‹ Correspondance de P.-J. Proudhon (volume 5)Chapitre 8 sur 28 · A M. ET M · texte numérisé non relu

A M. ET M

Monsieur et madame, nous avons bien reçu votre lettre du 30 décembre, et je me préparais à y répondre quand est survenue ma maladie, qui m'a retenu dans rincapacité de travail jusqu'à fin de mars et premiers jours d'avril. Alors est survenue votre, seconde lettre du 12 avril, etc.. •

Votre lettre du 12 mars nous est également par\"enue. Toutes ces lettres, en faisant voyager mon esprit à votre suite, m^ont fait penser bien des fois, comme à vous, que la Savoie, le Piémont ou Nice serait pour moi un séjour bien préférable à l'humide Brabant. Mais les affaires, c'est-à-dire les études, commandent, et je ne crois pas que j'eusse rencontré les mêmes facilités à Nice qu'à Bruxelles. Au surplus, l'hypothèse n'est plus de mise; nous voilà en guerre, et bien que les Autrichiens viennent de se replier derrière le P6, je ne crois pas qu'il fasse bon vivre de longtemps dans les États de S. M. sarde.

J'ai trouvé la Belgique hospitalière ; j'ai formé quelques liaisons avec d'excellentes gens, et si je n'avais laissé autant d'affections en France, je crois que je

lînirais par m'endormir volontiers au milieu des Belges. La race, à mon avis, ne vaut pas tout à fait la nôtre, mais cela la rend plus modeste, plus attentive, plus pratique. Les plus grands défauts que je reproche à mes hôtes, ils les tiennent de nous.

La guerre est ici fort impopulaire, et peu s'en faut que rirritati(»n qu'elle soulève contre l'empereur ne s'étende à la nation. Déjà les objets de consommalion usuelle ont subi une augmentation de prix, les affaires sont annulées, la banque se resserre, les escomptes ne se font pas ; en un mot, tout ce que vous souffrez à Paris nous l'endurons à Bruxelles.

Un autre souci préoccupe la Belgique, c'est que, la guerre se généralisant, elle ne soit envahie et no serve de théâtre à quelque Waterloo, ou de but à quelque conquête.

Je crois que les choses n'en viendront pas là ; je vois dès à présent tant de difficultés à soutenir la lutte, que je me figure que tout cela finira comme un duel de conscrits, au premier sang I — Tout ce que je déplore, c'est de voir la France tellement endoctrinée de vieilles hâbleries jacobiniques et impérialistes, qu'il a presque suffi des mots de nationalUé et autres pour la faire consentir à cette expédition absurde, de laquelle nous ne pouvons sortir que les mains vides, comme nous avons fait en Crimée, ou ruinés de fond en comble si la guerre se généralise comme en 1814 et 1815.

Tout vôtre.

P.-J. Proudhon.

G0HR6SP0NDAMG£

BruxeUe», S mt i i89»w

A M. GOUVERNET

Mon cher ami, j*ai reçu vos deux lettres des 31 mars et 27 avril. Je croyais avoir répondu à la première, mais je vois qu'il n'en est rien. Je ne crois pas, du reste, que ma lettre ait été supprimée; ce serait jusqu'à présent la première.

J'ai repris pour tout de bon le travail et j'ai écrit déjà la moitié d'une brochure qui fera près de deux cents pages. Ce sera le numéro 1 d'une série de publications décent cinquante à deux cent cinquante pages d'étendue, et que je me propose de publier sous le titre de JPhUo^ sopàiô populairej ù bâtons rompus, sur toutes sortes de sujets. Les principes seuls que je rappellerai de temps en temps serviront de lien et formeront l'unité de l'ensemble. Jo n'ai fait part à personne de mon idée. Ainsi, cher ami, jusqu'à ma prochaine publication, gardez pour vous la confidence. Entre nous deux, vous le savez, c'est toujours comme si j'étais rue d'Enfer.

J'ai de la besogne taillée, des notes accumulées, des matériaux emmagasinés pour plus de trente numéros. Peut-être réussirai-je à couvrir la perte que m'a fait éprouver la saisie de mon dernier livre.

