A M. F. CLERC
Monsieur Clerc, je n'ai perdu le souvenir ni de vous ni de M. TiUoy, et je puis vous dire qu'après votre bonne lettre du 31 décembre je ne cours plus le risque de le perdre. Vous me prouvez que ce qui vous a amené chez moi Tun et l'autre n'est ni la curiosité, ni une vaine sympathie, mais une tendance prononcée, impérieuse vers ime foi commime que nos âmes cherchent avec ardeur, je dirai plus, avec certitude.
Merci donc à vous deux d'avoir compris que sous ma rude écorce, sous mes polémiques ardentes, il y avait une pensée de rénovation morale encore plus qu'une théorie d'Économie politique. Je crois, nous croyons à la justice, à l'honneur, à la vertu, nous les voulons envers et contre tous; le reste n'est qu'occasion . et instrument. Telle est votre opinion ; c'est pour cela que vous m'avez cherché, et c'est de quoi je vous remercie.
Oui, vous avez raison, il faut revenir à Voltaire, au véritable esprit français. Ne voyez-yous pas que depuis que nous l'avons renié nous n'avons cessé de descendre? Il y a deux courants, deux traditions littéraires en France : l'une qui passe par Rabelais, Montaigne, Molière, Lafontaine, Bayle, Voltaire, Beaumarchais,
DE P.^. PROUDHON. id8
Volney, Paul-Louis, Béranger; — l'autre, qui suit la ligne romantique, J.-J. Rousseau-, B. de Saint-Pierre, Chateaubriand, Lamartine. Par la première, la nation française est incomparable ; par Tautre, elle ressemble à toutes les nations. Gomment se fait-il que depuis cinquante-huit ans, depuis que le général Buonaparte, un italien, un ultramontain, un homme qui lisait Ossian et Machiavel, a pesé sur notre malheureux pays, nous ayons abandonné notre génie, notre caractère, pour suivre Fomière embourbée des sentimentalistes, des descripteurs et des pleurards ?...
Mon liyre touche à sa fin, et je compte le livrer à Timprimeur dans le courant 4e ce mois. Ce serait déjà fait même, si, depuis votre visite, des accidents de toute sorte ne m'avaient, à plusieurs reprises, frappé d'incapacité cérébrale. J'ai, entr'autres, perdu une de mes petites filles. Il faut être père pour savoir combien violemment nous nous attachons à ces petits êtres... Enfin, celles qui me restent m'aidaut à prendre le dessus, et grâce au régime, je ne doute plus que je ne termine bientôt cette œuvrç décisive. Ce sera long; je n'ai pas trouvé qu'il me fût possible de faire plus court. J'espère que ce sera fort, sinon de forçae et de style, au mpins de lo^que et d'idée; c'est, pour le quart d'heure, ce dont nous avons le plus besoin. J'y ai pris peine, enfin, je le confesse; et quand vous m'aurez lu, vous pourrez dire que vous avez ma mesure, Vous saurez, à quelques détails près, tout ce que j'ai dans le cœur et dans le cerveau.
Courant avril, la publication.
Merci de vos vœux de nouvel an, et recevez, ainsi que M. Tilloy, l'expression de toute ma sympathie.
P.-J. PROm)HON.
i 6 CORRESPONDANCE
Paris, 13 jan^iw i8S7.
A M. DELABAOEAZ
Mon cher 'monsieur Ddarageaz, vous me demandez ce que je pense de Tafifaire suisse, ou pour mieux dire neuchftteloise. Je crois n'avoir plus rien à vous apprendre à présent que la voilà liquidée à votre honneur et avantage. Il ne me reste qu'à apprécier les faits.
Le roi de Prusse est un sot de s'être fourré dans cette sale affaire ; il mériterait d'être mis en jugement par les Prussiens ses sujets pour avoir failli engager ime guerre en vue de soutenir son amour-propre humilié.
L'empereur des Français est xm triple sot d'avoir pris fait et cause pour son cousin le roi de Prusse, et menacé la Suisse de se joindre à lui, parce qu'au lieu de suivre ses conseils, elle s'était livrée attx inspirations des démagogues.
La Suisse ne me parait pas plus sage d'avoir affiché son mépris pour les traités de 1815, en se prévalant de l'exemple de T Autriche, de la France, de la Belgique, etc. — C'est un principe de droit qu'un contrat n'est pas résolu parce qu'il y a une fois, deux fois, dix fois contravention ; et quand il s'agit de politique internationale^
im P.-4. PBOWiiON. 4«7
moina que jam^ on peiut se prévaloir d4^9 Vicktiâos antérieure pour déchirer^ un, traité.
L'Angleterre, qui vous favorise, vous Ta dit, et c'est la vérité. — - Le Qxonde marche, il est donc fatal qu'à des traités internationaux il y ait de temps ea t^iaps,.par la force majeure, des brèches faites-; c0.n'e$t pas une raison pour que Ton en conclue, qu'ils noisont pli^ risen. Les grandes puissances, malgré tant de décbiruifes, étaient co^ay^nues de le^ main^r , et la Suisse sk'&uùip&s de force à en prononcer la résiliation. : ;;;,
Maintenant la< raiaop. des intéçét^ en JBurope, est venue mettre le holà : la, Suisse eç. particulier dQit à Ja France un témoign^gp de r;eH;onna|sisianc^«^Cl'P9t Vcfpinion publique, spulevée ^près la fasçieu^. iwte-du Mo^ Uwr qui a fprc&r^oQip^reur à reculer^ et finajl/çnient a se dédire,. Pour la . i^conde |ois, ce njçnsieur , a^ (ailli ^ vç»^ devenir fatal, et, pour la seconde foiSîJâ)i)ais9n,,p$i7- Miq^ôvou^ a squt^us. - r ; ,: , .;. ii ,,:. ^, ,j
Apprenez donc enfin cç que sp^tjtesCé|IUrS|ietjS^cb§9 être encore ply^ i^pul^caJ3;isç que patnpties. YfMj^a|^^§g^ général Dufour, très-bon citoyen suisse, je rit^f^^éoup^ pas, mais très-iuauvs^s d^ocrate» §di^ra]kiu.r;du ptemier et du troisième Napoléon, et è^ qui 1^ ^rjogace ^f^ tière ne p^ra\V pfi^. un gfajn d^va^t cj^, n»^. f^ff^DïÇ? Tous les Suisses sont un peu comme 1^. généra J)^UÇ{ Ne faisons pa^ t^t de jacobinisme, de çl^auvinisi]^%j| respectons im peu plus la justice et les prj^içipiQSt ,,/..')
Après la jmbliçaMon 4ans le^c^i^^tfr d^if i[i<^:du 17 décembre, tout le monde à Paipis;expriJ9a.§aA^>Çè^ son déplaisir. La faute était énorme. ^^ , .jÎ - jn .i
Selon rhabitude, les amis et les dévoués s'occupèi;^ aussitôt de .raccoqampder raffaixç.J^ Qonsijtniiop^l commença p^r dire que Ton interprétait m^l Jes .paj-»
CORKBSP. VII. 13
Toles àfBcidlles; pea à peu on ^ 66i téÊmk les faii>e rétracter par son auteur^ Dèpuid^ éinq anâ, noud sos&mes à ^e régime. À teos moat^tB^ d6s bvuitB akfmante eirctileà[t^ dédiidée»Bbnt jetiées dtttid le public par deé aril- -cHeimi^litoèhurés^ sa&s ^ue l^ ministres soient avertis cm ^s*eii^ 4ott1^nt. L'opinion s'émeut ; puis arrivent les ilàxMtiâsf et toute la eli^d de célébrer la haute sagesse ée Sa M«)d6ié4..«
' • IbinlèniBLnt que tout est Soi, je vous poserai «tne question : ^ : .
