A M. EUGÈNE BAILLET
Ceux qui m'accusent de ne pas aimer la poésie croient sans doute avoir quelque intérêt à le dire; ils supposent que si je n'étais dévoué corps et âme à la critique sodalci je pourrais bien m'exercer à la critique littéraire, j^, comme sur ce terrain je ne rencontrerais guère d'opposition qvie celle des écrivains passés par l'étamine, ils se deniandent avec quelque inquiétude ce qu'il adviendrait d'eux et de certaines célébrités que le public commence à trouver passablem^it surfaites I
Non, monsieur, je ne suis point un atbée littéraire, et je pourrais, si je croyais que la chose en valût la peine, fournir des preuves nombreuses de ma dévotion. Ce qui est vrai, c'est que, relativement aux œuvres que notre époque admire, je suis quelque peu hérétique, voire môme iconoclaste/Mes études en cette matière m'ont conduit à des conclusions qui ne s'accommodent point avec le goût du jour; peut-être en dirai-je quelque chose à l'occasion.
J'ai lu quelques-unes de vos gentilles chansons , et pour vou^ en dire tout de suite mon sentiment, je trouve qu'il en est de vous comme de la plupart de vos con-
frères et chefs de file : le talent abonde, la pensée est faible. Vous suivez le torrent, mais vous êtes loin de la tendance et de la destinée françaises. Ce n'est pas votre faute : la nation, qui seule inspire ses poètes et leur fournit la matière poétique, la nation à cette heure s'ignore; et tout ce que vous pouvez pendant ce sommeil de la raison publique est de chanter à Venfant qui dort : dodo.
Chantez dope; conservez précieusement Tétincelle, tôt ou tard elle produira Tincendie. Mais ne calomniez pas le pionnier qui pour vous s'aventure dans l'inconnu, le pécheur de perles qui se fait descendre au fond de la mer et souvent y laisse sa vie pour une bulle qui, montée par le joaillier, formera la couronne des reines.
Le penseur et le poète sont solidaires comme le héros et le rapsode. Nous travaillons à ime œuvre commime, et malheur à vous si vous l'oubliez. La poésie ne manquera jamais à l'idée qui subsiste par elle-^mème, et peut attendre des siècles la mise en œuvre de l'artiste, tandis que l'idée peut manquer à la poésie, qui alors maigrit et dégénère.
Je vous reûiercie de votre gracieux envoi et vous serre fraternellement la main.
' P.-J. Proudhon.
DE P.-J. PROUDHON. i45
Paris, i9 mû 1857.
A. M. LARRAMAT
Mon cher monsieur Larramat, je viens de ralentir rimpression de mon livre pour laisser à ma tète un peu de relâche. J'étais à bout. Quinze jours de répit me donneront j'espère la foi^ce de pousser à fin mon travail, dont le premier tiers, c'est-à-dire le premier volume, sera imprimé dans quelques jours. Mais déjà il m'est permis de prévoir que la publication ne se pourra faire qu'en septembre.
Je réponds brièvement aux questions de votreUettre du 22 avril.
Tout ce qu'oii vous a raconté d'un compromis entre la république bourgeoise et sociale par mon entremise est faux. Je n'ai été nulle part, je ne vais nulle part; je ne me connais pas de candidature; je suis moins que jamais l'homme de ce parti, qui dégénère définitivement en pure coterie. On a même découvert dans ce monde que la dernière édition de mon Manuel était un coup de police, tout au moins un trait d'insigne hâblerie. Cela ne m'empêche pas de redire que nous ne devons pas faire Scission, au contraire. C'est en ne nous séparant pas que la substitution se fera.
coRRBSp. yil. 16
ne âWMBBMWDUICE
Je voudrais bien publier quelque chose sur les élections. Cela pourra dépendre de l'époque qui sera assignée. Si elles ont lieu en juin, comme par une surprise, Tétat où je suis Joe me permettra pas de rien rédiger. Si elles sont renvoyées en octobre, j'aviserai.
Point de commimication de mes lettres, s'il vous plaît. EUes sont écrites au hasarc^, d'une main malade et sous une influence fâcheuse. Depuis un an, je ne me possède plus; je ne puis tenir mon esprit ni ma plume. Vous m'obligeriez môme, puisque vous m'y faites penser, de supprimer el brûler tout ce que vous avez de moi, et qui, dans aucun cas, ne doit durer plus longtemps que la lecture que vous en faites. Je hak l'indiscrétion dn public et cette menièEe de fureter dans les chiffons d'un homme qui a publié un livre, eomme si le papier qu'il brouille devait contenir une révélation. Mettez-moi, je vous prie, tout cela $iu feu, ou retournezle moi si vous désirez que notre correspondance continue.
Rien n'est plus difficile à faire que des tableaux statistiques, tels que celui que vous me demandez pour le Mmud.
