A M. GUSTAVE CHAUDEY
Mon cher compatriote, conservez précieusement la pièce que vous vous êtes procurée concernant TaiTaire Bourdault ; elle trouvera sa place ultérieurement dans la polémique que je ne peux manquer d'avoir à soutenir contre le clergé. Quant à mon livre, Tendroit où j'aurais pu l'encadrer est imprimé ; d'ailleurs elle est un peu longue, et je suis bien aise de tenir cette arme en réserve.
-Ge que je désirais savoir avec certitude, c'est si Tarchevôque a fait le voyage de Vesoul pour surveiller la chose, et s'il existe un exécuteur testamentaire APPOINTÉ ; deux circonstances qui, du reste, perdent de leur intérêt en présence du testament môme.
Je vous remercie du zèle que vous mettez à m'obliger et à soutenir la bonne cause ; le cœur me dit que je pourrais bien vous donner un jour de la besogne. Puisque désormais vos vaisseaux sont brûlés, j'imagine qu'ainsi que moi vous agirez sans regarder en arrière ; ce n'est que comme cela qu'on avance, et je promets pour ma part de vous jnener loin.
La moitié de mon ouvrage est imprimé, le reste suivra d'ici fin décembre.
Mes très-humbles respects à M™« Chaudey, s'il vous plait.
Je vous serre la main.
P.-J. Proudhon.
Paris, 16 octobre 1857,
A M. LE POCTEUR CRETIN
Mon cher ami, j'ai bie^ regretté de ne- pg^ m^ trour-. ver à la maison lors de votre dernière visite ; nous • causonssi rarement 1... ^ première ocçasipn je réparerai oeU ; ce ne sont plus auta^it le^ jambes qi4 m9 manquent, et je puis aller plus qu'autrefois, l)i0j|L q^Q; le besoin de repos se fasse fréquemment, sentir»
Il faut vousydi^e qijie i^s symptômes ^q i^^ ^a^die m0 semblent avoir changé d^ caractère» L'an, passé, il y a dix-huit mois, et au commencement de S|7, c'était un. spasme général, mais point DQ,yLOU^£px.,.qtti me troublait la v]i6, m'^t^t Ja force de penser «t. prij^.d^sait sax^ extrémités nerveuses du côté g^u^bo, la. main et le pied, ce sentiment d'émoussement qui av^it, taAt d'analpgie avec ce qu.'éprquy^.Vl^wnQ s^^^lûqué-id^'un ramollissement du cerveau, un de la moelle.; La. dilata-, tion de la pupille rendait ranalçgi^. plu$ frappante encore. — Tout cela a disparu, ou peu-slea faut.
Maintenant j'éprouve des douleurs vives, hémicraniformes; d'autres fois coQime une inflammation générale de la partie supérieure du cerveau; il me semble parfois qu'il y a dans le travers du crâne (à la
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fontaine des petits eufanis), une large plaie qui cuit et qui saigne. Toute la surface du cuir chevelu, devant, dessus, derrière, des deux côtés, aux tempes, est d'ime irritabilité tixlrême. Il ine semble que les petits nerfs y sont plus hérissés et fourmillent quand on y touche.
La moindre chose exaspère ces symptômes : un peu trop de vin, un refroidissement du cerveau, etc.
Du reste, une f ensibtlké to^gours excessive ; si une personne promène l'extrémité de ses doigts le long de mon échine, cela me met hors de moi et m'agace au dernier point.