1 PevirqudL doni^M Stiisse^; si favorable d'instinct à nos CésaîPSj dôtesle-t-elle à fond-leroi de Prusse?... - Xi -Prusse eèt le eeiitte prôtestaiit de l'Europe, le ^iays de la philosophie, 6û les àâifiraiions vers la liberté SOjËt cei^tâlnemént les plus énergiques. La Prulsse se ptésenie^omme votre alliée nciturelle contre PAutriche, Ve^e vieil ennemi: •
Comment donc n'est-il pas venu à Tidée de la Cion- ISdét«tlôn^' do prbfiftét* de la: situation hybride de NeuiràffiN^l^poiut'ser'feiré 4u rnr de^^P^ un allié sûr et
p^itefctit'?..*;;. •'- ■^■- ' ' ■.;''' • ' • •""- ^'
-'^Il Jr àVèit li, ce mé lÈ^eMbléi ùnë base ou prétexte d'éfllièiKie Hrèis^récieueé. Eu supposant le canton de Neùchfttel'admifiîstt^ frPinté*ifeiir au nom du roi; selon lèl^-p^iÉLCi^efl du géuvernéméiit représentatif et sous la haute suze^ètihetéfédéralèj y avait-il rien qui pût vous donner de Tèmbrage?
•' Il y a là-déssous quelque chose que je ne comprends ^S/et que' toutes lés tartines de vos jo^imaux n'éclairent point. Or, vous savex ^que je ne me paie pas de
Il existe eU Stiisse comme en France d'excellents cîtdyètlfe, des amià sincères de la liberté, de Thumanité
et du droit. Mais le gros de la nation est sujet, comme en France, à des entraînements qui n'ont pas toujours la raison et la justice pour principe, et l'hypocrisie des prinoipe^^t aussi r^andue qu'ailleurs.
Mon livre n'est pas encore sous presse. Il paraîtra courant avril 57. Je prends note de vous expédier dix exemplaires. D'ici là, au surplus, j'aurai peut-être de vos nouvelles.
Un de noé ancien^ iropr^^^ntantSi M. Pascal Buprat, enseigne l'Économie politique à Lausanne.
L'Économie politique est aujourd'hui la spécialité de ceux qui n'en ont pas.
Tout le monde, après avoir fait un tour à la Bourse, se orâfit oapUl^le de l'ènidgi^r.
Attiistes^vous aux leçons de Mi Dnpirat, Vxm de nôH plus tiHlents persécuteurs. Qtieéflës-^vous dé soft ènsei'^ gnoflidiitf
Je tous derre la tikfiiii.
P.-J. Pï^OUDHON.
soo ,omasÊÊomà»m
Paris, 18 janvier 18S7.
-A'M. HATJRieE
> ii-
Mon cher Maurice, '^Ia IM|13« que moti' frère yous a comwiwjqju^rfi 4ft; YWiftpwuver ,4éjè qua^ je pensais à tous; maisif^QmjcQe -vous» aimes) les uouvaU^s et que le mois de janvier tout entier est consacré aux fétimialions du nouvel an, j'attendais touj^umi db savoir moirinôme quelque chose.
Il n'y a ^en... Cequi importe le plus au philosophe se passe dans les profondeurs, en dehors de la sphère d'action du gouvernement et de la Bourse elle-môme. Je ne vous ennuirai pas de ces considérations.
En politique, l'affaire de Neuchâtel est arrangée ; il fallait être aussi hôte qu'un Suisse pour croire qu'on laisserait enflammer l'Europe pour cette principauté de Neuchâtel et Valangin. Il est vrai, du reste, que le roi de Prusse et l'empereur des Français n'ont pas montré plus de génie que les Suisses ; heureusement que les empereurs et les rois ne sont pas les maîtres.
Dans les a foires il se fait peu de chose ; il n'y a guère à la Bourse que des négociations fictives, des rachats opérés par les Compagnies elles-mêmes, en vue de 9ou-
teAÎr l6iu;^9$tîoii0« M^tfAWt^ que tous ces imoû^^poles. sont institués, on s'artsuAge de manière à faire que. les; v^ç^i^s ?oSm% rai^ :e*,<i6ères; maîa «ewi^ fiea pas trop àce j^ti : yoosiseries pris^pour dupe., U est ton-^ » ÎQurs difficMe do réaliser^ preuyeq^e l'offre dépaàsadô > l^H^<>up }a domaûde.
Les journaux d€( cq matm yous^porteroat les détails du procès Fj^j!«r . Il faut r^onter juçqa'au procès de DautoA poiur: trouv^Wf jm pa^ettj^^^lftpïe jd'toeEgie chez . un accusé, et de mépris de la mort... Aur^ste» cq que les journaux ne vous 4isent >pa9» il eaf oartain que l'archevêque Sibour était peu aimé du bas clergé, qu'il n'a point emporté d'estime ni laissé de regrets. Il y a deux grandes ti^hes dans sa vie, deux apostasies. En 1851, le jour du coup d'État il était du côté de la résistance, offrant aux insurgés ses prières et ses bénédictions; quatre jours après il donnait l'encens à la porte de son église à l'usurpateur. Depuis, il n'a cessé de préconiser le régime de la force. Avant sa nomination par Cavaignac à l'archevêché de Paris, il était connu par un livre sur les institutions diocésaines, où il se montrait partisan de toutes les garanties à accorder au bas clergé; une fois nommé, il n'y a pas eu de plus grand partisan de l'absolutisme épiscopal.
Tout cela donne fort à réfléchir. U n'y a plus de justice, plus de morale, plus de foi entre les hommes, et le désespoir éclate de la façon la plus atroce. Nous ne sommes pas au bout.
Ma femme offre toutes ses sympathies à la vôtre, ainsi qu'à votre digne Laure. Vous avez entre vous l'affection, la bonne conscience, l'estime du prochain, un peu d'aisance, assez de jugement pour gouverner bien votre maison dans ce temps d'épreuves, ce sont là de puis-
Sût CMMtMNMDAMtHB
sa^ Mmeott 4fl ^<rie»ii. H tuai (|ue P9itt soil bteA ptnyre, s'il ne 6ait tien y ajouter.
Pour moâ| ma aanié est loujofurs ehanedanté* Point de Tin, modératton dans le manger, fuir les discussions et les dîners en rille : me voilà en pénitence. Dans quelques jours parait la troisième édition de mon Mtmnd; en même temps conmiencera la composition de mon livre. U jr en a pour trois mois. Malgré toutes mes tribulations, le cemir me reste chaud et indomptable, fidèle au devoir elàTamitiél
G*est vous dire assea ce que je vous suis, mon cher Maurice.
P.-J. Proudhon.
DU M. pftodMMft. m
Palais, 18 janviet ltô7.