DE P.-J. PaOUDUOiN. 79

Quant à la guerre préseule, je ne vous dirai rien pour cette fois des causes ou prétextes qui Tout amenée, ni de ritalie, ni de Rome, ni de rAutriche, ni des traités de 1815, ni de bien d'autres choses qu'on ne peut guère traiter par correspondance et sur lesquelles notre brave public est profondément aveugle.

Je m'en tiens à la manière dont l'affaire est entreprise. Vous savez que l'Angleterre est en opération électorale et que les élections viennent d'assurer la ma • jorité au ministère anglais.

Ce ministère, hostile à Bonaparte surtout depuis le 1«^ janvier, c'est une neutralité ennemie, et au premier moment une déclaration de guerre.

Vous savez que toute la Confédération germanique, Prusse en tête, a pris les armes, et que le jour où la Confédération sera touchée, toute l'Allemagne se jettera sur nous. Or, voyez à quoi cela tient. La Lombardie, partie de l'empire autrichien, n'est pas considérée comme terre fédérale. Mais le pays limitrophe, le Tyrol, etc., depuis la rive gauche du Tagliamento, est terre confédérée. En sorte que si après avoir débusqué ks Autrichiens de la Lombardie, ce qui ne sera pas facile, ceux-ci se replient derrière ce Tagliamento, il nous est défendu de passer outre, à peine d'avoir touter l'Allemagne sur les bras. Est-ce que jamais on peut regarder une bataille comme gagnée et une guerre comme finie tant que l'ennemi est là, à portée de canon, dans un retranchement inaccessible? Si après avoir expulsé les Autrichiens nous nous avisons, pour nous couvrir de uôs frais, de nous en attribuer une part, l'Angleterre est là avec la Confédération pour nous en empêcher. Nous faisons la guerre pour l'honneur des principes et les beaux yeux de l'Italie, et on nous lie les brasi...

Le Pape, Naples, Modène, la Toscane sont des États garantis par les traités, et chez lesquels il n'est rien moins que certain que Tarmée franco-piémontaise trouve de la sympathie. La preuve, c'est que la duchesse de Parme, expulsée il y a huit jours par la Révolution, vient d'être réintégrée par la contre-révolution.

N'est-ce pas faire la guerre dans un cul-de-sac?

En ce moment, les Autrichiens se replient; à nous d'aller les trouver et de marcher en avant.

Comment le pouvons-nous si, tandis que nous les pourchasserons a Milan, Mantoue, Vérone, Trévise. Bellune, Udine, terre lombarde, ils ont la faculté de nous attaquer sur nos derrières par Trente, les Alpes Carniques, terre germanisée? (Voyez la carte.)

Mon cher, cette expédition est un vrai traquenard, un coupe-gorge. Encore, s'il nous suffisait d'envoyer comme à Rome un corps de 25,000 hommes, on pourrait se servir de la Lombardie comme d'un prétexte, accumuler 200,000 hommes sur le Rhin, et, le jour où la Confédération se plaindrait, envahir la Belgique. Mais non, il faut au moins 150,000 Français en Italie, et nous n'avons pas une seconde année à dépenser après celle-là.

Tout souffre en Belgique, en Allemagne, en Angleterre depuis cette déclaration de guerre stupide. Les faillites tombent à Londres dru comme grêle. Ici, le pain, la viande, toutes les substances alimentaires, le lait, le beurre, etc., ont augmenté de prix.

La France débute par un emprunt de 500 millions à 58 1/2 ®/o ; la guerre ne sera pas finie que les combattants seront à bout de ressources.

Qui donc a conseillé ce pauvre homme?...

DK 1>.-J. PROUDHON. 84

La Résolution, disent les diauvins, lui <^re:son alliance. Oui, mais la bourgeoisie, la finance, rÉgliste, tous les intérêts privés, les seuls amis de 4'Empire déclarent qu'ils ne veulent pas de guerre révoluti^onnaire, et Tempereur répond en soupirent : Amen! Cela vous semble-t-il assez fou, et trouvez-vous que le 2 Décembre soit cette fois bien enlacé?...

Non, cette guerre est impossible, et je m*imagine encore qu'elle finira comme un duel entre conscrits, au premier sang. Il est vrai que l'empereur n'aura plus qu'à déposer son abdication, mais il n'a pas le choix.

