‹ Correspondance de P.-J. ProudhonChapitre 23 sur 26 · Point de subvention d'aucun genre · texte numérisé non relu

Point de subvention d'aucun genre

2. Pas de valeurs nouvelles jetées sur le marché, ne servant qu'à écraser les cours, à discréditer le gouvernement et déshonorer ses entreprises ;

3. Pas de distraction des capitaux français, trop peu abondants déjà, et qu'il importe de laisser à l'agriculture et à l'industrie nationale :

4. 29 à 30 millions de travaux offerts sur-le-champ aux ouvriers de l'État ;

5. Enfin, s'il est permis de porter, dans une affaire d'intérêts, cette considération en ligne de compte, la personne impériale recevant du succès même du fondateur de la Compagnie, Huber, une popularité immense. Quelle leçon, en effet, donnée aux ouvriers, quelle satisfaction à leur juste orgueil, que de leur montrer un des leurs, Huber, parvenant, à force d'intelligence et d'efforts, sans nulle recommandation que son idée, et aussi, il faut le dire, l'espoir d'être compris de l'Empereur, à former une compagnie incomparablement supérieure pour la puissance financière, la

moralité du plan, les avantages qu'elle garantit à rÉtat, à tout ce qu*ont produit depuis plusieurs années les burgraves de la ûnance, avides de subventions et de pots-de-viu ; aussi incapables de sauver un Etat de la banqueroute que des révolulipns I

On disait jadis : Si le Roi sauvait !

Nous osons dire que si V Empereur savait, une invitation par lui faite au Ministre des travaux publics de prendre en sérieuse considération la Compagnie formée par Huber, deviendrait sous peu de jours un de ses plus beaux titres à la confiance du peuple et à la reconnaissance du pays.

Je suis avec respect, Prince, votre très-humble et obéissant serviteur.

P.-J. Proudhon.

961 (MAWfiPOMliAIWi;

Paris, "22 janvier 1853.

AU PRINCE NAPOLEON

Prince, encore cette lettre, je tous en supplie ; ce sera la dernièie. Mais» après, avoir reçu de vous de si bonnes paroles pour la Compagnie Huber, je vous devais, je me devais à moi-môme d*étudier de plus près le secret de cette affaire; et j'espère qu'après m'avoir lu, vous me saurez quelque gré de mes très-iidèles et très-véridiques renseignements. U ne s'agit de rien de moins que do savoir si, dans ce moment critique, il sera permis à une centaine de mUliom de capitaux, presque tous étrangers, de venir chez nous alimenter le travail, soutenir le crédit, assurer enfin le pays et rÉtat contre les risques de la baisse, de la désertion, de la banqueroute : toutes choses que semble ne pas comprendre le ministre des travaux publics, M. Magne.

L'existence de la Compagnie dont il s'agit remonte à Huber. Vous raconter, Monseigneur, les détails de cette formation ; vous dire comment, sur la foi de quelques encouragements donnés par MM. de Persigny, Magne lui-môme, etc., Huber fut conduit à s'entendre avec M. le vicomte de TEspine ; comment, par la considération de ce dernier, l'adhésion de plusieurs grands capitalistes fut ensuite conquise, etc., etc., ce serait

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abuser de vos moments. Ce qui importe, et qu'il suftit de savoir, c^est que la Compagnie est bien et dûment constituée ; que sa demande de eoncession a été faite régulièrement auprès de M. Mag^e, le 16 décepibre dernier; que, postérieurement à celte date, une liste des principaux actionnaires et des'me9^>res forniant' 1q Conseil d'administration a été adressée au minisire; qu'enfin il a accusé réception de ces prières, notais sans avoir jusqu'ici voulu aee^rder une audien4ie à la Com-H pagnie et entendre ses reptésentants !..• . .

Ce qui est certain encore, c'est que cette Compagnie, où figt»rent des capitalistes 'èfiglais, bolla^dai&i, irl^n-, dais^ esjllifnofe, iteUens, dix fois plus puissants à eux tous que ne l'exige le besoin delà concession demandée^ a fait sa soumission aumimsire dans les mêmes terj^e reproduits par la noie que tous ayee entj^ )e^ rmiu» . c'edt, enfin, que* celte Compagmej pleine de Vidée du magnifique avenir réservé à la France^ ne s'e^ tiendrait pas à celle première entreprise et« quelle solUoiteml de nouveau, dans û&b eouditioiis seôiblables, d'autres coniMsions !... Mats il faudrait se hâter; les capita* listes^dout il s'agit, et qui tous oi^l une parfaite cons-r cience de leur œuvTt*^ commenc^ûtt à élte blessés de Tcispèce de dédain avec leqlidi on les aceùellle au ministère et à douter de la capacité et de^ l'intolligenoe du gouva:'hement impérial.

Void; sur ces divers points de vue, lés renôwgnements qute j'ai moi^^osième recueillis :

J'ai vu d'abord, en eompagnic de Huber, M, Lami^ Mnrray, Anglais, représentant de MM. Mac^Gfifforf James Truinff, Ihtml ei Oli'Bma^ ses compatriotes.

