‹ Correspondance de P.-J. ProudhonChapitre 17 sur 26 · A M. LA CHATRE · texte numérisé non relu

A M. LA CHATRE

Mon cher monsieur La Châtre, j'étais dans Tincapacité' de me rendre à l'audience le jour de votre procès, et je le regrette, surtout en raison du. résultat.

Vous êtes frappé ; vous avez dû vous y attendre. Vos ^Publications, votre dictionnaire, vos institutions philanthropiques d'Arbanats, toute voire vie vous désigne comme un ennemi du système, qui pis est un déserteur de la cause propriétaire. D'ailleurs, jugé par le jury, vous n'aviez rien à attendre du tribunal: la justice a quitté la France.

J'ai lu les considérants, longuement motivés, de votre jugement.

Je les trouve monstrueux, non pas en tant que la critique du Uvre d'E. Sue ne soit pas fondée, je crpis que ce romancier mérite tout le blâme qu'exprime le jugement, mais en ce sens que le tribunal se fait juge souverain en matière d'opinion et d'idées, ce qui n'appartient, d'après nos lois, qu'à Vopinmu

Vous allez appeler, c'est votre devoir.

Ne manquez donc pas, dans votre appel, au lieu de

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plaider niaisement Yinnocuiti des livres d'E. Sue (ce que je n'empêche pas cependant de faire là où la chose est évidente), de protester contre cette usurpation de la magistrature qui, après avoir fait la critique d'un livre, relevé les erreurs de doctrine, montré, ce qui n'est pas difûcile, les conséquences pernicieuses dans la pratique de ces erreurs, s'ingère ensuite de punir et châtier des auteurs que la loi a rendus exclusivement justiciables de la critique littéraire et de Topinion.

Je vous l'ai dit, je vous le répète : Vous ne savez pas vous défendre. C'est la lèpre qui nous ronge tous aujourd'hui I

Allons, relevez-vous. Vous avez l'appel, puis la cassation. Et surtout ne vous effrayez pas de la prison, c'est une misère.

Je vous serre la main.

P.-J. Proud»on.

P^^ P.rJ. ÇÇP^^ON. p9

Paris, 13 octobre iSSîS.

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