U y faut des pièces, des documents trèsnlifficiles à réunir; du temps pour lire, analyser, etc. — Nous avons fait, m<»i collaborateur et moi, ce que nous avons pu. Nous tâcherons de faire mieux pour l'avenir.
J'ai eu le plaisir de diaer récemment avec Todié. U m'a annoncé votre projet de faire sous peu un voyage à Paris; c'est pour cela que je ne vous ai pas répondu.
Hier, j'ai eu la vi«4e d'un autre ami, Cfaambard, deia douane de Bordeaux.
Serres la main à ceux que je connais et que vous connaissac, surtout n'oubliez pas BaUande, et brûlez
mes lettres : le peu qu'elles contiennent, pour des esprits mal disposés, est toujours trop.
Brûlez, brûlez.
Je vous souhaite le bonjour.
P.-J. Proudhok.
Paris, 20 mai i8o7.
A M. ALFRED DARIMON
Mon cher Darimun, je vais m'occuper d'un écrit sur les élections.
Ma tête est au-dessous du médiocre ; mais comme j'ai ralenti mon impression, je pourrais, je crois, m'occuper de celte bluette, qui me semble avoir son importance.
J'aurais besoin auparavant de juger Tétat des esprits. Sont-ils dans l'attente ou Tindifférence ? En pareille affaire, vous savez que le point capital est de répondre à un vœu secret de l'opinion.
Du reste, nous sommes au 20 mai ; la chose ne brûle pas, et je serais bien aise de voir un peu venir.
Demain jeudi, jour de fête, j'ai envie de m'enfuirau bois.
A vous de cœur.
P.-J. Proudhon.
Paris, 28 mai 1857,
A M. CHARLES EDMOMD
Mon cher Edmond, si j'avais su votre adresse k Bellevue» dimanche dernier, je serais ailé vous faire visite avec ma séquelle, que j*ai conduite à Meudon et ramenée par Bellevue. Je savais par M°^® Darimon que vous nichiez quelque part par là ; mais trouvez donc un homme dans la banlieue de Paris 1 II n'y a plus de villages, plus de villageois, on ne se connaît plus ; Paris est pèle-mèle dans la banlieue : heureux qu'on y retrouve encore un peu de cet air frais qu'il faudra bientôt aller chercher sur les montagnes de l'Oural ou de la Norwége I
Je vous remercie du billet de spectacle de M. Victor Séjour, et vous prie de le remercier pour moi ; je ne pourrai aujourd'hui profiter de sa gracieuseté ; ma tête n*est pas en état de soutenir une représentation de quatre heures, et je me mets au lit à neuf heures et demie. Mais je me réserve d'aUer applaudir plus tard l'auteur d'Aiidré Gérard ; en attendant, j'y envoie ma femme et quelques amis capables d'apprécier la pièce nouvelle et de m'en rendre compte.
J'embrasse Marie de tout mon cœur et lui recom-
230 cbt^RESPÔNbANCÉ
mande de rester au chaud, si elle veut rester belle. J'espère que ses boutons lui serviront de purgatif, et que nous la verrons de plus en plus brillante, digne de son père et de ses amis.
Je pourrais bien tomber quelque jour dans votre ermitage et y passer u«e belle après-dînée ; j'attendrai que vous me donniez Torientation exacte. Un particulier dans la catnpagne de Paris, c'est une aiguille dans un tas de foin.
Bonjour.
P.-J. Proudhon.
M J Cl -4.^'*li A
ii<j
ÎNSf P.-J". PimiMON. K»
Paris, % fùm 1867.
A. M. MAURICE
Mon cher Maurice, j*ai répondu è mon firère qu^ pouvait 06 présenter de nouveau à voire bureau pour trois remises mensuelles de 50 francs diaoune, que vous aurez rextrème obligeance de hd faire, et que je vous rembourserai oontre votre mandat, comme j*ai fait déjà par deux fois.
I>e telle sorte qu*après cette nouvelle somme de 150 francs en trois termes, vous aurez remis à mon frère 450 fir. , que je vous aurai remboursés à mon tour.
Bans tout cela, il y a un petit intérêt que je vous prie de me porter en compte, comme votre banquier vous le porte à vous-même. Je ne vous en parlerais pas si vous nMties qu*un rentier me faisant une avance sur votre épargne. Mais vous êtes négociant, et je désire, au moins pour cette bagatelle, ne point être à charge à votre caisse.
Je vois avec plaisir et espoir la résolution de ]^me Maurice d*aller à la campagne. Je pense, comme elle, qu'elle y trouvera plus de profit pour sa santé que dans le brouhaha d*un lieu public de bains, et les fatigues du voyage. De Tair^ du soleil, de la verdure,
m GOBRESPONDANGE
et les arômes de la campagne. Cela est encore supérieur aux vertus douteuses des eaux minérales.
