ébranlée. J'ai foi I à l'avenir, je compte »ir mon travail, et je ne doute pas que je ne me tire d'affaire. L'exchL»k>n de l'amnistie, àasxi on. a cru devoir me gratifier, n'y. fera riea. J*ai à Bruxelles taules les ressources possibles pou* le
0K F^mI, MMNJDJiON. SU
iitivail. On irient de mettre sous prei^se Ik deuxième édir- ^1^9 renie ei «ugmfsitée» de mon livre De la Jusiice. Cela servira à couvrir mes dépendes de Tannée écoulée. Je prépare pour MM. Garnier une s^ie de puMicaUoas ; ce qui pourra passer en France^ i^B rimprimeronl ; ce qui leur semblera dangereux sera peur la Belgique ; quand reviendront des temps meUleurs, tout profitera.
Jusqu'ici la chance est furieuse contre moi ; mais j'espère qu'il en sera comme de ma seconde fille. Si je ne succombe pas, le réveil sera honorable. Et, je vous le répète, jamais je mé suis senti plus calme et p' is de courage. Je souffre bien uq peu du rhume ; ma' s j'ai la tête meilleure qu'en 1856, 1857 et 1858, alors que j'étais forcé de suspendre le travail et d'aller me promener.
Dans huit jours, le 15 de ce mois, j'aurai cinquante itl un ans révolus. Croiriez-vous que, hors la légèreté que je n'ai plus, il ne me semble pas que je vieillisse? C'est encore ime expérieuce que je fais: Thomme voit se détraquer sa machine; au fond, par la tète et par le cœur, il ne vieillit point. Il n'y a que les imbéciles qui, continuant de l'être et ajoutant sans cesse à leur imbécillité naturelle par le vice et la paresse, tombent dans la décrépitude. Cela me fait songer que vous non plus vous ne vieillissez pas. Chez nous le corps s'use, cher ami ; le feu de la vie, l'esprit, ne baisse pas. A vingt ans je n'aimais pas le vin, aujourd'hui je l'adore; voilà tout. C'est de la physique cela; ce n'est pas vraiment de la vitalité.
Je voudrais bien savoir ce que fait le père Proudhon avec ses quatre-vingt-quatorze ou quatre-vingt-quinze ans ?
lia GOBRESPONDANGB
Soyez assez bon pour remettre Tincluse à l'ami Mathey, de ]a maison Gérard. C'est une affaire qui regarde mon père ; j'ai écrit à tous deux, il y a près de trois semaines, et je suis sans réponse.
Bonjour, et meilleure santé à votre bonne Laure.
Ma femme, dont la convalescence est suspendue, mais qui n'en fait pas moins héroïquement son ménage, TOUS fait à tous deux ses compliments.
Tout vôtre.
P.-J. Proudho».
D& P.-J. PROUDHOIf . SU
il iuxjyu 1860.
A M. GUSTAVE CHAUDET
Mon cher Chaudey, deux mots seulement en courant; nous reprendrons la conversation une autre fois.
Votre article sur l'amnistie répond à mon esprit et à mon cœur. C'est cela, c'est comme cela, pas autrement, pas plus, pas moins. On sent néanmoins, après vous avoir lu, que vous n*avez pas tout dit, et que vous êtes en mesure de reprendre la discussion ; mais Vintroduction ffinsfanee est ce qu'elle doit être, surtout de la part de l'avocat d'un des intéressés.
J'ai reçu hier l'article Peignon de la Presse, Galimatias pur, galimatias double, triple gâchis. M. Peignon no sait pas même déraisonner. 11 a voulu faire trop bien les choses en enchérissant sur vous, et il a compromis la position. Messieurs, pas de zèle, disait Talloyrand. Il faut le rappeler à Peignon. Enfin, peutêtre le gouvernement daiguera-t-ii parler, j'attends ce que di ront l' Opinion publique et les autres.
L'arlicle de M. Prévost-Paradol, qui précédait le vôtre, était charmant. Ou ne pouvait mieux échiner l'auttur de la brochure impériale sans faire une seule concession au pape. Mais, hélas 1 j'ai bien peur que notre public ne soit plus en état de comprendre ce
style ; il trouve beau qu'on dépossède le pape et qu'on lui paye quelques millions!... La France, qu'on juge cependant plus favorablement de l'étranger qu'elle ne se juge elle-même, me dégoûte. La sottise Welche rivalise avec l'hypocrisie anglicane.
Comment jugez-vous, là-bas, la situation? Pour moi, mon mépris du prince et du public redouble. On parlait ces jours passés d'une brochure de M. Thiers sur l'affaire du pape; on la dit maintenant ajournée. Si je puis conjecturer ce qu'il pense, voici, ce me semble, ce qu'il doit y avoir dans sa brochure, exprimé et sousonteiidu :
La RévohUion, organe de la philosophie du dizhuitièoKî siècle, a voulu substituer au principe féodal, reb'gienx et chrétien, un principe démocratique et purement humain;; teQe a été la pensée de 93.
L'Empire, la Restauration, le gouvemement de Juillet, n'ont pas voulu de cette substitution impratieable/ sinon impossible. Ils ont voulu, à Taide de quelques concessions réciproques, ccncHUr les dmx principes.
Organe de &9, la France restait donc la fiUe aînée de de l'Eglise, et, comme telle, elle était à la tète de 130 millions de catholiques. D'immenses destinées lui étaient promises si elle était fidèle à ce double principe, si elle savait conserver cette double influence.
Depuis 1851,1e gouvernement impérial a semé g9, 03 et toute la Révolution; levoiei quimainteoaantest en train de renier le catholieisme. Car la papauté abattue, l'esprit protestant entre dans l'Église ; la France chréiiemie perd dosïc, ip^ facêo, son protectorat et son infki^ce. Le foyer du pn^testantisme, ce s'est point Paris : c'est Lc^idres, c'est Berlin.