A M. TRUCHE
Mon cher M. Tmche, tous savez bien qu'on a tout le mais ^ janvier pour souhaiter la bonne annëe à ses amis, et nous ne sommes qu'au 18. Toujours malade, pressé de besogne et de tracas, j'ai plus d'une fois sgoumé de vous écrire, et plus souvent encore, il faut dîre la vétité, j'ai perdu cela de vue. Je cède enfin à la pression de votre bonne amitié et vous demande pardon de m^ôtre fait taïkt désirer. Je ne suis point dédaigneux et je bais les coquettes, mais l'accablement, le travail et l'ennui me rendent souvent, vis-à-vis de mes corres-^ pondants, paresseux.
Merci d'abord, mon cher monsieur Truche, de l'amitié que vouft me témoignez, ainsi qu'à mon malheureux frère. J'ai su que vous lui aviez conduit son ménage à Burgilie; qu'il tâche de se soutenir, qu'il s'accoutume à cette idée que l'honneur est la première et la plus indispensable nourriture de l'homme. Je le secourrjai tant que je pourrai, mais rien ne peut m'ôtre plus agréable que d'.apprendre que, conune moi, il est au-dessus, par son courage, de la maladie, de l'injustice et de l'infortune.
Vous spéculez donc toujours, indomptable entrepreneur que vous êtes I... Il y a trois ans vous n« rêviez que la gare du glacis ; et je vous disais que la gare, quelque part qu'elle fut, n'enrichirait pas le commerce bisontin. Maintenant vous pensez que vous tireriez meilleur parti de votre maison si, au lieu de l'exploiter comme hôtel, vous parveniez à la coUoqiier au chemin de fer. Il y a du vrai là-dedans. Mais je n'ai jpas la moindre foi au projet dont vous me parlez, de faire arriver la gare intra muros par un souterrain sous le fort Griffon. La Compagnie ne fera pas ce travail, et la ville de Besançon est désormais trop peu riche pour se passer cette fantaisie. Elle doit avoir assez dq i^s fimkiiiM^L.. .
Au surplus» et quoi qu'il en soit, des projeta de la Cconpagnie, je s^s le dernier solliciteur que VQUS puissiez employer vis-à-vis d'elle. Ne suis-je pas rennemi des Compagnies de chemins, de fer et autres? N'ai-je pas fait contre elles tous mes livres et, en dernier lieu, ma , brochure sur les Chemins de fer et mon Manuel du spéculateur y dont la troisième édition va paraître? Dieu veuille que je n'aie pas im jour avec elle quelque procès!... Il n'y a pas longtemps qu'un de mes amis cherchant à se caser, je fis pour lui quelques démarches, mais on m'avertit bien vite de me tenir dans l'ombre, rien au monde ne pouvant faire plus de mal au jeune homme que ma recommandation.
Je travaille tout doucement, et j 'aurai bescûn, pour soutenir ma cervelle qui, je le crains, se ramollit, de faire tous les jours quelque bonne corvée, de piocher la terre et sarcler ou rehausser des ponunes de terre. Je ne le peux pas; il faut marcher, et je languis plus que je nevis. ,
Mon livre paraîtra courant atrU ou maL Vous m'avea
DE R>J. PB0»HOII.
dit que votre intention était de souscrire pour vingt exemplaires, et Tami Hauteville autant. Pensez-vous pouvoir placer ce nombre ? — Deux gros volumes pour 6 francs. — Ayez Tobligeance de me le faire savoir afin que je prenne mes mesures en conséquence.
Je n'ai pas vu depuis fort longtemps Texcellente Victorine, que j'ai trouvé une femme de très-bon jugem^t et pleine d'amabilité, mais je fais mes compliments à sa digne mère, madame Truche, et vous prie d'être auprès d'elle mon interprète.
Bonjour à Félix. Si les choses vont comme je l'espère, je pourrais bien faire im nouveau voyage à Besançon; mais^ je n'auraispas le plaisir de boire de sonexec^nte bières Je ^tns déânitivèment à Peau claire.
Adieu, mon cher monsieur Truche, et ne preoez pas mon silence pour de Toubli. Jestds plus vieux que vous, et je n'ai que le cosur qui vaille quelque chose. Tout à vous.
P.-J. PuaDBHON.
m tOÊMamamMà
t^iris, » inÂywr lfS7.
A M. ALFRED DÀRlMON
Mon eb«r Darimon, MM. Odimier frirai me prtoiit de vous prier do Touloir bien fttre un ùrtMê dans It PiassB, pour adoélérer Fécoulemant de la deraiève édition du Ifanuel du spéeuUUiUr.
Un ARTICLE , je trouve que o*est trop ; una réclame^ en termes convenables, passe.
Ayez donc Tobligeànce de me dire très-nettement ce qu'il y a de possible, afin que je réponde à ces messieurs, à qui je ne puis refuser cette demande auprès de vous.
Pouvez-vous leur faire quinze ou vingt lignes, ou mieux, signées de vous? Cette réclame devra-t-elle être payée, et combien?
De mon côté, je vous fournirai le sens de votre article-réclame.
C*est mon Manuel qui a mis cette espèce de publication à la mode? Après lui, sont venus le Manuel de Courtois^ celui du Mérideû^ FAlmanach de la Bourse , le Manuel des agents de change, etc. Preuve de l'utilité.
Aucune publication, la nôtre exceptée, ne s'est permis d'émettre une appréciation sur les compagnies
diverses ; aucune n*a osé poser des principes concernant Texploitation financière et la moralité des marchés de Bourse, la nôtre toujours exceptée.
L'év^ement a justifié nos appréciations et les vérifie tous les jours, etc.
Vous pourriez à cette occasion vous permettre le coup de griffe sur qui de droit : c'est votre affaire.
Je suis depuis quatre et cinq jours pris de rhume; j'ai eu mal à la tète, fièvre, vomissements, etc. Enfin, je ne sors pas. Toujours d'assez belle apparence de santé, et toujours peu de vaillance.
Je vous serre la main.
p. "S. N'auriez-vous pu, avant que le Moniteur se fût si catégoriquement prononcé , flétrir avec un peu plus d'teergie dans la Presse Tinfâme guet-à-pens de O'Donnel, que les Tuileries se vantent aujourd'hui avec la dernière impudence d'avoir dirigé?
C'était ime belle occasion d'échiner ce monsieur sur le dos de l'Espagnol.
m ommmHJV^
Paris, 2 février 18S7.
A M. LARRÂMAT
Monsieur et ami, je reçois, en me levant, votre bien dévouée d' avant-hier, 31 janvier, et j'y réponds sans ajournement.
La maladie me tient toujours et n^ marche que lenr tement à guérison. Il ne faudrait pas moins, pour me délivrer, qu'une cessation absolue de plusieurs mois, ce qui n'arrivera pas de si tôt encore.
Voici la situation de mes travaux :
La troisième édition du Manud du spéctUaùeur vient de paraître ; bien que je me sois fait aider, elle ne m'a pas moins occupé six semaines.
Je la signe; vous verrez pourquoi. Cet inventaire ou bilan de la féodalité industrieUe^ augmenté de réflexions sur la moralité boursière et le mouvement économique de l'époque, est, à mon jugement, le fait le plus grave du moment, et peut-être des dix dernières années ; non pour ce que j'y ai mis du mien, à coup sûr, mais pour
ÛB H^. PRCNDMON. W
leS'fflit» et leg ieuâftoceB qu-il iréyèie. iC'eit au public, à la démocratie surtout^ à s'empâter de ces indications et à s'en servir pour peser immédiatement dans la ba« latDce des destinons.
