‹ Correspondance de P.-J. ProudhonChapitre 13 sur 26 · A MONSIEUR MAURICE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR MAURICE

Mon cher Maurice, je sors de votre assemblée générale. — Nous y étions à peu près un cent» L'ordre du jour fixé d'avance, comme d'habitude, les votes tout préparés et mâchés : bref , nous avons manœuvré comme de vrais actionnaires.

En résumé :

Il a été volé par le défunt directeur, M. F***, environ un million aux assurés; de quelle manière? On ne l'explique pas. Comment le conseil de surveillance n'y a-t-il rien vu? On ne l'explique pas davantage. Comment les inspecteurs du gouvernement n'y ont-ils pas pris garde ? Sur tout cela, mot.

Le gérant j)rovisoire, M: Hilpert, dans son rapport, est allé jusqu'à dire qu'il était fort heureux que ce bon F*** mourût, car il aurait pu tout prendre sans qu'on y vit que du feu !...

Nous avons voté la liquidation anticipée^ et la distribution aux actionnaires d'environ 75 Yo qui restent.

Voilà le résumé de la séance, dont le procès- verbal, qui sera sans doute imprimé, vous rendra compte ultérieurement.

DE P.-l. raOODHi». 158

— J^avais appris d'hier la déconfiture de M'^** et M***, et j'en ai ressenti un chagrin réel. — L*** n'y survivra pas. — Je savais depuis longtemps que le directeur jouait à la Bourse, qu'il était en débet de sommes considérables envers MM. B*** et G***, qui ne le poursuivaient pas, aimant mieux utiliser sa complaisance pour leurs escomptes. Mais, en admettant qu'il poussât au dernier degré les complaisances de la camaraderie, je n'aurais jamais supposé qu'il causât le déficit dans la caisse de sa Compagnie : cela je ne me l'explique point.

Avez-vous entendu aussi parler de la succession de* notre cousine Bodier ? Qu'est-ce encore que cela ? La tête tourne, au milieu dô toutes ces débâcles!...

— Je suis toujours un peu souiffrant, mais je travaille. Nous vous attendions pour le 13, ou une lettre de vous : vous ne dînerez pas chez Chevé, mais j'ai de très-bon vih dont je ne bois pas. Venez donc !

Je vous écris dii boulevard Poissonnière, avec ime plume de fer que je ne sais pas tenir, et qtd me brouille les idées.

Bonjour et amitiés à ces dames. A vous de cœur.

P.-J. Proudhox,

.-.(il.. , t

i«4 GOiMWOltPANCK

Paris, « BOTeiAbrs 1886.

A M. MAURICE

Mon cher Maurice, je ne sais comment je me suis imaginé que vous aviez à m^envoyer de nouvelles pièces pour TÉconomie, quand tout à coup j'ai relu votre lettre du 18 août, qui me donnait pour faire votre commission tous les renseignements dont j'avais besoin. Je suis un franc étourdi et le dernier des hommes qu'il faille charger de quelque conunission que ce soit. Vous allez voir que dans mon empressement à m'acquitter ensuite de mon devoir, je n'ai fait les choses qu'à moitié.

Avant-hier donc, je suis allé voir M. Hilpert.

Il m'a dit en substance que les remboursements se faisaient par catégories d'années^ à fur et mesure des progrès du travail; qu'en conséquence, les années 53, 54 et jusqu'à 57, je crois, étaient réglées; que le compte de Salles-Gervais, faisant partie de l'année 1863, n'arriverait pas avant une sixaine de mois; et qu'en conséquence vous pouviez jusque-là dormir en paix. Tous les intéressés sont du reste traités sur le même pied : on donne pour commencer 50 Vot ^t il espère pouvoir porter la restitution à 75.

Quant à votre procuration que vous dites notariée^ c'est un SIMPLE sous-seing privé qui ne peut vous être d'aucune utilité; il me l'a fait voir au milieu d'une liasse énorme de titres pareils, tous enfilés dans la môme ficelle, en sorte qu'il ne valait pas môme la peine de défiler le paquet pour l'extraire. Et je m'en suis venu comme j'étais allé : sans cette pièce !. ..