1» P.-iw raOUDHON. 315
Plus de principes en France, ni la RévoliUion, ni l'Évangile, ni YoUaire, ni de Maistre^ Nous en sommes au néant pur. La R^ublique de 48 lendaii à doubler la puissance de la Rérolution, perce qu'elle se séparait de rÉglise; la réaction de &1, première phase, semblait tendre, au contraire, à doubler la puissance religieuse, parce qu'elle écartait la Révolution. Dans les deux cas on ne perdait rien; aujourd'hui il n'y a plus rien.
Supposez maintenant que les Italiens, obéissant au principe de l'initiative populaire et à la théorie du fait accompli, se déclarent tous pour le Piémont; qu'est-ce que Tempereur des Français aurait à y dire? Supposez, en conséquence^ que le Piémont, porté à 12 millions d!habitants, no«is fasse ainsi une Prusse au midi, comme disait Cavaignae, quelle sera la position de la France ainsi emsnaillottée? Nous serons descendus de <|uatre degrés phis bas qu'en 1840.
Si nous échappons à cette chute, certes, ce ne sera pas la faute de Sa Majesté Impériale.
Je vous fais grâce des conséquences.
Maintenant, voyez-vous d'ici Thiera, réveillant la vanité naticmale, montrant la profonde ineptie de cette politique sans principe, teodant la main au parti épiscopal, et élevant, au-dessus du gâchis napoléonien, l'astre nouveau de la dynastie bourgeoise?
\^ Ou le christianisme;
^ Ou la Révolution;
30 Ou la conciliation des deux principes.
Il n'y a pas d'autre politique. Le représentant de YJdée^ napoléonnienne a inventé, lui, le néant; point d'idée d'aucune sorte, le sabre tout seul et la corporation de M. Gilbain t. . •
Pour moi, j'avoue que je ne puis me réjouir de ce gâchis d*ivrogne. Napoléon III a trahi tout le monde, il a tout souillé, tout conspué, et la multitude est à ce déféré d'aviljssemenl qu'elle applaudit à chaque cascade qu'il plait à ce monsieur de faire sur les idées des anciens et sur les nôtres.
Pour se réconcilier avec la jacobinerie, avec le saintsimonisme, avec l'Angleterre, pour obtenir un brin de popularité, après Villafranca, il sacrifie cette papauté que nous soutenons, remarquez-le bien, non pas depuis quarante-neuf ans seulement, mais depuis l'occupation d'Ancône; cette papauté dont nous disputons le protectorat à l'Autriche, parce que c'est celui de 130 millions de catholiques, il la sacrifie, dis*je, sans se douter seulement qu'il arrache la dernière pierre des fondements de son Empire.
Comment la restauration orléaniste ne se ferait-elle donc pas aujourd'hui, quand la démocratie est si bêle, quand l'opinion en France, ignorante des principes, n'est gouvernée que par des mots?... Encore un peu, et la dissolution sera arrivée au grand complet; alors, catholiques, monarchistes, amis de 89, tous démolis, seront bien forcés de s'embrasser de nouveau sous les auspices d'une nouvelle Charte I
Encore une fois, mon cher ami, mon cœur est soulevé, mon âme navrée. Je sens parfaitement que je passe au rang des vieux; mais, franchement, moi et mes pareils, je veux dire les hommes de la Révolution, de la légitimité et de la conciliation ecclésiastique de 1830, nous avions des idées, des principes, une politique. La France de 1860 n'a rien. C'est pourriture, imbécilité, ignoininie.
Je vous serre la main et vous souhaite la bonne
l)fi P.-J. PROUOfiOX 317
année. Mes respects et mes vœux à M"^ Chaudey» un baiser à mon fieux.
Tout vôtre.
P.-J. Proudhok.
P,-S, Ollivier a bien fait de résister au procureur impérial. Mais le garçon veut exploiter sa petite aventure; c'est de mauvais goût et montre qu'il n'est pas franc du collier. Je ne comprendrais pas, je l'avoue, qu'une Cour infirmât le jugement du tribunal, qui, maître de la police de son audience, a prononcé, après tout, sur un faiù qu'il lui appartenait d'apprécier, et qui, à distance, ne s'apprécie plus de même.
3I« W Pw-J. PKOVOMOff.
Ixelles, il janyier 1860.
A MM. GARNIER FRERES
Messieurs, ht lettre par laquelle vous m'avez autorisé à faire traite sur vous, dans l'espace d*un mois, d'une somme de 1,000 francs, m'avait pénétré de reconnaissance; votre dernière du 9 courant, m'annonçant un envoi d'étrennes pour mes filles, m'a gagné, messieurs, si j'ose ainsi dire, tout à vous. Yous savez être plus qu'honorables, messieurs, avec les écrivains qui travaillent pour votre librairie, vous savez être amis. Vos deux ouvrages nous sont arrivés hier : il ne se peut rien de mieux choisi pour un cadeau de nouvel an, rien de mieux imprimé, de mieux illustré, enfin, et à tous les points de vue, de meilleur goût. Dès le soir môme et pour faire honneur à MM. Gamier frères, j'ai commencé la lecture du Robinson suisse, et pendant trois heures la mère et les filles sont restées attentives ; onze heures sonnaient qu'on en demandait encore.
Je vous serais moins reconnaissant de cet envoi, messieurs, si vous étiez deux pères de familles. Je dirais que vous avez fait, comme tout le monde, ce qui se fait entre papas. Mais vous êtes célibataires, énormément
affairés, fatigués, et vous vous souvenez de deux petites filles. Ah ! messieurs, vous êtes plus gens de cœur que vous ne le voulez paraître.
J'ai été ces jours-ci ressaisi par mon terrible rhume, mais je Tai arrêté à temps, et mon travail n'en souffrira pas. En ce moment, comme je crofs vous l'avoir dit, je suis occupé à mettre en train la deuxième édition par livraison de cinq feuilles grand in-18 de mon livre De la Justice, Dans quelques jours, j'achèverai un autre manuscrit. Si rien ne m'arrive, je compte d'ici à quelques années avoir fait paraître, tant à Paris qu'à Bruxelles, tant en travaux inédits qu'en réimpressions, trente à quarante livraisons de cinq feuilles au moins. Cela dépendra de la faveur que m'acoordera le public.