Cette semaine, je iofttnmèftiWTai ^jcemettre à Timpri*- ^m0ur le joaanuscdt de mon lirse. La maladie et les n^ ^essitésdu sujçt eli:,€âit s^idà lyfitqnié jiuqulci Timpression. .... »
• / Lee; enibanraâ de la publication 3^ sont aussi |^ur ^oelquAvChose : ^'<»rK8age est Ibrt.gros, les f«ais seront 4^nsiâérables, et il iaut . que le libraire cpii fait les awncôs :s'y retrouve.^. .. .
- J 'ai bmi! j^nsé è &ire uniésumé da ca lottg ourrage ; |>uis:jejae; suis > dit :que Theure n'était pasi venue ides résumés, des livres classiques à rusagaxlupejLiple'^t des etifantSt des catéchismes. Quand une science -se coostnût^ il fa^t dê'fôute néoesaîté qu!eUe çBcpose-Lsés prewea au^ra^d^ icomplet^ et qu'ioUei ne laisse rien en arrière. Oh pourra m6 reprocher çà et Jâ quelques Langueurs; au totql, la doctrine seta 'sans ré{Âique, et les adversaires sauront à quoi se prendre, et pouvi ènt sfi^r^cotmaltiç. i.'/ • -: ..;...Hf r^. ,■,.'.,
Ijlfsd^ux votvu^s np feront pas moins de doùz^aou tj^ize cents pages^ très-grand in-18^ earfièlère< com* pacte, la madière de quatre volumes in^8^ otdinaiise. Je ix'ài. pu fciro autrement.
, Il n'y a pas Ju^<|U*à c^te question de lafémme,que je n'gvais d'ab^d.. traitée que orapidiement et qiisa j'ai ensuite voulu Q^pO^Qr;à: fof^d, qui^ne.m'ait pris<eA dé]>nier lieu près de deux moi^. Comme le public me. sait très-setsé sur cet. surti^e,! qu'on me prête même tme certaine prévention contre les drçits du sexe, je me^suis décidé, bien qu'un peu tard, à faire raison ^sur ce
pçînt à tout te monde, et ce ne «eva pas la pàpUe la moins intëvessante de pon -œuvre. Nous verrons les Tépliqfuesde^eas'dames; >
L'impression de ce lourd manuscrit ne péoi immâre «ào|ns de Ifféfi.fliiiû; alteiuliSHnoi ^onc en mai, sauf aeoideiit ou empèchetnesil de foiice^mi^^eiire. D^ci là 11 AS serait fpa^àl^ ipêtf» ÉQt»k9 imtéritèj çpnd vous puis*siez augmenter la souscription si possible.
•Ofiiestigénécaliement dëdid^ à voter à Bansb Plus le lunivoiti aàmble- apporter- d'exi^«rves^ pbis jon: p'o{4^ jufitttt : à ceux cpi opposent Tabsence de garantie tou<^ chant la fidélité du scrutin, onr^pend- quei t'«st une faiaon déplus, quil faut, teioas écbéent, f^veet le pouvoif à eraniaetitre un paux^ qu'm le saura tovjoi^'s, «jt €[u*il a'y perdra plus sûrement.
. Pour moi, je persiste également 4an8 ma résolution, et je compte» copme je vous Fai^dit, me {ùrononeer dans ce sens et entraîner bon nombre de nos ouvrier^ encore indécis. Laissons prendre le devaiit à nos aines de la Modérée et de la Mouge, et tout en leuî apportant notre appoint, exigeons le plus de candidatures que nous pourrons dans notre opinion. On parle de trois candidatures socialistei^ à Paris, sur huit ou neuf; j*en dmianderaî qmire. Sinon, non ; plutôt le iHtu fuo qu^un changement de despotisme : telle sera du moins m^ menace. La multitude fera ensuite ce Vju'elle voudra. De eatte manière nous sonunos prêts à tout évéii^nent, et qupiqu*en minorité, la spciato^ mi^resse déjà par ridée^ domine par le fait la situation. Faites eom-* piendre cela ^ vos ouvriers
Au contraire, supposez qu-après nous être abstenus un évrénement arrive, la Réveiutian est de nouveau évincée, le pouvoir passe aux vainqueurs qui, de nou*-
vean^ au lieu de compter ayec nous, se tourneraient contre nous.
Telle est, à mon avis, la ligne à' suivre ; elle est émi-e* nei^ç^^t ijoppqdç pt favorable.
Je vous serre la main ainsi qu*aux amis.
P.-J. PROimHOK.
?i2 COBRESPOlHDiiriGE
PaVis, 5 février 4857.
A M. ALFRED DARIMON
Si Ton trouve vos cinq colonnes incendiaires ou, ce qui est pire, impossibles ^ je ne sais plus ce qui peut passer pour possible et anodin.
En me citant, vous ne faites que rejeter sur l'auteur la responsabilité des assertions et du style; dès lors, il n'y a rien dans cette condition qu'un journaliste ne puisse se permettre.
Mais non-seulement vous vous déchargez en me citant, les passages que vous citez sont par eux-mêmes tout à fait inoffensifs ; ils sont de théorie et de définition^ ce qu'il y eut de tout temps de plus innocent parmi les hommes.
Si l'intelligence de vos collaborateurs ne va pas jusque là, si leur âme est timorée jusqu'au point de ne plus pouvoir distinguer entre ce qui est risqm de ce qui est de droit pour le journaliste, je n'ai rien à dire; il faut se soumettre ; faites comme vous pourrez : dans trois mois, c'est ma conviction, ils verront que rienn' était plus
DE P.-J. PRQWDHON. 213
naturel que votre article, et qu'ils ont privé leur journal, sans motif sérieux, d'une honnête initiative. Bonjour.
P.-J. Proudhon.
P. "8. J'avais cru d'abord, sur le rapport de Duchêne, que vos citations pouvaient être prises pour une allusion à M. Millaud; la lecture m'a détrompé : vos collaborateurs sont des poltrons.
CÛKlltSP. Vit.
214 GObllESPONDÂ^GË
Paris, 7 février 1857.
A M. LE DoétÉÙR CRETIN
Mon cher docteur, j'avais espéré faire avec vous, un de ces jours, une petite noce, mais je suis moins que jamais en état de faire honneur à im convive. Depuis quinze jours, la prostration cérébrale et musculaire a été croissant, les causes occasionnelles ont été : \^ l'ennui de ma dernière réimpression ; 2^ le malaise de ma femme que j'ai craint un moment de voir gravement atteinte, mais qui ne va pas mal, cependant ; 3<» la mort de notre ami Eisermann, que j'affectionnais fort; 4® deux ou trois courses forcées. Je passe sur le reste.
Vous m'avez parlé de Yamica. Avez-vous décidé quelque chose à cet égard.
Voici ce que j'éprouve :
Un retrait, ou évanouissement des forces vitales, qui commence par le cerveau et se propage à tous les organes, pieds, mains, jarrets, langue et gosier, etc. lime semble parfois un commencement do paralysie, qui se dissipe ensuite par le repos, la nourriture, un exercice modéré, l'absence de toutes excitations.
Avez-vous lu dans Brillât-Savarin la description de
DE Py4p PROjUDOpN. ^15
la maladie où il surprit un jour un de ses amis qui, ayant passé la cinquantaine, voulait encore faire le bon compagnon avec sa jeune moitié? — Abattement extraordinaire, la %ure contractée, la langue pendante, etc. En trois jours, avec l'assistance Am professeur^ le maladroit fut remis sur pied, avec un avertissement sévère.