Si vous y tenez, cependant, il ne m'en coûtera que d'écrire un mot à M. Hilpert, qui ^m'enverra tout de suite ce que je lui demanderai.

J'ai vu, dans les bureaux de ce monsieur, onze employés travaillant à journée faite, depuis près d'un an déjà, et qui n'auront pas fini encore l'année prochaine. C'est un dédale efiFroyable, et qui emportera certî^oement une cent soi:i^antaine de mille francs, du çaj^tal social.

Pardon encore une fois, mop cher ami, de toutes, mes négligences. Je me suis remis au travail, et je m'y; enfonce avec un tel acharnement que j'en oublie tout* le reste, jusqu'aux amis. Tancez-moi d'importance, je le mérite bien ; et je tâcherai de m plus m'y retrouver^ Mais avant que de retourner chez M. Hilpqrt, j'ai cru, devoir vous écrire. . .

Mes compliments à ces dames, auj^uv^r deâ<p«Ues ma feimûe mp pr.ie dç la rappeler.

Jg vous serre la main.

îM ùMlàs&PùUéAJict

Paris, 18 noveriabre 1856.

A M. ET M«* SUCHI^T

Nous avons reçu en son temps votre bonne lettre du 27 octobre; elle nous a réjouis tous, père, mère et enfants. Car il faut que vous sachiez que nous avons déjà une fille de six ans, dont les souvenirs remontent loin , qui se souvient trèâ-bien de M. et M"* Suchet. Quatit à Stéphanie, je n'oserais pas répondre qu'elle ait retenu de voitis autre chose que les bonbons. Mais Stéphanie vieht d'avoir trois ans révolus; je ne parle pas de^ la 'dernière, €laudé ou Charlotte, qui en est toujours au biberon.

Bttfin, tnensieuret madame, tous voilà propriétaires. Bravo I Vous posséder cet instrument néeessaire du bonheur provençal, une villa : la Simiane, Ce nom rappelle M»« de Sévigné et sa famille. Serait-ce une relique, par hasard^ de cette vieille noblesse, que vous, marchands de sacs et de cordes, auriez recueillie des naufrages du temps ? Ainsi va la vie : les uns descendent, les autres montent : l'aristocratie s'efface, il ne reste que les gens de travail et d'industrie. Ah ! madame, vous êtes, comme dit Chérubin dans le Mariaçe

de Figaro y \mé grande et belle dame, noble et imposante; si vous n'êtes pas noble, vous étiez faite pour Fètre. Mais aj)prenèz à ne pas nous mépriser, nous autres gens de labeur, gens d'atelier, gens de magasin et gens de comptoir. Il y a quelque chose de bon, croyezijttoi, dans la marchandise ; et si nous ne gagnons pas nos rentes à la pointe de Tépée, comme les seigneurs de la coui" de Louis XIV, de Gharlemagne et de Qovis, nous les obtenons, ce qui vaut mieux et ne fera déroger personne à l'avenir, à la sueur dé notre front.

Nous aVons eu indirectement de vos nouvelles il y a trois mois* L'ami Pîlhes, qui rencontra M. Suchet à Marseille, nous en donna. Encore un brave de la démocratie laborieuse, celui-là, et qui no reculerait pas d'une semelle devant un gentilhomme. En ce moment, il court à travers la Bretagne, où il place force pièces de calicot.

Pour moi, chers monsieur et madame, je ne suis pas flième à la hauteur du chanvre et du coton; je continue mon métier de pédant, barbouillant force papier, parlant économie, morale, etc., en vrai maître d'école. Quand pourrai-je jeter ma phime et mes lunettes aux orties ? Quand ne serai-je plus M. Fonette-cul ?