Con^ervfz-vaus, messiauiB, pour vos. édités, et recevez les remerciemeuts de ma femme et de nés petites
filles.
Votre tout dévoué.
P.-J. PROxn>a<ai.
m caWESPONDANGB
IxcUet, 22 janTier 1800.
A M. BONNON
Cher et excellent monsieur Bonnon, je possède toutes vos lettres : 29 juillet, 15 septembre, décembre 1858 ; 11 juillet, 15 avril, 17 octobre et 24 décembre 1859. — Combien y a-t-ii que je ne vous ai écrit moi-même ? Je ne m'en souviens pas ; ce qui est sûr, c'est que si je suis négligent à vous répondre, je ne vous lis pas moins avec grand plaisir ; je suis même décidé, dans une prochaine publication, à faire usage de vos lettres ainsi que de plusieurs autres que je reçois de diverses parts.
Continuez-donc, cher ami, si cela no vous coûte pas trop de temps, et comptez sur ma discrétion autant que sur ma reconnaissance.
L'année 1859 a été pour moi ime année néfaste : j'ai éprouvé cinq mois de chômage, tant par suite de maladie personnelle qua pour les maladies de ma femme et de mes enfants. J'ai eu d'autres anicroches qui ont sans cesse afiligé ma bourse, retardé mes travaux et mes publications. Enfin, ma femme et ma fiUs cadette sont en convalescence; je vais assez bien moi-mteie, je travaille, et comme TAme est plus énergique que jamais,
DE P.-l. PROUDHON. 321
j'espère que tout ce désordre finira et que je parviendrai à renflouer ma barque.
Avez-vous su que j'étais excepté de l'amnistie? Oui, vous me le dites dans votre lettre du 17 octobre. Cela a été mené jésuitiquement par la magistrature, le clergé et les flibustiers de la Bourse ; bref, on est décidé à me faire passer mes cinq ans à l'étranger, en guise des trois ans d'emprisonnement auxquels j'ai jugé à propos de me soustraire.
Voici maintenant, cher ami, où j'en suis :
Je commence une seconde édition, revue, corrigée, augmentée, de mon dernier livre De la Justice. En même temps, je me propose de publier à Paris, si je trouve éditeur, divers opuscules sur des sujets intéressants.
Je voudrais bien pouvoir vous faire tenir un exemplaire de mon gros livre, jamais bonne semence ne serait tombée en meilleure terre. Vous me direz par quelle voie je pourrai vous le faire parvenir. Car il s'agit d'abord de pénétrer en France, puis d'arriver à Bourbéville. Au reste, comme l'impression durera cinq à six mois, nous avons le temps de nous retourner. Mais il ne faut pas que vous mourriez sans avoir, lu cela, entendez-vous, mon cher Bonnon. Les treize livraisons (je parais par livraison) feront ensemble 2,400 pages : vous en aurez pour plus de dix-huit mois de lecture.
Nous sommes en plein cahos politique et social.
Le gouvernement impérial, sans principes, ne sachant où donner de la tète, fait la guerre à FAutriche soidisant pour affranchir led Italiens.
Puis, tout à coup, il abandonne sa tâche à Solferino ^ fttii une paix impossible. Le Piémont suspend sa coKUBF. ne. 21
Italie, avec force intrigues, où iJ ^y ^ rie» du JLoiU po^r Ip j^a^ple : yoUà raffraucbi^seœeut.
Puis, pour ge réconcilier avec rA^i^gl^terre, «après Jl'ayoir loAglemps menacée, Napoléon LU sacrifie le ^pe.^u'U a si longtemps caressé, et compromet Ij^^oxt 4^ rjîgJise rompue, son plu3 fidèle soutien.
Il fait ua traité de commerce, qui déjà soulève des
réclamations de tous côtés, et par lequei la mariae
' marchande française est sacrifiée à celle .d'Angleterre.
TaJi;idis qu'où se bat en Italie pour la défense des
Aatiand^lUés, la Savoie, poussée par ses prè^tres, demande
à lôtre jéunie à la France, à laquelle ^lle n'a jamais
AppaElenu. C'était en baine de Victpr-Emmanuj^J,
accusé de vouloir dépouiller le pape, que le clergé
J0yoy^r4 agissait ainsi.
Maintenant, voici .quis Napoléon fait pis au pape q^ue Victor-Enunanujel, 1q3 j)rèties ne parlent plus d'a.d- ÎPCLoUon, mais les impéi^isdistes len veuleut I .. .
Mon opinÂOM est ^vi^ Napoléon, qui a faii la guerre d'Italie j>our lajMiia^ les Xw^tiqujei^ complices d'OrsiJdi, 9liiici*ifije la p^paul^ et les intérêts français à Ia poliUque (de J'AAgl&i^rrQ» li^a «qu^ TÀngleterre, ^qui est. resi^ 4;MUtre pendant çioUfi i&fxxièxe guerxe, reste n^eutre enwv^ jUjânpLsMM cèHe qu'il médite et qui sws daute âuro
Il n'y a pas plus de principes, de prudence^ de loyauté fcbeis Iç» ^utre^ ^ouv^wemeiUs qm danjs le jCvÂtr^- Aussi» vow voy^» Que les Fraoç^is, &xx s'alUant jm^^ouL Wk9, tMjM wx nu^^s, ks batteoït tous mdividuellement l'un apr/às V9iVAv^; iQ'ast lam^ imitatiou des ffl^enm^ {unmi^ empijie ^im^ r^épétiUoa ides mjfones ffisif^ l4i l^mMê Piét\^\é»9 mw paniserQixs eii&i la
Manche, et comme de toutes les puissances la plus coupable est TAngleterre, je vous avoue que je ne serais pas fâché de voir exterminer cette aristocratie britannique et un grand coup frappé sur Londres.