J'ai toujours dans l'opinion que cette àfFection est la suite 4a ichdMrAs etqttfe le Crtivéïil feeùl n'eût jftmfeîé à^temmé ch^i Aoi parteilte eho^è'. —
Vbilà, chef làïjii, les ren^eigèementà que Je tîreils de^ ViÀv Vêtis ^bifliùiiî^u'ei-, ^t qUi tësûtt^ôi rtfcTn étét stoî* tÉkte d(!^\iis treîë moîéi ^
D'un état de m^lleàSè «t d'affaissetteûtv je J>a^ei un étfet tfifHtàtiôÀ ûeH^tteè tiig\!i«, ^\, je vôùs le -répète, ressemble fort, sî^ît k ia migtàftiei soit aii ma de tèt<è dèfe ivrogheiSi
^^^lièBrH^reteftTèhe, to\*is j'ai ehcote Ibrt »à ftiré. té' tettie II ^e!*a ^jetinlhé fih «c^i**tft ; le IfP né sera pas fittî Màvtai jëévîér. treà detlx premiers Vôhaiafes dépas-^^ steh% 5^9 ^gès ehaeun; Mon iraducte'ut aHemttud, qui alU leff^ detik tiëtia d^ tome I«*,ie^ cotttent de moi et se réjè^iîl d%vanc^ dé l'èfiftH «e émte puWicatioiv.
•Mé« anut^ à Volrë vleuk ;^è¥ei
Je voue s«et¥e4à ttiaîb. c ^ •
DE P..J. PftOODHUN. 288
Paris, t9 octobre 1857,
A M. MAURICE
Mon chor Mûtirice, vous pouvez remettre à mbn firère les chiquante francs qu'il vous demandera. '
Les choses que vous m'annoncez me peinent Mngulièrement, cependant la mauvaise santé 4ë volrs femme m'affecte sans comparaison plus que toutes vos pertes commerciales. Ma femme surtout, (Jui sait de reste 6e que c'est que de souffrir et qxxi comprend Pûttocité des séparations, ma femme ne ]^ut nssèz vous dire combien elle sympathise à vos chagrins, combien Wtat de M"»* Maurice lui touche le coeur. Espérons cependant ; il y â si longtemps que M^ Maurice souCPre, que la vie doit être puissante chez elle, et q^u'on peut supposer que sa santé, un beau jour, se rétablira..;.
Ma situation li'à pas dfaangé depuis ma dernièrre. Matëfte est toujours mauvaise; cependant, è force de précautions je travaille , et toujours clopin dopant j'espère voir la fin de mo^i livre avec le commencement de la nouvelle année. U s'agit de trois volumes compactes, déplus de BOO pages chacun. — 1,800 exemplaires sont souscrits d'avance; les libraires les demandenl par 50 et IW. Le tirage est de 6,0M ; nous espérons, le libraire el tnoî, qu'une seconde édition devra être faîte
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dans les six mois qui suivront la mise en vente. Cela relèverait fort ma position financière, aujourd'hui aussi gênée que celle de la Banque, qui vient d'élever son escompte à 7 1/2 , et je pourrais régler bien des comptes et satisfaire à bien des besoins qui me pèsent depuis longtemps. Mais mon livre ne soulèvera-t-il pas d'orage? La question est là. Nous sommes convaincus ici qu'il n'y aura rien ; s'il en était autrement, je serais, pour la cinquième ou sixième fois depuis notre liquidation amiable, ruiné, et peut-être sans ressource.
Mais ne prévoyons pas le mal de si loin. — A fur et mesure de l'impression française, Ton me traduit et on m'imprime en allemand, ù Hambourg ; de telle sorte qu'en moins de huit jours TËurope entière sera saisie de mon livre, en allemand et en français, et qu'à Theure de la mise en vente à Paris, 4,000 exemplaires de l'édition française, autant peut-être de Téditiou allemande, seront distribués et en sûreté. Le reste, mis à l'abri, j)artira de même.
Si cet ouvrage passe, j'use vous le dire, mon avenir est assuré. Trois mois de repos absolu me rendraient toute ma force; et j'aurais, co^ime écrivain, une valeur commerciale de premier ordre.
