CORRESP. IX
18 GOMUWONDANGS
Parlons un peu de vous. A ce que je vois, votre livre fait son chemin, tant mieux, cela prouve pour le siècle. Il n'y a pas de léthargie qui tienne devant un pareil réactif. J'ai là tout et je continue à en être satisfait, d'autant plus satisfait même que je trouve à vous combattre, et que c'est vous qui me fournissez mes raisons.
Sans cette secousse puissante que vous donnez à l'esprit, il est des choses qui seraient restées moins nettes •dans mon intelligence. J'ai résolu de faire sur vous une brochure de 150 à 200 pages : quand? je ne le saurais dire. Mais vous faites partie de la série des petits écrits auxquels je veux consacrer le reste de ma vie et dont j'ai fait le plan; vous aurez votre tour, votre place honorable dans ma critique et vous apprécierez mes réserves.
Je crois me souvenir que vous estimez plus vos tomes III et IV que les deux premiers; je ne serais pas aujourd'hui de votre avis. Ce n'est pas que les faits, tels que vous les présentez, ne soient toujours aussi intéressants, mais il y a de l'embrouillement, de la monotonie, de la fatigue, et chose singulière, tandis que dans les deux premiers on se laissait aller avec plaisir à votre idée, dans les deux suivants le doute gagne.
Ne prenez pas ceci, encore une fois, pour un coup ^'épée par derrière ; votre œuvre est ce qu'elle devait être, et un pareil travail ne se perd pas. Mais votre raison individuelle ne peut pas plus que la mienne embrasser la totalité des points de vue qui forment l'univers et la vérité; vous n'êtes toujours, quoique vous fassiez, que dans le relatif et votre force incontestable ^est d'y faire rentrer tous les faits. Je soutiens seulednent que ces mômes faits peuvent être présentés
DE P.-i. PROUDHON. 1t
encore d'une autre manière, tout aussi vraie que la vôtre, et qu'il faut se convaincre de cela pour avoir une intelligence saine de l'histoire.
Adieu, cher ami, conservez-vous et travaillez.
Gouvernet m'a transmis l'autre jour un bonjour de votre part. Merci.
Tout vôtre.
^ CmRESPONDAKCE
8 février 183».
A M. GOUVERNET
Mon cher ami, j'ai reçu la vôtre du 2 courant, et je vous remercie de votre diligence à m'obliger, — Voici où j'en suis, quant à moi.
J'ai prié Vl^idépendance belge d'insérer ma protestation adressée au président de la Cour d'appel, en prévision de ce qui vient d'arriver et que je prévoyais : refus. On n'ose rien faire ici do ce qui peut le moindrement déplaire au gouvernement impérial. Je me suis alors adressé à un journal moins répandu, V Étoile belge, qui a accepté ma communication à titre de document historique. C'est tout ce que je voulais, h' Étoile belge jm va pas en France ; on m'avait promis plusieurs exemplaires du numéro ; comme je me suis présenté deux jours après, il n'y en avait plus. J'en possède deux seulement.
On ne s'occupe, on ne parle ici que de la guerre. Aussi le cours des idées m'en traînant, j'ai donné dans ma nouvelle brochure une extension assez grande à la question. Je crois avoir épmsé tout ce qu'on peut dire, à tous les points de vue possibles, de la guerre. C'est
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assez intéressant, surtout avec Tappui dés faits écondmiques accumulés dans une publication, et qui prouvent tous que si l'Empire veut la guerre c'est qu'il y est forcé par le danger de la banqueroute. Je regrette fort que cette brochure n'ait pas paru un mois plus tôt, elle tombait comme un seau d'eau fraîche sur la fringale belliqueuse de Sa Majesté Impériale. Mais la question, un moment amortie, ne tardera pas à reprendre de l'élan ; si je ne me trompe, on attendra maintenant la fin de la session du Corps législatif pour passer les monts : ce sera donc pour la fin du printemps ou pour l'automne.
J'ai lu hier soir le discours de Sa Majesté, arrivé par le télégraphe. C'est une apologie dans laquelle le dépit, le 'mécontentement se laissent voir à chaque ligne. On voulait détacher l'Angleterre de l'Autriche, l'Angleterre répond par un mot : maintien des traités. On voulait entraîner le pays, le pays ne veut pas de la guerre. Sur quoi notre homme de s'étonner, de se justifier; ses desseins sont méconnus, on ne lui rend pas justice, etc. Mais vous verrez qu'on reviendra à la charge : U faut la guerre pour sauver la dynastie bonçiparliste. C'est ma thèse principale que vous lirez bientôt, j'espère.