En ce moment on imprime la troisième édition de' mon MantUP àv spéculateur ; connaissez-vous ce fatras? Je n'y avais pas d'abord mis mon nom, par honte; à présent que je l'ai rendu cent fois plus féroce, je le «igne.-^Ceiui^là terminé, je commencerai enfin la publication de mon nouvel ouvrage, deux gros voliunes compactes : vous les attendiez sans doute courant avril dernier; vou^^ùe les Buret qu'en février ou mars prochain. Quoi' ! la matière aboride, et je n'ai |jas toujours «la tête i moi. Double cause de retard. Enfin, je compte

tsa (XABESPONPANCE

en finir très-fiéf ieusementayec rannée, ce qui ne sera pas peu faire.

Vous ne m'avez pas dit si vox^s avie? fait quelques affaires avec MM. G***. Leur Compagnie attend toujours dans Tattente de la subvention: je 3p,upçonne même qu'elle nç peut pas s'oni passer et qu'elle périra si le trésor public ne lui vient ept aide. Aiasi en est-il de toutes nos grosses compa^iei* : point de privilège, point de dividende, point d'actions. Je vous en prie, chers amis, s'il vous reste encore de Targent, achetez plutôt une seconde villa ; ne portez pas votre arçeu^ à la Bourse, même à jia Compagnie Amail-MiUaud^ etc.

Ma femme a été singulièrem^at touchée des bonnes paroles de M™* Anaïs. Elle me charge dp }ui dire qu'en ce moment elle est sans bonne, avec trois petits ejifants et un mari qui ne vaut guère.

Quand je dis qu'elle est sans bonne, cela n'est pas tout à fait vrai. Cathe fait déjà des commissions : elle va chez l'épicier, le fruitier, la bouchère, le phar^ macien ; elle porte mes lettres à la poste. A la maison, elle tient sa petite sœur, elle la porte, la berce, lui chante, la promène ; elle met le couvert, essuie les assiettes, les cuillers , marque le linge et flotte le parquet. Que de talents 1 Mais elle çpnualt à peine ses lettres et ne compte pas jusqu'à vingt !.*. Biensûr que. nous n'en ferons pas un bas bleu.

Pour en finir sur son compte, je vous dirai qu'elle vous prie de venir diner avec nous, un dimanche, et que cela lui fera grand plaisir.

Bonjour, chers amis, conservez-nous vos santés et votre affection. — Si jamais je m'aventure jusquas a Marseille, je vous promets d'aller visiter la villa /Sï« mam.

Que fait Gustave? fume-t-il? chique-t-il? jure-t-il? est-il marié enfin I II en a tant vu depuis quatre ans!... Si le matelot de TÉtat est aussi peu populaire à Toulon que les héros de Crimée le sont à Paris, ou je me trompe fort, ou votre cher enfant n'est pas près de devenir un Jean-Bart ou un Duguay-Trouin. Mais quoi qu'il fasse, je sais qu'il a un bon cœur, et je l'aime comme j'aime son père et sa mère, à la vie et à la mort. Tout votre

P.-J. Proudhon.

IM ^ d6IIËili»i>bitDi^N<%

Paris, 18 novembre 1856.

A M. CHARLES BESLÂY

Mon cher ami, je vous remercie des notes que vous m'avez envoyées sur les associations ouvrières. Je n'ai pas donné à mon compte-rendu de cette année la même étendue que celle qu'il avait dans la dernière édition; mais je n'ai omis rien d'essentiel.

La manière dont j'ai refondu mes Considératians finales fera môme mieux ressortir l'importance novatrice de ces petits établissements.

Savez-vous quelque chose sur les ébénistes de la rue de Charonne, 5?

Pourriez-vous me dire aussi si la société des pianistes du faubourg Saint-Denis existe encore?

Êtes-vous certain enfin que les sociétés de paveurs^ chapeliers, boulangers ^ cuillerierSy etc., que je m'étais komé à mentionner, existent encore?

Voilà les derniers renseignements que je voudrais avoir.