En attendant, la France s'apauvrit, se déprave, se dépeuple. Il n'y a plus d'esprit public, plus de mœurs. Le clergé s'est brouillé avec la nation dans sa servilité pour l'empereur, qui maintenant le dédaigne ; tout est divisé, tout est antagonique. La classe moyenne se ruine, le peuple reste pauvre; les villes de province n'ont plus de vie, et l'escroquerie triomphe en pleine police correctionnelle. La génération actuelle est mauvaise,; enfia, la France est bète et lâche.
Yous comprenez que je regrette peu le séjour 4e Paris. Je servirai la Révolution et la France elie-^mâme beaucoup mieui^ dm dehors ^ùb du dedans. Amœi je m'y prépare avec nèie.
Écrivez-moi par Je casMl er4inaiiie, et'^ies-jnoîiUNijomrs t&Ql ce qnB woês» aavaz, «eniees et voyee. Vos lettres ne penvoet qu'éttie reiardéBS qmelqiMs jauns dans le bureau de la maison par où elles laasent, «Inn ne einigiez rien.
Je YOUB serre la main.
P.-J. Proudhdn.
Ixelles, 22 janvier 1860.
A M. GOUVERNE
Mon chef Gouvernet, reçu votre dernière par Taini R***, qui est revenu dégoûté de la capitale et enchanté de vous.
R*** me rapporte que vous lui avez dit que plusieurs personnes que je crois encore mes amis ne le sont guère. Je suis fâché, cher ami, que vous n'ayez pas cru devoir confier les noms de ces amis-là à R***. Cela m'empêcherait de faire des conjectures et de concevoir des soupçons. Ceux que je soupçonne sont donc les gens qui dans le fond de leur cœur sont plus ou moins atteints de la contagion impériale, et qui regrettent que je me montre si raide sur la question de ma rentrée. Si je me trompe, vous me le direz; j'aime à connaître mon monde ; et je vous assure que je ne souffre guère à me voir délaissé; la seule chose qui m'importe est de n'être pas trahi.
Avez-vous lu im article sur l'affaire Perron, un éreintement soigné, dans la Gazette de Vindustrie et du commerce^ numéro du dimanche 8 janvier 1 860, rue Feydeau, 26. Si vous ne l'avez pas lu, achetez le numéro, il en vaut la peine. Vous y verrez les blagues de votre
compatriote tirées au clair; et comme quoi il a su faire allouer à son désintéressement un traitement de préfet de première classe. Lisez, lisez.
J'ai reçu de Massol une lettre très-peu édifiante sur Tétat du peuple français. Comme Massol ne me flatte point et me dit la vérité toute crue, je ne le soupçonne pas de m'ètre infidèle. Je vous donne inclus un billet pour lui. Tâchez donc de le faire un peu causer.
J'ai reçu une feuillette de vin de Daventure, qui a été malade. Toutes mes traites sur Garnier frères sont arrivées ; ainsi, vous n'avez aucune information à prendre pour cela. J'ai encaissé les 450 francs en reçu de votre dernière; si vous voyez le papa B***, diteslui simplement que je le couvrirai en mandats successifs sur Garnier frères.
Quand vous aurez une somme de 50 francs disponible et huit jours de vacances, vous pourrez, si le cœur vous en dit, venir nous voir. Vous coucherez dans ma chambre, et vous n'aurez à boire que la bière brune. Je vous serre la main.
P.-J. Proudhon.
COnnM»AKGl
£ctfl^^f««0i«rM#;.
A M. JOSEPH FERBABI
appel: Je e<»nai0dc{rakPâieitt)o«ir»l«nDUt^^ candidature, et j'en ai été heureu:^. Avdcr la* mâme fean» cMsir €f aiiUMBt peo d*béfi(dfioii que J6^ tous-^ ar dit mon se&liment sm^ voira ptt)j>etd«r foûderun joumals je^vous dirai que- mon opinlooi Vrès-^ffrrètée est (fCM yems^ de^ez^ acc«]^tef la eandldatHre. Je* na row» padie pas dea- motifs tirés de Tétat du pays, qtte vovs con&aÎBS6Z' laieux que moi; mais je trouve qu'il est des cas où nous devons suivre le flot et payer de notre personne, tout comme il en est d*àùtres otr TaLstention est commandée par la plus vulgaire prudence.
Il existe en Italie une pensée fédéraliste dont vous êtes Tun des principaux représentants : il ne faut pas que cette pensée s'efface tout à fait. La lutte joumalitique ne peut lui convenir en ce moment (il s'agit ici de nous). La lutte parlementaire ne peut que lui être favorable. Au Parlement, vous n'avez besoin que de parler avec modération, gravité, sans trop d'empressement ni de fréquence ; au moment où la furie militaire emporte tout, votre devoir est le calme, l'affirmation pure et
dfre, èti* apopt^gmfes: Péa' à peW vdiis iftBèy^rw? Ifei^ cofltkte^seiis; fes péiilë, Ye^ iUlïsiëilB à'xnÈe' pôlHiqu^ fausse, et, le momoût dtoxiilé^ roiiMS'ët yôb eÊEÈ^ùfte'A ms& chargé àft^îïA
qti' on ne iWbmphe pas des ëtnpenemeïrtô' populaire , par une ré^istanue vioi^nrteetdèfctmt; il suffit efa^an^ vouB sdcbe' là, qti'bn^ vous voi« présent.
Sons cettte réSéfW, je disque ^lire vife d^hisfoiien^elt de publiciste, qut s6' serait^ ép€(îpiUéè, déshonorée dànar lar presse quotidienne, se cotnplételTa par* quelques* sornées de parleiïieîntàge.. .
Avec un homntetèl que vtkisv on s'enttend? à* detnimotfc Je rous Ms6e donc le stiin' de développer votrtf> t&ème.