Ma femme est toujours seule, et assez éclopée, malgré tout Texercice que lui donne son ménage. Pour tout remède, elle prend des globules homéopathiques, et quand elle peut elle fait quelques promenades avec ses filles.
Pour moi, je me retrouve à peu près dans le même état que Fan passé lorsque j'étais à Besançon. Bon estomac, bon repos, seulement je ne puis travailler à ma guise, marcher ni boire du vin.
Mon premier volume est tiré ; le deuxième sous presse ; je ne sais quand viendra le troisième.
Un autre désagrément m'arrive, à propos des élections. On me fait candidat presque malgré moi à Lyon et à Paris. J'allais écrire à Lyon pour refuser, quand les délégués des Parisiens sont venus me prier de me laisser faire, par cette raison que je. reste seul de la démocratie avancée, et qu'on ne trouve que moi à mettre sur la liste.
J'avais espéré ne plus rentrer dans la vie politique, je comptais me renfermer dans mes études ; j'ai répondu dans ce sens. On me fait entendre que je serais accusé d'avoir déserté mon poste, etc., etc.
Je ne sais encore ce qui adviendra de cet imbroglio, qui me contrarie fort. Personnellement, je commençais à vivre en paix et à conquérir ma retraite; vais-je être relancé dans l'arène ?
Je vous serre la main. Mes respects à ces dames.
DE P.^. PRODDBON. 2S3
Paris, 16 juin 1S57.
A M. DARIMON
Mon cher Darimon, le bruit court, m'assurez-yous^ qu*une lettre de moi, insérée dans les journaux, doit recommander votre candidature aux électeurs prolétaires de la septième circonscription élect(Nrale, et vous me demandez ce qu'il y a de vrai dans cet (m-dit.
Vous recommander, mon cher ami, ce serait me recommander moi-même, première raison pour que je m'abstienne de cette démarche.
Puis ce serait prendre parti entre la liste du Siècle et celle de VEstafetUy et vous savez que j'ai horreur des divisions.
Enfin, le public pourrait croire que j'attache aux élections prochaines une importance et une signification qui sont loin de ma pensée, laquelle pensée vous connaissez mieux que personne. La Démocratie ayant décidé de prendre part à la lutte électorale de 1855, la fraction dite socialiste a dû suivre, bon gré mal gré, puisqu'elle n'a pas la majorité dans les. conseils. C'est pour cela que vous avez pris part aux délibérations du Comité, et que vous vous trouvez aujourd'hui candidat.
Car la Démocratie rouge et modérée c'est nous; le
libéralisme, c'est nous ; la bourgeoisie constitutionnelle elle-même, quoi qu'elle fasse et qu'elle dise, c'est encore nous. Qu'y a-t-il là qui prête à rire aux journaux du gouvernement? Je les plains fort s'ils ne font euxmêmes ni du socialisme , ni de la démocratie, ni de la 'bourgeoisie libérale et constitutioimelle. Ils sont donc jésuites ; ils sont hors la Révolution.
Mais le socialisme, eu tant qu'expression complète de la Révolution, ne devait pas paraître dans la lutte, et c'est pour cela que je ne suis pas moi-môme candidat. Qui donc m'eût empêché de me porter, dans les dix circonscriptions de la Seine, comme l'honorsible M. BfEKTReïf, le représteniéût du parti des hnmains? Ne suis-je pâ« le candidat né des- locataires t Que le gouv«toeiQent âê l'Eiâpérétir, dont le sang est sans doute quekjue peu échauffé par sa dernière course quinquennale, efit besoin de ce rafraîchissement; que les anciens partis tiennent aussi à prourei^ qulls ne sont pas morts; Je le comprends i merveille. A mes yeux la vie sociale n'est plus là,] le courant porte ailleurs, el le socialisme, dont la santé est parfaite, n'avait rien de rrfietix à faire que de se laisser aller au fil de l'eau.
Les actes du suffrage universel sont les sacrements de la poMtique : ce ne sont pas tout k fait les nôtres. En 1848, rétablissement actuel a reçu le baptême; 185i lui a donné Tabsolution ; 18X2, la communion; 18117 va lui administrer la confirmation. Elle est toujours accompagnée d'un petit soufflet.
Dans cinq ans. Si d'ici là malheur n'arrive, le gouvernement aura une maladie de croissance, pour laquelle il devra recevoir ï'Eltrôme-Onction, après quoi 11 devra déclarer définitivement s'il se fait moine ou s'il épouse, puisque l'un des deux exclut l'autre.
i^ti
Dans toutes ces opérations, à quel titre le socialisme pr(»prement dit pourrait-il intervenir? Il n'a pas la foil...