Avez- vous des nouvelles de Perron? — Voyez-vous quelquefois Samyon, et Chaudey, et M. Beslay?

Adieu, cher ami, je vous serre la main, et à bientôt. On fait déjà courir ici le bruit d'ime prochaine amnistie dont j'aurais ma part, sans doute. Amnistie ou débâcle, tout m'est égal, et je vous avoue que je commence à y croire.

Votre ami.

P.-J. Proudhon.

JP.-/S. Voici que M. de Persigny va à Londres pour entretenir la neutralité de l'Angleterre, de la Franco et de la Russie.

Mais cette neutralité a pour condition précisément de localiser la guerre, c'est-à-dire de ne pas franchir la limite lombarde; ce qui vous annonce déjà clairement qu'on traitera la guerre d'Italie comme on a traité celle d'Orient, en dehors de l'action révolutionnaire et courtoisement. Encore im milliard à inscrire sur le grand livre, et 50,000 ou 100,000 hommes pour rien^ rien, rien!

GoaRESP. IX, 6

Il règne contre Tempereur Napoléon III une grande fhreur en Arfletaagne,

Il faut croire aussi que llUlie n'est pas si iri-Uée qu'on le dit contre ses princes; une contre-révolution vient de faire rentrer la duchesse de Parme, et ou craioit la même chose pour Florence.

DE P. J. PKOUDHON. 83

Bruxelles, mai 1859.

A M. GUSTAVE CHAUDE Y

Mou cher ami, j'ai reçu en sou lemps votre lellre du 12 courant. Je n'y ai pas répondu plus tôt, parce que j'ai eu la visite de Garnier jeune, avec qui j'ai pu causer de la chose. Dans quinze jours, il sera de retour à Paris, j'écrirai alors à ces messieurs par votre entremise, et cette fois, je l'espère, tout sera dit.

Je suis bien au regret, cher ami, de vous avoir engagé dans cette triste négocation. Il ne faut jamais s'approcher des malheureux. Le mal-être, le désagrément qui en est la suite, sont contagieux. Si c'était à refaire, je me garderais de vous causer pareil ennui. Mais, puisque vous tenez à honneur de finir ce que vous avez commencé, je vous le répète, dans huit jours je vous écrirai ; vous tâcherez de vous aboucher surtout avec Garnier jeune, qui est l'homme entreprenant de la maison, et si la chose se traite, vous devrez partir de ce principe qu'elle fait exception aux affaires ordinaires que j'ai faites avec MM. Garniei^ frères, et que nous tablons sur des bases tout à fait particulières, en raisoti de ce que vous savez et qu'ils connaissent aussi.

Mes forces reviennent peu à peu, et comme je travaille assidûment, je unis par arracher un peu de besogne. Je termine un manuscrit qui pourra donner deux cents pages d'impression, format Charpentier, peu plus, peu moins. Le sujet est : la Cfuerre et la Paix. C'est une espèce d'étude historique sur la manière dont la civilisation, débutant par la guerre, tend à une pacification universelle. Il y a là des choses fort curieuses^ quoique toutes du plus simple bon sens. Je compte mettre sous presse avant la fin de la quinzaine pour paraître courant juillet.

Aussitôt mon manuscrit relu et corrigé, je passe à la question de la Propriété littéraire, que je réserve aux frères Garnier et que je traiterai de manière à ce qu'elle puisse être publiée à Paris. A cette fin, Garnier jeune est convenu de me faire parvenir le récent ouvrage de M. ZabotUaye, ce qui vous sera une occasion de passer à leur librairie et de me le demander. Je le recevrais par une de leurs plus prochaines expéditions. Je veux traiter la question avec hauteur, philosophie et dignité. Je veux que la Société des gens de lettres, M. Pinard et le gouvernement en soient bouleversés. J'ai trouvé moyen de mettre de mon côté jusqu'au parti prôtre; il n'y aura d'opposition que de la part de mes vieux amis les Malthttsiens.