Écrivez' à vos amispour leur dire que votre opitiioneli que l'idée fédéraliste doit, dans^^ l'intérêt sufprôme dë> rXtaKe, être représentée au PaT^ement, que vouâ> ôttes prêt, en conséquence, èaccepter? le maPndat; que; vôtres élection, ^ elle af jamais lieus n'aura dtfnsauoim^tiém^ une autresigtiififcation,etc»>€lto;,que, du reste, ne'vou*-^ lant agir en deei, ta comme ohéf d'un» part^, ni' dans une pensée hostile au Piémont, mais séUlententi donr lliïtérôt de la vérilér italienne, vous vous^abstiendrea de touter démafrdiei et attendrez à Paris le ré^nUat^déâ^ éleetionsi
Ainsi posé, vous devenez ineispuguaBle, vou^'atlëUdéz l€» événements^ vduff ilotes l«s fautes et vous vdus* ménagez le facile avautagè- de rejeter sur râtnMtioti impatiente dû rei de Sardàîgne etJ Ik fataAia»ië itellîénne» t6QS lès? mécompte^ de voff compatriotes:
N'avez-vous pas déjà d^atiléurr ua» ap^uî? Etf pài3r
de Yillafranca était bien absurde; mais enûn la pensée fédérale y était, et tout en pensant ce qu'il convient de Sa Majesté Impériale, vous pourrez toujours vous prévaloir du premier sentiment du potentat.
Allez donc, cher ami, et que Dieu vous assiste !
L'annexion de la Savoie est ime des hontes du gouvernement piémontais ; quel thème à exploiter contre Cavour, quelle confiance peut avoir lltalie en im gouvernement si prompt à rejet 3r son antique patrimoine l Est-ce que la Savoie ne devrait pas être sacrée pour Victor-Emmanuel ? Où est le temps où les rois et les nations ne faisaient qu'un; où celles-ci pouvaient dire à ceux-là : Vous êtes Tos de mes os et la chair de notre chair ? L'histoire et la nature vous ont fait roi de l'Alpe, Savoyard, Piémontais, Allobroge, Ligurien même, si vous voulez. Et vous reniez le tombeau de vps pères pour devenir roi de la Toscane qui ne vous connaît pas, de la Lombardie qui ne veut pas de vous?...
Et que dire aussi de ce clergé savoyard qui un jour, comptant que l'empereur Napoléon appuierait le Pape, demande la réunion à la France, qui le lendemain, déçu dans ses espérances, regrette ses démarches.
Quoi! voilà où en est l'Italie? Voilà sur quel noyau on parle de fonder l'unité ! . . . Honte I
Encore un thème que je vous laisse à développer. Le roi chevaleresque préfère à ses compatriotes pauvres les Florentins et Lombards riches. Comme c'est édifiant!...
Quant aux unitaires italiens, unitaires et plats copistes des unitaires français, vous n'avez qu'un mot à dire : c'est que la France porte le deuil de ses fédérations anéanties; c'est que de tous côtés surgit la pensée de décentralisation. La Révolution est en sens inverse des tendances actuelles de lltalie.
Enfin vous avez Tavenir à exploiter. Si le gâchis napoléonien était vaincu, si la pression des armées françaises ne se faisait plus sentir en Italie, qu'en serait-il du nouveau royaume? Comment, travaillé à l'intérieur par les répulsions nationales, au dehors par TAutriche , se soutiendrait-il ? Il aurait compromis une fois de plus les destinées de Tltalie. Mais je vous fais la leçon et je devrais me taire ; ne voyez dans mes paroles que la confirmation de mon idée, que vous devez accepter la candidature si elle vous est offerte. Oui, plus j'y pense, plus je trouve que, dans cet accès de fièvre des Italiens, soutenir l'idée de la fédération par la polémique quotidienne, serait augmenter le trouble et tout compromettre, tandis que l'affirmer simplement, tantôt par un discours, tantôt par une profession de foi, en un mot par un acte, c'est la sauver, la faire grandir et ménager le revirement m masse de la même manière qu'aura eu lieu l'entraînement.
Au surplus, je me prépare à agir de mon côté vis-àvis de la France, dans le même esprit que je vous conseille (puisqu'enfin, cher ami, vous me permettez de vçus donner mon opinion) ; à cette heure, la démocratie française est à demi vaincue par la politique impériale. On applaudit au sacrifice que Sa Majesté a faite de la papauté ; on applaudit aux idées de lUre-échange^ deux mystifications dont l'année 1860 verra la fin.
De la part d'un pouvoir sans principes, le sacrifice de la papauté à l'Angleterre est une augmentation de gâchis, un pas de plus dans la dissolution européenne, l'abandon de l'influence française sur 130 milhonsde catholiques, un dérivatif de Révolution.
Quant au libre-échange, il y a quinze ans que j'ai coulé bas cette jonglerie, qui, avec le principe du laissez
33» eonnavoNBAHCK
fwf9 ai laUuz' penser et da Mre agtotoff^^ aptèfir avait du qmlquas entrepreiicnats, n'arboutira' qu'h une é^x^^ ticm de misère de la elaetse ourriènre.
Le gemp^métnetit hnpMal paiera efaer ^om sneéèsd^on momenl, je roas en répo&ds. Poqf le mooMttttf fsai laisser aller les cboseï», pnidqtte 1er silence* qfiti eut imposé à la f ranee ne permet pad de prendre au ê&rp0* les acte» du gonvemement. En Itfditt yott» mrm 1^ fougue populaire, ineapebiè à celle heure de tfieft eik-* tcfkdre; eu France nous m<ms la eomptedsfeir de la pofice et le bâillonûetnent de la pressa ; attendons dooe.
La deuxiéine édition de mon li^e 2>^ la Aatiôe'^s^ sous presse et pataitra pdfrlmais&ns de f 80à'200'p«^giâs, avec mPes et éekii-cissePieitis, un nouveau FMMRAidcs* etôe»nêm^eiitie la RéodMSk^.