Tout ce que je puis donc pour vous, cher ami, est de déclarer que vous avez été mon collaborateur au Peuple et à la Voix du Peuple; que vous avez travaillé avec conscience, fidélité eb z^e; que vous n'avez pas fait fortune, et que je crois vous connaître assez pour répondre que si demain, par la permission du ministre, le Peuple ressuscitait, vous quitteriez sans hésiter les pâturages de M. Millaud pour les âpres bnivèi^s dtî dtôyen Prôudhôn. - * '
rèir tous ces' iûotife, f espère, tdàn dhéit âraî, qïié vôtië pôrtageré^ aVec M. Bastide; -votre coricurrent d opposition, les suffrages civiques de là septième cîrèàîiisctijitiôiï, dé laquelle fait particf votre tout dévoué, et de sa personne toûjoiii^ éclopé.
P.-J. PRÛUDHON.
956 couresponp^nce
Paris, 47 juin 1857,
A M. TRUCHE
Je n*ai pas répondu à votre avant-dernière, parce que l'état d^ ma cervelle ne me permet pas en ce moment de penser et d'écrire, et que je m'épargne le plus de correspondance possible.
J'ai suspendu l'impression de mon livre, qui ne paraîtra qu'au mois de septembre ou octobre.
Veuillez d'ici là me dire si vous et M. Hauteville persistez dans votre souscription pour vingt exemplaires chacim.
L'ouvrage formera trois volumes, dont le prix sera de 10 fr. 50 c* chez le libraire, et b francs par souscription.
Vous aurez ainsi à payer 140 francs pour vingt.
Quant aux élections, j'ai résolu de ne m'en pas mêler. J'ai refusé la candidature à Paris, à Zj^an et à JSaifU'Étienne.
Je crois que la démocratie eût mieux fait de garder le silence, et que le socialisme n'a ici rien à faire. Je n'ai par conséquent pas d'avis à vous donner. Je vous serre la main et aux amis.
P. -.T. Proudhon.
Paris, 28 juin l«57.
A M. ALFRED DARIMON
Mon cher Darimon, les démocrates du quartier de rObservatoire s'occupent actiTement d*assurer votre élection pour dimanche, et désireraient en conséquence se mettre en rapport ayec vous pour Taffichage, la distribution des bulletins, etc.
Il y aura quelques frais; je crois qu'ils en supporteraient une part, laissant Tautre au Siêde et à la Presse. Us me chargent de vous prier de passer, s'il vous est possible, rue Saint-Jacques, chez M. Delestre, avec qui vous pourrez conférer de tout.
J'ai promis de faire leur commission. J'ajouterai du mien que ce sont presque tous gens qui ont voté pour M. Bastide, mais que leur préférence n'^itraîne pas jusqu'à dédaigner la victoire sous un autre nom. Voyez-les donc, vous ne ferez pas mal.
Je suis au crochet décidément pour un mois ; je ne puis ni lire, ni écrire, ni penser, ni causer; j'ai môme ressenti hier des douleurs d'estomac. Tout à l'heure il ne restera de moi que l'ombre.
Je vous serre la main.
P.-J. PROUDHOX,
^ ÇOBRESPOWAÎ^E
Paris, 29 juin ^857.
A M. ALFRJED DAPIMO^î
Mon dber Dariioon , en 1848 j'exprimais rinnovalion; vous exprimez aujourd'hui la transition. J*ai rencontré rantagonisme, soulevé la protestation €t la colère ; vous recueilles la méfiance, les dénigrements, la jalousie. Il y a progrès en mieux, ou si vous voulez en moins mal.
Pourquoi vous tourmenter de ces misères?... L'humanité ne marche pas encore dans sa Hberté; elle suit les instincts et aussi sa déraison est plus logique que ne le sera jamais soù. rationalisme.
Ce qui doit arriver arrive. Vous êtes, malgré les anciens, le candidat de l'opposition, et vous resterez candidat, à moins que vous ne fassiez quelque faute. Ne dites rien, ne parlez pas, attendez votre élection en patience, et ne vous étonnez pas si, après l'élection, les mauvais propos redoublent. Cela doit être et cela sera.
Quant à vous, devenu le signe de l'opposition démocratique, agissez selon les inclinations de cette opposition, non en esclave qui dierche son mot d'ordre el (jui l'adore, mais en esprit libre, qui le devine et qui s'y soumet.
C'est ainsi que vous dominerez les autres et vous ferez respecter.
J'userai de vos renseignements en bon ami, croyez-le ; mais j,e suis peu ému en ce moment de ce qui vous vexe. Fata tocant. Ou vous ou personne. C'est dans la logique de la situation. Voulez-vous donc faire tomber tous les cancans? Ne vous écartez jamais de cette règle : Un représentant doit se placer toujours au point de vue de son parti, dire sa pensée, donner son aviSy et si cet avis ne prévaut pas, suivre le sentiment commun, A ce sacrifice de votre jugement personnel on reconnaîtra en vous l'homme probe et loyal.
Bojdjour et espoir.
P.-J. Proudhon.