Que dites-vous de la guerre et de la politique? A mon avis, si l'Europe, présentement neutre, laisse Napoléon III tranquille, c'est qu'on prend son expédition en pitié. Possible qu'il rosse les Autrichiens d'importance, ce dont assez peu de gens seront fâchés, mais qu'en sortira- t-il î Du vent. Comment voulez- vous qu'on s'inquiète d'un gouvernement de badauds qui, au dix-nçuvième siècle, allant délivrer l'Italie, déclare .

qu'il ne veut pas de révolution, qu'il maintiendra le Pape dans son pouvoir, qu'il ne touchera pas à la terre fédérale, ni dans le Tyrol, ni dans l'Istrie, qu'il ne veut rien pour lui, qu'il se propose seulement d'appuyer l'émancipation italienne? Ce qu'il y a de plus clair dans tout cela, c'est que l'empereur tient à gagner avant de mourir sa bataille, qu'il veut faire sa campagne et montrer sur ce terrain comme sur celui de la politique son génie. Le voilà qui visite' les blessés autrichiens en même temps que les nôtres, en compagnie de deux aumôniers L.. Viendrons- nous à bout de faire une Italie indépendante, comme nous avons fait en 1831 une Belgique? Je le veux. Après? C'est l'ère des mystifications constitutionnelles que nous allons continuer en Italie, nous qui ne croyons plus à ce régime, qui l'avons en partie aboli en 1848, et tout à fait en 1851 !... Des hommes d'État qui s'imaginent qu'une nationalité existe quand la nation a l'honneur de fournir seule le personnel de son gouvernement!.,.

J'aurais honte de la bêtise française si je ne la voyais égalée partout. Qu'est-ce donc qu'une civilisation ainsi menée ! Fourier, mon digne compatriote, que tu avais raison de la maudire, et combien ton petit doigt en savait plus que ces gens-là de tout leur corps I...

En attendant, pour peu que la campagne se continue, nous aurons sous trois mois 100,000 hommes hors de combat, 500 millions de dépensés; les Autrichiens autant; l'Italie de même, et très-probablement ce ne sera pas fini. Il faut passer le Pô, le Tessin, l'Adda, l'Adige, prendre Brescia, Crémone, Mantoue, Bergame, Lodi ; enlever le camp retranché de Vérone, chasser les Autrichiens, contenir la Révolution, gagner des batailles et puis IroikT. Nous son^mrs houroiix i^i nous en

sqmin^ quittes pour une deuxième cpuçcripUoii et un second crédit. Et s'il survenait un revers?...

Je viens de lire le rapport du général Forey ; je n^ trouve pas qu il y ait là de quoi nous tant enorgueillir, he^ premier jour, on disait, o à 600 hommes hors de combat, ensuite on accusait 600, puis voilà Forey qui avoue 6 à 700 ; mettons 1,000. Comment peut-on estimer aYec tant de précision la perte des Autrichiens, quand nous ne connaissons pas la nôtre ? Sur les 200 prisoni^iers, il y a 150 Liesses, dit une nouvelle ; ne voilà-t-il pa^ ifne belle capture?...

Continuons sur ce pied et, je vous le répète, dan» trois n^ois, il nous manquera, par le feu, les maladies, la débandade, la captivité, 100,000 hommes. — Que les autrichiens aient soin d'avoir une armée double de la i^ôtre, et nous sommes perdus.

Des entreprises ainsi commencée^, ainsi cond^ites, en l'absence de tout principe, de toute idée, de tout but séqeux, peuvent difûcilement échapper à un désastre. Dieu veuille se contenter de nous envoyer la moins mauvaise des chances, nous serons toiyours assez châtiés, eu égard au résultat. -^ « Souveaez-vaus, dit sait Napoléon I^r, qu'en toute bataille le vaingww « a son compte, »

L'AUemague, vous le savez, fulmine contre Tei^pereur et ne demande qu'à marcher. Le régent de Prusse fait tout ce qu'il peut pour retenir les esprits. Les Anglais sont fort mal disposés, et vous avez vu que les élection^, sans donner ui^e niajorité ministérielle, sont cependant prononcée;^ énergiquement contre Palmer^ton, réputé bonapartiste et dont on ne veut à aucim prix. Ce sont ces dispositions du dehors qui obligent' l'Erapireà se montrer bénin, bénin!...