J'ai pensé à dire dans une note que je devais à votre obligeance tous ces détails , mais je ne le ferai qu'avec votre agrément « Qu'en dites-vous? Vous conviendrait-il?

CoBviëndraitt^il à tos relations avec tes ouvriie^ de Yoir, votre nom figurer au bas d'une de mes pages? DiliQSm*en franchement votre , avis» non i au point de vue de Tamour-rpropre, mais de ce que j'aipi^erai ici llniUUé démooraiiçue?... Je ferai suivant votre désir. Quant à moi, si je ne consulte, que xae9 sentiments pour vous, je n'hésiterai pas.

Lorsque je me rencontre avec vojuis, npus ca,uspns de tant dej choses que j'oublie toujours les affaires sarieuses. Je suis pourtant chargé de vous poser une ' question à brûle-pourpoi^it q\ii yous pafï^tra bien grosse, mais sur, laquelle vous n'ét^ tenu de répondre que selon. votre franchise..

Voici le fait

La maison £(ovyu et Lorraine, rue des Jeûneurs, 33 ou 35, fait en calicots pour un milhon d'affaire^ par an.

Ses bénéfices .s'élèvent, tous frais généraux et prélèvements, des chefs déduit^, à 40,000 francs.

M, Hovyn,, l'un de^ associés, pçpse à se retirer; M. Lorraine, l'autre associé, ^onger^it e|i conséquence à remplacer M. Hovyn, et accepterait avec joie l'un de nos amis, V. Pilhes, ancien représentant du peuple, voyageant actuellement pour compte de M. Boissaye, autre marchand de caUcots, rue du Sentier, 8. Pilhes est un vendeur de première force. En ce temps de crise, de misère et de stagnation, il réussit encore à faire de superbes placements. Toutes les maisons auxquelles il a affaire sont dirigées par ses amis.

Vous sentez où tout cela mène : tout négociant, et M. Boissaye le premier, a commencé par être commis et commis- voyageur

Mais notre ami Pilhes aurait besoin d'une comman-

dite de 100,000 francs. C'est ici que Taffaire devient âcabreuse.

Je vous demanderais donc pour lui si à cette heure où la machine sociale parait s*ébranler, où les capitaux perdent confiance, même aux chemins de fer, il ne se-* rait pas possible de les attirer . dans des affaires plus solides, comme la commandite commerciale?

On offrirait ici, avec la garantie de la maison et un intérêt de S p. 100, une part de bénéfices qui porteiait le revenue 7 ou 7 1/2.

De mon c6té, si mon travail obtient le succès que j'espère, je songe à traiter avec un éditeur pour une réimpression de mes publications : ce serait uiie vingtaine de mille francs qui pourraient m'fi^rriver. Jeù'hésiterais pas à les placer dans la maison ZorraiM et PilheSf et à joindre ma garantie à celle de ces messieurs pour le préteur.

Telle est, cher ami, ma question. Croyez-vous une pareille négociation praticable? Je serais heureux d'en avoir votre sentiment, afin de pouvoir moi -môme donner un bon conseil à im garçon de cœur qui mérite tout mon intérêt.

Je vous serre les mains.

P.-J» Proudhox.

DE P.-J. PftOtn)HON. 403

Paris, 21 novémbrd i8K0.

A M. ALFRED DARIMON

Mon cher Dafrimon, Crétin a dû vous rendre ma pensée sur la convenance du poste du Palais-Royal pour notre ami M***. D'une part, engagement pris; de Tautre impossibilité à \m homme spécial de la valeur de M***, de quitter \me carrière pour ime fonction de domesticité, môme princière; voilà, en deux mots, quelle a été ma réponse.

Je regrette très-fort que vous soyez obligé do retirer votre proposition ; quelque reconnaissance que je vous en doive pour M^**, vous sentez trop vous-même, après ce que je viens de dire, que cela ne peut aller autrement.