P.~S. Le gouvernement m'a déjà l'air tout remis de la manifestation parisienne, et bien décidé à opposer à la grande ville les 260 suffrages de ses paysans.
Paris, 90 juin 1857.
A M. TILLOY
Mon cher monsieur Tilloy, je réponds brièvement à votre bonne lettre du 26 courant.
Ce que vous me racontez de l'effet produit à Péronne par mon nom n'a rien qui m'étonne ; les petites localités conservent longtemps l'impression qui n'a fait que passer sur les grandes villes.
Ici, à Lyon et ailleurs, les choses sont autrement. Et si j'avais recherché ou accepté la candidature, j'eusse pu fort bien être deux fois élu, ce qui eût été un cas unique pour l'opposition.
, J'ai décliné cet honneur pour plusieurs raisons, qu'il me serait trop long de vous déduire ; et bien que le gouvernement eût peut-être vu ma candidature avec plus de plaisir que celle du général Cavaignac, surtout depuis la dernière publication de mon Manuel^ je présume qu'il n'est paâ fâché de ma réserve.
Mon ouvrage, 3 volumes grand in-18, compacte, ne paraîtra pas avant la rentrée. Deux fois déjà j'ai dû suspendre l'impression pour cause de maladie ; en ce moment, je prends mon troisième ou quatrième congé.
C'est répuisement cérébral survenu à la suite du choléra, qui me cause tous ces retards.
Le premier volume est à peu près imprimé, le deuxième en train ; mais j'ai à écrire ou mettre au net la dernière moitié du troisième et quelques additions importantes à faire au deuxième. Pour tout cela, six semaines de santé passable suivraient, et j'ai pris le parti de les conquérir par quinze jours, un mois s'il faut, de repos absolu.
Strauss, après avoir si brillamment commencé, a fait une assez piètre fin. Il est presque retourné à son vomissement. Le théologien a fini par emporter en lui le libre penseur, et il s'est tourné contre le mouvement du siècle. Sa critique, selon lui, ne prouve que contre r histoire réelle de Jésus; elle ne prouve rien contre le dogme transcendant et surhumain de la messianité. — Marié à une célèbre chanteuse allemande, il a dû se séparer d'elle ensuite; le sérieux de la philosophie s'alliant mal, à ce qu'il parait, avec les grâces et les voluptés du théâtre.
Mes souvenirs, à première occasion, à l'excellent M. Clerc, que je regrette de savoir désormais un peu plus loin de moi.
Et quand vous viendrez à Paris, venez sans façon frapper à ma porte. Si vous vous présentez dans le jour, vous courez le risque de vous entendre dire que je ne suis pas visible, c'est la précaution obligée de quiconque à Paris veut sauver son temps ; mais de six à huit heures du soir, vous me trouverez tout disposé à causer ; c'est ma récréation favorite.
Je vous serre la main.
P.-J. Proudhon.
cORRÇâP. VII, i7
»i COftRKSMNDANGC
Fum i2 ittillet 1857,
A M. LARRAMAT
Mon cher monsieur Larramat, voici une lettre pour M. Tourette, dont j'ai oublié l'adresse.
Ce qui se passe à Paris, à Bordeaux, et dans tous les départements, me prouve que le gouvernement sent très-bien la portée des dernières élections, et qu'il est décidé, au rebours de L.-Philîppe, à se maintenir contre le vœu national, et par la force.
La signification du vote à Paris n'est pas douteuse ; c'est la réprobation du régime impérial. Toutes les grandes villes ont parlé de même; les moutons des campagnes ont seuls bêlé à la voix du maître, encore y a-t-il eu partout coaction et fraude.
En deux mots : nous étions sous le despotisme ; les élections ont converti ce despotisme en \me pure tyrannie. L'adhésion donnée le 20 décembre 1851 est retirée. Dans cette situation, le conflit entre le Pouvoir et le pays est inévitable ; c'est une question de temps, le temps qu'il faut à l'opinion publique pour tirer, comme je le viens de faire, la conclusion du vote ; et cette conclusion tirée, on peut dire que le régicide se
DE P.-i. FROUDHON.
dresse menaçant; telle est la logique, la fatalité des faits.
Il est donc impossible, devant ce résultat, que les députés de ïéppôsUion démocratique aillent au Corps législatif; ce serait de leur part une trahison envers le scrutin qui les a produits. Ils ne peuvent amoindrir la pensée publique; TàbsUntion devient aujourd'hui de rigueur.
Si le gouvernement ordonne un nouveau scrutin, ce sera au tour des électeurs de s'abstenir , et Ton finira précisément par où Ton eût dû commencer. Mais le succès ne seta pas le même. Le Pouvoir, appuyé sur ses 256 voix, bien eu mal aequîses^ aura pour lui la légéiUi^ tandis qu'il n'aurait eu peut Itû qilè la ^tude.
Nous allons voir comment il se tirera deià.
Je tous serre la main. .. ^ .