Jè comiaisicrimfioitiaia.^kpi^aiière (pialUéyXidbo, tettré,. etujui 4)uiUe Genève. Il puétend qu^^^rexpédition de Lombardie ne regarde pa& iee ItaUtm, BeaueoMj^ tBflùdkseàt Clainiar, boBiicoupi a-indigiieiat: de .voir/ies 'ÉiéBures' de* 9ÙiBté prisai' xcoUre les réft^s qui^^-o^jL pift'fe^imit OaiibaMit Bé)à roâ se réerio leoAtre rioiT pef^encè des FrpiiçaiBBqu*on aoci:tô6 dé t^uA W^tiiS ittpmés' pift ]m SiMs aox. Autrichie|is^«^ i , : ....,,

J'ai lu le discours de J. Favre, bélid» I ej^ e^lui d'Ollivier, holà !... . i : - h . . :

J'ai lu le pamphlet .d'^l'^^ut' eonire Ja> p«pf^l4il — Excellent pour montrer, à côté de Gandide» comment il faut avoir de Tesprit et comment il ne faut pas en avoir.

Quelle pélaM^f^Bp '. \,Qy^^ pot-bouille que cette politique de TËmpire français ! Et comme les vivats de la canadlle faubourienne font bien par-dessus 1... Serait-ce la descente de la Courtille, par hasard?. Dieu m*entendel

Et le comte de Paris» mêlé dans cette cohue, afin qu'on ne puisse pas lui, reprocher un jour, comme aux

Bourbons de 1814, qu'il est venu avec l'étranger !

Que dites-vous encore de cela? En voilà de l'habileté ! en voilà de la politique l

On dit pourtant qu'il s'agit de quelque chose de sérieux cette fois. Tout est préparé pour une sîibstituiion. Le gouvernement anglais, le roi Léopold, seraient du complot. Au premier revers, on escamote l'Empire, on proclame le comte de Paris, et le tour est fait... Mais, ajoute-t-o^, les républicains sont là, et si les d Orléans tirent les marrons du feu, ils ne les mangeront pas!...

Voilà ce que j'entends; c'est digne de figurer à côté de ce que je lis. Quel fumier que cette génération au

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CMUaMNAAH»

sein de laquelle nous avons Thomieur de vivre! Quelles belles fleurs il doit en sortir, si peu qu*il y tombe de b<)inne graine!...

" Adieu, cber ami, et bonne i6st)érance. Si les éténe* ments sont dirigés dès cette année suivant les lois de la raison, je puis espérer de vous embrasser bientôt. JllUis, franchement, je n'j compté pas. Il y a -on telen]tr«dn d*ineptie partout que je ne crois pas que la v^ne soit épuisée de sitôt. . . \

Bonjour et amitié à tous. «

Mes respects à M*»* Ghaudey.

Tout vôtre. .

P.-^. PROUDHOK.

té , t

HK P>J^ imftUlHMilN. 8»

BruxellM, 26 mai 1859.

A M. GOUVERNET

Mon cher ami, j'ai reçu Votre lettre du 10 courant, plus les deiiK.de M# Glavel et du voyageur. Elles m'ont iiaii grand j^isir, malgré le relard.

', H. Clavel est tou^urs un peu fils de général. Il croit ^u'au total la guerre fera du bien, que les Italiens doivent être affranchis, que les Autrichiens méritent d'être battus, etc. Hors deilà, il dit pis que pendre de la société «et des hommes* Il n'attend plus rien de rien.

Je ne peiase pas tout à fait da même,! et je crois que xl'unie guerre comme celle-là, il ne peut sortir, même avec des triomf^es,:qu'uiie nouvelle et forte baisse pour la fortune de l'Empire; ce qui n'est pas sans intérêt pour moi puisque j'y entrevois l'espérance de rentrer dans mes foyers.

Comment voulez-!VOifâ que je pense autrement ?

Il n'y a ni raison, ni politique, ni à propos, ni but <lans cette entreprise, c'est un effet de vieilles blagues en circulation sur les nationalités, les frontières tUiUurelles, les traitiiie 1815, auxquelles il faut joindre ia fantaisie de Napoléon III de faire campagne et de igagner sa bataille ; plus encore, le besoin qu'éprouve

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le gouvernement de distraire les esprits et d'allonger la courroie.

Mais tout cela est usé, et loin de prolonger l'existence du système, ne peut qu'^n accélérer la chute.