Je prépare aussi» Time piAiicalâon pouf Paris.
Aeeusei^-moi réception de ma lettre, et doune2î*-!tto*' des nouvdlles plus amples sur les affaires d'ItafBe;
J'espète que si vousrfetmifttetz à Milan\, vous rfécrlrea cfe lèou de TUrin.
Tleti«v*lte;
P.-J. PnOUDMii.
D0 F^^ PMOOnir. 3ft
Ixel]ei« ftfiMiir Mt.
A M. GÔUVERNET
Cher ami, inclus une lettre pour le papa Beslay. Je lui envoie un premier reçu de 200 francs sur Garnier frères, et le remercie de son obligeance. Puis, je lui fais un petit sermon sur son bonapartisme. Il sera donc •bien que vous déposiez simplement ma lettre chez le portier; vous le verrez une autre fois.
L'Empire fait de la bascule. A bout de ressources, il se rejette du côté de l'Angleterre et de la démocratie^ et pour gage il lui offre le sacrifice du pape et ime soidisant réforme douanière.
Tout cela sera une aggravation de gâchis, im pas de plus dans la dissolution générale. C'est ce que je dis dans la première circulaire de mon livre, qui paraîtra bientôt.
Au lieu de supprimer V Univers^ pourquoi ne laisset-on pas à M. Proudhon le soin de lui répondre?
Au lieu d'introduire les Anglais dans nos ports, pourquoi a-t-on laissé partir la Franco-Américaine?
Mais je laisse de côté les discussions.
Je vous remercie des nouvelles que vous me donnez des amis. Puissent -ils se soutenir aussi bien que je m«
soutiens! En tous cas, ils auront de mes nouvelles; et comme Tannée 1860 ne verra probablement pas la guerre, la première étape de la Révolution se manifestera de nouveau.
Que je travaille six mois comme j*ai fait depuis deux, et les choses iront bien.
Je voudrais savoir ce que fait Duchône I Qu'il ne croie pas que je l'oublie, ni que j'aie entièrement mis de côté les travaux qu'il m'a fournis. Tout tient à point à qui sait attendre.
Je vous serre la main.
P.-J. Proudhon.
Izellei, 6 février 1860.
A M. CHARLES BESLAY
Cher ami, je suis bien content que vos affaires prennent enfin tournure : la vente de vos procédés vous donne enfin du comptant; j'espère que Tafïaire suisse ne s'en liquidera que mieux.
Mais pourquoi donc consentir que Ton vous fourre dans cette commission de réforme douanière? Est-ce que, sous aucun rapport, cela pouvait vous convenir?
Pardon, cher ami, de vous exprimer aussi franchement mon opinion ; mais vous savez que les amis s'appartiennent les uns aux autres ; que nous sommes plus ou moins solidaires de nos erreurs comme de notre honorabilité.
Le faible que vous avez toujours eu pour le bonapartisme, et qui date chez vous de 1814 et 1815, vous emporte cette fois trop loin. Je comprends que les patriotes de votre nuance n'aient pu se réconcilier avec les Bourbons; qu'ils n'aiment point aujourd'hui l'orléanisme; est-ce une raison pour vous enrôler dans la brigade Havin et sa politique I
En ce qui touche le pape, comment ne voyez-vous pas que, de la part d'un gouvernement sans principes,
a^ COftWSPONDANGE
rabandon de la papauté n*est qu*un pas de plus dans la dissolution universelle ; que ce n'est qu'un coup de bascule; qu'au moment où on touche le pape et Veuillot, en condamne Yacherot et on exclut de l'amnistie le citoyen Proudhon? On supprime V Univers, et vous applaudissez. Il faut protester, au contraire. Que VUnivers vive, et qu'on nous laisse le soin de lui répondre.
Quoi 1 c'est au moment où Napoléon trahit ses amis les ultramontains comme il nous a trahis nous-mêmes, c'est à cette heure-là que vous lui donnez l'accolade I Mon cher ami, il arrive parfois qu'on se sert des traîtres, ce qui est toujours triste; on ne les accepte jamais.
Quant à l'affaire de la réforme douanière, je m'étonne que vous, qui saves compter, vous donniez dans ceiie mystification. Sufût-il qu'on crie : A i(is les monopoUs, pour obtenir votre suffri^?...
£st-il séant que vov», bourgeois, vous applaudissiez à la ruine d'une portion de la bourgeoisie industriellet...
Croyez-?ous que le bien-être des masses s'améliore?
Relisez mon chapitre des CotUradiUionS'écononngues. relatif au libre-échange ou à la icUanee du commerce^ et vous verrez que j'ai réfuté il y a quinze ans toutes cts niaiseries. Le libre^échange n'est possible qu'à la oon^ 4iiion de FeBConipte {;raU]it. . .
Alloua, ckerasii., consultez ceux de nos amis présents À Paris* Ne ?ous laisaez pas englober dans ce mouvament de lalUement (fui antralne fai démocraUe. C'est assez qu'à k suite du ooup d'État la bourgeoisie égoïste et peureuse se soit prostitutée À l'usurpation; an dinHtHon antani daa p^yubUcains?
Burqjfçz mAtt éfmifmmmx xmniaU^; voas na nutt-
quez pas de prétextes. Je vous prédisq u'avant deux ans les affaires impériales seront en plus mauvais état que jamais, et les démocrates plus honteux, plus dégrisés qu'on ue les a encore vus.
L'intrigue bonapartiste aura beau faire, l'avenir n'est point à elle. Elle ne peut aller, avec son jeu de bascule, que d'inconséquence en inconséquence, de contradiction en contradiction, d'arbitraire en arbitraire. Le ralliement des républicains à cette clique serait la déchéance; prenez-y garde.
Je vous serre la main, cher ami, et, encore une fois, je vous prie d'excuser ma franchise. Mon amitié seule me fait parler; vous savez qu£ vous êtes un peu Aq ma faooiUe.