364 CORBGi^PONDANCE
Paris J3 juillet 18t$7.
A M. VILLIAUMÉ
Mou cher Villiaximé, il fait trop chaud pour que je me risque, avec ma tôte malade, jusqu'à la rue Marsollier. Je songe bien plutôt à m*enfuir pour dix ou quinze jours dan3 quelque trou de Franche-Comté, où le diable ne viendra peut-être pas me tourmenter avec ses ' pompes et ses œuvres.
Mais vous qui êtes ingambe, venez un soir après votre dîner et nous prendrons au cabaret du coin une chope qui nous vaudra autant qu'un ample banquet. L'amitié aussi bien que l'entendement se trouve trèsbien d'une modeste saïUé.
Je suis avec regret la maladie de Béranger que je n^aurai pas vu.
J'avais le dessein cette année de lui faire hommage d'un exemplaire de mon prochain livre : c'est un honneur qui me sera refusé.
Je remarque que je n'ai connu presqu'aucun des hommes de marque du siècle : Ghâteaubriant, P.-L. Courier, Jouffroy, Cousin, Nodier, E. Bumouf, Guizot, Thiers, Barrot, Royer-Collard, Lamartine, A. de Musset, A. de Vigny, Béranger. Lamennais, Arago, etc., etc.
DE P.^« PaOUDHON.
ÊKS
Ceux en très-petit nombre que j'ai rencontrés, j'ai dû me battre avec eux : P. Leroux, L. Blanc, Y. Considérant ; il y en aura encore d'autres.
Ne suis*je pas l'excommunié de l'époque !
Bien sûr que je n'aurai personne à mon enterrement. Il y a un proverbe qui dit : Vœ solU... Malheur au solitaire !... En y songeant, je me demande si je ne traîne pas la chaîne de quelque grand coupable condamné dans une existence antérieure, comme l'enseigne J. Reynaud?
Je commence à être bien las de la vie et ne cherche qu'à dire ce que j'ai sur le cœur avant de mourir. Cela fiait, je dis : J'c^ & moi ^ ife jr^iirf Jtfmaà» / Sonjour. i •:; . . . . -
Ï^.-J; Proudhon.
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i M. LE DOCTEUR MlGÛET
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Mon chet Jlagttètf iàr^.dèiïo ûiMuV pour oble&îr un mot de vous, vous allécher par Tappât dalpa Visite! Cela prouve combien je vous connais; mais cela prouve aussi que> ^i.vouf aVerie cœur solide à Tendroitde vos amis, vous êtes pour vos correspondants d'une paresse invincible!...
Trêve de gronderies!... Je ne veux pas que vous n'en ayez que la bonne bouche. Je pars d'ici lundi soir, 20 juillet, à huit heures cinq, par Vcxpress, qui me rend à Gray à cinq heures du matin.
D'après ce que me dit Gouvernet, le débarcadère serait situé sur la rive droite de la Saône, hors la ville, à peu de distance de la route de Dampierre. Puisque vous êtes de loisir, je vous attendrai au premier café-restaurant le plus en vue de la sortie du chemin de fer. Je ne serai pas fâché que vous me serviez à travers votre pays de dcerone.
Je compte m'enterrer chez vous pour huit jours, afin de mettre la dernière main à ma convalescence. Je ne pense même pas aller à Besançon, tant je redoute les excitations... Je remets du reste à causer avec vous de
toutes choses quand nous serons en présence, parmi lesquelles la mort de ma dernière fille, que vous n'avez
pasTue
Oouvemetf qui m'est on ne peut plus fidèle et que nous aimons bien, vous serre la main et voudrait bien venir.
Donc à mardi matin.
P.-J. Proudhon.
M8 GOmilWÔNDANGE
Paris, 6 août iWI.
A M. MAURICE
Mon cher Maurice, à mon retour d'un petit voyage que je viens de faire pour cause de santé à Dampierresur-Sâlon (près Gray), je trouve la vôtre du 29 juillet. J'avais espéré pousser jusqu'à Besançon, comme je l'ai fait l'an dernier : cela m'a été impossible.
Il sera fait honneur à votre traite de 173 francs, au 15, et nous nous en tiendrons là pour le moment; je vais prévenir mon frère.
Déjà il a reçu par votre entremise 300 francs, ajoutez ces 200 francs : cela fait 500 francs.
Je viens d'envoyer, il y a trois semaines, à votre voisine, M°«Dody, boulangère (n® 11, rue Birotte), un bon de 300 francs sur la Banque pour acquitter une partie de la taille de mon frère. Je me suis porté caution en outre d'une somme de 200 francs pour le pain qu'elle fournirait encore. Ce sera donc 1,000 francs que je lui aurai versé cette année.
Je n'y puis plus tenir.