Quoi qu'il arrive sur le champ de bataille, où nous avons à passer le Pô , le Tessin , TOglio , l'Adige ; à prendre les places fortes de Brescia, Lodi, Crémone, Bergame, Mantoue ; à enlever le oftmp retranché de Vérone, à gagner des batailles; quoi qu'il arrive, dis-je, des chances du combat, il est clair que, môme en étant victorieux, nous aurons dans trois mois cent mille hommes hors de combat, 500 millions de dévorés, autant à emprunter; et pour quel résultait

Tout au plus, pour qu'en Lofsabfeirdie/ dmix ou trois centaines d'Italiens deviennent fon^ioDn&ikts à la pkee de pareil nombre d'Allemands qui $er()nt éVin^éÉ; ^car, vous n'êtes pas de ceux qui croient qu'en malière 4^ ffouvemement le bénéfice de la nationalité lûérilé q^'on l'achète si cher. Je dirais presque le contraire.

Ëh bien I voilà ce que nous allong faire «û Itriie^

Ce sera une mystification pire que celle de Crimée.

Les traités dd 1 81 5 seront r€cH/iés>, mais pa» âécliifvés ! Nous n'avons toujours pas le Rhin ; le lion de IVaterloe Pestera debout, et notre natio&aliié^ à nous >Fraiiçiaid, n'en sera que plus malade, grâce au despotisme, à la corruption, à l'agiotage, à rimbécillitéptibHque.

Tout cela doit donc amener un surcroît de dif acuités qui servira de châtiment au pays -et à l'Empire, et pas d'autre espérance; je souhaite que l^v^nement s'accomplisse le plus tôt possible.

Que dites-vous du laurier oueilli par le général Forey ? On n'a pas encore la relation des^ Auti^ichiena. Mais déjà on accuse de noire côté 700 hommes hors de

ccmibat, ce qui n'est pas rien; nou& ayons un général, deux colonels, autant de commandants tués, je no sais» combien de blessés. Suj^oses que â*id à trois mois nous gagnions une série de bat^ilks aiix mêmes conditions ; où en serons-nous ? Les Autricbiens, à ce qu*on assure, ont été encore plus maltraités ; c'est possible. Mais leurs morts ne font pas revivre les nôtres; leur argent perdu n'entre pas dans notre caisse , et c'est ce qu'il y a de désastreux dans cette guerre qui laisse le vainqueur sans nulle compensation...

Voici inclus l'occasion pour vous de faire une visite à Chaudey. Il a changé de domicile. Serrez-lui la main pour moi. Répétez-lui que je travaille assidûnienty mais lentement; — que les idées abondent, mais que le feu se calme; ce qui fait que j'écris moins souvent aux amis, parce que je dois être de plus en plus avare de mon temps. Influence de climat. Si Chaudey termine l'affaire dont il s'est chargé, je m'en irai à Genève.

Bonjour à Samyon que je félicite d'être arrivé à la retraite. 11 n'y en a pas pour moi.

Adieu, cher ami, ne soyez plus surpris si mes lettres deviennent plus rares; j'en ai trop à écrire, j'ai trop ù faire, et je ne suis pas assez diligent.

Je vous serre la main.

P.-J. Proudhon.

P.^S. D'après les nouvelles récentes, il y avait des tiraillements dans le commandement de l'armée. On se plaint qu'à Casteggio tout le monde n'a pas fait son devoir. D'autre part, les Autrichiens paraissent se con^ centrer f ce qui fait crier partout qu'ils battent en retraite.

iH C0RBB8P0N1>ANGE

Je crains, moi, qu'ils n'aient adopté la tactique d'user Tannée française par une guerre de chicanes, au lieu de lui donner la satisfaction d'une grande bataille. Ce plan se lierait avec d'autres plans politiques ourdis à Paris, Londres, Bruxelles, pour en /fjwr.

U, P.*J. PBOI»«0>. 93

Bruxelles, 5 juin 18o9.