Quand donc votre patron mettra-t-il fin à ses arlequinades? Comment! il ne peut pas supporter que vous parliez de la crise sans y venir fourrer son ours!... Quel pitoyable homme 1...

Quand la Presse cessera-t-elle aussi d'être tout à la fois

une c.n et une m e? A la première page, on bat

le tambour; c'est à rassembler les curieux que servent, en effet, les articles de NeflEtzer, Peyrat et les v4tres; — à ia troisième page, réclame eu faveur de M"« Rachel

m CORRKSIK)Nl)ANpK

qui veut vendre son hôtel; — à la quatrième, les petites vilenies, payées en pots-de-vin, deL*^*... puis les tartines de haute littérature ; puis les théories de G. Soad; puis la Crémationl.., Oh! c'est à vomir!... J'en ai le cœur sur les lèvres.

Puisque votre porte est ouverte à tous venants, voici une pièce de vers sur la Femme que je suis chargé de vous envoyer^ avec prière de solliciter pour elle l'insertion dans votre journal. L'auteur est un brave garçon qui vaut mieux que sa pièce; mais comme je suis trop notoirement suspect en pareille matière, je me tais, et me borne à vous prier de l'envoyer à Girardin. S'il la juge l)oiuie, qu'il l'édite; sinon, il vous la rendra, et l'auteur ira s'adresser à un autre numéro.

Bonjour et santé.

P.-J. PKOtBHON.

DP P,rJ, PROUBHON. IÇ5

Paris^ 21 novembre 1886.

A M. LE DOCTEUR CRETIN

Mon cher docteur, j'ai depuis le moment un violent mal de tète, avec une fièvre qui me galope, et horreur des aliments.

Cela ne m'a pas empêché de travailler. un peu ce matin; maintenant, j'ai le cœur sur les lèvres.

Je crois pouvoir attribuer à mon affection cérébrale ce qui m'arrive,'bien que je n'aie éprouvé encore rien de pareil.

Est-ce du quinquina que je dois prendre î

Catherine va bien : on a suivi votre prescription; un petit saignement de nez est venu, à la suite duquel elle a été débarrassée.

Si je suis trop pressé par le cerveau, j'appellerai, en attendant votre réponse, mon aimablevoisin, M. Desprêts.

A vous de cœur.

P.-J, Proxidhon.

P.' S. La vente de la Presse amènera-t-elle un changement dans la position de NefiEizer, Darimon et Peyrat?

CORRESP. VII. il

fuD €39IMflSWnlM{^dB

26 novembre 1&56.

A M. LE DOCTEUR CRETIN

Mon cher doclear, tous m'avez reccsnmandé avanthier en sortant de vous dire comment irait la petite, que TOUS avez trouvée si pâle.

Chose singulière, il me semble que son mal est le même que le mien, et qu'il tient de Testomac.

J'ai fait cette enfant après le choléra I...

Toute la journée d'hier et d'avant-hier elle a vomi des glaires ou flumes en quantité; un peu de bile. Les selles claires, mais cependant jaunes.

Elle ne peut rien garder dans l'estomac : ni lait pur, ni lait coupé, ni eau sucrée, rien.

Elle est fort défaite, les yeux caves et xm râle, en guise de cri, lamentable, déchirant.

Parfois, si on l'écoute, elle saisit le biberon avec avidité, mais rend tout presque aussitôt.

C'est le canal digestif qui est malade.

Pour moi, je suis votre prescription.

Pas de vin, pas même pour rougir mon eau ; je mange fort peu. Hier et ce matin, un petit bouillon de bœuf m'a inconunodé, de même que la tisane; en revanche, les aliments maigres, ou bien quelque chose où il entre

OB P.-4« PiMH3IHiON. m

oignoD, ail, échalotte, vinaigre, quelque dur que ce soit, passe bien. Ces caprices d'estomac ne sont pas nouveaux pour moi. Un œuf à la neige me donne ime indigentioBi iandisr que je cuirais un homard.

Gomme la diète et Tabstinence de vin me tiennent la tèté très-libre, j'ai travaillé hier et aujourd'hui tout le jour.