Mon état de maladie m'enlève une forte part de mon gain en m'ôtant le travail; ma femme se prive du secours d'une domestique pour m'aider à soutenir toutes ces
DR P.-J. Pil0IH«Ott. d60
charges, et je puis dire que ce que je donne à mon frère, je le prends sur ma santé et sur le bien-être de mes enfants.
Peut-être dans quelques mois serai-je remonté en finances ; il suffirait pour cela que mon prochain ouyrage se vendit comme s'est vendu le dernier à 20 ou 25,000 exemplaires.
Mais je ne puis escompter de semblables éventualités , et quand c'est par vos mains que cet argent passe, je ne puis oublier non plus que je vous devrais peut-être la préférence.
Arrêtons-nous donc, et si vous ne pouvez m'excuser tout à fait, plaignez-moi ; c'est mon sort d'être éreinté depuis que je suis au monde.
J'ai repoussé énergiquement toutes les candidatures qui m'ont été ofiertes à Lyon, à Paris, à Saint-Étienne. J'aurai été certainement élu deux fois, dans les premières villes, puisque ceux qui ont été portés à ma place ont été élus : je m'applaudis d'être resté à l'écart. Il n'y a rien à faire pour un républicain qui se respecte dans le Corps législatif de l'empereur.
Ma santé semble \m peu meilleure et j'espère finir mon livre. Mais il faudra suivre un traitement avec assiduité pour vaincre cette débilitation générale, acquise par des années de travail excessif.
Je me chargerai avec plaisir de votre commission vers la Compagnie d'assurances en question. Mais je n'ai, je crois, plus aucune des pièces que vous m avez envoyées; et j'ai oublié jusqu'au nom de la Compagnie. Remémorez-moi un peu sur tout cela, afin que j'aie un guide âne, et je ferai ensuite de mon mieux.
Mes salutations à ces dames. Je suis heureux d'apprendre que la iSanté de l'une se rétablit, et que
celle de Pautre est inébranlable. Quand pourrai-j^ me voir, avec les miennes, atissi tranquifie et hdareiux qaê vous?...
Je vous serre la main.
P.-J^ PHOUDHO^.
DE P^. MOimHON. !Stl
Paris, 10 août 1857.
A M. LARRAMAT
Mcmcôeiir Larràmai , tt)îcî melus un mot pour le iMlIiéureua: Lâcdioûge.
. Je vevieû» de Franche-Comté, où j'ai passé troîs setiiaineB daniî Tesporr de me refaire. J'ai trouvé un peu éé mieiiût au sileàee absolu des champs et à Tair des 'hù^ ; tûtis il m'en ftiudi^it dorénavant une dose de neuf mois chaque année, et je suis attaché à ma galère. Que }9 meute don^, et vito; mais que j'aie la consolation de dire ou moiûs loute ma pensée î. . .
Oue me chantez-^vous donc dans votre lettre sur les itetiHaàSy et mon changement de conduite? Du diable si j<y teius <9oint)t^â9 1
A mesure que le mouvement s*esftpfi9duît, ma pensée fiTest produite elle-même, et voici à cette heure tout ee que je v^uè^puis dire.
li La fiignifiol^on du vote dé l>arîs eét : réprobation du régime impérial. Personne ne le me:
t. A moins d'amoindrir cette signification, les élus de la démocratie ne peuvent aller au Coirps législatif : ce •erait transformer un vote quasi msurrectionnel, un
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vote de haine en un voie parlementaire, trajiir leur parti et le scrutin. Cette opinion devient chaque jour plus claire et tout le monde la partage.
3. Si les représentants du parti jeune se montrent sous ce rapport plus accommodants que les anciens, je dis qu'ils seront généralement blâmés et considérés comme défectionnaires.
Est-ce moi qui ai fait cette situation? Et si elle est telle que je dis, puis-je la méconnaître? Dans cet amphigouri, quel parti devais-jè prendre avant l'élection.
Si j'avais pu voir nettement les choses, j'aurais fait ce que j 'ai fait : je me serais abstenu. Il ne me convenait pas de me placer sur le terrain de l'insurrection, la démocratie ne pouvant pas en prendre. un autre, et d'autre part je n'eusse point consenti à solliciter ses suffrages pour tromper son attente, quelque bien que j'eusse pu m'en promettre. On n'a pas le droit, mandataire d'un parti, de lui faire dire autre chose que ce qu'il veut dire.
Peut-être, en vertu de ma qualité de socialiste, auraisje pu mieux qu'un autre entrer au Corps législatif et même m'y rendre utile : c'est \me hypothèse. Mais j'en reviens toujours à mon observation de tout à l'heure : mes électeurs, dûment éclairés sur leurs propres sentiments, y eussent-ils consenti? Je le nie.
Au total, je suis content du résultat, puisqu'on a tant fait que de voter; mais plus que jamais je ti^is à mon premier raisonnement : qu'il eût mieux valu se taire.