A M. GUSTAVE CHAUDEY

Mon cher ami, voici inclus la lettre que je vous ai annoncé pour MM. Garnier. Pourquoi B**^^ est-il si impatient et moi si pauvre?... Si j'avais de quoi manger, j'aurais pris mon temps ; je n'aurais pas demandé un centime de subvention, et j'aurais uu beau jour dit à B*** : Tenez, publiez-moi cela ! c'était simple comme bonjour ! Mais, au pauvre la besace ; au pauvre, à celui qui n'a pas d'avances^ l'usure, l'escompte, et tout ce qui s'ensuit. Sans doute, il n'est pas possible de commanditer gratis celui qui n'a qu'une idée; ce n'est pas sur cette chimère de communautaire que portent ma critique, aussi bien que mes idées de réforme. Je dis qu'il est possible d'arranger les choses de telle sorte que tout homme de valeur obtienne sa part de capital et se fasse une somme d'avances qui lui permettrait do suivre ensuite, par ses propres forces, ses propres desseins. Aujourd'hui, les avances sont entre les mains d'un petit nombre; elles sont à la Bourse, aux emprunts nationaux, au gaspillage.

Ma santé se soutient et s'améliore doucement. Il faut croire que j'ai été rudement atteint; ma corpulence a

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beaucoup diminué, et ma tète s'est trouvée aussi, comme à la suite de mon attaque de choléra, fort affaiblie. J'ai eu une peine extrême à penser et à écrire. Je me sentais bêle, froid, lieu commun, l'imagination nue, Tesprit en dégoût. Il n'y a pas quinze jours encore, ma désolation était au comble. Je me croyais décrépit, impuissant. Je songeais à me dérober, à mourir. Enfin, les forces ont commencé de revenir, et avec les forces, les idées. — Je mets la dernière main à une publication de 2o0 pages, sur la Guerre et laPaix, qui sera, je crois, du plus grand intérêt. Cela paraîtra dans la première (juinzaine de juillet et ouvrira aux esprits une nouvelle porte sur l'avenir.

Ce qui se passe appelant mon attention sur la politique internationale, je me suis demandé tout d'abord ce qu'était cette politique, sur quoi elle était basée, quda en étaient les principes, et j'ai trouvé que ni en Francei, ni ailleurs, il n'y avait de principes. J'ai consulté les auteurs, Grotius, par exemple : beaucoup d'érudition, des traditions, delà coutume; mais de principes, néant. Grotius a secoué l'arbre de la science [De Jure àeUi œ pacis)^ il n'en a fait tomber ni fleur ni fruit. Il n'est pas encore à l'a ^ c de la matière. J'ai demandé à notre taradition révolutionnaire ce qu'elle savait? Rien! Alors, je me suis recueilli ; j'ai lu des journaux, des brochures, de l'histoire, etc. J'ai repris mes formules, mes séries, mes antinomies, et je suis arrivé à comprendre quelque chose.

C'est de l'archi sens commun ; et pourtant cela ne se trouve nulle part. Vous en aurez la primeur.

Aurons-nous bientôt une grande bataille ? On àcài être à Paris comme à Bruxelles, dans l'attente; on en est béte. Croit-on que la bataille décidera rien? Croit-on

m P.nl. PtOUDHeN. «5

que les choses humaines tiennent à la question de savoir si la Lombardie sera ou ne sera pas enlevée à TAutriche? Que de fois, depuis cent cinquante ans, Tltalie a été déchirée, convulsionnée, faite, défaite, refaite; royaume, empire, république ; libre, soumise, révolutionnée et contre-révolutionnée !...

Ce qui est sûr, c'est que le gâchis est en Europe et que la guerre d'Italie y met le comble. Mais je crois la France, malgré ses corruptions, ses servitudes et ses blagues, très-près d'un retour à la vérité; la guerre d'Italie, de quelque manière qu'elle finisse, suivie d'un désillusionnement complet, sera le moment d'une renaissance de l'opinion, Je ne vois plus quel dada l'Empire et les vieux jacobins pourront enfourcher ; je ne devine même pas, après cette ruine de toutes nos croyances politiques, quel programme pourrait faire le parti d'Orléans. Qu'il vienne des hommes jeunes, vous et vos pareils, et la République est dans la force des choses.

A propos de République, est-ce que vous approuvez l'attitude d'E. OUivier au Corps législatif? Un homme du droit, de la Révolution, qui dit à im empereur : Déchirez le droit puUic de l'Europe, et je suis avec vous!... Eh ! que fait-il donc?... Je vous ai dit que ce jeune avocat me tenait en défiance ; je vous le redis. Bonjour.

6 juin 1859.

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