P.-J. PaooDHOir.
Dimanche, 20 février 1860.
A M. GOUVERNET
Cher ami, reçu ce matin la vôtre du 18 courant.
Si vous voyez Chaudey, dites-lui que j'attends depuis longtemps quelques mots de lui sur la situation générale. Depuis qu'à propos des articles du Courrier du Dimanche^ de Y Opinion nationale et de la Presse, vous m'annoncez encore le Siècle sur la question d'amnistie, il m'est venu en idée d'adresser, un beau jour, une plainte vigoureuse au ministre, et d'en envoyer copie à droite et à gauche à quelques entendants titrés. — Je repousse la théorie de MM. Peignon et Langlois; mais, enfin, le gouvernement n'a pas parlé, et il y a un côté qui m'est avantageux et sur lequel on. me fait évidemment injustice. C'est là ce que j'entends ne pas subir. Je verrai, j'attendrai pour cela une occasion.
Ma première livraison est à peu près terminée; on passe à l'impression de la seconde. Ce sera une occasion de suivre les événements et de faire parvenir à la France quelques idées sincères.
A ce propos, cher ami, je dois plus que jamais vous recommander la prudence. Sous forme épistolaire je
dis beaucoup de choses très-déplaisantes à nos matadors de l'Empire. Avertissez les amis quand ils auront des communications importantes à me faire de vous les remettre. Je me pourvoirai d'occasion et vous donnerai d'autres adresses.
Il me semble que je commence piano pianissimo. Mais vous savez que sous ma plume les choses prennent une figure fortement accentuée, et qui dépasse mon attente.
Au surplus, nous en jugerons bientôt.
Le Progrès international^ journal hebdomadaire d'ici, contient un nouvel article sur Perron. Si vous avez lu l'article que je vous ai indiqué, vous avez dû remarquer une circulaire du ministre qui se déclare en dehors de la Caisse générale. M. Perron a réussi à obtenir une contre-circulaire du môme ministre qui le recommande au préfet, etc.
C'est aussi gâchis que la politique.
Je viens de voir l'arrôt définitif contre Ollivier. Je n'ai pas été satisfait de ses explications devant la Cour. Tout ce qu'il a fait est de pure vanité. Du moment qu'on admet en principe que l'avocat ne peut pas parler au procureur impérial comme à im autre avocat son antagoniste, et qu'il faut voir en lui l'organe de la société, laquelle est inviolable, il est clair, selon moi, qu'OUivier ne pouvait pas dire au ministère public qu'il faisait appel aux passions. Sa distinction -entre rhomme et Facte d'accusation est sophistique. Bref, il n'y a pas là bonne foi.
J'aurais aimé entendre dire à la Cour : Messieurs, le ministère est faillible comme moi ; or il m'a semblé qu*U avait ici failli^ et je l'ai dit. Je ne crois pas que ce soit une faute!.,.
coftuip. ix« 23
GOBBBSMNUAfiCX
Qoe si par^l sentiment ne peut ètxe exprimé ou défendu, eh bien il fallait tant simplement rétracter ses paroles.
Le papa B*** m'a enroyé ses eûsplicaiùms. Il est meilleur patriote que jamais, et me prouve que je suis d^jaasé. Voyez-le ; je ne lui ai pas dit de qui je tenais la nouvelle; vous vou^ arrangerez à voire guise. C'est un homme qui entend à merveille la raillerie. Au surplus, voici inclus une lettre dans laquelle je lui envoie son absolution.
Sakiea tous les amis, et priez-les de me tenir au courant ; il y va du succès de maa œuvre.
Banjoor.
P.-J. PROunnoN.
DE P.^. mOUraON* 33t
bellM, 90 fô¥rMr IMO.
A M. CHARLES BESLAY
Mon cher am\^ nous «rroas reçu la vôtre du 16 courant.
J'accepte arec satisfaction les explications que vous ifie donnez sur raiTairo douanière» non pas que j'en eusse besoin pour être sûr de vos sentiments démoeratiques, mais parce qu'en matière si délicate j'aime à être renseigné exactement.
Enfin, cher ami, il y a une phrase de votre lettre qui montre que vous jugez parfaitement la politique de ce monsieur, c'est quand vous dites qu'elle nous mène à la dissolution universelle.
Rien n'est plus vrai, et c'est pourquoi l'atteinte portée à la papauté par un gouvernement qui se joue de tout, m'a paru, à moi, dans la situation, et en l'absence de la pensée révolutionnaire, une énormité. Aussi, je saisis cette occasion de commencer ma propagande en réimprimant mon livre.
« Plus de Pape, plus d'Église ;
« Plus d'Église, plus de religion ;
« Plus de religion, plus de morale ;
« Plus de morale, plus de société. »
Souvenez -VOUS de cela. C'est pourquoi je dis dans ma première livraison : En, avant la justice révolutûmnaire !
Écrivez-moi à l'avenir avec circonspection, à moins que vous n'ayez des occasions particulières.
Adieu, cher ami ; on a jeté de grands cris quand j'ai lu le passage de votre lettre où vous parlez de nous faire visite. Ne vous embarquez pas avant le beau temps.
J'espère me couvrir de toutes mes dettes et réparer enfin mon petit désastre.
Si ma nouvelle entreprise prend et que je ne sois pas entravé d'ici à deux ans, j'aurai peut-être assuré mon bien-être et la dot de mes filles. Enfin je ne vous dis que ce mot : Vous pouvez dire hardiment que vous êtes content de moi, car je travaille beaucoup et me conduis bien.
A vous de cœur.
DE P.-J. PROUDHCN. 341
Bruxelles, 12 mars 1860.
A M. MAURICE
Mon cher Maurice, mon frère est ma croix et ma désolation. Ce n'est pas que je Taccuse à cette heure; depuis cinq ou six ans, je lui dois ce triste témoignage qu'il est devenu à peu près impotent, ce qui, joint à son incapacité naturelle et au milieu défavorable où il vit, ne peut manquer d'aggraver sans cesse sa misère.