Je suis content, par la même raison, que le parti socialiste ait montré sa force; mais comme la question parait moins que jamais être à la politique, j'en atteste les cent quarante-deux mille abstenants de la
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capitale, je me suis tenu moi-même à Técart et de la candidature et du vote, et je m'en applaudis.
En résultat, je trouve, à vue des faits, m'ètre conduit comme je devais le faire ; si je ne dois pas en attribuer toute la cause à mon jugement, qui a hésité plus d'une fois, j'en remercie ma bonne étoile.
C'est en conséquence de tous ces faits et après examen que je conclus encore que si j'avais été élu, je me croirais obligé aujourd'hui à décliner le serment, ce qui est une inconséquence, je le veux bien, mais ce que commandent impérieusement et la signification du vote et l'absurdité pour des républicains de paraître dans une assemblée de consultants impériaux, oii ils n'ont autre chose à faire, après s'être fait rappeler à l'ordre, qu'à donner leur démission.
Je vous embrasse.
P.-J. Proudhon.
fli OOMUESMNDAMGI
Paris, 1 1 septembre 1857.
A M. IS, DOCTEUR ÇRBTIN
Mon cher docteur, je sois tov^our» à votre ponte. La coqueluche de Stéphanie ne passe pas, et nous voudrions avoir une ordonnance de voua pour un nouveau médicament.
J'ai reçu ce matin de M. Guillemin une lettre qui témoigne d*un état normal excellent. Il explique pourquoi il n'a pas jugé à propos de venir ; du reste,, il augure bien de son procès, et il peut déjà prévoir que sa position dans quelque temps sera aussi lucrative, et beaucoup plus agréable et honorable, que celle qui lui était faite dans la Compagnie des Forges de Franche- Comté. Tout le monde commence à savoir à quoi s'en tenir sur la valeur de M. V***, et on félicite notre ami d'être sorti de cette pétaudière.
J'ai eu hier, avant-hier, un grand mal de tète, une sorte de migraine, dont la cause occasionnelle avait été, je crois, un refroidissement du cerveau.
J'ai pris du repos et de l'arnica.
Et vous, vos jambes ?
Bonjour à votre père, s'il est de retour.
P.-J. Proudhon.
DE p.^. raonmoN. tnr
Paris, 21 iept6mbfd 1897.
A M. SUCHET
Mon cher Suchet, j'avais promis à Yolre cher Oustave, à son passage à Paris, de toiis écrire pour vous informer de sa visite et vous demander en même temps des nouvelles de votre santé. J'en ai usé comme d'habitude, e'estr^-dire que, cédant à mes préoccupations de travail, réservant pour mes correspondances les moments de repos, qui sont ceux de Vépuisemenlf }*ai négligé de remplir ma promees^^ sans vous oublier toutefois.
Aujourd'hui, je me laisse un peu forcer la main par un co-locatâire, jeune artiste toulonuais^ dont le père est connu de vous, M. Montagne, et je me décide k vous adresser à travers les airs celte petite mterpelw lation.
Comment se porte M*^® Anals t et voui&-mÀme,et tous les vôtres, comment sont vos santés f La JSimiaM continue-t-elle à produire sur vos nerfo et vos estomacs son excellent effet? Un mot, s'il vous plaît, quand vous serez de loisir; j'ai perdu par ma négligence le droit d'en demander davantage.
Cette année ma maladie cérébrale m'a imposé, comme
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Tannée dernière, une interruption de travail de cinq à six semaines.
J'ai profité de ce congé forcé pour faire un voyage en Franche-Comté, où j*ai passé vingt jours par le plus fort de la sécheresse. Je vais mieux à cette heure, je travaille et je compte terminer enfin mon malheureux livre avant la fin de Tannée. Priez pour moi !
Mes trois filles, c'est-à-dire M™* Euphrasie et M^^^ Catherine et Stéphanie, vont assez bien. Quand le père va bien ici, tout le monde va bien : c'est xm écho. Cependant ma femme pourrait être plus heureuse; depuis ses dernières couches elle a eu encore des maux d'estomac, de tète, de dents, des migraines, etc.
Avec moins de couraRe, la pauvre mère serait sur son dos ; elle ne se repose pas une minute et n'a point de bonne.
Rien d'intéressant, ni sur la table, ni sous la table. Le monde s'engourdit, s'ennuie, s'embête, se dépite, se dégoûte, et. par moments, comme le prisonnier, voudrait bien aller se promener. Mais brr ! pas de chaussons ; au moindre signe d'émancipation, halte-là! la garde impériale est là !
Ils sont drôles; ils se plaignent de ne pouvoir pas jaser, et quand on leur demande ce qu'ils ont à dire qui leur brûle si fort la langue, ils ne savent que répondre.
Voilà où nous en sommes.
Bonjour et amitié, for ever.
Je vous embrasse tretous.
P.-J. Phoudhox.
Paris, 39 septembre 1857.