Voilà, mon cher ami, où j'en suis pour le quart d'heure. Faites des vœux pour moi comme j'en fais pour vous, et j'espère qu'un jour nous nous réjouirons de notre bonheur commun;. vous, de la guérison de votre femme, et moi de mon affranchissement définitif. Je vous serre la main,
P.-J. PaOUDHQN.
P.^JS. Tenez-nous au courant de toutes vos santés : avec une mère et une femme défaillaniies, vous avez besoin, vous et votre excellente fille, de vous soutenir.
dëp.w. prouduon. m
Paris, 24 octobre 1857.
A M. BONNON
Mon cher monsieur Bonnon, je trouverais très-naturelle, originale et d'un bon citoyen, votre lettre du 5 septembre à Tempereur, si je n'y étais pas désigné comme Vhpmme le plus capable de sauver l'Empire. On ne fait de ces choses-là, mon cber ami, qu'autant qu'on ne connaît en aucune façon la personne désignée : autrement vous donnez lieu de penser à ceux qui liront votre épitre que vous avez fait cela à mon instigation, ce qui ôte à votre lettre toute sa naïveté et sa valeur.
Laissant de côté ce qui me regarde, je trouve donc votre lettre tout à fait digne d'éloge, et si j'étais à la place de l'empereur, je voudrais savoir quel est le brave homme qui prend ainsi la peine de me signaler la trahison organisée autour de mon gouvernement....
Mais soyez tranquille, l'empereur ne saura rien de votre renseignement; votre lettre sera jetée aux chiffons, ou si quelqu'un en prend note, ce sera pour demander au préfet de la Haute-Saône s'il est \m certain Bonnon qui se mêle de dénoncer les agents du pouvoir et de donner à l'empereur des conseils socialistes.
Tenez-vous donc sur la réserre, et, par prévision, faites-moi le plaisir de mettre en sûreté les lettres que vous pouvez avoir de moi, celle-ci comprise.
Les choses suivent leur train ordinaire ; il ne faut pas en être trop surpris. Ce que vous voyez vous a£[lige ; il y a si longtemps que je repais ma pensée de pareilles considérations, que j'ai fini par en prendre mon parti, comme igt iQiédQoin pirend son parti des maladies. Il faut, je vous le répète, que les choses aient leur cours seulement, le philosophe, Thomme d*Etat, prennent note de tous les symptômes pour avertir ensuite avec plus d'autorité, et indiquer le remède avec plus de certitude.
C'est un concours de servilité et de platitttde «uqnd on ne trouverait d'exemple que dans les premières années de l'ancien empire et de la restatiration ; puis, malgré ces démonstrations hypocrites, Tédiftcefie mine; un beau jour tout le monde a tourné, le Pouvoir se trouve isolé, il est perdu.
Ce qu'il y a de phis désolant, c'est que, grflce au silence forcé de la presse et à Tineptie des écrivains à qui il est encore permis de se faire entendre, la santé publique ne marche plus. L'expérience lie sert A rien; et nous pourrions nous retrouver après "une nouvelle catastrophe aussi bêtes que le lendemain de la chute de Louis-Philippe.
Continuez, cher ami, votre rôle d'observateur, et, tout en conservant votre cœur put, ne soye* pas trop troublé de tous les désordres dont vous êtes témoin. Nous sommes en pleine crise morale eaicore plus que financière ; heureux ceux qui, comme vous, peuvent se \'Bnteî de la traverser sans y souiller leur vertu.
Je craignais d'abord que mon Mannel ne vous fût
DE f .-J. W(îrtJMOK. Vtl
pas parvenu; votre lettre m*a rassuré à cet égard. J*ai passé quinze jours à Dampierre-sur-Sâlon, trop loin de chez vous pour vous voir, sans cela je vous aurais préveûti, tàt je ne pbuVais faire de longues courses.
Adieu, je vous serre la main et vous remercie dé votre souvenir, tant pour moi que pour ma femme et mes enfants.
Votre tout dévové.
P.-J. Proudhon,
Parvs, 2S octobre 1857.