Mais c'est que je ne puis vraiment rien pour lui. Voilà bien longtemps que, pour lui épargner tantôt une saisie, tantôt une expropriation ou des frais, tantôt un refus de pain, je fais des efforts au delà de mes moyens; à cette heure, je n'en puis plus. Ma propre existence est trop précaire, trop aléatoire pour que je m'endette davantage à son intention.
Peut-être dans six mois ma position aura-t-elle changé ; mais, après toutes mes mésaventures, puis-je compter sur l'avenir?
La première livraison de mon dernier ouvrage, livré maintenant à la réimpression, vient de paraître à Bruxelles. Je vous ai dit que cette réimpression paierait à peu près mes dépenses de 18^9, et que je préparais d'autres publications pour me remettre à flot. ^
^t GÔilIViS8P0NI>AN€S
Celte deuxième édition me coûte beaucoup de travail. Elle est revue, corrigée, augmentée, refaite de fond en comble, bien que le caractère et la forme du livre soient conservés. Enfin, c'est un bon travail. Si vos relations avec Genève ou Baie vous le permettent, je ne puis que vous engager à accpiérir cette édition et à vous défaire de la première.
Mon projet est (îft ^4parer une refonte générale de tous mes livres dans les mêmes conditions, ce qui me créera peut-être un petit revenu fixe ; mon libraire du moins n*en doute pas.
Mais, je vous le répète, je suis au début, je suis encore fort arriéré 6t je n& vis que de moi» cMopte courtnt.
Si, à ma oonsidération, les créonciefs deman îrèiv ▼osaient eonseatir cnucore à un aitérmoiement, je le%ix eo setàis perscmnellemcai reconnaissant. lia doivooi ^r qu'il ne manque ni dei tK)nne foi ni de boav» ro^ Vmté. A.U9sitiôt que la petite succession ée Salins lut est parvenue, il s'c^t empressé d'en faire part à ses créan^ eiors, leur promettant de faire de son mieux pour les pajer ; pour toute r^onse on lui fail un commande-» mqnt, on menace de l'expropf ier»
Taixt qu'on m'a supposé quelque ressource, on a patienté avec lui; depuis qu'^oti me croit perdu, on se montra féroce» Que je reparaisse à Paris avec un Silieeiàfi Utléraire^ et les of&res d)e service lui revien*' dront; ainsi va l'opinion, esclave dut succès, sans pitii pour Tinfortuine.
Pai; prévenu mon frère que j'éjbais à sec ; les maladies et le cbêimagé m'ont épuisé. Cbla ne m'a pas empêché d& lui euLVQyer M fra«nes poiur ses élrennes; il reoevail en même temps un eoaunandeme^i <ib: 17 f rames \..^
K P.*i. PROWHW. Bit
Quand cm songe que depnis pins de quarante Jtts^ — j*eii ai cinquante et un révolus — ma vie se paoM dans une continiiité de pareilles misôras; il ne fanipas s^étonner s'il 7 a quelquefois de raigreur soas ma plume.
Voici inclus nn mot pour mon frère. Gomme je suppose que tous aurez à lui éenre ou que vous la reverrez, je mets sa lettre sous le môme pli que la ▼ôtie.
Qu'il essaie d'obtaiir encore un ajournement en donnant quelque espérance; c'est la seule chose que je puisse lui dire. De rargent, je n'en ai pas^ et j'en dois partout. En ce mom^ui faut qu'il m'oublie; le mieiix pour lui est de me laiBer sortsr de l'abîme.
J'ai étrit, à l'époque du nouvel an ou peu de temps après, une lettre au père Proudhon. Il n'a pas n^oiidu ; je suppose qu'il s'est fftehé de mon long, trop long rilenee. le lui ai dit franchement^ pour excuse, qu'outce m^B calamités particulières qui me i^ndeni taicitume^ j'avais reçu de lui, par voie indirecte, des noureUes si déplorables, qu'elles m'araiezit ^té le courage de lui écrire. On me disait qu'il était tombé eu «»/fuk^ei qu'il était entouré de jn'êtr aille.
Si vous revoyez la personne dont vous m'avez parlé, tâchez donc, je vous en prie, de savoir si ma lettre est parvenue et pourquoi on l'a laissée sans réponse. Je me suis recommandé à l'obUgeance et aux bous offices de Pernot, notre vénérable; peut-être saurait-il quelque chose. Ce vieux diable de jacobin est intraitable, et ne sait ce que c'est que le pardon pas plus que le malheur.
Je voudrais bien savoir aussi ce que devient le père Weiss; j'ai regretté bien des fois de l'avoir si peu cul-
3i4 CORRESPONDANCE
liyé. Je crois vous avoir dit déjà mon opinion sur ce savant.
Les imbéciles du pays en parlent comme d'une nécessité locale; les médiocrités envieuses le déprécient sans seulement savoir en quoi consiste son très-rare mérite. Moi, je vous dis que M. Weiss est, en son genre, un des hommes les plus dignes, les plus savants, les plus spirituels de France, et Tun des derniers et des plus honorables représentants du dix-huitième siècle, qui, comme personnel, valait mieux que le dix-neuvième !
Pardonnez-moi, mon cher Maurice, quand j'ai tant de soucis, de m'entretenir avec vous d'autres choses. S'il me fallait renoncer à mes affections, à mes opinions, à mes sentiments, autant vaudrait me jeter à l'eau. Je compte sur douze ou quinze années de travail encore; je crois que ce seront les meilleures et les plus fructueuses do toute ma vie, et peut-être me reverrez-vous plus illustre et moins détesté que je ne l'ai été depuis 1848.
Mes salutations à votre Laure.
Je vous serre la main.
P,-J. Proudhon.
Bruxelles^ 12 mars 1800.