Quelles nouyeUes de Mathey, Darimon, Nefftzer? Bonjour.

P.-J. Proudhon.

90noT«Bibr«t8K6.

A M. LE DOCTEUR CRETIN

Mon cher docteur, la soirée étant passable, j*ai poussé jusque chez vous, où j'ai fait la partie avec votre père.

Ma santé est bonne.

La petite Charlotte m'inquiète.

Elle garde ses aliments ; sa selle est bonne. Mais il y a ^une toux sèche et fréquente qui Tépuise; parfois des hoquets avec bâillements, conune des envies de vomir, une espèce de complainte continuelle.

Autant qu'on peut en juger, il n'y a pas de mal dans la gorge. L'enfant se soutient, mais ne reprend pas. L'empressement à saisir son biberon a même diminué.

Le visage se défait.

Je ne crois pas que vous en appreniez de visu plus que je vous en dis. J'espérais seulement emporter un globule.

Bonjour,

P.-J. Proudhon.

fMrF^vPMOHKIN. im

2 décembre 1856.

ÂmH IW DBOBQBff flRRTKf

"Mon eh«i» aii^^tlittlotlo^^paiMe dèadeirtÉ; ^«U, je crois, toute sa maladie; Uneest sortie; maâs la exûe ne fin& pas, joigne qûHl teste encore queliiue dlosa.

Nous n^arions pas eti^sore eu ua eofiant auistBi malade. SUè a les yeux eûfidueés comme une mortes froide et fot^ours gagnant. Ell6>^^ prend dm, bbufllon et le gardé. Là^eulcKif lui deime quelques nàwdes, qui ne doÎTent paSy ce me semble, inquiéter.

Je crois qûld il ny a à peu près rien à faire, et si je TOUS écîAs, c*est pour yous-dii^enser de feôre la co^drse au cas ob vous ^ auTiex«u rintentlon.

Hais que peut-on en parai cas pour soulager la pawrë petite f Voilà ce que le^^ spectacle de ses sbuffrancés^nïépousse malgré moi à vousi demander." .

Tous àves te la Pressé d*liier . La fiimcihAmMmiBe a un navire perdu au beau milieu de rAtififlrtiquB^'Bn>foncé par un abordage. On ne sait pas encore si toutes les embarcations ont réussi à échapper à la mort. Bonsoir. -

P,-J, Prqudhon.

4 décembre 1856 (6 h. f /2 da foir).

<à M. LE DOGTBUR GREHN

MoB dMr ÊiSEÀî Min jeamibimdÈDfi m aspiré l^t à rbnirt «iilnrles bras d»«a niër«« ' ^

Un inifeÉiLtv: ii :3r oiil il»» terar drwpoir : la<ph]r»oliodûe' s'-éfeeÉt léoteifciie, île -r^fard - p^i^wit^ . n^mUeur, ro^.plu&aa!T»ri.:£'^Uji^l6 dwûi^r effort xiQ la vi^ xpii iùtlmt ' è(totte k dàukut*. On aumit dit ^ x!«tle f;!^ eafàJÉL Touhst .aèunviayee gftee^ J?ui6i 4âUK nùputes après, le néant. , : .

Je irùos reitteroie aînaèiéoieriti ohetr* ap^, âe^ yos.bons

^offteaÉL Votre amour-firc^re de médecin 3^e\se iâ^era

pas si je Mcms dit,ijQpiium Je rai >d^ £^^

i^cinasuAtiBce^ que pbis '43pj» tovkft 1^ iiiédicajp^ntf votre

Hàmilié aïonè elt pié<»ei«iev et ^|o*enfHi^n particuUer j'y

ai unafObfiMie^ ioalté^aUk ^q 79'eat 4quq# au cœur;

côaMnFek'^A siwr^ je irous ptiei ^ ^rQjreB à 0^02^ alTec-

-tromeTTiPcoiixAteitoee» [: f(

P.-J. Protoeon.

wpt*a4>fMaflON. m

Paris, 4 déc«mbre 1856.