Sur la réalité et la solicMté de la Compagnie, M. Murray m'a entretenu avec un séurrire qui m'a humilié

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pour M. Maj^ne ; il m*a dit enëuite, sur la question des actions, que rintefUùm de la Cùmpagniê éPait de fCmpas émettre, qu'elle étôit en mesure d'opérer sans chatger le marché français/ et qu'elle possédait au dehors tout son capital. M. Murray a ajouté, tant pour ses commettants que^ pour lui-mènie, que si, dans un délai dont ils ^aiettt entre eux convenus, et qui ne va pas aujourd'hui à dix-neuf jours, Ijj^ concession n'était pas obtenue, la combinaison serait dissoute et la sollicitation abandonnée, des hommes sérieux ne potivaïit, in'a-t-il dit, souffrir qu'on les tint en suspens, quand ils ont l'intime conviction, la certitude, que lo gouvernement français né trouvera nulle part ailleurs des offres pareilles.

Parmi les motifs de découragement qui viennent à la Compagnie, M. Murray, raisonnant avec ses préjugés^ anglais, m'a dté le mariage de TeiApereur, en me demandant à moi-même ce que j'en pensais. Surpris au dfépourvu pas cette question è bout portant; j'ai répondu ([Uen effet leî mariage de* Sa Majesté ne pouvait être considéré conàme un acte politique ; mai* qu'il fallait ici conrfdérer qU'OB France 'les uteioîis prînolèi'és otit beaucoup moins d'importance que dans les autres pays; <pie depuis Louis XIIl jusqu'à Napoléon et au duc de Montpensier, ces sortes d'Unions avaient été pour nous plus malheureuses cju 'utiles ; que jamais reine ni princesse n'avait été adorée autant que Joséphine Tascher de la Pagerie, qui n'était pas de sang royal ; et qu« si, (Ti s'unissant à W^^ de Montijo, l'empereur actuel n'avait consulté que sa convenance particulière, chose toujours fâcheuse chez un chef d'Etat, cependant il était permis d'espérer que,' précisément à i^ause de ce caractère^ pour dàsm àxH démocratique, de l'union impé-

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riale, Tinfluence nouvelle qtii allait paraître aux Tuileries serait pliis favorable aux idées libérales,, bases de la foi politique et Hdigieuse de TA^gleterre.:. .

C*est ainsi y Monsâgneur, que^ pour entretenir la confiance de capitalistes étrangers, j'ai été amené, sans préparation^ à expliquer le mariage de 3a Majes^.

Après M. Murray, j'ai vu MM. Iç prii^ce de Godoy et Marsus^i de Âguirre, banquier, je' cirois, de la Cofnpagnie.

Ces deux messieurs m*0Qt ^e^Ié tout a fait scandalisés de la conduite de M. Magne; et c'est alors que, cherchant à pénétrer la cause ^e cette incompréhensible défaveur, j'ai cru pouvoir la rapporter à deux faits, dans lesquels vous ne verrez, Monseigneur, qu'une pure imagination. ;

. On dit donc que M. de TEspine, le principal organisateur delà Compagnie, est an^ip^thiqvi^^.M. Magne, parce xiu'à uni^ autre époque H^j aurait eu ballottage entre <^es d§ux,messieurs pourlc^n^pi^t^rç çtes travaux publies. En tout cas^ M. de TEspîne a déjà éprouvé un refus de M. ])fagne, relatif à la concession du chemin de fer de Perpignan à Narbonne, promise d'abord à M. de l'Espine par JI. Lef^yre-Duniflé, et qui fut faite par M. M^gne à la Compagnie de Bordeaux à Cette.,.

A ce premier motif, plus ou moins réel, de répugpance de ]a part du ministre, j'jajouterai, ceci de mon chef, que le nom d'Huber,;8^près avoir un instant souri à M. Magne comme a M. de Persigny, est tombé depuis en une, certaine défayeur : dans le courant d'idées qui nous emporte, le nom d'Huber, malgré la démission politique de cet Qx-pri3onnicr d'État, paraissant trop démocratique et révolutionnaire, et le besoin de popularité se faisant moins vivement sentir.

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NaiQirrilemenI, de pareils motifti ne 8*aToueiit pas ; quel est donc le prétexte sous lequel s'abrite le mauTsis vouloir du ministre ? Il dit qu'il aimerait mieux une Compagnie représentant la loeaUU; à ce titre, M. de Grimaldi , directeur des salines de Dieuse, Salins, ArCf etc.; la Compagnie de Besançon à Dijon, lui paraissent préférables.

Le ministre oublie que la loeàUii est représentée dans la Compagnie Huber par MM. de Conégliano et le général Schramm ; il oublie que la localité n'a pas d'argent et ne demande que du travail ; il oublie enfin rintérèt de TÉtat, bien supérieur ici à Tintérét de localité...

Je ne m'étendrai pas davantage. Par le général Schramm, à qui la Compagnie vient de faire parvenir tous les détails de sa formation et de ses projets, et par le prince de Wagram, vous aves, Monseigneur, sous la main tous les mojrens de vous édifier. Je ne me permettrai plus qu'un mot : c'est que, coinme le gain d'une bataille dépend quelquefois de la manœuvtie d'un bataillon, de même la p^spérité d'un État peut dépendre d'une transaction fèHe à propos.

En ce moment où la France, où' le pouvoir ont besoin de capitaux, M. Magne les repousse : le résultat est facile à prévoir.

Je vous demande pardon, Prince, de ce long rapport, qui pourrait bien devenir un jour un document historique. J'aurai Thonneur, suivant Votre désir, de me présenter chez vous lundi, de une à deux heures, avec Huber.

Agi'éez, Prince, l'expression de mon sincère et parfait hommage.

PAJ. pROtTDHON.

HK P.4. PMINWW. m

Paris, 31 «oûtiaîA.

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