C'est comme cela, sauf la cause, que je me trouve. Toute la différence est que si les symptômes sont moins graves, ils ne s'on vont j^ae.
J'ai goûté quelques cuillerées de vin blanc de Sauteme ce matin en déjeûnant; il n'en a pas fallu davantage pour me mettre toute l'après-midi dans l'état que je viens de vous décrire.
Le vin blanc m'a de tout t^mps produit cet effet; aijjourd'bui j'ai voulu voir si d'après le principe boméopa* tbique il ne me soulagerait pas : c'est le contraire qui est arrivé.
. Allons, cber ami, je vais commencer Fimpression de mon affreux livre : c'est trois mois de courage qu'il tne faut encore. Domine, in adjutorium meum intende et votre gloire sera grande après^ ainsi que la mienne.
Vous savez que mon Manuel vient de reparaître augmenté et refondu. Tenez-vous, à un exemplaire de cette édition? Elle me parait digne de l'approbation de tous les bonnétes gens.
Bonjour à votre père.
Jç vous serre la main.
P,-J. Pkoudhon,
216 CORRESPOWANCE
Paris, 13 ftvrier 18^.
A M. ALFRED DARIMON
Mon cher Darimon, je viens de recevoir une invitation très-aimable de M. et M"« Millaud, pour leur soirée d'après-demain dimanche. Je présume que cette invitation m*a été faite à la suite d'une lecture plus ou moins complète de mon Manuel^ ce qui prouverait que M. Millaud a plus d'esprit que tous les spéculateurs de son temps. \
Cette circonstance doit vous donner courage, et tout en modifiant votre article, afin de faire de ma thèse la thèse de la Presse, vous élever vous-même au-dessus de la polémique que vous m'abandonnerez, pour vous faire appréciateur de plus haut.
Autre circonstance. Paulin Limàyrac a promis un article dans le Constitutionnel; il a dit, parlant à Garnier, que cet ouvrage lui paraissait tout à fait favoroMe à l'Empire.
Si le Constiiviionnel me loue, .que craignez-vous ?
Enfin, voilà Y Indépendance belge qui, glosant sur mon travail, prétend que le monde financier se propose de porter plainte. — Il ferait beau voir le gouvernement de l'Empereur faisant droit aux réquisitions de ces mes-
DE P.^. PaOUDHON. S17
sieurs, comme s*il ne lui convenait pas mieux de s'emparer du rôle de défenseur de la morale publique, que je lui enlève I
Je suis trop peu vaillant pour accepter Tinvitation de M. Millaud, et je vous prie d'expliquer, s'il y a lieu, par la maladie, à votre patron, mon absence.
Ne laissez pas croire que je fuis ceux que j'attaque ; je compte sur votre amitié en cette circonstance. Bonjour. —
P.-J. Proudhon.
2is 6(mM!SWyNIJ^
Paris, 14 fétrier 1857,
A M, ALFRED DARIMON
Mon cher Darimon, soyez tranquille, je répondrai à M. Millaud de façon à ce que mes excuses lui fassent encore plus plaisir que mon acceptation. Réellement, je ne peux pas aller à sa soirée. Un rien m'ébranle le cerveau et me met sur les dents. Je me couche à dix heures au plus tard, après une promenade silencieuse, qui est devenue un de mes plaisirs favoris. Je vais commencer la livraison de mon manuscrit aprèsdemain, et j'ai besoin de toute ma prudence pour mener à fin cette publication à laquelle j'attache l'honneur de ma vie. Je suis las, plus que le public lui-même, de m'entendre appeler Démolisseur.
Pourquoi n'avez-vous pas détourné Castille de faire ma biographie? Le voilà qui m'écrit pour me demander des renseignements. Rien que cette idée m'agace et me trouble. Ne peut-il donc passer ma triste figure sous silence?
J'attends un bon effet de votre article. Je crois qu'il convient que vous associiez énergiquement la Presse à mon œuvre en donnant à entendre, par quelques mots délicats, que telle est l'intention du propriétaire ; qu'il
est temps que les fortunes récentes sachent reconnaître leur signification, leur mandat, le rôle qui leur est offert, etc., etc. Enfin, un peu de miel sur la coupe; et si nous en tenions quelques-uns, nous ferions voir au pays.... du pays.
Je vous serre la main.
P.-J« Proudhon.
2}0 CORRESPOfNDANCE
Paris, 15 février 18^.
X M, IÉT)OCTEUR CRETIN
Mon cher ami, je crois avoir remarqué d'une manière positive l'action de Vamica, et j'en suis heureux ; car, quoique la teinture mère passe pour une forte dose, une pareille médication a toujours pour moi quelque chose de miraculeux auquel tous les raisonnements ne peuvent faire que je me rende d'emblée.
Toutefois, j*ai suspendu la médication depuis hier soir; voici pourquoi :
M. Desprez, votre confrère, étant venu voir mes petites filles, prises de rhume, grippe ou coqueluche (je n*ai pas voulu voiis déranger pour cela), m'a demandé si Vamica ne m'avait pas fait saigner du nez, ce qui était vrai. Il m'a conseillé en conséquence d'adoucir un peu la dose, ce que j'ai fait. Vous remarquerez que je prenais mes quatre cuillerées durant le jour ^ de sept heures du matin à dix heures du soir, et rien la nuit. Puis il m'est survenu im gros rhume, conune vous savez que je les aime ; et j'ai pensé, conune les saignements de nez devenaient plus fréquents, que je ferais bien de suspendre Vamiea, sauf à vous en informer.
Voilà la situation.
Je travaille quand même ; mais le rhume me tourmente fort, et je suis plus grippé que mes enfants, qui, à cette heure, sont drus et vifs comme pinsons.
Si vous pouvez me jeter un mot, je ferai selon votre ordonnance.
Pas de nouvelles de Mathey. — Mon Manuel obtient un vrai succès/ maigté le ^'èncè dès journaux, qui sans doute en rendront compte quand Tédition sera écoulée.
Cette semaine conunencera la publication de mon livre. Enfin!...
Je vous serre la main, et voua recommande d*avoir soin de vous-même.
P.-J. Proudhok.
Paris, 26 fS^vriér 1857.
A IL ALFRED BâRBfON
Mou cher Darimon, pouniez-rous mè procurer, le plus promptement possible, le fameux article de Mirés à l'adresse d'A. Dumas fils sur la spéculation ? J'aurais besoin de le lire pour mon édification d'abord, puis pour aviser.
Ce monsieur, ainsi que votre ami Andréj me pille sans me citer quand il s'agit de justifier la spéculation ; mais quant à Vaius, il n'en convient pas.
Je viens de lire l'article delà Gazette de France sur le Mannd. Ces messieurs sont trop bons Français pour admettre qu'il y ait décadence dans la nation ; ils sont trop flattés du retour aux mœurs féodales et monarchiques pour convenir que la République industrielle vaille quatre sous ; pour le surplus, ils l'abandonnent.
Et vous, me ferez-vous voir vos épreuves?
Bonjour.
P.-J. Proudhon,
DE PA. MtOTOHON. 2fô
Paris, 27 février 1S57.
k M. LE DOCTEUR CRETIN
Mon cher docteur, je vous remercie de la peine que vous prenez de me faire tenir des nouvelles de Mathey, et de rintérôt que vous prenez à nos santés.