A M. ET M«« SUCHET

Monsioar ei madame, en répondant il y a quelques jours à votre dernière, Je ne m^attendais guère que j'aurais bimitôt à vous faire part d'une triste nouvelle. Ma dernière enfant vient d'expirer entre les bras de sa mère, tuée par la dentition. Elle n'avait que six mois; elle était trop faible pour soutenir une crise dont le début fut d'abord violent.

Me voilà donc, pour la seconde fois, visité par la mortl... Vous, dont le fils est un homme, vous ne pouvez imaginer qu'un père, à qui il reste deux ^ifants, qui en a perdu déjà un autre à dix-huit mois, puisse être blessé au cœur comme je le suis par la perte d'im enfant.

Eh bieni cher ami, je ne voudrais pas vous faire trembler pour votre Gustave, à qui je reporte déjà une part de mon affection pour vous; mais je suis frappé dans mon moi, dans mon orgueil, dans ma vie, dans tout mon être. La pauvre mère est là à mes côtés qui pleure; moi, je voudrais rugir : j'étouffe.

m OOHIIBSPOIIDANGE

Bonjour, mon cher Suchet ; embrassez en souvenir de vos bons amis d*ici tous les vôtres, n n'y a de bon au monde que les affections légitimes. Tout vôtre.

P.-J. Proudhoii.

DE P.*^. raOODHON. . 173

Paris, 5 décembre i856.

 M. ALFRED DARIMON

Mon cher Darimon, notre pauvre GharloUe est morte hier soir dans les bras de sa mère. C*est la dentition trop hâtive pour son âge qui Ta emportée.

Embrassez Oabriel pour nous et soignez son rhume. Je vous serre la main.

P.-J. Proubhon.

P^'-S. Que faites-vous des vers de J. Bomet, que je vous al envoyés. ,

Que devenez- vous avec votre Presse? , .

Paris, 5 décombre 1856,

/ A M-^LE DOCTEUR CRETIN

Mgu cher aHÛ, votre lettre me comble; n semblerait, à vous lire, que le plus obli^ de nous deux c'est vousl...

Ce que J'admire le plus, c'est que, médecin habitué au spectacle de la mort, et célibataire, vous sympathisiez aux douleurs d'un père, alors qu'il ne s'agit que de la perte d'im enfant de six mois! Je vous isais gré, cher ami, d'avoir compris mon chagrin, qui *déf)asise de beaucoup, croyez-le, riûstînct anitïïal.

J'obéis à votre demande en vous indiquant l'heure de ^enterreme^t, qui est fixé pour demain, à trois heures précises après midi.

Mais je voiis prie instamment de retenir votre excellent père : le temps et les chemins sont abominables, et vous devez penser que je ne tiens pas à avoir une suite. Ces douleurs-là sont surtout intimes : j'ai fait mon devoir en accomplissant moi-même toutes les formalités civiles et funéraires; je le ferai demain encore

en allant au cimeiiàre déposer le cadayre dans la terre commune.

Deux ou trois personnes et Catherine m'accompagnorant : c!est asses*

A vous de cœur et d*âme.

P.-J. PnOUDHON.

176 cmsassMtbàMR

Pskt, 6 déMBibre 4886.

A M. LâRRÂMAT

Monsdeur Larramat, je suis singulièrement en reste ayec vous, et je ne puis m'empècher de vous en faire au moins Faveu très-âncère, en vous priant de me pardonner selon votre générosité.

Votre sympathie pour moi, si vivement, si heureusement exprimée dans vos lettres, si vraie dans TefiFusion de votre visite, me touche profondément.

Mais j*ai quarante-huit ans bientôt révolus, un certain endurcissement que donnent l'flge, l'expérience, la soufiFrance, surtout le travail de la pensée, et si je suis sensible jusqu'à la tendresse à rafiection de mes vieux amis, il me faut du temps pour m'accoutumer aux nouveaux. C'est une faiblesse que nous impose l'animalité, et que l'homme doit vaincre.

