‹ Correspondance de P.-J. ProudhonChapitre 12 sur 26 · Â M. A. BERNARD · texte numérisé non relu

 M. A. BERNARD

Monsieur» si, en m'envoyant votre joli petit volume, vous aviez eu l'obligeance d'y joindre votre nom et votre adresse, vous auriez depuis longtemps ma réponse; car enfin je vous devais un remerciement.

Je suis un mauvais juge, monsieur, surtout en matière littéraire; et je vais vous en donner une preuve. Après avoir parcouru vos Violettes, je me figurai, je ne sais plus pourquoi, que le recueil devait être d'une dame. Je crus trouver çà et là, dans la délicatesse des idées, dans un je ne sais quoi de tendre, de modeste, de religieux, et, vous le dirai-je, d'un peu vague, d'un peu louche , comme est l'esprit de la femme , comme étaient, duivant les peintres, les yeux de Vénus, la marque d'un esprit quelque peu féminin.

Voilà que vous êtes un homme, un jeune homme, il est vrai, puisque vous me parlez de destinée littéraire, mais enfin un écrivain de mon sexe . dès lors mon jugement tombe; car si vous voulez être ce que vous paraissez, une nature tendre, délicate, indécise, une Fiolette enfin, ou quelque chose entre la violette et la censée, je suis forcé de dire cjue vous ave^^ merveiUeu-

DE P..|. PROUDRON. 4M

sèment réussi. Enfin, monsieur, j'ai lu tos pensées et vos violettes avec Fidée préconçue que vous étiez une femme : il n'y a qu'un mot que j'avais trouvé par trop masculin , c'est quand vous comparez, page 26, les jeunes gens à marier aux cAevaux à vendre.

A présent qu'il me semble par votre lettre que vous êtes un homme, je n'ai plus rien à vous dire. Il me faudrait vous relire avec d'autres lunettes, ce qui gâterait peut-être quelque chose à mon plaisir.

Pardonnez-moi, monsieur, de répondre si mal à votre attente, et croyez-moi votre très-reconnaissant.

P.-J. PaOUDHOH.

m C09RGSFÛNDANCK

Paris, 8 novembre \9S/$.

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