Mon rhume est à peu près passé ; il y a pourtant un certain engorgement qui fait siffler ma poitrine comme un tuyau d'orgue à chaque respiration.
Je compte reprendre demain les lotiom d'eau fraîche, et aussi Varnica.
J'ai remis hier à Duchène trois cahiers de manuscrit formant la moitié du premier volume démon futur livre, qui en aura trois.
En ce moment je fais quelques additions au Man^ pour une quatrième édition, dont le tirage commence demain.
* La vente n^ayant pas baissé depuis le 1«^ du mois, jour de la publication, on compte que dans quinze jours l'édition entière sera partie : 4,500 exemplaires.
Je comprends les colères; le coup est rude et a été bien dirigé. Ce qui me flatte, c'est la précision de mon calcul. J'ai été jusqu'aux limites de la hardiesse, je ne 'suis pas poursuivi, je ne pouvais l'être, et l'effet attendu
326 lUWGUiSPOiNDANGE
pas les ressources de la science pour charmer sa douleur, et qui est obligée de boire le calice jusqu'à la lie. Fais-lui part, je te prie, de ma sympathie profonde.
Je t'adresse par le môme courrier un volume qpie je viens de publier, et qui a un succès extraordinaire. — 3,500 exemplaires ont été vendus en un mois, sans que les journaux en eussent parlé, et on commence une quatrième édition. C'est bien à ma grande surprise que pareille chose m'am^^-MMsi^ftuiii-je de plus en plus convaincu que les succès en librairie tiennent encore plus au concours des circonstances extérieures qu'au talent des écrivains. Tu en jugeras toi-même.
Je partage entièrement toi^ opinion sur la non-^énalUi des ouvrages d^'esprit; aussi je ue cesse de prêcher les gens de lettres de ma connaissances contre les illusions •auxquelles ils se Uvrent si facilement. En principe, leur dis-je, les œuvres d'art et de génie sont àorf tarifa hors salaire^ et ce n'est que par accident que les auteurs y , trouvent une rémunération, et quelquefois la fortune. Se faire de son talent un moyen de richessq c'est déjà, l'amoindrir, l'avilir, je dirai presque le prostituer. Sans doute, il n'est pas illicite à l'écrivain pauvre de tirer de son labeur un salaire légitime, ou du moins une couver-ture de ses dépenses et de son temps ; mais rechercher la littérature pour le produit, la philosophie ou la science pour le trafic, c'est une anomalie qui ne peut aboutir qu'à leur corruption et leur décadence.
Ajoute ces raisons à celles que tu me donnes toimême, et tu verras quelle faible espérance reste à. un écrivain sans réputation, sans fortune, et dont lés travaux dépassent, . comme tu di^, le rayon visuel du pubhc!
Restent donc les recueils périodiques, qui devraient
DE P.-J. PROUDHON. m
être des musées pennanents, ouverts à toutes les productions de la science et de la philosophie. Eh bien I ces recueils sont encore des entreprises industrielles^ ou des organes de coteries, de partis et d'intérêts, dont la première loi est le bénéfice, le triomphe de la coterie, du parti, de l'intérêt qu'ils représentent.
Cela va plus loin encore : tous ces recueils, de même que les journaux, sont aux mains soit du pouvoir, soit de la haute finance, qui s'en servent, le premier pour la domination, l'autre pour ses spéculations d'agiotage; si bien que les ouvrages d'esprit qu'on y insère ne servent plus, comme la musique d'un saltimbanque, qu'à attirer l'attention des chalands sur la marchandise de l'entrepreneur.
J'ai bien pensé à fonder moi-même une Revue; j'en ai demandé plus d'une fois l'autorisation au ministre, qui m'a toujours renvoyé avec de bonnes paroles; je me propose d'y revenir, mais sans grand espoir de résultat. Le pouvoir actuel en est à avoir peur d'une feuille que le vent emporte et de l'ombre d'un pigeon. Je regarderais comme une bonne fortune, le cas échéant, de recevoir tes communications, d'autant plus que je suis bien décidé à écarter les romans et toutes les légèretés à la mode.
Avec une demi-douzaine de collaborateurs comme toi et Ferrari, nous ferions le premier reciieil de l'Europe. Le ministre m'autorîsera-t-il, enfin? J'attendrai pour cela la publication de mon prochain ouvrage, qui paraîtra en juin prochain. S'il réussit aussi bien que mon Manwl^ je ne crois pas que le gouvernement puisse me refuser plus longtemps.
Je te serre la main et suis ton tout dévoué.
P.-J. Proudhon.
Paris, 4 mars 18^.
A M. ALFRED DARIMON
Mon cher Darimou, encore nn petit service à me rendre, s'il vous plait.
Puisque vous êtes réconomiste de la Presse^ vous devez avoir le dernier compte rendu de la Banque de France, non pas celui qu'a publié votre journal et que je possède, mais celui qui est remis aux actionnaires, et qui contient le tableau de situation que le rapport ne fait qu'expliquer.
Vous m'obligeriez fort de me le communiquer; bien entendu que je vous le rendrais.
Je vous remerciiB de m'avoir procuré leJPays.
Décidément la Presse est livrée à un mauvais esprit ; elle tombe [dans la servitude impériale, et, ce qu'il y a de pis, elle n'en sait rien.
A propos du procès Cusin et consorts, après avoir donné ùi extenso les charges contre Berryer, par exemple, on étrangle la défense, dans laquelle on entrevoit cependant cette vérité, qui a dû frapper les auditeurs, que Cusin, Berryer, etc., ne sont pas coupables dans la donnée légale, qxiele premier n'a fait que ce que tout le monde faitj et qu'il a été moins heureux ; que le second
a agi avec rapprobatîon tacite du pouvoir; que celui*ci, atteint par le blâme qui commence à s'élever, sacrifie lâchement ses hommes, un Orsi, serviteur de vingt*cinq^ns, et^.^etc. .
Voilà ce qu'il fallait mettre en relief, et ce que la Presse ne fait pas, par considération pour qui?...
Dans l'affaire de Tévôque de Moulins, n'est-il pas honteux encore de voir Isl Presse prendre fait et cause pour les curés, comme si cette querelle de sacristie l'intéressait, comme si d'ailleurs, dans le système de l'Église, l'évèque n'avait pas raison ; comme si, ensuite, on ne savait que cette affectation du gouvernement impérial^ qui use, et abusif sans ci^s^e vi»r-àrvis da lajoatîon, à venir redresser les. al^4$<l^Qpyoirile l'Ég^se, n'iiait pas une joi^gleriQ ,de plus et, qui; plus esi, une vetogéaiuie. Hier, dans: le c^paj^t^ jf^dU:.de.lftséftttQerjiuPatl«* ment, la jPr^ss^ ne trouve rien.de i&ieux que de £àiT8 ressortir rimpuissanee^^ de^ a4¥âl!9aire$:; deiPabnerstan à composer un mini&tàC9,-£oiXMEne.si eUoien $avait quelque^ cl^ose,- comme ^ig; ^yjiQktautj 90n>:J;ôle:ne.devait pas se borner à fairje sentir à sfifs krcteuts ladifféii^qnQd d'une nation libre>|iy^^ç ug^/jç^^Um musfdé^et jrégfiaolée parle plus impertinent des did^[)ptisi:Qes. -r-^La eonelù-r sion de tout cela, c'est aue^nou$ somme^rbitea «heuiÎËUx d'avoir un empereur qu; nous délivire dje oes baNr&ird^de parlementaires!.., • . ^: . :.:... . ...-^ -: ... ..