Je suis attardé par toutes sortes de choses. D'abord l'imprimeur a manqué de caractères, puis il manque de papier, puis il fait lire mes épreuves par deux censeurs officieux : l'un avocat, l'autre docteur en médecine, qui m'épluchent attentivement et m'obligent à corriger tout ce qui pourrait motiver un procès. Une loi du pays, faite tout exprès pour l'empereur, défend, sous des peines très-sévères, l'attaque au go^ivernement et à la personne de Sa Majesté. Or, on attaque, on injurie, on calomnie le gouvernement de Sa Majesté
$1 CORaESP6ND4NCE
J.Qule9 les |bi§:<,jv.'oj^ rplève uix fait illégal ou immoral à 3a .cJmrge. Voilà la liberté dont pous jouissons eu Belgique. Comnje c'pst gai!... Et oa parle de la nationalité (d^s Italiens quand on opprime celle des Belges!,..
On va tirer aujourd'hui les feuilles une, deux, trois 4e jn.a brochure ; o^ composera de suite et on tirera ,^ans dé^emçajper ce quireste^ en tout deux cents
. .S'il y avait au Corps législatif cinq ou six bonnes t^tes, voici ce que Ton ferait ; je Jeu r en adresserais, . §ur leur demande deux, c^t so^ante-sept exemplaires (autant que de représentants) ; 'on verrait ensuite si le ministre de T intérieur oserait i^rapêcher un document ^portant de parvenir §i l'adrqsse de nos, législateurs. Il y, aurait matière à interpréta tions, scandales. Nous iivrerîor^ lès deux icont spixaute-sept à 50 centimes pièce. P^iezr^n donc à M. Beslay. ;
Mais nos. représentants, les républicains y compris, sont des ganaches ; il n'y en a pas un qui ose réclaiper, cjrier, accuser!..».
.T^i écrit àrFerrari et j^ai oublié de lui donner votre .adresse. Passez chez lui un 5oir, impasse Mazagran, 8, prés le bo^ilevard Bonne-Nouvelle, et donnez-la lui. J'attends une lettre de lui par votre entremise.
Ce que vous me citez de 1 affaire des assurances est le comble du gâchis. Nous voici donc tout à l'heure ù t Église îndusfrîdle/ Qi^e cette génération d'hommes, à làk^ûefle je me félicite de ne pas appartenir, est ignoble et lâche I Quand on songe à la masse des hontes accumulées Sur la tête du peuple français depuis dix ans, en vérité on désespère. Eh bien, cher ami, ce que je vois ici est cle même force : la liberté qui existe par place sur la ^ace du globe est un effet du hasard; tout
est corrompu et prêt à vendre père et mère, à lécher les. bottes d'un maître pour quelques écus de rente.
Il y a une élite excellente : le gros est en liquéfaction putride.
Bonjour.
P.-J. Proudhon.
U COBEESPONDÂNCE
28 février 1859.
A M. GOUVERNET
Mon cher Grouyernet, prenez connaissance de Tincluse et faites-la parvenir à son adresse. Elle vous apprendra où j*en suis.
YoUà un mauvais début d^année. Une grosse maladie (à peine si j'entre en convalescence], xme perte considérable de temps et d'argent, et beaucoup d'ennuis.
Si vous voyez Ghaudey, faites-lui part de la situation; je ne pense pas pouvoir lui écrire avant huit jours.
Le voyageur est-il arrivé?
On doute toujours ici delà guerre, parce que ce serait un branle-bas général. Les Allemands sont trèsmontés et demandent à marcher tout de suite; du premier coup nous aurions devant nous, avec TAutriche, la Prusse et la Confédération germanique. L'Angleterre finirait par s'y joindre.
Nous savons ici que déjà en France les affaires sont au plus mal par suite de cette fantaisie belliqueuse : un million d'hommes au moins y perdraient le travail. U n'y aurait qu'à leur donner des fusils. Partout on n'entend que des imprécations contre Napoléon III, on
DE P.-J. PROUraON. »
demande qu'il soit enlevé, expulsé. Si ça gagnait en J^rance, ça irai vile; attendons le congrès.
Je vous serre la main.
P,-J. Proudhok.
P.-'S. Une anecdote. Avant-hier, il y a eu à Bruxelles un procès en police correctionnelle pour affaire de société en commandite. Il s'agissait de /brU en Sardaigne. Dans ce procès, j'ai été cité avec honneur et comme autorité par le procureur, du roi de Bel- 4;ique, qui s'est appuyé de mes paroles pour flétrir les escrocs du jour... Ainsi, je suis condamné en Franco ai prophète à l'étranger I...
m GOiMSVONDAKGB
11 mars 1859.