La fortune ne se lasse pas de m'éprouver. Je vais aujourd'hui enterrer ma dernière petite fille, morte avant-hier soir dans les bras de sa mère, des suites de la dentition. Trop jeune et trop délicate, à six mois, elle n'a pu soutenir cette crise, qui d'abord s'était déclarée avec violence. En quelques jours, ça été fini.

Vous ne pouvez encore, dans votre jeunesse et votre

^ DE Pi-J^ PAO^Mm. 177

célibat, comprendre combien les pères de famille tiennent à ces petits êtres. Ce n^est pas seulement de Tinstinct, croyez-moi : il y a là-dedans un sentiment moral qui donne fort à réfléchir. Cétait déjà le regard, un sourire, une partie, la meilleure peut-être de moimême. Encore une affection éteinte, un amour envolé, un rèye fini. Aux survivants de suppléer la tflche des morts!

Si vous rencontrez quelques amis, entre autres MM. Toché et Ballande, serrez-leur la main pour moi.

J*ai été trempé dur; mais à force de mordre, Tacier s'échauffe et finit par s'amollir. Que votre bonne amitié à tous me rende Ténergie et la raideur : j'en ai plus besoin que jimiais.

Je vous serre la main.

P.-J. PKOUDHOSr.

un CORRESWfmANCE

11 décembre 18S6.

A M.V& DOCTEUR CiiETIN

Mon cher Creitni, faites mes excuses à votre digne père, de ce que, croyant qu'il nous suivait Tantre jour au convoi, pendant qu*il échangeait tm dernier mot avec ma femme, je n*ai pas fait attendre une minute ou deux pour lui. C'est un manque d'attention pardonnable à un père en pareil cas. Nous avions tourné sans doute 'le coin de la rue quand il est sorti de la maison, et il ne nous a plus revus. Encore une fois, pardon*

Maintenant je viens vous demander quelque globule pour moi et ma femme.

De mon côté, cette perte a produit sur ma t6te le môme effet que la course forcée que j^avais faite deux mois auparavant. Ce n'est que de ce matin qu'il m'a semblé un peu me remettre. Ma tôte est très-faible; toute la force dont je jouissais la veille de votre dernière visite est tombée; c'est surtout à l'arrière du cerveau que la défaillance me tient. De là elle passe sur le devant, et je travaille peu.

Le chagrin de cette mort, sans effet apparent le premier jour, mais envenimé par la réflexion, m'a ainsi abattu.

DE f^ PwoÊÊm. m*

Quant à ma femme, son mal vous est connu depuis longtemps. Elle était très-bien aussi il y a quinze jours ; la maladie et la mort de. son enfant lui ont produit un senemaia^ de^eœnr et d'estomac gui lui rend la langue monstrueuse, et menace deTétouffer. Elle a peine à respirer. Elle n'en vaque pas moins à toutes ses fonctions; et sait très-bien que le temps, le régime et Toubli la guériront. Mais, je n'en pense pas moins que si vous pouvez aider à la chose, ce sera toujours un précieux avantage. On ne se soigne pas rien que pour sauver sa vie , mais pour alléger et abréger le mal.

Hier je devais aller dîner chez MM. Oauthier; il m'a été imposiible de m'y rendre. La marche^ la tabla et la ecoiversation me tuent. Sans cela, j'aurais peutr-èlre eu quelque nouvelle du Havre. De votre côté, en avez* vous? Où en est l'affaire de notre amif ...

Depuis quelque temps j'ai beaucoup étudié la ques* tion de Vémancipation de us dames. C'est encore de ces bêtises dont il faut voir la fin.

Je vous serre la main, en attendant que la santé de ma femme et la mienne nous permettent de vous offrir un modeste diner.

 vous de coeur.

P.-J. Proudhon.

MO

Puis» 13 déewOire îm.

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