Tout cela manque do. tact, d'à^propQSvjdajmg^nent, et seft qui, encore, u^e foj^? Xi!empiret, Tempire fit .rien quel'empire. Au iqaoins Girardin avait \m câiàre : clétaU son égoïsI^e et sa vamté. Iei,.plu3 riealque ia^bètise..
Je ne parle pas du jef^tOi; . i.v
J^ vous serre la main, et vous souhaite bon courage., i ,. ., . R-J»PBaroHON^
CORRBSP. VII. Ifi
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Parn/llfl^lSf7.
A M. LAkïiAMAT
Monsieui^ LlMramât, voire lettre du 16 m'a ttouvë datuB-un^ complitation d'ikieommodités : rhume, fhtxioti sur roiil a¥«o 8appur«tioû,4érau^Mtent^ti venti^ et toujours m« mauvaise cervalte qai tefiisè le service: Je suisyraimentun^homme de dëuleurs; âyec tout cela, je ixavasUe : il faut marcher quaBd même. Heureusement le Morbl eal bon et emfyeiae le t^èste.
j. Je crois <que le Manuel aura déterminé un courant li-opiniens ^ui ne s'arrêtera point. Màlheurèuseinént, les maxitrars de notre démocratie; joumaiiiMes et autres, fi'OAt pas de-cœur au iF^^et
jPos#r, eoomte je Tai fait, la guèshan sur le terrain de là -probité publiqtte, quelle bimne fortuné I Le public aurait saisi avidement Tindication : il ne demandé qu*à marché; mis personne n'opiée.LaJ^^i^^, à qxiîj'àVais envoyé mes^^preu^^es avant la mise en vente, est restée six semaines sans oser parler. Le Siicl&ne relèvera pas Tapeloglia; il pl^re son; collaborateur Jourdiàn.
La JUvue phUosophique a trouvé' moyen de dire, à pn^os des àseroqùeries que je dénènce, que je méconnaissais hiiVa^è;^ et que j'étais assez connu comme
démolisseur... Il y a chez tout ce monde un secret que je voudrais révéler; ils n'ont plus le sens moral. Ils ne savent pas distinguer le juste de Tinjust e , et ils s'en moquent!.,. Il leur faut autre chose I...
Aussi le mouvement se fait-il en dehors de la presse et des coteries, et, poux ma part, je trouve que c'est un bien. Puisque rien ne peiit s'accomplir qu'à l'aide du temps, profitons du temps pour annuler ce qui reste des générations pourries de 1830 et 1Ô48, de leurs partis, coteries, écoles et conciliabules.
Je crois que le moment est favorable à qui veut écrire : la colère est si puissante dans les âmes, qu'à défaut de mieux on exécute avec délices les médiocrités intrigantes qui occupent la scène.
Est-ce qu'on s'apprêterait déjà à faire la dissection de mon livre sur la seule conjecture du contenu? Pauvres gens! ils auront assez de se défendre. Aucune doctrine ancienne ni moderne, aucune philosophie, aucune École ne peut donner une idée de ce qu'est mon travalL Et pourtant c'est la chose la plus vieille, la plus rebattue, la plus vulgaire, malheureusement aussi la moins comprise, qui en fait le fond et la substance. Rien n'est de moi que l'exposition, que je me suis ^orcé de rendre familière et appropriée aux circonstances.
Je n'ai pas cru qu'il me fût permis d'oublier mes contemporains et mes contradicteurs. Aux premiers, je parle tant que je puis la langue des souvenirs; les seconds, je les incendie. Malheur, j'ose le dire à l'avance, trois fois malheur à qui se trouvera classé hors de la catégorie révolutionnaire dont j'apporte la démonstration: il est perdu sans ressource I Or, de toutes les coteries qui aspirent à la direction des esprits» combien croyezvous qu'il y ait d'orthodoxes? Pas une. Combien, en
dehors de ces sottises, en dehors des Églises, des partis, des Écoles, dont le pays est si las, croyez-vous que je rencontre d'adversaires? Pas un !
Mon travail aura pour résultat, entr'autres, d'apprendre à tous ceux qui ne sont d'aucune Église, secte, parti ou coterie, quelle grande société ils forment entre eux, de quel esprit ils relèvent, et de quels principes se compose leur Credo. Nous verrons venir après les coteries, les Églises et les sectes.
La composition de mon manuscrit est commencée. J'en ai pour trois mois de travail acharné. Je ne paraîtrai pas avant juillet : trois volumes grand in-18.
Il m'a été impossible de faire plus court. En revanche, j'espère vous donner la définition d'une douzaine d'idées au moins que vous ne comprenez guère, et le public encore moins.
Les élections à Paris, la bouteille à l'encre. Une foule de gens ne se sont pas seulement fait inscrire : prêchez donc à ce monde la nécessité de Taction !
Le gouvernement, qui a l'air de pousser aux élections, qui semblait presser l'inscription, défend à la presse de traiter la matière. L'arrêt de la Cour de cassation con-^ cernant lés bulletins est si outrageux, qu'avec la meilleure volonté du monde on se dégoûte du suffrage. Les exilés sont divisés : les ims recommandent l'absteÉtion, les autres le vote. Je crois que dans les départements, le paysan, intimidé, se gardera bien de se dénoncer lui-même. A Paris, la plèbe ne figurera point; le reste ira à la débandade.
C'est une affaire manquée dont je ne m'occupe plus.
En principe, si la population prête à agir ou à n'agir pas, me disait : Faut-il voter et nommer des députés d'opposition , je répondrais : Oui. Faut-il prêter ser-
ment? Oui, à la condition de voter ensuite contre le budget et contre toutes les propositions du pouvoir.
Acceptez-vous dans ces termes la candidature? Oui.
Au lieu de cela, il n'y a point d'électeurs, point de candidats : rien que des conciliabules. Je n'ai plus rien à dire, et si une candidature m'était o£Ferte, je la refuserais.
Quoi qu'il en soit des électeurs, permettez-moi de vous rappeler la consigne : point de scission, la démocratie, la Révolution nous appartiennent.
Je vous serre la main.
P.-J. Proudhon.
Sai COREESPONDANGE
Jeudi. 2S nart IKH.
A H. CHARLES BESLAY
Mon cher ami, grâce pour celte fois encore, je ne puis aller demain dîner avec vous. Il faut travailler, donner le dernier coup. Mais à partir de lundi, tant que vous voudrez. Plus le temps devient difficile, plus je me rassure ; je crois que si la démocratie me doit au moins un encouragement, le système me devra une chandelle. Chose difficile, je vous assure, que de plaire à des ennemis aussi acharnés. JeFespère pourtant, non que je croie à la tolérance et à la débonnaireté du système, bien moius encore à ses velléités de conversion ; mais parce qu'il faudrait qu'il fût fou, fou à lier, pour interdire la circulation d'un ouvrage qui peut lui faire un bien énorme.
Je vous serre la main.
P.-J. Proudhon.
DE P.-i. PROODHON. 285
Paris, 12 avril 1857.
k M. CHARLES BESLAT
Man ehef ami, je suis tout honteux de répondre sans cesse par des refus à vos invitations; mais, je ne puis eincèremmit, grippé et éreinté, faire le voyage de la rue Saint*Séba8tien. Vous avez vu dans quel état j'étais la dernière fois ; aujourd'hui ce serait pis. Excasez^moi, excusez-nous donc encore, jusqu'à rétâbMMement de la santé .
Je suis encore plus contrarié de voir votre impatience de lire mon livre, comme si c'était une œuvre amusante)... Détrompez- vous : c*estgros, c'est lourd, ennuyeux, assommant, et pour un homme de pratique, de mouvement comme vous, indigeste. Tout ce qu'il vous faut est un compte rendu, que vous obtiendrez facilement de vos amis, de M. Baudoin par exemple, et de moi-'^mème ; vous saurez tout, sans avoir eu la peine délire.
Bonjour et amitié.
P.-^J. PmOUftWDN.
Avril 1857.
A M. ALFRED DÀRIMON
Mon cher Darimon, j'irai vous voir quelqu'un de ces soirs.
La question des ' TmnsattaniiçMes doit se décider incessamment, d'abord par le Corps législatif, ensuite par le ministre. Pour peu que vous attendiez, vous aurez la satisfaction que votre article ne pourra être accusé de complaisance pour personne, ei vous pourrez dire la vérité honorablement.
Je regarde la subvention comme passablement illogique et de nul profit pour le pajs ; mais ce n*est pas d'après ces principes que nous sommes gouvernés aujourd'hui. Je vous déduirai mes raisons.
Quant aux chemins de fer russes, je sais qu'il y a une espèce de conspiration en Angleterre pour en empêcher la commandite, et mon opinion est que le ConstUfUiofinel^ le Pays et le Siècle, que je n'ai pas lus, ne sont que les échos de la russophobie anglaise.
C'est une des choses les plus honteuses que je connaisse, et les plus dignes du fouet et de la vindicte de l'opinion.
C'est un mystère à pénétrer; tous êtes plus à même que moi.
Travaillez, mais ménagez votre santé.
Je TOUS serre la main.
P.-J. Proudhon.
m cmRESPONDANCS;
Plrâ, » vfTÛ J857.
A M. MAURICE
Mon cher Maurice, je vous rembourserai les 150 fr. que vous avez avancés à mon frère, soit sur votre traite, soit en un mandat que je vous enverrai sur la Banque de Fraoce, n'ayant, par moi-même, pas d'occasions.
Je m'attends, en effet, à continuer cette pension onéreuse encore longtemps , mon frère étant dans rincapacité de travailler avec son asthme et toutes seé infirmités. Je lui crois assez de cœur pour ne négliger aucun moyen de gagner sa vie, et de me décharger de cette rente qui me grève, moi et les miens, on ne peut plus. Je ne sais pas où il en est de ses propriétés ; mais il faut qu'il se prépare tôt ou tard à vendre, car je ne serai pas toujours là.
Mon Manuel a eu un vrai succès. Depuis le \^^ février, c'est-à-dire depuis trois mois, 8,000 et plus ont été vendus; le libraire compte aller jusqu'à 15,000. Cela suffira et au delà pour liquider mon compte courant, et me mettre à niveau. Ce que produira mon nouvel ouvrage, s'il réussit, me formera pour l'année un excédant de recettes ; cela me permettra, je l'es-
père, d'acquitter enfin toutes mes dettes, de renouveler mon ménage, et de me remettre à flot pour l'avenir. J'aurai réussi à me ressusciter ; il ne me restera qu'à prendre des forces pour achever ma carrière. Que je me voie, à cinquante ans, libre de dettes, six mois ou un an d*avance et la force de travailler, c'est tout ce que je désire. En supposant que je dure encore quinze ans, je compte pouvoir élever mes filles, leur apprendre à travailler, les caser et mourir en paix. Peut-être aussi, sur la masse de mes publications, en restera-t-il quelque partie qui pourra leur former \m petit avoir ; c'est à quoi je songe depuis longtemps.
Mon Uvre est sous presse : 3 volumes grand în-18, de 450 pages chacun : prix fort, 10 fr. La publication aura lieu, selon toute probabilité, en août. On tire à 6,500, dont je compte déjà 2,000 placés par souscription. Si tout se passe bien, je puis retirer de cette édition, pour ma part, 12 à 14,000 ff. Je crois cet ouvrage destiné à un succès d'au moins un demi-siècle. Ce n'est pas encore ce qu'on appelle un Uvre classique ni pour le fond, ni pour la forme ; mais il réunit déjà bon nombre des conditions d'un livre de bibliothèque. Tel qu'il est, à moins d'empêchement par autorité supérieure, il doit s'en vendre, en cinquante ans, quelques centaines de mille.
Ma tète est toujours en assez mauvais état. Il me faudrait absolument six mois de repos, et me voilà dans le feu de l'impression. J'ai, à rédiger, à réviser, et à corriger les épreuves. Si j'en réchappe et que je reprenne mes forces, j'ose dès à présent vous dire que j'irai loin, non pas en fortune sans doute, mais en succès littéraire et philosophique. Au reste, l'avenir décidera ; et bientôt vous-même et tout le monde serez
en mesure de voir au fond de ma pensée, et de prendre ma jauge.
Mes deux petites vont à souhait ; l'aînée n'est pas précoce ; il y a en elle, je crois, une intelligence modérée, mais le caractère est doux, et je me figure que ce sera ime bonne fille.
Amitiés et hommages à M"® et M"® Maurice. Elles me connaissent assez pour ne pas imputer à oubli ou indifférence le long silence où je reste quelquefois vis-à-vis de vous. Le travail m'accable, mes correspondances sont excessives et mes forces baissent.
Ma femme se joint à moi pour vous souhaiter bonne santé et contentement; elle a appris avec bonheur l'amélioration de la santé de M^^^ Maurice. Je vous serre la main.
P.-J. Proudhon.
Paris, l« mai 48o7.
A M. E. DE GIR4RDIN
Je viens vous remercier des deux longs articles qu*a publiés la Presse sur ma dernière brochure concernant les chemins de fer. Bien que, dans la situation où je me trouve, une publicité si précieuse ne puisse me procurer im grand avantage ni d'argent ni d*amour-propre, je ne vous en suis pas moins très-reconnaissant de Tintérèt que vous avez ainsi forcé le public de prendre à mon travail. Quand je me livre à cette besogne de pionnier, où il y a à recueillir si peu de profit et de gloire, il m'est doux que quelques esprits sérieux me témoignent leur satisfaction et ne refusent pas ce brin de récompense à une œuvre qui exige plus que du courage, qui demande du dévouement.
Puisque je suis en train de reconnaître vos bons offices, oserais-je vous demander place pour une réponse que j*ai besoin de faire à un monsieur de Mirecourt, qui, à ce qu'on m'assure, m'a assez maltraité dans une prétendue biographie, pour que je doive relever ses inexactitudes? On ajoute que pour m'achever dépeindre, il me donne pour pendant M. de Girardin, celui-ci dé-
bitant le mensonge auquel il ne croit pas, celui-là le mensonge dont il est convaincu?
Je ne serais pas fâché, non pas tant de me défendre, j'y tiens médiocrement, que de faire \m peu honte au public et à la police elle-même de ces misérables publications.
Un mot s*il vous plaît.
Tout à vous, et encore une fois merci.
P.-J. Proudhon.
I)K l».-J. PROUDHON. -243
.) . Pwris, i7 mai JW7,